Procéder à un changement d’Etat Civil

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Devant les salles d’audience de Bordeaux.

Aujourd’hui était une étape importante dans mon processus de transition : j’ai été au Tribunal de Grande Instance pour l’audience concernant mon CEC. Dans cet article, je vais donc vous expliquer, étape par étape, comment j’en suis arrivé jusque là, le déroulement de l’audience, et enfin, le verdict préliminaire.

Chronologie

9 Mai : Envoi du premier courrier au TGI
18 Mai : Réponse du TGI, avec une liste de pièces à fournir
10 Juin : Dépôt du dossier complet
5 Août : Lettre de convocation au Tribunal
12 Octobre : Audience

Déroulement

Dans un premier temps, quand la loi du 29 Mars 2017 est enfin devenue « active », j’ai envoyé une première enveloppe au Tribunal de Grande Instance pour lancer la procédure. Dans ce courrier, j’exprimais mon souhait de changement sur mon Etat Civil, avec un rappel au numéro de la loi datée, et j’y ai joint une photocopie de ma carte de naissance et un extrait de naissance. Tous deux modifiés suite à mon changement de prénom en mars de la même année.

Suite à quoi, le TGI m’a répondu avec une liste de pièces à fournir, qui etaient les suivantes.
Je précise d’ailleurs que j’ai tout joint sauf le livret de famille, n’en possédant pas. Et concernant les pièces médicales, je n’ai donné qu’un certificat de mon généraliste et de ma psychologue, attestant de mon suivi sur la question, mais aucunement d’attestation de la moindre chirurgie.

Pour ce qui est des témoignages, j’en ai fait établir 8, dont un de ma maman, avec le formulaire CERFA dédié à la question. A chaque témoignage devait être jointe une copie recto-verso de pièce d’identité du témoin.
Chaque témoignage a été réalisé des mains des personnes, souvent avec mon aide, parfois en improvisation totale. Il était simplement important de souligner que je me présentais et vivait bien en tant que garçon, et que personne ne mettait en doute mon identité ou la motivation bien réelle de ma requête.

Constitution du dossier !

Jour J

Deux autres affaires similaires et moi étions convoqués à 15h, et j’etais une boule de nerfs. Heureusement, mon frangin Leo était à mes côtés. Lorsque vint mon tour, Leo n’a pas pu rester dans la salle avec moi, les magistrats lui ont demandé de sortir, je devais être seul face à leur jugement, et c’etait hyper intense. Le cadre était impressionnant et toutes les personnes dans la pièce semblaient tellement sérieuses et solennelles.
Déjà, la salle comptait 6 personnes sur une haute estrade, face à moi, seul, assis et tremblant.
Un homme, au centre, semblant assez sévère, m’a d’abord expliqué le déroulement de la séance, qu’il allait faire un rapide résumé de mon dossier, puisque lui seul avait eu les yeux dessus, j’aurais ensuite la possibilité de m’exprimer, puis il y aurait d’éventuelles questions, et enfin la conclusion de la séance.

Tandis que l’homme expliquait mon affaire, j’acquiesçais poliment à ses affirmations, qui quelque part, n’étaient autres que les miennes, puisque j’avais constitué le dossier sans avocat. Son resumé a duré quelques minutes, et il m’a demandé si j’avais quelque chose à dire. J’ai donc demandé si je pouvais lire un petit texte que j’avais écrit par avance, il a hoché la tête, et j’ai commencé à lire ceci, non sans nervosité :

Tout d’abord, bonjour.

Je me suis permis d’écrire un petit texte pour ce jour, en espérant ne pas trop enfoncer de portes ouvertes.
Quand j’ai annoncé à mes proches que je serais convoqué au Tribunal de Grande Instance, tous et toutes m’ont dit que ce ne serait qu’une formalité. Et quand bien même c’est le cas, je souhaitais m’exprimer devant vous aujourd’hui, en toute humilité.

Je suis un homme, rien de plus, rien de moins.
Cela fait désormais deux ans que je suis reconnu en tant que tel par mes pairs, et autant de temps que je me bats pour faire reconnaître cette vérité d’un point de vue administratif. Car j’estime, que cette réalité qui est mienne depuis mon enfance, doit devenir celle inscrite sur mes papiers d’identité, sur ma carte vitale, sur mon éventuel passeport.

Si mon prénom a effectivement été modifié dans mon état civil en début d’année, il demeure un indice sur mon identité tant que le sigle F, n’est pas devenu un M. Une seule lettre à changer, qui me faciliterait bien la vie, et éliminerait énormément d’incohérences aux yeux de la société, toutes proportions gardées.

C’est pour cette requête, que je me tiens devant vous aujourd’hui. Ma demande est simple, mais n’est pas sans conséquence pour moi. Une formalité pour certains, peut-être, mais la fin d’un calvaire en ce qui me concerne.
Parce que là est ma seule volonté, être un citoyen, invisible comme les autres, rien de plus, rien de moins.
Je vous remercie de votre attention.

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Suite à quoi, l’homme m’a dit que c’était plutôt clair, si ce n’est qu’il avait tiqué sur « formalité ». Il a bien insisté sur le fait que si la loi est effectivement récente et a assoupli la procédure, ce n’est jamais une formalité, parce que rien n’est jamais acquis d’avance. J’ai essayé de justifier le fait que ce n’est qu’une simple façon de parler, ce à quoi il m’a un peu interrompu pour me dire que les mots ont du sens et de l’importance, et qu’il faut les choisir avec soin.

