Make Me Feel Safe

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Après presque deux mois d’absence, je reviens sur le devant de ma toute petite scène, pour discuter de l’invisibilité des personnes trans-masculines. Sujet délicat s’il en est.
Je tiens d’ailleurs à signifier que je n’ai pas réellement rien fichu pendant ces deux mois, mais c’est un résultat surprise que je vous réserve pour plus tard.

Aujourd’hui donc, nous allons essayer ensembles (surtout moi), de comprendre pourquoi les garçons trans ont si peu de visibilité face aux femmes trans.
Et avant toute chose, je rappelle que cet avis n’engage pour le moment que moi, et que le contenu de cet article sera théorique avant d’être pratique.

Mise en Contexte

En grandissant, j’avais plus ou moins pleinement conscience que quelque chose n’allait pas chez moi. Je l’ai déjà évoqué par le passé, j’attribuais ce malaise généralisé à tout un tas de choses, et notamment mon poids.
Pourtant quand j’étais petit, je n’étais pas encore gros (j’ai vérifié sur les photos). Mais les autres enfants s’acharnant tellement à me le faire comprendre, j’ai fini par l’intégrer.

Par la suite, j’ai tout construit autour de mon orientation sexuelle, que j’ai moi-même cloisonnée pour assurer des fondations solides. Mais ce n’est qu’en rencontrant d’autres garçons en situation de transition que j’ai réussi à comprendre. Non pas que cela me concernait, mais que cela existait, avant toute chose. Pour moi ce fut une révélation : il est possible de transitionner dans les deux sens du spectre masculin-féminin.
Ça parait idiot, mais à l’époque ça a pété les fondations de mon existence à la masse de chantier.

Les personnes trans féminines sont très visibles, et éclipsent presque les personnes trans masculines. On n’en entendais quasiment jamais parler, avant l’ère du Saint Internet, et ce n’est finalement que depuis moins de 10 ans, avec l’explosion de YahourTube, que les mecs trans sortent de l’ombre. Ils existent pourtant depuis aussi longtemps que leurs consœurs, avant même la modernité du traitement hormonal et des chirurgies, il y a plein de livres sur le sujet.

Alors, pourquoi ce silence pendant si longtemps?

Argumentation

Ce silence est, à mon humble avis, dû à plusieurs facteurs croisés. Non, aucun lien avec la personne qui t’apporte tes colis de chez la Chine.
Et il faut que j’arrête de faire des blagues, parce que je perds moi-même le fil de mon raisonnement, avançons donc.

Chaque parcours est évidemment différent, d’un côté comme de l’autre sur le spectre, mais si je dois faire des généralités, je dirais que le cispassing s’acquière bien plus vite pour les garçons que pour les filles. Tandis que les filles doivent parfois passer par plusieurs types de médication hormonale, et éventuellement faire de la rééducation vocale ; les garçons eux, quelques piqûres régulières dans les fesses et en 8 mois c’est plié.

Je grossis effectivement beaucoup le trait, mais la testostérone de synthèse étant particulièrement puissante, elle remue tout le corps en même temps, pas tout à la même vitesse, mais dans l’ensemble, les changements peuvent être très rapides.

Et cela, engendre plusieurs éléments. Je parle en généralités toujours, parce que si je commence au cas par cas, mon article va durer 8 jours, et personne ne le lira.
Plusieurs éléments donc :

1/ La visibilité sociale en tant que personne trans peut être plus longue pour les personnes féminines, de ce fait leur présence est plus facilement notable. Les personnes masculines vont plus vite tomber dans l’anonymat du cispassing.

2/ L’exotisation sociale et sociétale. On entend toute sorte de « blagues » à propos des femmes trans, rarement à propos de leurs confrères. Les « blagues » en question tournant très souvent autour du fait que les femmes trans ne sont que des pièges pour les hommes cisgenre hétérosexuels. Un peu comme si on affirmait que toutes les femmes trans sont forcément attirées par les hommes… hein?
Les seules remarques qu’on entend sur les garçons trans sont généralement faites par les TERFs.

