Florilège #2

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Sois mignon.

Aujourd’hui, c’est le retour du florilège de remarques affreusement transphobes que j’ai pu entendre depuis le premier épisode. Vous noterez qu’elles sont subtilement différentes, mais toutes aussi violentes que lors du premier opus. Et comme je suis vachement sympa, on va décortiquer ensembles en quoi c’est problématique, chose qui n’avait pas été faite la première fois, parce que souvent je suis feignant. Mais pas aujourd’hui, alala, comme je suis merveilleux (non) !

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■ Ah mais du coup, c’est tes seins dans ton espèce de débardeur là?

Alors. La dysphorie, dont on a déjà parlé il y a quelques articles de cela, caractérise un sentiment profond et souvent irrationnel d’inadéquation entre ressenti intime et apparence physique. La dysphorie de genre touche la plupart du temps aux caractéristiques sexuelles primaires (comme les parties génitales) ou secondaires (comme la pilosité faciale ou la poitrine), mais pas seulement.
Et donc, rappeler à une personne trans que tel ou tel morceau de son physique, qu’iel considère potentiellement comme un corps étranger; ne s’accordent pas avec les caractéristiques attendues du genre auquel cette personne correspond, c’est hyper violent.
Je ne dis pas que toutes les personnes transgenre souffrent de dysphorie ou encore que c’est un pré-requis, mais une grande majorité de ces individus en subissent le poids. Donc soyez délicats dans vos propos, choisissez vos mots, ou au mieux ne dites rien. On ne sait jamais.

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■ Tu es trans? Olala, j’aurais pas cru.
■ T’étais une fille avant du coup? Jamais je l’aurais deviné dis donc!
■ Ça se voit pas du tout que t’étais une fille avant ! Nan mais sérieux, j’étais là avec mes potes « ouais et donc le gars machin machin », vraiment, j’aurais JA-MAIS pensé que t’étais pas biologiquement un mec !

Alors, je me suis permis de rassembler ces trois déclarations sous le même groupement parce que chacune ressort de la même mécanique verbale.
Il s’agit de cette espère de surprise malsaine qu’ont les gens quand ils découvrent qu’une personne est trans. Nous ne sommes pas des bêtes de foire, nous ne sommes pas là pour vous émerveiller de par notre existence si « rare ».
Les gens quand ils disent que jamais ils n’ont rencontré de personne trans, ils se fourrent le bras dans l’œil jusqu’à l’os. Parce qu’en affirmant cela, ils déclarent implicitement être capables de différencier une personne trans d’une personne cisgenre rien qu’en les regardant.
C’est non seulement transphobe, mais c’est aussi complètement con. Statistiquement, les personnes trans représentent au moins 1% de la population. Vous allez me dire que c’est que dalle. Sauf que 1% de 7 milliards ça fait 70 000 000 personnes, sauf si je suis une grosse quiche en mathématiques, ce qui est possible. Mais là j’ai vérifié trois fois.
De ce fait, nous sommes Legion un paquet de monde.
En conséquence, la bonne réaction serait plutôt quelque chose comme « ah ok, et sinon tu chausses du combien? » (ou toute autre question bateau du même acabit).

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■ Du coup j’ai dit à [Machine] que t’étais né fille, elle me croyait pas du tout !

On n’oute pas les gens sans leur consentement. Jamais. A aucun moment.
Cela ne regarde pas les gens de savoir ce que contiennent mes pantalons. On s’en fout. Ce n’est jamais important. Sauf si je décide eventuellement de faire des fanfreluches avec ces personnes. Et quand bien même, ce n’est pas votre place que de leur annoncer. Jamais. Nope.

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■ Non mais j’ai plein d’amis trans, et ils m’ont tous dit leur prénom d’avant, du coup c’est quoi le tien?

Peut-être que tes amis trans sont tous très à l’aise avec leur deadname, leur identité pré-transition, appelle ça comme tu veux. Mais moi pas. Mon passé m’appartient, mais ne regarde que moi.
N’essayez jamais de vous justifier pour obtenir des informations aussi privées. C’est encore pire que de simplement demander sans aucune autre raison qu’une forme de curiosité mal placée.
D’autant que je trouve assez malsain le principe consistant à essayer de visualiser mon moi de « avant ». Mon moi de quand j’avais des cheveux longs et que je portais des robes. Spoiler alerte: ce moi n’a jamais existé, sauf peut-être quand j’avais 8 ans. Mais est-on réellement des être humains libres de nos propres décisions à 8 ans? Non. Aptes à avoir des raisonnements oui, mais pas disposés à choisir, parce qu’on a généralement des parents, un tuteur, de la famille, même de substitution qui choisira à notre place, à tort ou à raison d’ailleurs. Mais je m’égare.

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■ J’adore les trans, ils sont toujours magnifiques! Genre des fois, t’as une meuf qui se lève, elle est trop gaulée et tout, et en fait tu te rends compte que c’est un gars.