Il a interpellé une femme au bout de l’estrade, et je n’ai pas réussi à entendre qui elle était exactement. Mais elle a dit que tout semblait conforme à la loi en vigueur, et qu’elle maintenait son avis favorable.

Il m’a dont expliqué que je recevrais un courrier en recommandé d’ici la mi-novembre, voire la fin du mois de novembre, avec la réponse, suite à leur future délibération.
Ils m’ont remercié, je les ai remerciés, et je suis sorti, les jambes en coton, manquant de m’effondrer dans les bras de Leo qui m’attendait patiemment.

La séance m’a semblé durer une éternité, mais en fait ça s’est passé en moins de 15 minutes. Quinze minutes absolument terrifiantes, par contre.
Mais bon, maintenant, plus qu’à attendre leur réponse !

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Comment améliorer son passing

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Il y a deux jours de cela, on m’a envoyé le lien d’une vidéo réalisée par une femme trans, qui s’adressait aux garçons trans, et qui se targuait d’apporter plein de petits conseils pour améliorer son passing. Et cette vidéo m’a fait grincer des dents. Mais comme j’ai un minimum de respect, je ne nommerais par l’autrice de cette « oeuvre ».

Tout d’abord, petit rappel de vocabulaire : le passing, c’est le concept qui consiste à « passer » pour une personne cisgenre, à savoir, ne laisser aucun indice quant à sa propre transidentité en société. Cela passe par autant d’attitudes que de subtilités propres à chacun telles que l’habillement ou autre détails visuels. On pourrait presque appeler ça « l’invisibilité ». Le passing peut être naturel, grâce à un physique particulier, ou travaillé, grâce à une coupe de cheveux par exemple.
Certaines personnes chercheront à tout prix à avoir le meilleur passing possible, tandis que d’autres s’en fichent, ou au contraire accentuent leur visibilité par choix militant. C’est une volonté individuelle, et chaque démarche est respectable.

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Pour en revenir à la vidéo qui m’a inspiré cet article, j’ai trouvé que les conseils qu’elle parsemait étaient aussi clichés que dangereux. Clichés parce qu’ils étaient basés sur une vision unique de l’homme : forcément hétéro, forcément un peu macho, forcément hyper masculin. Et dangereux parce que pris dans leur ensemble, ces conseils ne laissaient aucune place à la personnalité de chacun.

Au tout début de ma transition, je m’interdisais certaines choses, comme le fait de porter des colliers, ou des bagues. Et il m’aura fallu attendre d’avoir quelques poils sur le visage avant d’à nouveau oser porter des bijoux. Et c’est tellement absurde que j’ai mis des mois à en prendre conscience.

La vidéo aborde ensuite la question de la coupe de cheveux, là elle ne pose aucune obligation, mais dit simplement qu’il faut choisir une coupe adaptée au visage de chacun. Et c’est potentiellement le seul passage où j’étais d’accord. Mais elle se vautre néanmoins en disant qu’il faut une coupe qui souligne le carré du visage, et éviter absolument de tout raser pour ne pas mettre en valeur les rondeurs des joues. Et je ne suis pas d’accord.
Pour beaucoup de mecs trans, surtout en début de transition, on a l’air hyper jeunes, on ne fait pas du tout notre âge tant qu’on a pas plusieurs années de testo dans les fesses. Mais je ne vois pas vraiment en quoi c’est un souci en fait. Au pire j’ai un passing d’adolescent, et au mieux on me demande mon secret de jouvence.
Il y a autant de coupes de cheveux qu’il y a de garçons, et cheveux courts ou cheveux longs, personne n’a rien à y redire. J’ai suffisamment d’amis aux cheveux dix fois plus longs que les miens, et personne ne remets en doute leur identité, ni la mienne d’ailleurs.

Vient ensuite la partie sur les vêtements. Elle nous dit d’éviter les trucs trop amples, les trucs trop « kawaï », ainsi que les trucs trop serrés. Ca ne laisse donc pas beaucoup de place à l’inventivité je trouve, mais bref.
Pour ce qui est de l’habillement, je préfère avant tout porter des fringues dans lesquelles je suis à l’aise en fait. Pas ceintrées du tout, des fois trop grandes, avec des motifs rigolos. J’ai donc zéro pointé sur ses conseils, et je m’en balance.
Alors certes, pour un meilleur passing il est effectivement judicieux de trouver le juste milieu entre trop ample et trop près du corps, mais je trouve surtout qu’il est intelligent de choisir des vêtements qui nous font plaisir. Quand on est mal à l’aise dans nos sappes, cela se ressent, donc autant choisir des formes et des motifs qui nous mettent en joie.

La vidéo parle ensuite des binders et des packers, et je ne reviendrais pas trop là dessus parce que j’y ai déjà consacré suffisamment d’articles. Mais je reprécise qu’il faut toujours rester à l’écoute de son corps, malgré la dysphorie. Bindez en toute sécurité, et ne multipliez pas les épaisseurs de compression, parce que cela peut être dangereux. Ne cherchez pas le plat absolu non plus, pas juste parce que ça fait moins naturel, mais parce que c’est dangereux pour votre capacité à respirer convenablement.

Enfin, cette vidéo infernale finit sur une injonction au sport, et j’ai failli balancer mon clavier par la fenêtre. Tous les garçons ne font pas du sport, tous les garçons ne sont pas musclés. Y’a autant de morphologies qu’il y a d’individus. Moi je fais du sport, mais je suis gros quand même, comme quoi ça ne veut rien dire.