Parenthèse de vocabulaire : les TERFs pour Trans-Exclusionary Radical Feminist, sont des « féministes » qui fondent leur mouvement sur la prétendue biologie des individus, c’est à dire que si t’es né·e avec un pénis, tu es forcément un garçon, alors que les faits leur donne tort. Elles considèrent que la transidentité est un mensonge, que les femmes trans sont des hommes en robe qui vont les agresser, et que les hommes trans sont des traîtres à la cause passés à l’ennemi (les autres hommes donc). Notez que je n’ai pas utilisé « iels », puisque les TERFs ne considèrent pas qu’un homme puisse être féministe ou au minimum un allié de la cause.

3/ De par cette potentielle attente d’un cispassing, le temps parait bien plus long pour les filles trans que pour les garçons trans. Beaucoup se tournent alors vers la communauté (trans et/ou LGBTQ+), et plus le temps passé est conséquent, plus les personnes se sentent plus ou moins redevables envers ladite communauté. Mais cette affirmation est purement théorique par contre. Je ne me base sur rien, si ce n’est mon ressenti, et un constat de loin.

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Evidemment, le militantisme constant n’est par pour tout le monde, et je conçois tout à fait que lorsqu’une personne a atteint le stade (émotionnel autant que physique) où elle se sent bien, elle lâche totalement la lutte permanente. Après tout, une personne transitionne pour être en meilleur accord avec son ressenti profond, et chacun n’a pas pour ambition de faire de son quotidien un combat pour faire valoir les droits de toute une communauté.

Et pour ce qui est du point de vue purement trans-masculin, on a très souvent grandi socialement et familialement en tant que fille, et donc été éduqué avec le principe de fermer sa gueule rester dans le cadre et s’effacer pour laisser la place de parole aux hommes. De ce fait, même après une transition, les principes qui nous ont modelés restent gravés dans notre cérébral, dans nos émotions, dans nos rapports au monde.
Certes, nous gagnons des privilèges certains, mais très souvent, nous en avons aussi pleinement conscience, et tentons de redistribuer la parole aux femmes, souvent laissées de côté dans la plupart des domaines.
Il s’avère également que la culture transféminine est bien plus ancrée dans le temps, tandis que la culture transmasculine se fait plus discrète. Il n’y a qu’à voir la quantité astronomique de (mauvais) films sur la question, beaucoup de femmes trans, très peu d’hommes trans, il en va de même à travers l’Histoire.
Du coup, cette absence de repère peut aussi participer au fait que les filles sont davantage sur le devant de la scène, par choix ou par force des choses.

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En Conclusion

Comme je l’ai élaboré, c’est un ensemble de beaucoup d’éléments, parfois hasardeux, d’autres fois très concrets. Ou peut-être que j’ai dit n’importe quoi et que je n’ai juste aucun sens de l’observation.
Il n’en demeure pas moins que les garçons trans sont bien moins visibles, au point qu’il m’est déjà arrivé au moment de préciser ma transidentité, que l’on me demande quand est-ce que j’allais commencer à me féminiser.

C’est pour cela que, même si je n’annonce pas clairement mon identité civile sur ce blog, je ne cesse de vous écrire, mois après mois, non seulement pour garder une trace écrite de mon évolution, mais aussi et surtout dans une tentative d’être éducatif dans mon parcours. Et peut-être aider à visibiliser nos existences, à mon humble échelle.

Sous toutes les coutures #5

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Coucou les p’tits mous, aujourd’hui, on fait avancer la science ! (non)
Je disais donc aujourd’hui, on va parler de binders, et pas n’importe quelle marque, puisque je teste depuis ce matin pour vos beaux yeux, la marque Pas Mon Genre, nouvelle boutique émergente sur le marché, et française de surcroît (basée à Rennes).

Je tiens avant toute chose à préciser que je n’ai aucune forme de partenariat avec les propriétaires de cette boutique, et que j’ai acheté mon exemplaire comme tout le monde, avec mes piécettes de prolétaire. Bon pas vraiment de prolétaire puisque pour ça il faudrait techniquement que j’ai un travail, mais je m’égare.

Avec mes piécettes de gros assisté de la société donc, j’ai commandé un modèle de la bien-nommée gamme « Basic », noir tout simple, avec l’option fermeture éclair. Je me suis dit, quitte à changer mes habitudes, autant y aller à fond.

