Y’a pas de honte à être cisgenre

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Pour la première fois depuis bien longtemps, le titre de cet article va correspondre à son contenu. On a aujourd’hui, revenir ensembles sur la définition du mot cisgenre, et en quoi celui ci n’est aucunement une insulte.

« Mais en fait ça veut dire quoi cisgenre? »

C’est une question que l’on me pose beaucoup, parce que le terme est très pratique et que donc je l’emploie pas mal dans mes articles et aussi en conversations de la vraie vie véritable. J’ai déjà dû en donner la définition par le passé, mais comme cet article ne servira qu’à ça, je la replace ici.
Cisgenre, ça désigne une personne qui se sent en adéquation avec le genre qu’on lui a assigné à la naissance.
Son contraire (antonyme) est transgenre, puisque le terme désigne une personne qui ressent son genre profond comme différent de celui qu’on lui a assigné à la naissance.

Le mot cisgenre est ce que l’on appelle un rétronyme. C’est à dire un mot que l’on a altéré, ou auquel on a rajouté un préfixe ou suffixe, pour en améliorer son sens, et/ou le différencier d’un autre très similaire. Les rétronymes apparaissent très souvent en conséquence des avancées de la technologie.
Pour reprendre le même exemple que ma comparse Luna dans son article sur le même thème, le mot téléphone. Avec l’arrivée des téléphones portables, il a fallu accoler le mot « fixe » à téléphone pour le distinguer de celui qu’on emporte avec soi (le portable donc). Et c’est aussi simple que ça.

De ce fait, le terme de cisgenre a été créé pour nommer les individus « non-trans » et ainsi éviter les classiques horreurs de personne « biologique » ou « normale », qui sont des façons de formuler tout particulièrement violentes.

« J’ai déjà été traité de sale cisgenre ! »

Nous arrivons donc à la seconde partie de cet article, qui sera plus courte, de pourquoi cisgenre n’est aucunement insultant.

Être cisgenre n’est pas plus insultant qu’être blanc, ou qu’être hétérosexuel ou encore valide. C’est simplement faire partie d’une majorité statistique (et encore, je parle de la France uniquement).

Et ce n’est pas parce que des gens l’utilisent de manière insultante que ça l’est, en fait. Si quelqu’un te traite de « sale noir », cela ne fait pas du mot « noir » une insulte, c’est un état de faits, et c’est l’insulteur qui est raciste en fait. De la même manière que des gens détournent des mots de leur définition première, des personnes peuvent être agressives sans justification sur l’instant, et balancer des termes qui s’adaptent à leur interlocuteur, donc à ce moment là, cela peut être le mot cis.

Être cisgenre n’est pas une insulte, c’est au mieux un privilège, au pire une assimilation à un paquet de vieux sacs qui n’ont pas la moindre once de décence et qui harcèlent les nanas dans la rue.
Chaque catégorie d’individu souffre des clichés à son égard, et celui des mecs cisgenre, c’est d’être des agresseurs.

Ma solution : si vous vous sentez insultés en entendant le mot cis lancé sur votre visage, arrêtez de faire des blagues sur le viol, ou de les cautionner, arrêtez de féliciter vos potes quand ils ont des comportements de merde. Et peut-être que le cliché disparaîtra en même temps que vos angoisses.

Suite à une longue réflexion en interne, cet article a une nouvelle conclusion, que voici :

Mes écrits ne sont pas gravés dans le marbre, et des fois, il faut savoir mettre sa fierté de côté et assumer la responsabilité de ses erreurs, suffisamment pour pouvoir les corriger.

Comme souvent, j’ai lancé en presse un article sous le coup d’une forte émotion, et ce billet en apparence éducative n’y fait pas exception. C’est avec de la bile au bord des lèvres que je me suis lancé dans la rédaction de ce sujet, parce que j’ai encore fait l’erreur de lire les commentaires des gens sur l’internet, des contacts de mes propres amis pour être exact.
Mais j’ai fait une erreur. Celle de croire que tous les gens se valent, ou que tous les avis sont pertinents. Entre Jean-Michel raciste du PMU du coin, et random gentil garçon, il y a un gouffre, celui de la décence.