En conclusion : pour améliorer votre passing, soyez simplement à l’aise avec vous même. Vous vous rendrez très vite compte que les libertés sont infinies, que ce soit pour votre apparence physique comme pour votre expression personnelle.
Il y a autant de masculinités qu’il y a de garçons. Trouvez celle qui vous mets à l’aise, embrassez la, assumez vos choix, emmerdez les autres. Soyez fiers, tenez vous droit et tout ira bien.

Bisou !

Made by Gods

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Ce matin, je me décide à élaborer plus en détails un sujet que j’ai déjà abordé auparavant : l’idée qu’on entend souvent qu’une personne transgenre est « né·e dans le mauvais corps ». Je tiens avant toute chose à préciser que, si j’ai déjà entendu des personnes trans dire d’elleux-même cette phrase, je ne suis pas d’accord, mais cet avis n’engage que moi. Ne prenez évidemment pas pour acquis tout ce que je raconte, le point de vue est purement subjectif.

Je ne suis pas d’accord, parce que je ne vais pas « changer » de corps. Depuis bientôt 1 an et demi, je ne fais qu’altérer par petites touches celui que j’ai déjà. Je rajoute des pièces, j’en fais bouger d’autres, certaines nécessiteront de la chirurgie pour dégager. Mais dans l’ensemble, la base est la même.

Oui. J’ai passé plus de 10 ans de ma vie à ne pas supporter le corps dans lequel je suis né. Mais c’est bien plus pour des raisons d’esthétisme et d’optimisation qu’une question d’identité.
Je suis largement plus triste de ne pas mesurer 1m90 que d’avoir des hanches larges.

Je n’ai pas non plus abandonné ma féminité derrière moi, je n’en ai jamais vraiment eu. J’irais même jusqu’à dire que j’ai appris à embrasser certains traits de caractères qu’on considère « féminins », parce que c’est des grosses conneries, les émotions n’ont pas plus de genre que les vêtements. Si je ne porte rien du rayon « femmes », c’est uniquement parce qu’il n’y a pas ma taille, ou parce que la coupe ne me va pas, en fait.

J’ajouterais même que, lorsque des gens malveillants apprennent ma condition de transgenre, on me demande parfois quel genre de fille j’étais. Et je vois dans leurs yeux qu’iels essaient d’imaginer. Sauf qu’il n’y a rien à imaginer. J’ai toujours porté le combo jean/tee-shirt à motif. Sauf que ouais, à une époque je portais des brassières de sport, et j’ai troqué ça contre des binders compressifs.
Je ne suis pas le genre de personne qui « gagne dans les deux genres ». Je n’étais pas considéré comme particulièrement attirante ni jolie, et mon mal-être se lisait distinctement sur mon visage et dans ma posture.
Donc s’il vient à l’idée d’une personne mal intentionnée de deviner à quoi je ressemblais, il suffit d’imaginer une fille malheureuse et mal à l’aise dans ses bottes.

Depuis, je ne suis qu’un jeune homme en devenir, qui essaye d’appréhender son corps et le monde qui l’entoure. Qui apprends petit à petit, à s’apprécier, à se mettre en valeur et prendre soin de lui d’une façon qui n’est plus malsaine. Un homme qui a des vagues notions de ce qu’on attends de lui dans un société comme la notre, mais qui s’en fout un peu en vrai, et qui fait sa vie comme il l’entend, et comme cela le met à l’aise.

Voilà, je chercherais bien une conclusion intelligente, mais je vais plutôt vous laisser réfléchir à ces dernières paroles. Je vous fait des bisous. A très vite !

Show me how good you are

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Oui, c’est bien Ken.

Aujourd’hui, je risque ne pas me faire d’ami·e·s avec une opinion bien arrêtée.
Avant toute chose, sachez que j’ai pleinement conscience que chacun vit sa masculinité comme il l’entend, et que si cela inclus de la vivre de façon stéréotypée, c’est un choix comme un autre qu’il faut respecter.

Cependant, je souhaitais aussi prendre la défense des manières qui vont à l’encontre de ces stéréotypes. Toutes les masculinités sont valables, à l’exception de celles qui sont clairement établies comme toxiques et mauvaises vis à vis d’autrui. Mais on va se concentrer sur celles qui se limitent à un impact uniquement personnel.

Je regardais plus tôt dans la journée, une vidéo qui parlait de méthodes pour combattre la dysphorie quand on est FTM, et certains points m’ont un peu fait grincer des dents.
Le rappel constant de faire usage de produits inutilement genrés, comme les vêtements ou les déodorants m’a un peu gêné.

Dans l’ensemble la vidéo était bienveillante, ce n’est pas l’auteur ou ses intentions que j’attaque. En revanche si le fond était bon, la forme m’a un peu dérangé à cause de certaines maladresses.

Mais si le temps que j’ai passé sur les groupes ftm m’a appris quelque chose, c’est que certaines choses sont genrées vraiment inutilement. Comme la nourriture, ou les produits d’hygiène. Je n’exagère pas.
Je me souviens distinctement m’être fait engueuler pour avoir remis en cause le « manly meal », commenté sous une photo de plat à base de viande rouge et de bacon. Je me suis donc fait traiter de sale vegan extrémiste, pour avoir critiqué le fait que la salade n’est pas réservée qu’aux filles.