Il faut savoir que la boutique fait ses binders à la main, un par un, donc ça prend forcément un peu de temps entre l’achat et l’envoi. La réception en revanche prends 2-3 jours maximum, sauf moi qui ai combiné weekend et jour férié, donc ça en a pris 5.
J’ai payé 3 euros de frais de port, et je lis sur enveloppe que le timbre a coûté 2,92e. Ça a le mérite d’être honnête. A ce prix là, pas de numéro de suivi possible, mais je suppose que si l’on demande très gentiment, PMG acceptera sûrement d’envoyer votre précieux bien avec l’assurance postale, à condition de rajouter de la monnaie sur le petit tas brillant, parce que la Poste se fait plaisir sur les tarifs, je le rappelle.

Coucou.

Comme j’aime les jolis graphiques fait sous Paint, je vous propose un test en 5 points. Vous trouverez le graphique à la fin si vous êtes décidément des gros feignants qui n’aimez pas lire mes longues explications. Mais jetez au moins un oeil à la conclusion.

■ Enfiler le bazar : Ça a été super compliqué en fait, j’me suis dit naïvement que j’allais l’enfiler et fermer le zipper. Grave erreur que voilà. C’est un binder, le zipper doit être super pratique pour l’enlever à la fin de ta journée/sortie, mais pour l’enfiler? Mauvaise idée. Donc j’ai enlevé le vêtement, fermé le zip, et enfilé à nouveau le machin à la classique, par dessus la tête, si possible en restant coincé aux épaules parce que c’est tout neuf donc encore bien serré. Donc après avoir secoué les bras pendant 2 minutes en espérant que ça passe, ça a fini par effectivement passer, non sans m’être à moitié luxé un membre.

■ Confort : Le binder est composé d’une matière élastique pour l’ensemble, et d’une partie en coton pour la partie compressive. C’est moins rugueux que sur les GC2B pour comparaison. J’ai moins l’impression de manquer de m’arracher un téton quand je replace ma viande à l’intérieur (pardon pour l’image).
En revanche, je suis entre deux tailles, donc si c’est parfaitement seyant pour le haut, la base est vachement serrée, et depuis la fin d’après-midi, j’ai un genre de point de côté permanent. Egalement, ma morphologie fait que je suis forcé de faire rouler le bas du binder à cause de ma ceinture abdominale conséquente. Vous le constaterez sur la photo juste au dessus d’ailleurs. Et le modèle de chez PMG ne fait pas exception à cette règle de « roulage » obligatoire, mais ayant choisi d’y placer stratégiquement une fermeture éclair en plein milieu du torse, je ne suis pas convaincu que le plastique apprécie de ne pouvoir rester à plat. A voir à l’usage donc.

Thermique : Par là j’entends, à quel point ça tient chaud? Pour celleux qui l’ignorent, dans un binder, tu sues, et pas qu’un peu. Surtout en plein été, hashtag mourir et tout ça.
Bon, aujourd’hui il ne fait pas spécialement chaud, donc c’est assez difficile à déterminer pour le moment. Mais vu l’épaisseur de la matière élastique, on est loin du GC2B en terme de « cage de chaleur ». Je pense donc que c’est une valeur sûre si jamais la météo dépasse les 25 degrés. Car oui, on ne vous préviens pas, mais la testo moi ça m’a rendu horriblement sensible au moindre pic de chaleur.

■ Compression : C’est très correct, compte tenu du fait que j’ai un excédent de tissu qui rebique à cause de la fermeture éclair repliée. Je suis même agréablement surpris de la capacité de ce binder à obtenir un résultat quasiment équivalent à un GC2B, pour un prix presque divisé par deux.

■ Tenue : Les coutures au niveau de l’aisselle sont un brin trop basses pour moi, mais ça c’est délicat puisque chacun.e est différent.e, et que donc ce qui moi ne me convient pas, conviendra très bien à un.e autre, et vice-versa. Dans l’ensemble, le binder ne bouge pas trop durant la journée, mais c’est le dos qui en fait les frais par contre. Ce soir, mon dorsal me lance distinctement, mais là encore, c’est un souci qui m’est propre je pense.

On ne dirait pas mais j’ai passé 1h sur ce truc.

