Appelez-moi Nathan (2018)

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En direct de ma table basse.

« Appelez-moi Nathan » est un roman graphique de Catherine Castro et Quentin Zuttion, sorti en septembre 2018 chez l’éditeur Payot.

Lors de sa sortie, cet ouvrage a eu un traitement un peu particulier, puisque toutes ses pré-annonces se concentraient chaque fois autour prénom de naissance, et désignaient au féminin celui qui est véritablement le héros de l’histoire : Nathan.
Et entre un vocabulaire daté et des maladresses vraiment gênantes, je dois avouer que je n’étais pas serein à l’idée de me plonger dans « Appelez-moi Nathan ».
Mais j’ai mis mes à-priori de côté, et j’ai ouvert la BD.

En voici donc mon compte-rendu, construit suite à une prise de notes durant ma lecture. Il est à noter que je n’avais pas pu lire de BD depuis plusieurs années, pour des raisons de santé disons, donc s’il m’a fallu 2 x 40 minutes pour achever la lecture de ce livre, je pense qu’il se plie facilement en moins d’une heure pour un·e lecteurice lambda.

Attention : cet article n’est pas exempt de spoilers.

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La construction des pages est particulière, et je n’avais pas vu ça auparavant, mais après je ne lis plus des masses ces dernières années. En fait il n’y a pas de définition des cases comme dans une BD classique, juste de l’espacement entre chaque dessin. Ça c’est le gros point fort, parce que du coup il y a maximum 4 à 5 dessins par page, et moi qui  suis habituellement en galère, là je n’ai pas eu trop de difficultés a rester concentré dans ma lecture. J’ai juste fait une pause a la moitié.

Je pensais au démarrage que le début était un peu décousu, mais finalement c’est toute la BD qui est ainsi : il y a un vague fil conducteur, mais cela ressemble bien plus à une suite chronologique de souvenirs courts. Ils  sont flous de leur contexte temporel, et du temps s’écoule entre chaque mini histoire, mais aucune indication précise.

Ça ressemble bien plus a une suite d’anecdotes plus ou moins importantes, qu’à une vraie histoire construite. Je pensais que c’était une volonté d’être flou jusqu’à ce que la situation de Nathan se précise, mais non, jusqu’aux dernières pages, il y a des énormes ellipses et cela apparait juste comme des morceaux d’histoires mis bout à bout.

L’ensemble est parfois un peu douloureux à lire, puisque Nathan se plaint constamment que personne ne le comprends, alors que tout le monde essaie globalement de lui tendre la main et de l’aider du mieux qu’iels peuvent, mais lui s’enferme sur lui-même en refusant d’entendre autre chose que sa souffrance.

Pire encore, certaines planches m’ont trigger sans prévenir. Je repense à cette planche sur deux pages où Nathan s’arrache la poitrine dans ce qui est probablement un rêve ou un fantasme, ou une idée qui lui a traversé l’esprit. Aucun texte ne le précise.
Il y a aussi cette scène où il s’auto-mutile. Ca fait 4 « cases » maximum, sans préavis non plus, et il fait ça avec une nonchalance à la fois si déconcertante et en même temps relativement réaliste, au point que cela m’a fait remonter une vieille saveur dans la bouche, que je n’avais pas vraiment envie de regoûter.

Bref, plus ça avance et plus c’est pire. Il y a d’abord l’infirmière qui lui fait sa première piqûre dans la cuisse, alors que c’est normalement fait dans la fesse. On peut l’effectuer dans la cuisse, lorsqu’on le fait seul notamment. Mais de la part d’une soignante, ça m’a surpris. Il y a le passage du changement de prénom à la mairie, qui apparaît comme être une simple ligne à taper dans un formulaire sur l’ordinateur, alors que dans les faits ça prends des semaines, avec passage en commission et dossier béton à fournir.

Dans la BD, la dame de la mairie lui dit « oulah, avec cette nouvelle loi, plus besoin de ces documents justificatifs », alors que encore aujourd’hui, il y a des refus pour ce même motif de non-présentation des documents médicaux. Ils ne sont certes plus du tout obligatoires, mais il y a fréquemment des témoignages d’abus de la part du personnel dans les administrations.