Qu’est-ce qui fait que l’on est un garçon? Porter des vêtements de garçon? Limiter le maquillage ? Se nourrir de viande? Avoir un pénis?
Si vous avez répondu non à toutes ces questions, ding ding, c’est que vous avez bon.
Ce qui fait qu’on est un garçon, c’est que l’on se sent garçon par essence, dans son cœur et dans son cerveau. Que l’on ait des hanches larges ou qu’on porte des culottes affriolantes, en mangeant des chocapics, les yeux pleins de liner, ne font pas moins de nous des garçons.

Je ne serais jamais un mâle dominant, non pas parce que je suis dénué des attributs physiques pour y prétendre, mais parce que je n’en ai aucune envie.
Je reste quoi qu’on en dise, un garçon, même si je pleure devant Le Roi Lion.

Et mon point du jour est assez simple. Si il y a des personnes trans masculines qui me lisent, sachez que vous n’avez rien à prouver à personne. Vous n’avez aucunement besoin de vous conformer à des stéréotypes de genre si vous n’en avez pas l’envie.
Il est inutile de rouler des mécaniques et de regarder le foot si cela ne vous intéresse pas. Il n’est pas indispensable de mettre des bermudas à motif camouflage et vous empêcher d’avoir des émotions pour être valables en tant qu’hommes.

Il y a autant de types de masculinités qu’il y a individus masculins. Chez les personnes cis comme chez les personnes trans.
Soyez qui vous voulez, rien ne vous retient de vivre bien comme vous l’entendez.

Et ceux qui vous diront le contraire sont des ignares. Voilà.

Slide over here

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Pas pendant que je supervise !

Aujourd’hui, nous aborderons le choix délicat qu’il y a de choisir entre la quiétude du cispassing, ou d’afficher frontalement son soutien face à d’autres personnes LGBT+.

Le choix est réellement difficile, moi-même je me pose la question quasi quotidiennement. Sur les internets, et notamment via ce blog, j’estime m’afficher suffisamment publiquement pour me permettre d’affirmer que je peux être un soutien pour mes camarades LGBT+. J’essaie de faire passer cette impression, tout du moins. D’ailleurs il est relativement fréquent qu’atterrissent dans mes messages privés sur le facebook, des jeunes personnes FTM qui sont en tout début de transition et ont mille questions. Et je le conçois totalement.

Même si les débuts de ma transition ne remontent qu’à 2015, et c’est pas si loin mais en même temps ça me semble comme une éternité.
D’un côté je suis véritablement honoré qu’on m’envoie ces jeunes individus, parce que cela me permet de perpétuer l’effet d’entraide que l’on m’a apporté quand j’étais dans la même situation. Mais dans le même sens, cela me fiche une pression monstrueuse, car j’ai peur de dire des bêtises, je ne veux pas avoir la responsabilité d’être une quelconque référence en matière de conseils pour jeune transidentitaire.
Je suis donc ravi d’aider, mais ne prenez pas mes mots comme une parole d’évangile, diversifiez vos opinions, faites un « contre-diagnostic », je ne suis pas à l’abri de dire n’importe quoi.

Et ceci était une grosse parenthèse.
Là où je voulais en venir à l’origine, c’est que très fréquemment, je dois choisir entre m’outer gratos, ce que je n’apprécie pas foncièrement, ou laisser passer des horreurs.
Je commence à me connaitre, et quand je suis pris de colère ou juste très investi par un sujet, il m’arrive de laisser échapper des petits éléments qui « trahissent » ma réalité. Et ça m’ennuie.
Ça m’ennuie parce que le contenu de mon pantalon ne regarde que moi, et oui, je parle directement de mes boxers parce que c’est immédiatement ce à quoi pensent les gens en règle générale. Plus spécifiquement, quand ils ne sont pas déconstruits sur les questions de genre, mais passons.

Je ne sais pas comment afficher mon soutien, sans spécifier que je suis concerné, et je ne sais pas comment altérer certains détails sans me fourvoyer.
Du coup, j’ai l’impression de mener un genre de double vie, comme au début de ma transition, mais pas de la même façon.

J’en avais parlé un peu avant mon coming-out, que j’avais cette sensation de dualité désagréable, entre ma vie sur internet et dans ma tête, qui étaient bien distinctes de mon quotidien dans la vraie vie.
Et à présent, l’ambiguïté demeure, mais différemment. J’ai l’impression d’avoir une énorme pancarte lumineuse sur Twitter et sur ce blog, où il est écrit transgenre en lettres qui clignotent, avec une flèche vers un portrait de moi où je fais une tête absurde en faisant coucou de façon très motivée.
Et à côté il y a la vraie vie. Où, sauf bourdes de mon entourage plus ou moins proche, personne ne devine ma transidentité.

Du coup, je ne sais pas.
Je ne sais jamais dans quel contexte je peux me permettre de m’afficher sans danger, sans remarques, et surtout sans fichue question intrusive. Des fois je pense que c’est safe, mais en fait ça ne l’était pas tant que ça. Et je me dis toujours que j’aurais plutôt dû m’abstenir de l’ouvrir.

Je ne sais jamais non plus comment mon regard peut être perçu. Quand je vois un couple homo dans la rue, j’ai envie de leur faire un sourire, parce que la visibilité c’est important, et que ça fait bien plaisir d’en voir s’afficher sans la honte que la société leur inculque d’avoir.

Mais voilà. Tant de questions, tant de directions dans lequel cet article est parti, et pourtant, si peu de réponses.
Ô rage, ô désespoir, ô vieillesse archiduchesse fesse ON A PLUS LE TEMPS MICHEL.

*mic drop* *bruit de chute dans les escaliers*

Florilège #2

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Sois mignon.