Pour conclure : Pour de l’artisanal, je ne m’attendais pas à une telle qualité de compression. Même si j’avoue, en l’enfilant j’ai eu peur de faire exploser les coutures, où étaient encore visibles quelques fils récalcitrants. Rien qu’un coup de ciseau expert ne saurait résoudre cependant.
Pour à peine une vingtaine d’euros, c’est une alternative plus qu’intéressante au géant américain. Une entrée de gamme de qualité, à un tarif très abordable, avec derrière une équipe particulièrement réactive à mes petits messages concernant ma commande.

Retrouvez les donc sur Etsy & Facebook.

Who could love you more

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Pour vous motiver, un chat de Noël. Au mois de Mars. YOLO

Pour vous motiver, un chat de Noël. Au mois de Mars. YOLO

Aujourd’hui 7 Mars, nous sommes la veille de la journée internationale des droit des femmes. Et je me hype les oreilles avec du Conchita Wurst en boucle, autant dire que je suis moyennement dans le thème.
Ah et avant que quelqu’un fasse la blague selon laquelle la journée des hommes c’est le reste du temps, soyez pas trop jaloux, parce qu’en vrai, la journée mondiale des hommes c’est le 19 Novembre. Voila.

Et là, magie du backstage, mais ça fait 25 minutes que je cherche mon sujet du jour.
Mais je pense avoir une petite idée. Alors allons y let’s go c’est parti les amis, aujourd’hui on va aborder la notion de privilèges!

Tout d’abord, un privilège c’est quoi? C’est un avantage de n’importe quelle forme possible, induit par une caractéristique incontrôlable. Comme c’est pas clair, prenons un exemple : ne pas devoir se demander si il y aura un ascenseur ou un emplacement de fauteuil dans un bus, c’est un privilège de personne physiquement valide, ou encore pouvoir oublier sa carte d’identité à la maison sans craindre les contrôles de police, c’est un privilège de personne blanche.

Et c’est important de connaitre ses privilèges, parce que ça nous permet de rester humbles, et de se rendre compte que notre condition d’être humain est potentiellement et/ou naturellement avantagée par rapport à un autre individu.

Et comme aujourd’hui c’est la veille du 8 Mars, je pensais aborder les privilèges que j’ai pu constater de près, dans le cadre de ma transition physique et sociale de garçon.
On va catégoriser tout ça, sinon ça va vite être un foutoir sans nom.

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■ Let’s get Physical !

Et ce en trois points : le poids, les poils, et la performance esthétique.
Il est plus communément admis qu’un garçon puisse être gros plutôt qu’une femme ne le soit. Vous ne me croyez pas? Allez donc faire un tour du côté des grands magasins type Kiabu et autres Haine&Martine. Dans le rayon grande tailles femmes, se battent en duel deux pulls aux couleurs infâmes, des hauts informes et trois pauvres pantalons à peine différents. Chez les hommes? Des modèles variés, de la sobriété comme du flashy, bref, du choix. Même du côté des slogans y’a pas photo.
Au hasard de google rapide, pour les nanas on peut lire « pour toutes les morphologies », face à « pour les hommes extraordinaires ». Pour une gamme de prix similaire, j’ai trouvé jusqu’au 58 chez les femmes, et chez les messieurs… du 74. Je pense qu’on se moque de vous. Clairement.
Sans même aborder le sujet des poches vers l’infini et l’au delà des pantalons d’homme, contre celles des femmes où tu ranges un briquet, en tassant bien.

Concernant les poils je ne pense rien vous apprendre en vous disant que les hommes peuvent afficher leur fourrure sans souci, même si ça fait écureuil mort sous les bras, alors que chez les dames, même dans les pubs censés vous vendre des rasoirs et épilateurs pour se débarrasser des vilains poils, ceux ci n’apparaissent jamais.

Enfin, quand je parle de « performance esthétique », je parle de deux choses. La beauté tout d’abord, dans un cadre purement hétérosexuel, on pardonne plus facilement à un homme d’être vilain, lui trouvant d’autres qualités telles que le charisme ou l’humour, tandis qu’une femme si elle n’est pas « bonne », elle n’a rien pour elle et finira seule mangée par ses chats. C’est triste, mais c’est une réalité d’opinion répandue.
Ah et personne ne demandera jamais à un homme de sourire 20 fois par jour, ou de lui faire des reproches s’il semble faire la gueule. Au pire on lui trouvera son côté grumpy « carrément cute », jusqu’au « mystérieux et ténébreux caractère ». A l’aide.

