Fosse Commune

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En 2013, j’étais en plein dans le creux de la vague de ma dépression. Je sortais à peine d’une grosse rechute suite à la séparation avec mon ex.
Très ironiquement, c’est une autre ex (et également amie) qui m’a parlé d’un appel à contributions pour un projet artistique autour de la mort.

Il s’agissait dans un premier temps de rédiger un courrier postal où l’on devait décrire, raconter, avec peu de mots ou au contraire à grand renfort de détails et autres longues phrases alambiquées, la façon dont on visualisait sa propre fin. Entre le fantasme ou l’angoisse véritable,  chaque participant était assez libre de ses choix.

Et après réception de ce courrier, l’artiste LMG « Nevroplasticienne » comme elle se nomme elle-même, après numérotation de chaque lettre, classement et moult référencement individuels, produisait une interprétation visuelle sous la forme d’un dessin au graphite et à la mine de plomb.
Enfin, une fois les 365 courriers transmutés par la force créatrice en dessins, ils ont été rassemblés en un livre. Le projet Épitaphes est devenu l’ouvrage Fosse Commune.

Si je finis par vous en parler seulement aujourd’hui, environ 5 ans plus tard, c’est parce que je l’ai finalement rencontrée cette artiste.

Suite à la sortie du livre, il a été annoncé une date limite d’un an ou deux (j’ai oublié), pour que chaque participant·e récupère l’original de son dessin, ainsi que le livre si iel le souhaitait.
J’ai donc rencontré LMG, et laissez moi vous dire que j’ai été (agréablement) surpris !
Bien loin de l’image de l’artiste froide et ultra sérieuse que je m’imaginais, non pas qu’elle ne soit pas sérieuse, mais elle ne portait pas cette espèce d’aura qui laisse sans voix par crainte de dire une bêtise face à elle.

LMG est quelqu’un qui m’a immédiatement mis à l’aise et rassuré, très chaleureuse, accessible et pleine d’humour. Elle m’a raconté que beaucoup des participant·e·s lui avaient fait la même remarque que moi : cette surprise, de ne pas du tout correspondre à l’image mentale de chacun·e, à savoir potentiellement distante, un peu gothique, l’artiste torturée classique quoi. Après tout, elle a entre autres réalisé des pièces avec du sang et des matières fécales, donc bon, on s’attend à tout !

Au lieu de ça, elle s’est réellement intéressée à mes tribulations, ma vie en général, et avait suivi avec attention mon Changement d’Etat Civil, pour lequel elle m’avait même proposé de témoigner. Sauf que, à cause d’une embrouille postale, je n’ai jamais reçu le sien, mais passons.
En tout cas, elle se souvenait précisément du contenu de ma lettre, même 5 ans plus tard, et j’ai donc pu la rassurer le fait que, quand même, j’allais bien mieux dans ma vie actuelle. Rien n’est encore gagné, mais on y arrivera doucement, et nous sommes bien loin de mon état mental de 2013.

Notre entrevue fut malheureusement assez brève, par souci de planning de chacun, mais m’a néanmoins beaucoup touché, et je tenais aujourd’hui à en parler.

Ceci étant dit, l’ouvrage Fosse Commune n’est pas à mettre entre toutes les mains. Déjà parce qu’il pèse une tonne et qu’en trimballer deux dans le RER a failli achever mon sac à dos. Mais blague à part, parmi les 365 dessins, tous ne sont pas nécessairement si abstraits, il y a notamment pas mal de penis et de vulves en gros plan, anatomiquement très réalistes. Il y a également pas mal d’animaux dont plusieurs très beaux chats, quelques lapins, des cerfs et j’en passe.
Dans l’ensemble des choses graphiquement très intéressantes, mais à consulter avec un esprit un minimum averti.

Le livre en lui même est assez massif, et fait 1,8 kilos. La préface est, comme on s’y attend, très spéciale, à mi-chemin entre le mystique et le glauque, histoire de se mettre dans l’ambiance. Mais comme me l’a dit LMG, avant de partir pour d’autres aventures : « On finit tous par mourir, quoi qu’il advienne ».
Et cet ouvrage est probablement plus à son image que je ne me l’imagine. Plein de très belles choses, malgré la thématique qui reste encore aujourd’hui assez tabou. Une espèce d’Ode à la mort pour mieux savourer le temps qu’il nous reste à chacun.

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Grosse Ambiance dans ma chambre ! (épitaphe à droite)

Bouquin massif et traces de doigts.

There’s a fork in the road

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En farfouillant de vieilles photos sur FB, j’ai retrouvé des trucs, des choses qui datent de 2008, c’était un peu y’a 9 ans, et j’avais un peu 16 ans.
Et j’ai réalisé que j’étais vachement androgyne à l’époque. Ni vraiment fille, ni réellement garçon. Juste, quelque part au croisement des deux chemins.

Et ça m’a fait d’autant plus bizarre de retrouver ces photos, vu que c’était avant que ma vie ne prenne certains tournants. Médicaux pour la plupart.
Je n’étais pas particulièrement l’insouciance incarnée, puisque j’avais quand même de grosses difficultés déjà à ce moment là. Mais elles n’étaient pas vraiment liées à ma santé, enfin, je l’ignorais encore surtout, parce qu’en vrai il y avait déjà des indices le long du chemin. Je ne m’étais juste pas encore vautré la gueule pour les apercevoir.

Mais ce que je voulais souligner dans ce court article aujourd’hui, c’est qu’en fouillant mes vieilles photos, j’ai réalisé que jusqu’à un certain point, avant même ma réalisation identitaire, jusque dans mon physique, dans ma morphologie, je n’étais pas distinctement défini dans un genre ou dans l’autre.
Il y a vraiment eu un moment où, avec entre autres la prise de poids médicamenteuse, il y a eu un cap, un virage visuel si je puis dire. Et si j’ai aussi indirectement qu’explicitement essayé de lutter contre, en essayant de « faire des efforts » pour me féminiser, mon aspect physique m’envoyait quand même des fax pour me faire comprendre que je n’étais rien de moins qu’un garçon comme les autres.

Et du coup je trouve ça amusant avec le recul, en ayant toute la connaissance actuelle sur mon genre, mon identité véritable, que la si fameuse biologie, c’est du gros flan en fait. Parce que si effectivement y’a des trucs qui ont poussé à des endroits et pas à d’autres, le rendu général extérieur ne s’y conformait absolument pas.

Je repense donc avec un brin de nostalgie à tout ça, et je me dis que si j’avais su à l’époque, tellement de choses auraient été différentes, mais j’en serais probablement sorti moins grandi, si je n’avais pas vécu toutes les épreuves qui arriveraient ensuite.

Voilà. A l’origine je voulais transformer mon sentiment un peu amer en déclaration d’amour à moi-même, mais sans le savoir, j’ai altéré ça en légère introspection. Enfin, ce n’est pas bien grave, le résultat me satisfait suffisamment pour vous en faire part.

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Petit Kao deviendra grand.

Petit Kao deviendra grand.