Aujourd’hui, c’est le retour du florilège de remarques affreusement transphobes que j’ai pu entendre depuis le premier épisode. Vous noterez qu’elles sont subtilement différentes, mais toutes aussi violentes que lors du premier opus. Et comme je suis vachement sympa, on va décortiquer ensembles en quoi c’est problématique, chose qui n’avait pas été faite la première fois, parce que souvent je suis feignant. Mais pas aujourd’hui, alala, comme je suis merveilleux (non) !

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■ Ah mais du coup, c’est tes seins dans ton espèce de débardeur là?

Alors. La dysphorie, dont on a déjà parlé il y a quelques articles de cela, caractérise un sentiment profond et souvent irrationnel d’inadéquation entre ressenti intime et apparence physique. La dysphorie de genre touche la plupart du temps aux caractéristiques sexuelles primaires (comme les parties génitales) ou secondaires (comme la pilosité faciale ou la poitrine), mais pas seulement.
Et donc, rappeler à une personne trans que tel ou tel morceau de son physique, qu’iel considère potentiellement comme un corps étranger; ne s’accordent pas avec les caractéristiques attendues du genre auquel cette personne correspond, c’est hyper violent.
Je ne dis pas que toutes les personnes transgenre souffrent de dysphorie ou encore que c’est un pré-requis, mais une grande majorité de ces individus en subissent le poids. Donc soyez délicats dans vos propos, choisissez vos mots, ou au mieux ne dites rien. On ne sait jamais.

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■ Tu es trans? Olala, j’aurais pas cru.
■ T’étais une fille avant du coup? Jamais je l’aurais deviné dis donc!
■ Ça se voit pas du tout que t’étais une fille avant ! Nan mais sérieux, j’étais là avec mes potes « ouais et donc le gars machin machin », vraiment, j’aurais JA-MAIS pensé que t’étais pas biologiquement un mec !

Alors, je me suis permis de rassembler ces trois déclarations sous le même groupement parce que chacune ressort de la même mécanique verbale.
Il s’agit de cette espère de surprise malsaine qu’ont les gens quand ils découvrent qu’une personne est trans. Nous ne sommes pas des bêtes de foire, nous ne sommes pas là pour vous émerveiller de par notre existence si « rare ».
Les gens quand ils disent que jamais ils n’ont rencontré de personne trans, ils se fourrent le bras dans l’œil jusqu’à l’os. Parce qu’en affirmant cela, ils déclarent implicitement être capables de différencier une personne trans d’une personne cisgenre rien qu’en les regardant.
C’est non seulement transphobe, mais c’est aussi complètement con. Statistiquement, les personnes trans représentent au moins 1% de la population. Vous allez me dire que c’est que dalle. Sauf que 1% de 7 milliards ça fait 70 000 000 personnes, sauf si je suis une grosse quiche en mathématiques, ce qui est possible. Mais là j’ai vérifié trois fois.
De ce fait, nous sommes Legion un paquet de monde.
En conséquence, la bonne réaction serait plutôt quelque chose comme « ah ok, et sinon tu chausses du combien? » (ou toute autre question bateau du même acabit).

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■ Du coup j’ai dit à [Machine] que t’étais né fille, elle me croyait pas du tout !

On n’oute pas les gens sans leur consentement. Jamais. A aucun moment.
Cela ne regarde pas les gens de savoir ce que contiennent mes pantalons. On s’en fout. Ce n’est jamais important. Sauf si je décide eventuellement de faire des fanfreluches avec ces personnes. Et quand bien même, ce n’est pas votre place que de leur annoncer. Jamais. Nope.

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■ Non mais j’ai plein d’amis trans, et ils m’ont tous dit leur prénom d’avant, du coup c’est quoi le tien?

Peut-être que tes amis trans sont tous très à l’aise avec leur deadname, leur identité pré-transition, appelle ça comme tu veux. Mais moi pas. Mon passé m’appartient, mais ne regarde que moi.
N’essayez jamais de vous justifier pour obtenir des informations aussi privées. C’est encore pire que de simplement demander sans aucune autre raison qu’une forme de curiosité mal placée.
D’autant que je trouve assez malsain le principe consistant à essayer de visualiser mon moi de « avant ». Mon moi de quand j’avais des cheveux longs et que je portais des robes. Spoiler alerte: ce moi n’a jamais existé, sauf peut-être quand j’avais 8 ans. Mais est-on réellement des être humains libres de nos propres décisions à 8 ans? Non. Aptes à avoir des raisonnements oui, mais pas disposés à choisir, parce qu’on a généralement des parents, un tuteur, de la famille, même de substitution qui choisira à notre place, à tort ou à raison d’ailleurs. Mais je m’égare.

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■ J’adore les trans, ils sont toujours magnifiques! Genre des fois, t’as une meuf qui se lève, elle est trop gaulée et tout, et en fait tu te rends compte que c’est un gars.

Alors. Celle là est tellement problématique que je ne sais non seulement pas par où commencer, mais j’ai dû arborer la meilleure poker face de ma vie et me cramponner à mes potes pour ne pas aller emplâtrer la nana à l’origine de ces propos.
C’est pourtant pas compliqué. Si cette personne se présente comme une fille, c’est UNE personne trans, et inversement si cette personne (pas la même du coup, à priori) se présente comme étant un garçon, c’est UN individu trans.
Side note c’est culture c’est cadeau : on dit également UNE drag-queen, et UN drag-king. Le pronom s’accorde avec le genre présenté par le participant.