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■ Super Social, tu perds ton sang frais.

Deux mots : sexualité et expression. Mais sans les lier hein, sinon c’est bâclé.
Le premier point donc, en cache en fait deux. Pour commencer, contrairement aux hommes, les femmes sont hyper sexualisées très tôt, souvent contre leur volonté. Quand des scandales éclatent dans les écoles de niveau collège/lycée, c’est parfois parce qu’une élève s’est faite sortir de cours pour sa tenue trop suggestive, à savoir qu’elle portait une jupe ou un haut un peu ample, et du coup on voyait son soutien gorge. On fait comprendre à ces jeunes femmes que les pulsions « incontrôlables » des jeunes garçons, leurs camarades de classe, sont plus importantes que l’éducation de ces jeunes filles. Y’a énormément de cas aux USA par exemple.

Moi j’vais vous dire un truc, si j’ai réussi à passer toute ma scolarité à partager le vestiaire des filles sans jamais en toucher une seule de manière inappropriée, ce n’était pas parce que je n’avais pas des envies, mais parce que je sais conserver ma libido sous clé. Et savoir se tenir c’est à la portée de n’importe qui. Les hommes ne sont pas des animaux hors de contrôle, arrêtez de nous excuser quand ça dérape, ça nuit à tout le monde.
Je prends littéralement un shoot de testostérone deux à trois fois par mois, et je n’ai agressé personne que je sache, donc aucune excuse possible.

Le deuxième alinéa du premier point (vous suivez toujours ?), c’est celui du « mérite » sexuel. Exemple concret, un mec avec plein de conquêtes est un Don Juan, une nana avec autant voire moins de conquêtes est une intenable catin.
Tandis que l’on fait du slut-shaming à tour de bras, on excuse également certains comportements masculins sous couvert de leur prétendue « misère sexuelle ». Ces deux exemples contenant énormément d’informations sont révélateurs du fait qu’on privilégie bien trop facilement la sexualité des hommes face à celle des femmes.
Dans le même ordre d’idée, si les hommes se plaignent parfois d’un éventuel « virgin-shaming », où le fait d’être puceau ou peu actif sexuellement est une tare, laissez moi vous dire que ce n’est RIEN comparé à ce que subissent les femmes de leur côté dès qu’elles mettent le nez dehors.

Et enfin le deuxième point avec ce long sous-sujet, le privilège de la parole. Un homme sera toujours considéré plus légitime qu’une femme pour parler, de n’importe quel sujet, à n’importe qui, dans n’importe quel contexte, y compris si le gars n’est même pas concerné.
A tel point que le terme mansplaining a émergé. Il s’agit de l’action d’un homme, d’expliquer la vie à une ou plusieurs femmes, si possible avec un maximum de condescendance, parce qu’elle n’y connait rien vu que c’est une femme. Je grossis vaguement le trait, mais lancez le mot « féminisme » en soirée, et vous pouvez sortir votre planche de Bingo Féministe et vous préparer à gueuler QUINE dans les 10 prochaines minutes. Sans même détailler sur ce problème dans le cadre de l’entreprise, où la parole d’un homme aura toujours naturellement plus de poids que celle d’une de ses collègues. Mais nous reviendrons sur le sujet du boulot un peu plus bas.

Exemple de Bingo Féministe. (source: Blogspot des Furies.

Exemple de Bingo Féministe. (source: Blogspot des Furies.

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■ Ennemi Public #1

Bon, sur ce point je ne vous apprendrais pas grand chose en vous disant qu’une femme seule dans la rue si possible de nuit, a un pourcentage de se faire agresser qui dépasse l’entendement. Je n’ai pas les chiffres sous les yeux donc je ne vais pas en inventer, mais je dirais d’un point de vue personnel que depuis que j’ai un bon cispassing, je ne me fais réellement emmerder dans la rue (généralement pour une clope) qu’une fois toutes les deux semaines environ. Contre quasiment chaque fois que je mettais le nez dehors avant, soit plusieurs fois par semaine.