Alors. Celle là est tellement problématique que je ne sais non seulement pas par où commencer, mais j’ai dû arborer la meilleure poker face de ma vie et me cramponner à mes potes pour ne pas aller emplâtrer la nana à l’origine de ces propos.
C’est pourtant pas compliqué. Si cette personne se présente comme une fille, c’est UNE personne trans, et inversement si cette personne (pas la même du coup, à priori) se présente comme étant un garçon, c’est UN individu trans.
Side note c’est culture c’est cadeau : on dit également UNE drag-queen, et UN drag-king. Le pronom s’accorde avec le genre présenté par le participant.

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■ Je pensais que t’étais gay, vu comment tu es tout délicat, mais en fait c’est parce que t’es une meuf à la base ! Tout s’explique !

ALORS. La transphobie est parfois un savant mélange d’homophobie et de misogynie. Ici un parfait exemple. Un cas d’école si je puis dire.
Il y a autant de types de personnalités qu’il y a de personnes, ne tombons pas immédiatement dans les clichés des homos efféminés et des lesbiennes qui conduisent des camions. Moi par exemple je suis délicat mais j’aime bien les camions, ok?
Il n’y a pas non plus une seule forme de masculinité ou de féminité. La performance de genre s’étale sur un spectre assez large de possibilités. Si une femme cis est un peu brut de décoffrage ou qu’elle ne fait pas la vaisselle, personne ne remets en doute le fait qu’elle soit une femme, sauf peut-être les Jean-Michel-Viriliste. Donc je ne vois pas en quoi le fait qu’un garçon trans soit délicat puisse moins faire de lui un vrai petit garçon hétéro. Le genre et la sexualité sont deux choses bien distinctes, arrêtons de tout mélanger, s’il vous plait.

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■ Et euh, du coup, tu comptes être… « complet » à la fin ?

Il n’y a pas un parcours type de transition. Il n’y a pas de fin à proprement parler, il n’y a pas non plus d’étapes obligatoires. Chaque personne trans peut considérer avoir « fini » son parcours à n’importe quel moment qu’iel souhaite, et iel peut aussi décider que jamais fin il n’y aura, sauf peut-être la seule véritablement existante, à savoir la mort. Et encore, il ne faut pas que cette personne soit croyant.e pour que mon affirmation fonctionne.
…Oh wait, tu veux savoir si je vais avoir un pénis c’est ça? Cela ne te concerne en rien. Sauf si on en vient à fanfrelucher auquel cas je te tiendrais au courant. Mais avec une approche pareille, ça ne risque pas arriver.

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Pour conclure cet article, je vous fait part d’une petite aventure qui m’est arrivée hier soir. C’est le moment mignon pour se laver de toutes ces horreurs citées plus haut.

Je discutais avec une jeune femme de la provenance de la casquette que je portais. Il s’agit d’une magnifique pièce de chez Point 5CC, boutique fondée par Aydian Dowling, et qui a pour particularité de reverser un pourcentage de tout les achats à un fond venant en aide aux personnes transgenre, notamment pour aider au financement des chirurgies du torse.
Elle m’a donc dit qu’elle trouvait cela touchant qu’un mec hétéro comme moi s’intéresse et soutienne ce type de causes. Que c’était vachement chouette, et combien le milieu Queer était accueillant.
Cela m’a fait sourire, parce que cette nana et moi, on a été à la même après-midi piscine, et que j’étais donc en short de bain et binder, et que à aucun moment elle n’a fait les mathématiques dans sa tête de pourquoi je portais alors un binder.

Je suis passé pour un mec cisgenre sans efforts. Et ça peut sembler bête, mais ça m’a fait énormément de bien. Pas de remarque déplacée, pas de question intrusive. Juste un garçon et une fille qui discutent en buvant des verres entourés de gens qui dansent sur de la musique pleine de grosses basses.
Et c’était un instant vachement chouette.

C’est tout pour moi aujourd’hui, le bisou !

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Souffle donc tes bougies !

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Aujourd’hui, cela fait 8 ans que ce blog existe.
Soit 2922 jours, en comptant les années bissextiles.

Et les chiffres sont assez hallucinants : Plus de 560 articles en ligne, plus environ 250 qui ont été supprimés avec le temps. Et il en reste encore un paquet à dégager.
Car, et j’ai l’impression de dire ça tous les ans, mais je n’ai gagné en qualité qu’après plusieurs années. Cela doit faire environ 3 ans, que la ligne éditoriale s’est réellement améliorée, et est devenue plus qualitative (on essaye en tout cas).

Je ne poste plus juste pour le principe de raconter ma vie, j’essaie au maximum de dire des vrais trucs, si possible intéressants, et dont on peut tirer des leçons, ou au minimum avoir une opinion sur la question.
Non pas que j’ai déjà menti, ou raconté des cracks, mais qu’on se le dise, c’était aussi chiant qu’inutile.