C’est pourquoi, je tiens à présenter mes excuses aujourd’hui, à toutes les personnes, cisgenres ou non, que j’ai pu heurter.
Parce que répondre aux abruti.e.s avec leurs propres armes, c’est s’abaisser à un niveau indigne.
« Ne pas reproduire la haine, c’est valoir mieux que ça. »
La colère est normale, mais il est inutile de croire qu’en répondant à la violence par autant de violence, on fait avancer le débat. Je ne vaux pas mieux que les gens abjects si je généralise autant qu’eux. Si je suis incapable de ne pas reproduire ce que je reproche à ceux d’en face, je ne vaux pas mieux que ceux contre qui je m’indigne.

Dès lors que l’on passe de victime au beau rôle de l’oppresseur, de par la majorité statistique d’un milieu; dans le sens où l’on en adopte les comportements, nous sommes non seulement aussi bas moralement que ceux qu’on fustige mais aussi une partie du problème qui alimente la haine.
Ce n’est pas parce que la vengeance est compréhensible qu’elle est excusable ni qu’elle doit nous salir.

Tout ça pour dire que, ce n’est pas ce que le mot cisgenre signifie qui est un problème, c’est l’intention avec laquelle il est lancé. Tout comme les mots « homosexuel », ou « noir ». Tout n’est qu’une question de sentiment. N’importe quel mot balancé dans le but de faire du mal, que ce soit « pédé », « cisgenre » ou « crudités », peu importe, du moment qu’il est envoyé au visage avec dégoût et violence, il fera du dégât.

Pour toutes ces raisons, je regrette d’avoir laissé passer ma conclusion initiale, malgré plusieurs relectures, y compris extérieures.

Je la corrige en disant « simplement » ceci :

Car toutes les personnes ne se valent pas, y’en a des mauvaises, y’en a des bonnes. Ne faites pas l’erreur de coller tout le monde dans le même panier sous prétexte qu’ils ont une étiquette commune.
Y’a des gens bien, y’a des gens moins bien, et entre les deux, tout un nuancier.
Et je suis triste que les personnes cisgenre subissent désormais le même traitement que les minorités quelque soit leur catégorie, à savoir, prendre des gros clichés dégueulasses dans la gueule, et que tout le monde trouve ça normal.
Non. Sous prétexte que l’on est censé faire partie de la classification des privilégiés, ne signifie pas que l’on est vraiment à l’abri de subir des violences de toutes sortes.

Ma solution : détachez vous de vos à-priori, ne partez pas convaincu.e.s d’avoir tout anticipé. Laissez-vous surprendre. Des fois les gens, ils sont réellement chouettes.

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3 réflexions sur “Y’a pas de honte à être cisgenre

  1. Alo, alo ? Bonsoir.

    Ca fait très (trop) longtemps que j’étais pas passé lire, et c’est une erreur car j’enjoy toujours autant. Erreur que je vais tâcher de réparer, ça occupera agréablement la convalescence qui m’attend (rien de grave, hein).

    A la lecture de ce billet – je précise que je l’ai découvert finalisé, avec les corrections que tu y as apportées – je dois t’avouer que je me suis gratté le crâne de perplexité, comme à chaque fois que je découvre des opinions diverses sur cette question apparemment épineuse qu’est le genre.

    Par où commencer.. hum. J’espère que la section commentaires ne limite pas le nombre de caractères, parce qu’il est fort possible que ça prenne un petit pavé pour préciser ma pensée.