Les hommes se comportent comme les rois de la rue, et ils en ont à peine conscience. Un autre exemple de cet état de fait, c’est qu’en marchant droit devant vous, si vous êtes une femme, la grande majorité des hommes ne se pousseront jamais. Vous finirez soit par vous écarter naturellement de vous même, soit par leur rentrer dedans. Moi qui n’aime pas le contact humain, je me pousse largement avant impact, mais j’ai regardé que les nanas s’écartent assez rapidement de moi quand j’arrive à leur hauteur lorsque je marche dans la rue. Et je trouve ça tellement triste quelque part. Parce que laisser passer l’autre est un acte commun, il ne devrait pas être unilatéral.

Ah, on enchaîne avec mon préféré : le Jean-Michel Couilles de Cristal. Ce délire qu’ont les hommes de tout âge, peu importe leur origine, de prendre toute la place dans les transports en commun, dans les allées, sur les sièges, partout, tout le temps. Ça porte un nom d’ailleurs, ça s’appelle le manspreading. Le fait de prendre un maximum de place sous prétexte que le monde nous appartient. C’est souvent inconscient, autant que c’est parce que les gens sont des vieux sacs à merde.

Pour ma part je suis forcé de garder un minimum d’écart entre mes cuisses, parce que celles ci étant épaisses, les conserver serrées est très inconfortable. Mais y’a une grosse différence entre avoir un léger écart inter-cuisseaux, et prendre la moitié du siège d’à coté.

On te voit faire, Jean-Mich'.

On te voit faire, Jean-Mich’.

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■ Travail, Famille, Pâté.

J’avais dit que je reviendrais sur la question du travail, et bien même en la matière, le sexisme n’épargne aucun milieu. Il n’y a qu’a constater la prolifération de blogs type Paye Ta ___ , qui sont des florilèges de remarques misogynes et souvent super limites, classées par milieu professionnels.
Egalement, il pèse sur les hommes certaines exigences de travail qui se répercutent sur la condition féminine. Je ne parle pas du fait que les femmes doivent prouver qu’elles sont compétentes, tandis que les hommes sont compétents de base jusqu’à preuve du contraire. Non ce dont je voulais parler c’était des exigences plus fourbes que ça. Un homme ne subira pas ou si peu, lors d’un entretien, des questions du type « envisagez vous une grossesse future? », qui détermine si la personne est « digne » que l’on investisse le temps, et l’argent de la compagnie qui l’embauchera.

Ainsi, un homme sera, pour la même base de travail, en moyenne mieux payé, et gravira les échelons plus vite. Sa vie de famille, s’il en a une, pâtira de cette exigence sociétale, parce qu’on pardonne plus facilement aux hommes de rentrer très tard après le travail, de moins s’occuper des enfants, de ne pas prendre de congé parental etc.
Après tout, l’enfant, ce n’est pas lui qui l’a pondu, donc on considère un peu facilement qu’il n’a que moins de responsabilités et de temps à consacrer pour s’investir dans la vie de ses gamins.

Enfin, un homme n’entendra pas un employé du rayon bricolage lui expliquer qu’il faudra l’aide de son compagnon pour monter tel meuble, parce que tout le monde sait que ça s’installe mieux avec un pénis.
Je parle de magasin de brico, mais ça marche aussi avec le garagiste, ou tout ce qui touche de près ou de loin à un hobby considéré comme « masculin ». Y compris quand le gars n’y connait rien, et que c’est sa femme qui bricole. Un peu comme au restau, on conclura toujours que c’est l’homme qui paye, qu’il est la personne responsable et tout ça.

Le bon goût.

Le bon goût.

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■ The Internet is for Boys.

Ah, les jeux vidéos. C’est vachement bien non? Alors oui, mais quand on est un garçon. Et je vous voir arriver, à base de « ouais mais les meufs elles ont plein d’avantage sur les MMOs! ». Ce qui est vrai, en partie seulement. Sur cinq mecs sympas qui vont l’aider, et éventuellement lui filer de la thune virtuelle gagnée à la sueur de leur clavier, quatre vont se montrer super lourds et chercher à obtenir des faveurs en échange de cette monnaie virtuelle. Les gens sont très rarement altruistes, et le jeu vidéo, monde peuplé de nerds et autres marginaux rejetés par leurs pairs n’y fait pas exception. D’autant plus d’ailleurs, que souvent dans le milieu du jeu, les gars sont des frustrés en puissance, dans plein de domaines, et qu’ils ont été tellement rejetés pendant des années, qu’ils considèrent que ici c’est leur terrain, et que derrière l’ecran on se sent toujours plus fort. Je caricature à peine.

