Comment améliorer son passing

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Il y a deux jours de cela, on m’a envoyé le lien d’une vidéo réalisée par une femme trans, qui s’adressait aux garçons trans, et qui se targuait d’apporter plein de petits conseils pour améliorer son passing. Et cette vidéo m’a fait grincer des dents. Mais comme j’ai un minimum de respect, je ne nommerais par l’autrice de cette « oeuvre ».

Tout d’abord, petit rappel de vocabulaire : le passing, c’est le concept qui consiste à « passer » pour une personne cisgenre, à savoir, ne laisser aucun indice quant à sa propre transidentité en société. Cela passe par autant d’attitudes que de subtilités propres à chacun telles que l’habillement ou autre détails visuels. On pourrait presque appeler ça « l’invisibilité ». Le passing peut être naturel, grâce à un physique particulier, ou travaillé, grâce à une coupe de cheveux par exemple.
Certaines personnes chercheront à tout prix à avoir le meilleur passing possible, tandis que d’autres s’en fichent, ou au contraire accentuent leur visibilité par choix militant. C’est une volonté individuelle, et chaque démarche est respectable.

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Pour en revenir à la vidéo qui m’a inspiré cet article, j’ai trouvé que les conseils qu’elle parsemait étaient aussi clichés que dangereux. Clichés parce qu’ils étaient basés sur une vision unique de l’homme : forcément hétéro, forcément un peu macho, forcément hyper masculin. Et dangereux parce que pris dans leur ensemble, ces conseils ne laissaient aucune place à la personnalité de chacun.

Au tout début de ma transition, je m’interdisais certaines choses, comme le fait de porter des colliers, ou des bagues. Et il m’aura fallu attendre d’avoir quelques poils sur le visage avant d’à nouveau oser porter des bijoux. Et c’est tellement absurde que j’ai mis des mois à en prendre conscience.

La vidéo aborde ensuite la question de la coupe de cheveux, là elle ne pose aucune obligation, mais dit simplement qu’il faut choisir une coupe adaptée au visage de chacun. Et c’est potentiellement le seul passage où j’étais d’accord. Mais elle se vautre néanmoins en disant qu’il faut une coupe qui souligne le carré du visage, et éviter absolument de tout raser pour ne pas mettre en valeur les rondeurs des joues. Et je ne suis pas d’accord.
Pour beaucoup de mecs trans, surtout en début de transition, on a l’air hyper jeunes, on ne fait pas du tout notre âge tant qu’on a pas plusieurs années de testo dans les fesses. Mais je ne vois pas vraiment en quoi c’est un souci en fait. Au pire j’ai un passing d’adolescent, et au mieux on me demande mon secret de jouvence.
Il y a autant de coupes de cheveux qu’il y a de garçons, et cheveux courts ou cheveux longs, personne n’a rien à y redire. J’ai suffisamment d’amis aux cheveux dix fois plus longs que les miens, et personne ne remets en doute leur identité, ni la mienne d’ailleurs.

Vient ensuite la partie sur les vêtements. Elle nous dit d’éviter les trucs trop amples, les trucs trop « kawaï », ainsi que les trucs trop serrés. Ca ne laisse donc pas beaucoup de place à l’inventivité je trouve, mais bref.
Pour ce qui est de l’habillement, je préfère avant tout porter des fringues dans lesquelles je suis à l’aise en fait. Pas ceintrées du tout, des fois trop grandes, avec des motifs rigolos. J’ai donc zéro pointé sur ses conseils, et je m’en balance.
Alors certes, pour un meilleur passing il est effectivement judicieux de trouver le juste milieu entre trop ample et trop près du corps, mais je trouve surtout qu’il est intelligent de choisir des vêtements qui nous font plaisir. Quand on est mal à l’aise dans nos sappes, cela se ressent, donc autant choisir des formes et des motifs qui nous mettent en joie.

La vidéo parle ensuite des binders et des packers, et je ne reviendrais pas trop là dessus parce que j’y ai déjà consacré suffisamment d’articles. Mais je reprécise qu’il faut toujours rester à l’écoute de son corps, malgré la dysphorie. Bindez en toute sécurité, et ne multipliez pas les épaisseurs de compression, parce que cela peut être dangereux. Ne cherchez pas le plat absolu non plus, pas juste parce que ça fait moins naturel, mais parce que c’est dangereux pour votre capacité à respirer convenablement.

Enfin, cette vidéo infernale finit sur une injonction au sport, et j’ai failli balancer mon clavier par la fenêtre. Tous les garçons ne font pas du sport, tous les garçons ne sont pas musclés. Y’a autant de morphologies qu’il y a d’individus. Moi je fais du sport, mais je suis gros quand même, comme quoi ça ne veut rien dire.