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■ Je pensais que t’étais gay, vu comment tu es tout délicat, mais en fait c’est parce que t’es une meuf à la base ! Tout s’explique !

ALORS. La transphobie est parfois un savant mélange d’homophobie et de misogynie. Ici un parfait exemple. Un cas d’école si je puis dire.
Il y a autant de types de personnalités qu’il y a de personnes, ne tombons pas immédiatement dans les clichés des homos efféminés et des lesbiennes qui conduisent des camions. Moi par exemple je suis délicat mais j’aime bien les camions, ok?
Il n’y a pas non plus une seule forme de masculinité ou de féminité. La performance de genre s’étale sur un spectre assez large de possibilités. Si une femme cis est un peu brut de décoffrage ou qu’elle ne fait pas la vaisselle, personne ne remets en doute le fait qu’elle soit une femme, sauf peut-être les Jean-Michel-Viriliste. Donc je ne vois pas en quoi le fait qu’un garçon trans soit délicat puisse moins faire de lui un vrai petit garçon hétéro. Le genre et la sexualité sont deux choses bien distinctes, arrêtons de tout mélanger, s’il vous plait.

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■ Et euh, du coup, tu comptes être… « complet » à la fin ?

Il n’y a pas un parcours type de transition. Il n’y a pas de fin à proprement parler, il n’y a pas non plus d’étapes obligatoires. Chaque personne trans peut considérer avoir « fini » son parcours à n’importe quel moment qu’iel souhaite, et iel peut aussi décider que jamais fin il n’y aura, sauf peut-être la seule véritablement existante, à savoir la mort. Et encore, il ne faut pas que cette personne soit croyant.e pour que mon affirmation fonctionne.
…Oh wait, tu veux savoir si je vais avoir un pénis c’est ça? Cela ne te concerne en rien. Sauf si on en vient à fanfrelucher auquel cas je te tiendrais au courant. Mais avec une approche pareille, ça ne risque pas arriver.

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Pour conclure cet article, je vous fait part d’une petite aventure qui m’est arrivée hier soir. C’est le moment mignon pour se laver de toutes ces horreurs citées plus haut.

Je discutais avec une jeune femme de la provenance de la casquette que je portais. Il s’agit d’une magnifique pièce de chez Point 5CC, boutique fondée par Aydian Dowling, et qui a pour particularité de reverser un pourcentage de tout les achats à un fond venant en aide aux personnes transgenre, notamment pour aider au financement des chirurgies du torse.
Elle m’a donc dit qu’elle trouvait cela touchant qu’un mec hétéro comme moi s’intéresse et soutienne ce type de causes. Que c’était vachement chouette, et combien le milieu Queer était accueillant.
Cela m’a fait sourire, parce que cette nana et moi, on a été à la même après-midi piscine, et que j’étais donc en short de bain et binder, et que à aucun moment elle n’a fait les mathématiques dans sa tête de pourquoi je portais alors un binder.

Je suis passé pour un mec cisgenre sans efforts. Et ça peut sembler bête, mais ça m’a fait énormément de bien. Pas de remarque déplacée, pas de question intrusive. Juste un garçon et une fille qui discutent en buvant des verres entourés de gens qui dansent sur de la musique pleine de grosses basses.
Et c’était un instant vachement chouette.

C’est tout pour moi aujourd’hui, le bisou !

I will summon you

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*BOOP*

C’est amusant quand même, la vitesse à laquelle les choses évoluent, d’un point de vue individuel. J’ai à peine fêté mon 1er manniversaire, que je constate déjà ne plus considérer certains détails de la même façon.

Au début de mon parcours de transition, au moment de mon coming-out plus précisément, je tenais à ce que tout le monde soit au courant, pas nécessairement de ma transidentité, mais du fait qu’il fallait me genrer au masculin. Et de ce fait, les gens additionnaient 2 + 2, et ça faisait automatiquement de moi une personne trans.

A présent, l’approche est plus délicate. Je ne prends pas la peine d’expliquer aux nouveaux gens que je rencontre, que je suis un garçon, parce que ça se voit sur ma gueule, il n’y a aucun doute sur la question. Mais je ne précise pas forcément que je suis transgenre. Parce que je ne juge pas cela utile. Et parce que je considère que mon passé n’appartient qu’à moi, et que ça ne regarde pas les gens de savoir ce que contiennent mes boxers.

Et du coup, c’est un exercice de subtilité au quotidien, en particulier en soirée, quand je discute avec des inconnu.e.s, d’avoir des réponses qui me viennent automatiquement aux questions qui sonneraient presque comme des reproches.

Quoi? J’ai bientôt 26 ans et à peine trois poils au menton? Ouais, mais j’ai eu une puberté tardive.
Comment? Tu as entendu que mon ami.e parlait de mon traitement? Oui, j’ai un dérèglement hormonal, rien de bien grave, mais j’ai besoin d’un supplément en testostérone pour éviter les inconvénients liés à ce déficit.
Hein? Comment suis-je aussi renseigné sur les règles? Bah, j’ai deux sœurs moi tu sais, dont la plus grande avec seulement deux ans d’écart, forcément, même sans le vouloir, tu en apprends des choses sur le sujet.
Tu dis? Pourquoi j’utilise la cabine plutôt que la pissotière? Question d’habitude, je préfère m’asseoir, je trouve cela nettement plus confortable. (merci Wolf pour celle là d’ailleurs)

Bref, tout un tas de situations où il m’a fallu créer des automatismes verbaux, par souci de « sécurité », et surtout histoire de me rassurer de ne jamais être « révélé » au grand jour et subir des remarques désobligeantes (car il y en a).