Si vous vous plaignez que y’a pas assez de nanas qui jouent, peut-être est-ce parce que la moitié d’entre elles n’avouent pas être des filles, pour avoir la paix, pour ne pas être harcelées, pour pouvoir juste jouer en fait. Et aussi parce que dès qu’une demoiselle dit aimer tel ou tel univers, elle se fait alpaguer de questions toutes plus improbables les unes que les autres, pour qu’elle puisse « prouver » qu’elle est une « vraie » fan, et non pas une énième « fake geek girl ».

Ce qui nous fait arriver à l’argument intéressant du « ouais mais les streameuses elles montrent leurs seins et elles se font grave de la thune en vendant leur image au plus offrant! ». Bah, si y’a des gens assez frustrés pour payer, elles auraient tort de se priver. Elles auraient tort de ne pas chercher à monnayer leur image tout en restant dans une parfaite maîtrise de leurs limites.

Après, et c’est une réalité morphologique, les filles ont, en règle général, des seins, c’est un fait. Et près d’un ordi il fait chaud, donc elles ne vont pas jouer en pull juste pour satisfaire votre pudeur mal placée.

Cependant, la vie de personne féminine sur le net a aussi ses gros désavantages. Prenez n’importe quelle youtubeuse un peu connue, elle en prend plein la gueule quotidiennement juste pour le fait d’apparaître sur un média public.
Certes, certains mecs en prennent aussi pour leur grade, parfois de façon justifiée, parfois pas du tout, mais il n’y a jamais de hordes de 200 personnes qui font des appels au meurtre, au viol, à la punition généralement violente de leur entourage, juste parce que le gars a dit un truc qui ne passait pas.

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■ Et les désavantages dans tout ça?

Bah j’en ai trouvé. Trois, enfin, deux et demi pour être exact. C’est plutôt maigre en comparaison, mais on va les aborder, histoire de rigoler un peu.

Les gens, la société, notre famille parfois, a des exigences différentes selon notre genre. Comme celui de la virilité exacerbée. Quand on est un homme, pas question de montrer de signes de faiblesse, ou d’émotion, et surtout pas de « féminité ». Moi je dis bullshit, j’ai le droit de pleurer et d’être niais, d’être considéré comme « fragile », et je m’en tartine les intercostales avec du pâté dans l’allégresse la plus totale.

Il existe évidemment quelques standards issus du fameux diktat de la beauté, mais concrètement ça s’applique bien moins violemment chez les hommes que ce que vivent les femmes. Je ne suis pas un canon de beauté, je porte des lunettes, j’ai peu de barbe (pour l’instant), et je ne suis pas un monstre de muscles. Malgré cela, on m’accepte en tant que tel, et mis à part quelques reflexions de merde vis à vis de mon surpoids, dans l’ensemble on me fout relativement la paix. Ce n’etait pas le cas auparavant, avant ma transition.
Ceci comptant comme un point et demi, passons au second, et dernier.

Je ne peux plus faire des compliments aux gens que je ne connais pas ou peu, sous réserve de leur donner l’impression que je les drague.
Et même si c’est un micro privilège qui me manque un peu, de dire aux gens qu’iells sont joli.e.s, ou particulierement bien sappé.e.s, je m’y ferais à l’usage, à devoir fermer ma gueule pour ne pas les mettre mal à l’aise. Même si je sais que il y en a que cette considération n’effleure pas. Mais je ne suis pas associé à ces gens là.

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En conclusion, nous les hommes, avons un sacré paquet de privilèges, et encore, je n’ai traité que les plus rapides évidents à exposer.
Ce faisant, demain 8 Mars, Journée Internationale des droits des femmes, je leur laisserais la parole, et ce blog sera silencieux pour la journée. Parce que je ne suis pas une femme, et si j’ai moins de droits qu’un garçon cisgenre, de par ma condition, et aussi de par tout un tas d’autres raisons opposées à tout un tas d’autres catégories de personnes, je suis quand même un privilégié. Et c’est une bonne chose que d’en avoir conscience.

Donc demain, pensez à vos privilèges et écoutez ce que les femmes ont à dire, pour une fois, ce qui ne vous empêche pas de les écouter le reste de l’année, hein, restons humbles.

Bisou !