J’ai trouvé le dernier quart hyper expédié, et la fin pas vraiment satisfaisante.
Alors ok, c’est là le début de sa nouvelle vie, d’où la fin très ouverte à l’imagination. Mais en même temps il n’y avait pas tellement d’histoire racontée jusque là, et tout est très « ouvert à l’imagination » à mon goût, justement.

Donc pour résumer :

  • Facile a lire
  • Dessin plutôt agréable
  • Expéditif
  • Voyeuriste et très centré sur le corps
  • Carrément trigger par moments

Ce qui m’a le plus surpris, c’est toutes les critiques positives que j’ai lu à propos de cet ouvrage. Alors que personnellement, j’ai fait une crise de dysphorie dans l’heure qui a suivi sa lecture. Je suis certes fragile, mais je suis étonné de l’engouement général pour cette BD, qui est sympa mais pas fantastique non plus.
D’accord le traitement du sujet change de d’habitude, mais l’ensemble m’a quand même profondément mis mal à l’aise.

Bref, je n’ai pas aimé Appelez-moi Nathan. Je note l’effort accompli, mais je ne comprends pas vraiment tout le bruit fait pour ce roman graphique, qui me promettait pourtant d’être chouette à lire.

EDIT [14 août 2019] : Après un long échange avec des proches, je tenais à préciser que cet ouvrage est apparemment une très chouette approche pour les non-concerné.es et autres curieux.ses de cette thématique, car il retranscrit visuellement certaines émotions très fortes en lien avec une transition.
Cependant, la plupart des concerné.es avec qui j’en ai discuté justement, se sont toustes senti.es trop proches du sujet pour esquiver ce malaise de lecture. Certaines planches étant très graphiques, à tous les sens du terme, le sentiment se réceptionne de plein fouet.

Donc en définitive, j’insiste bien sur le fait que JE n’ai pas aimé cette lecture, mais je ne prétends pas qu’elle ne vaille pas le coup pour autant. A voir selon votre sensibilité propre.

Watch me grow

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J’avais des idées, tant d’idées pour cet article. Mais le temps m’a rattrapé bien malgré moi, et je n’ai eu au final, ni la possibilité ni le matériel nécessaire pour réaliser toutes ces idées.
Mais au final, j’ai rushé les trois quarts de ce billet dans la matinée, donc on va dire que ca fait le job…

Aujourd’hui nous sommes le 10 Mai 2019, et si la date vous est peut-être familière (mais je n’y crois pas trop), c’est parce qu’il y a 3 ans jour pour jour, je commençais la Vitamine T.
En effet, le mardi 10 mai 2016, à 11h et quelques, je recevais ma première injection. J’avais volontairement attendu quelques jours suite à mon retour de Paris, pour avoir mon MANniversaire à une date dont je me souviendrais.

Du coup, en trois ans, il s’en est passé des choses !
Outre mon changement d’Etat Civil que j’ai largement documenté, j’ai aussi reçu 75 seringues dans la fesse, ce que je précise juste pour le plaisir de les avoir compté. J’ai également un semblant de petit bouc qui me pousse sur le menton, mais les joues sont plus timides en terme de pilosité.
Mais mis à part les aventures de mes poils sur la face, c’est une sorte de calme du quotidien qui s’est globalement installé vis à vis de ma transition. Il y a ici et là quelques épisodes plus ou moins marquants, plus ou moins agréables, mais dans l’ensemble je me contente de vivre au jour le jour, et d’essayer d’esquiver la transphobie le plus possible.

Ce qui nous amène gentiment au second point de cet article : la raison de mon si long silence. Depuis la mi-février, seulement un article a été mis en ligne, et encore, c’était un billet qui avait été écrit quelques mois avant déjà.

La vérité, c’est qu’en février, j’ai intégré l’équipe de Simonae.
Simonæ donc, est un webzine féministe dont les articles sont écrits par des concerné·es, à la différence de la plupart des sites se revendiquant féministes, mais généralement dirigés par des mecs cis.
Je n’ai pour l’instant qu’un seul article à mon actif (un second est actuellement en préparation), mais j’aide à la correction d’autres articles dont je ne suis pas l’auteur, je propose des choses pour les playlistes participatives, et je rédige parfois des petits textes pour les relances de certains articles.