En conclusion : pour améliorer votre passing, soyez simplement à l’aise avec vous même. Vous vous rendrez très vite compte que les libertés sont infinies, que ce soit pour votre apparence physique comme pour votre expression personnelle.
Il y a autant de masculinités qu’il y a de garçons. Trouvez celle qui vous mets à l’aise, embrassez la, assumez vos choix, emmerdez les autres. Soyez fiers, tenez vous droit et tout ira bien.

Bisou !

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I know that ain’t no way to live

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Hier, c’était la sixième fois en l’espace de quelques mois qu’on me demandait si j’étais homo. Et comme le gars me mettait un peu mal à l’aise par son comportement trop familier à mon égard, j’ai hésité en répondant. Non pas que je sois spécialement sensible aux charmes des messieurs, mais mon hésitation a semblé l’encourager.

Et tout cet échange, et les précédents, m’ont fait me poser cette question, de pourquoi les gens ont l’impression que je suis homosexuel.
J’ai donc demandé à mon coloc, qui m’a étayé le fait que si mon expression de genre était clairement établie comme celle d’un garçon, mon look et mon aspect général, cheveux et piercings inclus, démontrait clairement que j’étais affilié à la communauté queer.

Alors, avant toute chose, je tiens à préciser que je ne me considère pas comme queer moi-même. Car pour moi, derrière ce terme il y a une idée politique, une image de militantisme et d’actions plus ou moins concrètes.
Or, je n’essaie pas d’être politisé, mais ma simple existence, de par certaines de ses spécificités, est indirectement politique, sans que moi-même je ne cherche à revendiquer quoi que ce soit.

Mais pour moi, la théorie est toute autre. Si mon expression de genre est clairement au masculin, je ne performe pas la masculinité comme on l’entend dans les standards de la société actuelle.
Je mélange excentricité et anxiété sociale, ce qui se traduit par une tendance à être exubérant tout en m’effaçant face à un groupe. Et j’ai un look d’adolescent, à base de tee-shirts à motifs rigolos, et de jeans amples et parfois informes. Entre ça et ma puberté tardive, je fais bien moins que mon âge.

Egalement, j’estime ne pas chercher une esthétique de virilité commune. Je ne vais que rarement au conflit, et je suis plutôt délicat. Et si on se base sur tout un tas de clichés de l’esprit collectif, par A+B, tout cela me fait donc apparaître comme homo aux yeux d’un paquet de gens.

Et en soi, ce n’est pas tellement un souci, que j’ai l’air gay, ou que j’ai l’air hétéro. Au pire on s’en fout en vrai. Mais ça m’interroge quand même, de savoir d’où tous ces inconnus me posent la question, et surtout, sur quoi iels se basent?

Toujours en discutant avec Charpi, j’en suis venu à la conclusion que, peu importe notre expression de la masculinité, les gens lisent des trucs sur nos visages, notre apparence. Lui, on lui demande souvent s’il fait de l’informatique, moi on me demande si je préfère les hommes. Et je pensais naïvement que j’avais autant un physique de gros geek que lui, mais apparemment pas. Je pensais naïvement qu’on lui posait aussi souvent la question de s’il était gay, mais toujours pas non plus.
Du coup, il semblerait que je transparais des éléments sans le savoir, et je n’ai pas la moindre idée de ce qu’ils sont.
J’ai incontestablement une tronche de nerd, mais queer. Lui, il a une tête de nerd, mais qui fait des mathématiques. C’est ce qui semble ressortir de notre débat en tout les cas.

Vraiment. Je me demande. Et cela m’amuserait presque, si ça n’impliquait pas de me faire draguer par des mecs de 45 ans. Parce que j’ai conservé des restes de cette éducation précoce à se méfier des hommes, et que je suis bien embêté, de ne pas savoir comment me sortir de ce genre de situations, avec la terreur enfouie de se faire agresser sexuellement.

Enfin bref. Je voulais le poser par écrit, même si ça ne m’apporte pas la réponse au final. Peu importe.

Discover something brand new

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Cet après midi, alors que je devrais être en train de m’activer à boucler mon dossier destiné au tribunal, j’ai décidé que plutôt que de tout faire dans l’urgence, je m’en occuperais dans la soirée et irais le déposer demain, et en cette fin d’après-midi, j’écris un article à la place. Mais ceci n’est pas en lien avec le sujet du jour. C’est juste ma volonté de préciser que mon sens des priorités est particulier.

Je voulais donc revenir sur une vidéo qui as beaucoup tourné sur les réseaux sociaux ces dernières semaines, celle d’un certain Max Bird, intitulée « l’homosexualité expliquée scientifiquement ». Alors je vous arrête immédiatement, je me suis refusé à l’idée de regarder ladite vidéo. Et ce pour une raison très très simple que je m’en vais vous expliquer en quelques lignes.

Parce que c’est non seulement un concept absurde, mais c’est aussi un peu dangereux.
Voilà, c’est tout pour moi, bisou et générique de fin.