    Déjà, posons quelques bases sur mes opinions personnelles, afin d’éviter les éventuelles confusions aussi hâtives qu’erronées : en ce qui me concerne, les gens devraient pouvoir vivre leur genre et leur sexualité comme ils l’entendent, sans qu’on vienne les emmerder. En plus clair, qu’on soit bigayhétérohomotransgenretransformiste ou tout ce qu’on veut, je m’en calque royalement.
    J’allais dire « c’est pas mon problème », mais y’a même pas à parler de problème parce qu’il n’y a pas (ne devrait pas ???) ya avoir de problème: les gens sont ce qu’ils sont et décident d’être, chaque jour de leur vie, et fondamentalement personne n’a a avoir une opinion sur ça. La première fois qu’un pote m’a dit d’un air pas gêné mais disons mi défensif, mi attentif à ma réaction « tu sais, je suis gay », j’ai juste répondu : « ah, euh, oui, cool, et alors ? »

    Et cette attitude pose les bases de ma perplexité.

    J’ai appris y’a, pff, disons quelques années, que y’avait apparemment un débat sur la question du genre, de comment appeler les transgenre et les pas transgenre, que y’avait des réflexions débiles et des propos intelligents sur la question, et surtout que ça mettait pas mal de gens en émoi (et j’en suis toujours là dans mes connaissances sur le sujet, d’ailleurs).
    Et là, abîme de surprise. Très jeune, on m’avait expliqué que des fois, les garçons pouvaient aimer des garçons et les filles des filles, et aussi que des fois, des filles n’aimaient pas être des filles et devenaient des garçons & lycée de Versailles. Et, preuve s’il en faut qu’être enfant c’est vraiment fabuleux, j’y avais réfléchi cinq minutes avant de conclure que A) chacun fait ce qu’il peut pour être heureux et B) l’amour se fout bien de la forme de notre entrejambe, vu que de toute façon être amoureux c’est quand-même plutôt à ranger dans la catégorie des trucs chouettes.
    Ce qui est à mon sens une vérité aussi belle qu’immuable, et je comprends toujours pas qu’on puisse penser autrement, mais passons.

    Ce qui m’a frappé dans ce nouveau débat de termes, ça a été le besoin de catégoriser. Pour être honnête, je ne connais, à l’heure où j’écris ceci, qu’une seule personne transgenre, avec qui j’ai – à mon grand regret – fort peu discuté du sujet, par peur de me montrer indiscret et de blesser par des questions maladroites.
    La question du genre, pour moi, elle est opaque, je n’y comprends rien. Je comprends que des gens puissent être mal à l’aise dans le corps avec lequel ils sont nés et vouloir en changer, c’est entendu. Mais au-delà de ça, ça m’échappe totalement. Je suis né avec un zizi, donc homme, mais je ne vois pas vraiment mon esprit comme sexué. Pour moi, le genre, il s’arrête là : zizi ou foufoune, c’est une histoire de corps. Et je pense que réduire l’esprit à un zizi ou une foufoune, c’est quand-même se mettre plein de bâtons dans les roues (encore une fois, je sais que les bâtons viennent aussi tous seuls et que si on est malheureux c’est pas qu’on l’a décidé, et je remets pas ça en cause du tout !!).

    Y’en aura ptêt qui me diront « mais ton esprit il est forcément sexué, vu que t’es né dans une société où le bleu c’est pour les garçons et le rose pour les filles, tu peux pas y échapper, t’es forcément formaté ». Alors, oui, certes, un peu, très certainement. Mais UN PEU, et la grande partie de ce peu concerne uniquement la linguistique (dire « il » ou « un type » plutôt que « elle » ou « une nana » parce que je suis un type moi-même, et parce que la langue française fonctionne actuellement comme ça, coucou à la phallocratie séculaire, je ne te salue pas). Et effectivement, je m’habille en pantalon plutôt qu’en robe, et je porte rarement du rose. J’avoue, humblement, je suis humain, et y’a des carcans sociaux qui nous forment tout petits, et c’est pas facile de tous les ignorer par la suite.