Là par exemple ces deux intros sont de ma pattoune.

Du coup, c’est bien plus prenant en temps et en énergie que ce que j’avais imaginé, et justement, j’adore travailler avec elleux, l’ambiance est top, et ça booste mon estime de moi, de manière assez incroyable !
Du coup jusque là, mon seul regret c’est de manquer de temps et d’inspiration pour alimenter ma propre plateforme. J’essaie de me consoler en me disant que c’est parce que c’est la fraîcheur de la nouveauté, et que je finirais par trouver comment jongler entre ces deux adresses (Simonae et mon blog donc).
Après tout, ca fera dix ans déjà en juillet prochain que j’ai créé ce blog WordPress ! Hors de question de louper le coche.

Bref, a très vite pour de nouveaux articles, et de nouvelles aventures donc.
Et je me souhaite egalement, un excellent 3e manniversaire.

We will not be silent

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Pendant très longtemps, j’étais en première ligne dans la bataille pour comprendre ma propre identité. Il m’a fallu rencontrer d’autres garçons trans pour concevoir ce qu’était la transidentité, et réaliser que la question me concernait de près.

Si j’ai effectivement eu des ami·e·s assez proches qui vivaient la même chose que moi, la plupart des informations concernant le parcours, qu’il soit médical ou administratif, j’ai dû les trouver seul.

Si vous je dis tout ça, c’est entre autres parce qu’il y a quelques jours j’ai rencontré un jeune homme en tout début de parcours. Et notre conversation m’a confirmé ce pour quoi je vous écrit régulièrement.
Je me dis parfois que je dois saouler mon lectorat à raconter les tribulations de ma propre transition. Et d’autres fois, je me rappelle que je ne fais pas ça uniquement pour moi. Même si j’enfonce parfois des portes ouvertes, à grand renfort de niaiserie et d’espoir en l’avenir, mes mots touchent parfois juste, et c’est loin d’être ma seule illusion qui me permet de l’affirmer.

En début de transition, je n’avais pas vraiment de « modèle » dans la vraie vie, qui me permettait d’affirmer que la suite serait agréable. Je suivais pourtant quelques hommes transgenre sur les internets, mais ça me rendait plus triste qu’autre chose, parce que j’avais la sensation que jamais je n’arriverais jusque là. Tous étaient à plus de 5 ans de parcours hormonal, déjà opérés, tous musclés et bien loin de ma réalité.
Du coup, je me suis donné pour objectif d’être un éventuel « modèle » de proximité, pour les jeunes gars trans qui croiseraient mon chemin. Comme un oncle sympa, un voisin moustachu.

En conclusion, ce message s’adresse à tous les petits garçons en devenir, qui pensent que le cispassing prends 10 ans, et qu’être musclé est forcément un impératif.
Quelque soit votre carrure, quelque soit votre voix pour le moment, quelque soit votre taille, rien n’est impossible.
Je fais 1m65, j’ai un IMC de 45. Ça ne fait pas encore trois ans que j’ai commencé la vitamine T, aucune chirurgie d’effectuée, et pourtant je défie quiconque de deviner que je suis trans.

Levez de la fonte si ça vous chante, faites surtout du sport parce que ça vous fait du bien. Cheveux longs, cheveux courts, aucune obligation là dessus, prenez surtout soin de vous.
Si votre entourage est méchant, changez-en. Moi j’leur pète les genoux.

Bisou !

Coby, de Christian Sonderegger (2017)

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Je devais à l’origine, seulement être présent à l’avant-première de ma ville pour participer au débat post-visionnage. Mais en faisant quelques recherches au préalable sur le film et ce que les Internets en ont pensé, je suis tombé de haut. Bon, pas de si haut puisque en ce qui concerne la transidentité, les médias sont toujours complètement aux fraises.
Mais j’ai pu lire les erreurs habituelles sur la question, à toutes les sauces possibles : mauvais emploi des termes, vocabulaire daté, fausse bienveillance, obsession pour l’intimité et autres condescendance marquée. Du coup, j’ai voulu corriger le tir, à ma petite échelle, car ici, ni deadname ni « changement de sexe » ou autres « transexuel ».
Donc allons-y pour une critique rapide de Coby, un film documentaire de Christian Sonderegger.