Et je dois dire que, je ne pensais pas écrire aussi longtemps. Enfin, je ne pensais pas vivre aussi longuement surtout, mais c’est un autre sujet.
Mais il faut bien avouer que, s’il est facile d’ouvrir un blog pour l’été, le tenir sur la durée est un exercice bien plus délicat. Continuer à tenir ce blog ouvert, alors que ma vie change, évolue, bouge dans tous les sens, ce n’est pas chose simple. Entre les périodes de dépression à répétition, et les différents changements de direction qu’ont pris les thématiques abordées, je suis étonné de ne pas tou.te.s vous avoir perdus en route.

Et le fait que cette plateforme ait survécu à tous ces événements pas toujours évidents à gérer, me rend assez fier. Et cela a fonctionné dans les deux sens. Parce que durant certaines périodes, écrire m’a clairement permis de tenir la distance, si je passais huit jours sans sortir de chez moi, au fond du gouffre et en pyjama, je me disais qu’au moins, j’avais produit du contenu, et ça me laissait entrevoir un peu la lumière au bout du rouleau.

Du coup, même si mon lectorat a évolué lui aussi avec le temps, je tiens à vous remercier tou.te.s pour m’avoir soutenu tout ce temps. Que vous soyez lecteurice de la première heure, nouveau venu ou quelque part entre les deux, merci à chacun.e d’entre vous pour toutes ces belles années, et ces milliasses de lignes de texte, lues comme rédigées.

Cela sonne comme un au revoir, alors que bien au contraire, le parcours ne s’arrête pas là, le chemin est encore bien long, je l’espère en tout cas.
A vous comme à moi, je nous souhaite encore de belles années à venir, ensembles.

Merci.

I know that ain’t no way to live

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Hier, c’était la sixième fois en l’espace de quelques mois qu’on me demandait si j’étais homo. Et comme le gars me mettait un peu mal à l’aise par son comportement trop familier à mon égard, j’ai hésité en répondant. Non pas que je sois spécialement sensible aux charmes des messieurs, mais mon hésitation a semblé l’encourager.

Et tout cet échange, et les précédents, m’ont fait me poser cette question, de pourquoi les gens ont l’impression que je suis homosexuel.
J’ai donc demandé à mon coloc, qui m’a étayé le fait que si mon expression de genre était clairement établie comme celle d’un garçon, mon look et mon aspect général, cheveux et piercings inclus, démontrait clairement que j’étais affilié à la communauté queer.

Alors, avant toute chose, je tiens à préciser que je ne me considère pas comme queer moi-même. Car pour moi, derrière ce terme il y a une idée politique, une image de militantisme et d’actions plus ou moins concrètes.
Or, je n’essaie pas d’être politisé, mais ma simple existence, de par certaines de ses spécificités, est indirectement politique, sans que moi-même je ne cherche à revendiquer quoi que ce soit.

Mais pour moi, la théorie est toute autre. Si mon expression de genre est clairement au masculin, je ne performe pas la masculinité comme on l’entend dans les standards de la société actuelle.
Je mélange excentricité et anxiété sociale, ce qui se traduit par une tendance à être exubérant tout en m’effaçant face à un groupe. Et j’ai un look d’adolescent, à base de tee-shirts à motifs rigolos, et de jeans amples et parfois informes. Entre ça et ma puberté tardive, je fais bien moins que mon âge.

Egalement, j’estime ne pas chercher une esthétique de virilité commune. Je ne vais que rarement au conflit, et je suis plutôt délicat. Et si on se base sur tout un tas de clichés de l’esprit collectif, par A+B, tout cela me fait donc apparaître comme homo aux yeux d’un paquet de gens.

Et en soi, ce n’est pas tellement un souci, que j’ai l’air gay, ou que j’ai l’air hétéro. Au pire on s’en fout en vrai. Mais ça m’interroge quand même, de savoir d’où tous ces inconnus me posent la question, et surtout, sur quoi iels se basent?

Toujours en discutant avec Charpi, j’en suis venu à la conclusion que, peu importe notre expression de la masculinité, les gens lisent des trucs sur nos visages, notre apparence. Lui, on lui demande souvent s’il fait de l’informatique, moi on me demande si je préfère les hommes. Et je pensais naïvement que j’avais autant un physique de gros geek que lui, mais apparemment pas. Je pensais naïvement qu’on lui posait aussi souvent la question de s’il était gay, mais toujours pas non plus.
Du coup, il semblerait que je transparais des éléments sans le savoir, et je n’ai pas la moindre idée de ce qu’ils sont.
J’ai incontestablement une tronche de nerd, mais queer. Lui, il a une tête de nerd, mais qui fait des mathématiques. C’est ce qui semble ressortir de notre débat en tout les cas.

Vraiment. Je me demande. Et cela m’amuserait presque, si ça n’impliquait pas de me faire draguer par des mecs de 45 ans. Parce que j’ai conservé des restes de cette éducation précoce à se méfier des hommes, et que je suis bien embêté, de ne pas savoir comment me sortir de ce genre de situations, avec la terreur enfouie de se faire agresser sexuellement.

Enfin bref. Je voulais le poser par écrit, même si ça ne m’apporte pas la réponse au final. Peu importe.