De ce fait, je profite pleinement de la quiétude de mon cispassing, non sans cette angoisse perpétuelle de « griller » ma situation, un peu comme si j’étais un espion sous couverture, au pays des mecs cisgenre.
Et du coup, lorsque des personnes rencontrées depuis moins d’un an, comprennent que je suis trans, il s’en suit toujours une ribambelle de remarques pas toujours très safe, dont je vous ferais bientôt part dans un second épisode de Florilège.

Mais là où je voulais arriver, c’est que je n’aime pas qu’on me colle immédiatement cette étiquette de LE MEC TRANS™, et que les individus ne retiennent uniquement que ça de moi. C’est aussi blessant que réducteur. Je vous remercie donc de ne pas le préciser, me concernant ou concernant d’autres personnes trans. Parce que je l’ai déjà vécu, qu’après avoir discuté avec des inconnu.e.s, mes ami.e.s pensent pertinent de préciser ma situation identitaire à ces inconnu.e.s., et ce n’est vraiment, mais alors vraiment pas indispensable.

Bref. Prenez soin des gens que vous aimez, dites leur que vous les aimez, et ne les outez pas gratuitement.
Merci !

Look at me standing

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Coucou les pipous !
En cette période de grosse chaleur, je voulais faire un rapide article pour les porteurs de binders.
Comme vous le savez certainement, un binder est principalement fait de coton et de spandex (elasthane/lycra), du coup ça tient particulièrement chaud. Surtout qu’on porte généralement des vêtements par dessus, donc on double l’effet sauna.

En ce moment à Bordeaux, au plus fort de la journée on tape dans les 38 degrés, et même à l’heure où j’écris ceci, soit environ minuit, il fait encore facilement 27 degrés. Ça nous annonce méchamment la couleur pour les trois mois à venir. Du coup, comment éviter de mourir? Voici quelques petites astuces pour vous permettre de tenir la distance durant la période estivale. Rien de bien révolutionnaire malheureusement, mais c’est toujours ça de pris.

1/ Restez à l’écoute de votre corps.
Ça peut paraître con, et moi-même je suis un des premiers à forcer. Mais en tant que porteur de binder régulier, il faut être bien attentif à ses propres limites. Quand vous sentez que vous commencez à suffoquer, à avoir la tête qui tourne, il est temps de l’enlever, car cela vous évitera un éventuel malaise.

2/ Lavage Fréquent.
Nettoyez votre binder au minimum tous les deux jours, je suis d’accord que ça demande pas mal d’organisation, notamment parce qu’un binder doit être lavé à la main, et qu’il faut idéalement en avoir plusieurs pour faire un roulement.
Mais le fait qu’il soit propre permet un certain confort supplémentaire, en terme de port et d’enfilage, comme en terme d’odeur. Parce que mine de rien, la vitamine T augmente pas mal le fait de transpirer. Et porter un binder qui daube n’est pas forcément quelque chose qui met à l’aise son porteur.

3/ Limiter le port.
Le mieux est de pouvoir ne le porter que certains jours, et pas durant la journée complète. J’ai le « privilège » de ne pas devoir aller au taff ou à l’école, et je sais que c’est compliqué lorsque l’emploi du temps est incompatible avec des pauses longues.
Mais ne portez votre binder qu’en cas de situation strictement nécessaire. Donc pas à la maison, éventuellement pas en compagnie des gens avec qui vous êtes suffisamment à l’aise pour être sans, et surtout JAMAIS quand vous dormez (mais ça c’est toute l’année). Évitez également lors de sessions de sport, où il faudrait privilégier une brassière un peu serrée, plus adaptée qu’un binder.
Si vous n’avez pas la possibilité de rester sans, faites quelques pauses, même de 5 minutes, où vous l’enlevez pour le remettre après. Histoire de respirer normalement l’espace de quelques instants.

4/Serrez vous les coudes.
Si vous avez des ami.e.s qui sont aussi porteur.se.s de binders, soutenez vous les un.e.s les autres dans cette épreuve qu’est la chaleur. N’écoutez pas les gens qui vont sans cesse vous demander pourquoi ne pas « juste l’enlever? ». Je sais combien la dysphorie c’est pas rigolo, et que c’est irrationnel. Croyez moi, je comprends, vraiment.
Mais prenez soin de vous quand même, et économisez vous, et surtout hydratez vous !

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C’est tout pour moi, je vous dis à très vite pour du nouveau contenu ! D’ici là, faites attention à vous, et aux gens qui vous entourent.

Felicitations, c’est un garçon !

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Bien le bonjour !
Aujourd’hui est un grand jour, une pierre blanche sur mon édifice personnel construit avec mes petits bras. Je fête en effet mon premier anniversaire de traitement hormonal de substitution. Un an donc, que je prends joyeusement une seringue pleine de vitamine T dans une de mes deux fesses.

Il y a eu plusieurs dates clés dans mon parcours, au choix mon coming-out officiel et définitif public (21 décembre 2015), les obtentions successives du certificat « d’aptitude » à la transition, la première ordonnance pour la vitamine, etc. Tout ça vous le savez déjà, si vous me suivez depuis tout ce temps.
Mais donc le 10 mai 2016, à 11h tapantes, j’ai reçu ma toute première injection, une piqûre pour une nouvelle vie, en quelque sorte.