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Bon, d’accord, je m’étale un peu plus finalement.
Mais c’est bien parce que c’est vous et que je vous aime fort.

Alors, allons-y joyeusement. Pourquoi chercher à expliquer scientifiquement l’existence de l’homosexualité, au même titre que la transidentité, c’est complètement con?

Parce que ça revient à dire que l’hétérosexualité est forcément l’orientation sexuelle par défaut, ou que le fait d’être cisgenre c’est être nécessairement plus normal que d’être trans.
Or ce n’est pas une question de normalité, mais bien de majorité, d’un point de vue des chiffres tout du moins.

Si on considère que les personnes trans ne représentent qu’environ 1% de la population, et que donc c’est pas eux les normaux, on revient à dire que c’est le même problème pour les personnes rousses. Oh wait, on leur crache déjà à la gueule en fait.
Je vais changer d’exemple du coup.

Ça reviendrait à dire que la France, ou la Russie, ou les Etats-Unis, ça c’est des vrais pays. Mais que l’Australie c’est juste une minorité visible. Que si on ne choisis pas d’être Australien, on peut expliquer scientifiquement qu’est-ce qui nous pousse à devenir australien. La volonté de mourir plus vite à cause de la faune et la flore? Ou une préférence personnelle pour un accent à couper au couteau?
Je ne sais pas trop, mais on peut vous aider chers Australiens, il existe des groupes de thérapie, promis.

Voilà. C’est vraiment absurde. Et pourtant, c’est la rhétorique qu’on nous balance à la gueule avec ce genre de vidéos. Nous, personnes rassemblées sous l’acronyme LGBT+, ne sommes pas une erreur statistique à analyser. Nous ne sommes pas scientifiquement explicables, ni dissécables à grands coups de théories fumeuses pour justifier de notre existence en tant qu’individus.

Donc s’il vous plait, arrêtons de visibiliser ce genre de médias, que ce soit des vidéos ou des articles pseudo-éclairés, qui ont pour volonté de normaliser une violence scientifique à notre égard. Celle consistant à nous valider, de la même façon que des créatures rares et fascinantes.

Nous sommes peut-être moins nombreux que l’écrasante majorité cis-hétéro, mais nous n’en sommes pas moins une part intégrante de l’univers qui nous entoure.
Je ne suis pas une anomalie statistique.
J’existe. Et je compte bien en profiter.

Got no weight on my shoulders

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Comme vous le savez peut-être, je connais énormément de monde. Pendant un temps, je me moquais gentiment d’une amie parce que dès qu’on faisait plus de 20 mètres dans la rue, on devait s’arrêter pour dire bonjour. Mais ces dernières années, je suis malgré moi atteint du même syndrome : je connais beaucoup de monde, et impossible de sortir de chez moi sans au moins croiser un.e pote. En soi ce n’est pas un souci, mais sur mon fil d’actualités de réseau social, se croisent et se heurtent certaines opinions, et je prends conscience que tout ce petit monde que je connais, provient d’époques différentes de ma vie, plus ou moins récentes.

Et ce matin, ça m’a frappé plus que d’habitude, mes avis sur certains débats diffèrent grandement d’il y a quelques années, parce que j’ai été éduqué à certains sujets précis, je me suis déconstruit sur d’autres, en bref, nous avons évolués, moi et mes opinions.

Et j’ai pu m’apercevoir que, contrairement à moi, certains de mes contacts n’ont pas bougés, et continuent de camper sur leurs positions depuis toutes ces années. Malgré la vie, malgré les événements, certains refusent d’adapter leur jugement.
Et cela m’est délicat à écrire aujourd’hui, parce que je sens d’avance que certain.e.s se sentiront visés alors que je ne pense à personne de précis en écrivant ceci.
Simplement, des fois je lis des commentaires sur des sujets assez spécifiques, et j’en ai la nausée. Parce que je suis violemment en désaccord avec ce que certains de mes potes écrivent. Même parmi des gens que j’estime, tout autant que parmi le cercle moins proche.

Du coup, j’en viens à me demander si c’est moi qui suis devenu trop « extrême » sur certains points bien précis, trop engagé, trop concerné directement peut-être. [Parce que comprenez bien, plus l’on est concerné directement, moins on a de recul et de lucidité sur la question.]
Ou si au contraire ce sont ces gens de mon entourage qui se sont refusés au principe d’évolution, que ce soit des opinions comme du contexte.

Je n’ai pas vraiment la réponse, mais c’est quelque chose que j’avais besoin d’évacuer.
Je conclurais sur le fait que, c’est potentiellement le prix à payer pour être conscient et éveillé à certaines questions : s’apercevoir que certaines personnes, même parmi celles que tu connais, sont des déchets, ou ont tout au plus le même mode de pensée.

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