    Mais c’est à peu-près tout. Gamin, j’ai plus joué avec la vieille barbie de ma mère qu’avec un action man ou autre mâle au menton Brucewaynien, tout simplement parce qu’elle était là, qu’elle avait plein de tenues différentes et que c’était chouette de toutes les essayer. J’ai autant utilisé de dînettes que de pistolets en plastique, au collège, je passais beaucoup de temps avec les filles et là, à 28 ans, je m’intéresse autant au bricolage qu’à la couture. Pourquoi ? Parce qu’on m’a toujours appris – mais sans me le dire, juste en me laissant découvrir – que le jeu, comme l’esprit, se passe de genre. J’ai jamais ressenti le besoin de me définir homme ou femme autrement que par mon corps, mais surtout jamais à un niveau plus « deep » que celui du corps. Ca n’a jamais été rien d’autre qu’une case à cocher sur un papelard.

    En résumé, seul mon corps à un genre, défini par mon sexe, qui lui découle de la loterie génétique, mais mon esprit s’en fout, rien à voir, mauvaise adresse.

    Du coup, tout ça pique ma curiosité. Par exemple, quand tu dis « le sexe qu’on lui a assigné », tu parles de l’éducation, du coup du rose et du bleu et toutes ces conneries ? Où c’est plus profond que ça ? Essque j’ai eu particulièrement de bol d’avoir les parents que j’ai eus, passque du coup je me suis jamais posé la question de si je me sentais homme ou femme ou rien de tout ça, ou est-ce que j’ai juste loupé un truc énorme ? Essque, si on arrêtait de justement vouloir voir du genre partout, fringues, loisir, boulot, rose, bleu & consorts, le transgenre-isme (je m’excuse encore une fois sincèrement pour le terme très probablement inadéquat, je répète que je suis un béotien sur la question) existerait encore ? Est-ce que, sur le papier bien entendu, ça pourrait être aussi simple que ça ? Ou je me leurre totalement ? Ou un peu ? Bref, obscurité, marasme et occiput sanguinolent, je m’interroge.

    Ne sachant pas comment terminer, je me contenterai de préciser que quand la bécasse fait son bruit de bécasse, on dit qu’elle « croule ». Ca n’a absolument aucun rapport avec le sujet qui nous occupe, mais c’est quand-même plutôt cocasse.
    Voilà.

    *Facultatif*
    J’en remets une couche au cas-où, pour dissiper tout doute : je ne vois pas ça comme anormal ou une maladie qu’il faudrait guérir ou autre horreur moyenâgeuse du même acabit.
    Je suis juste triste quand je vois des gens mal dans leur peau, et j’me dis que ça serait tellement mieux si au lieu de devoir passer par – dans le pire des cas – l’incompréhension, puis le malheur, puis toutes les démarches autant médicales qu’administratives et le mépris des gens les plus débiles (stadire quand-même un sacré paquet de monde), on pouvait juste faire en sorte que les enfants se sentent bien dès le départ en évitant de les enfermer dans leur propre tête avec les conneries de bleu et de rose. Mais j’ai ptêt pas tout compris, d’où écriture de pavé confirmée et questionnement.

    • Ah, si, j’ai trouvé comment conclure (ouais, bon, j’ai pas dormi, j’fais comme je pue :D )

      Bien entendu que y’a pas de honte à être cisgenre. Pas plus qu’à être transgenre.
      Par-dessus tout, il n’y a pas de honte à être.

  2. TuttyKroa

    Waho ! J’allais laisser un commentaire et j’ai lu le tiens avant. Je suis scotchée, tu as écris tout ce que j’avais sur le bout des doigts (t’imagine qu’y a pas beaucoup de place pour autant de mot !)

    Merci à toi et à Kao pour vos commentaires et article (aaah que j’aime te lire, Kao ! Que j’aime te lire !)

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