Et tout au long de cette première année, y’a un paquet de gens que je dois remercier pour m’avoir supporté, à tous les sens du terme. Du coup là ça va être une longue liste de remerciements, un peu comme le générique de Dorothée où tu espérais voir ton prénom apparaître. Spoiler cependant : je n’ai jamais vu l’émission de Dorothée, j’étais trop petit, et aussi je vais sûrement oublier un paquet de gens, donc pardon par avance si vous êtes éventuellement vexés de ne pas lire le vôtre.
Ah et si vous scrollez à la fin, j’ai monté une vidéo un peu comme j’ai pu, qui retrace mois par mois, mon évolution, avec énormément de cuts sinon ça aurait fait 15 minutes et ça aurait été super chiant.

Donc, un énorme merci en premier lieu aux participants des cagnottes qui m’ont permis d’accélérer le processus d’accès aux soins :
Emma D, Charpi, Alia, Java, Bambi, Mathieu C, Marinou, Emeric, Reya A, Candice, Polina, Yeti, Simon, Manon, Firea, Louison, Emma B, Charlie, Segolene, Olivier, Ludovic, Didou, Isie S, Geoffrey F, Rebecca L, Sophie L, Mathieu M, Gabriel G, Roch, Thorfin, Gia, Lucy.

Un tout aussi massif merci à celleux qui m’ont écrit des lettres de témoignage pour l’obtention de mon changement de prénom:
Nathalie, Alice, Passy et Lili.

Et enfin pour terminer, quelques remerciements un peu plus personnalisés, parce que voilà, il fallait le souligner.

  • Marianne & Simon-Pierre : pour votre accueil chaleureux et l’amitié inconditionnelle qui s’en est accompagnée.
  • Poutchy : pour ton soutien quotidien, et ton amour indéfectible.
  • Leo : pour m’avoir poussé dans la bonne direction dès le début, et parce que t’es pas mon frère pour rien, ai-je besoin d’en dire plus?
  • Ma famille : Pour avoir su me soutenir, une majeure partie d’entre vous, et ne pas m’avoir tous rejeté en bloc.
  • Axelle : Pour m’avoir ouvert ta porte alors qu’on se connaissait à peine, et m’avoir laissé les clés  y compris après avoir appris à me connaitre.
  • Kris : Pour être un père de substitution incroyable.
  • Tcheu : Parce que même de loin, je sais que tu es encore là.

Bref, trêve de niaiserie, en avant pour la vidéo !
[Attention: suite à une erreur au montage, le son n’est pas très fort sauf pour le générique de fin. Faites gaffe pour ceux qui écouteront au casque. Egalement, la qualité vidéo est relativement médiocre, mais ma webcam n’est pas compétitive. Voilà.]

They want me dead

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Des fois, je réalise que mon cispassing tient à des détails, des petites choses fragiles du quotidien, et qui nécessitent de sacrés jets de bluff.
Un élément en particulier me vient immédiatement à l’esprit, celui des toilettes. On ne peut pas vraiment esquiver ce besoin là, et ça peut être une source de soucis inattendus.

Encore hier soir, je discutais avec un nouvel ami, et nous évoquions le principe d’optimisation de « l’afk bio », à savoir, la pause petit coin obligatoire durant les parties de jeu vidéo en ligne. Et quand on est en pleine instance, ou donjon, bref, une partie intense à plusieurs, le moins de temps passé sur le trône est la clé du succès.
Je lui évoquais ma technique qui consiste à se désaper/rhabiller sur la route entre l’écran et les chiottes, et lui m’a répondu d’un air interrogateur pourquoi je perdais ce temps là? Alors qu’il suffisait de « se la caler sur le côté » et courir en calbut à travers l’appartement.
Après une savante poker face de ma part, j’ai renchéri après un léger silence que j’étais très pudique, et que je portais au minimum un short.

C’est à ce moment là que j’ai réalisé que les garçons cisgenre n’ont pas la nécessité de descendre leur futal aux chevilles pour pisser. Et je me suis senti un peu bête, d’avoir oublié ce genre de détail si stupide et pourtant si révélateur.

Je suis un homme ne possédant pas de pénis, et ça me complique un peu la tâche quand il s’agit d’aller faire ses besoins. En particulier quand les toilettes publiques sont, au mieux équipées d’une seule cabine, au pire ne disposent que d’urinoirs. Je suis simplement incapable de faire mon business debout. Et quand parfois la porte de la cabine est pétée, c’est super délicat de me soulager sans crainte d’être « grillé », et éventuellement d’être agressé pour « oser » être différent. Ça serait bien loin d’être du « jamais vu » malheureusement.
Je me rappelle précisément la fois où j’ai été chahuté assez violemment pour avoir utilisé les « toilettes des filles », je ne souhaite pas réitérer l’expérience.

D’autant que, et j’espère vraiment être le seul à le remarquer mais, entre les deux types de tuyauterie intime, le son produit lorsqu’on fait pipi est distinctement différent, en fonction duquel l’on est équipé. Et ça me fout une trouille monumentale quand vient le moment d’évacuer en terrain inconnu, ou simplement hors de chez moi.
Et je ne parle même pas de l’impossibilité totale d’uriner dans la rue, qui révélerait à coup sûr mon anatomie inhabituelle pour un garçon.

Voilà. Il n’y a pas vraiment de revendication particulière derrière ce billet, si ce n’est, laissez nous pisser comme on peut, et surtout comme on veut, où on veut.
Les personnes trans ont un quota suffisant d’angoisse quotidienne, et les WC en sont une partie intégrante.

Merci de votre attention.