Synopsis

En plein coeur du Middle-West (USA), nous est racontée la transition d’un jeune homme, Coby, et comment son parcours a pu chambouler son entourage, et notamment sa famille.

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Structure

Le film s’ouvre sur une séquence d’une dizaine de minutes, où la caméra suit un jeune homme dans son quotidien (spoiler: c’est lui Coby), on le voit donc intervenir dans son travail d’urgentiste, rentrer du boulot et croiser brièvement sa compagne, se réveiller plus tard dans la journée et vaquer a ses occupations, et notamment se passer le crâne  à la tondeuse (illustration ci dessus). C’est ensuite qu’intervient le premier extrait de vidéo YouTube, et on entre enfin dans le vif du sujet qui va être décortiqué pendant une heure et quart : la transition de Coby, et son impact chez ses proches.

Le documentaire est composé de plusieurs segments:

  • des extraits de la chaîne YouTube de Coby, où il détaille les étapes de sa transition (comme je le peux le faire avec ce blog par exemple), sorte de journal intime en vidéo.
  • Des entretiens avec sa famille et ses proches en face-caméra.
  • Des séquences du quotidien, des conversations par exemple.
  • Des séquences purement illustratives comme des plans sur la neige ou encore quand Coby tond la pelouse.

L’ensemble se déroule visuellement sur deux saisons, le grand froid de l’hiver, et le plein été ensoleillé. Et cette dichotomie est intéressante aussi bien sur un plan esthétique que pour le message implicite qu’elle laisse transparaître : celui du changement.

Mon avis (subjectif)

Le film, aussi bien dans son discours que dans sa structure, nous permet de comprendre pas à pas ce que traverse son protagoniste, de manière calme et progressive. Ce documentaire ne nous bouscule pas brutalement, et au contraire, prends le temps de nous expliquer, par étapes croissantes, ce que vivent Coby et sa famille.
Une certaine douceur se dégage de ce long-métrage, où, même si tous les propos ne sont pas nécessairement bienveillants, ils sont malgré tout toujours énoncés avec une certaine forme d’humilité, et certaines phrases touchent profondément, en bien comme en plus douloureux.

Du côté de l’image, j’ai trouvé assez bien rendue, cette « obsession » de Coby vis à vis de son propre corps, puisque, à plusieurs reprises, on le voit torse nu, quand il tond la pelouse, ou les fesses à l’air quand il reçoit son injection de testostérone. Et c’est d’autant plus convainquant qu’il en parle lui-même dans ses extraits YouTube. Et c’est logique puisque lors de la transition, le corps change, et on le redécouvre jour après jour, et il convient de s’adapter en se réappropriant sa propre image. De ce fait, je trouve que les prises de vue sont intelligemment utilisées. Ce qui pourrait passer pour un genre de léger « voyeurisme » prend au contraire tout son sens replacé dans ce contexte.

Le réalisateur l’a dit lui même dans plusieurs interviews, son documentaire n’est pas tant destiné que ça au public LGBT+, mais au contraire orienté vers le grand public, celui qui ne s’intéresse pas spécialement vraiment de près à ces questions là. De ce fait, ce n’est pas « révolutionnaire » pour les habitué·e·s du mouvement Queer, mais cela reste une bonne entrée en matière pour les néophytes.

En conclusion, que vous soyez un·e habitué·e de la « question Trans », ou que le sujet vous intéresse juste vaguement, vous devriez trouver un élément marquant dans Coby. Que ce soit une phrase lancée à la volée comme tout un discours construit, quelque chose devrait normalement faire écho dans votre petit cœur en mousse.
L’ensemble de ce documentaire est d’une justesse assez rare, dès lors que l’on prends un peu de recul, surtout comparativement à ce qui s’est fait jusqu’ici.

Voilà. La critique de ce film est terminée.
Mais j’avais pris pas mal de notes pendant le visionnage du film, et j’en ai tiré quelques conclusions personnelles, et comme j’ignorais où les mettre, je vous les propose juste ci-dessous. Si cela vous intéresse, vous pouvez continuer votre lecture, ou au contraire vous arrêter là, le choix est votre !

Balancer mes annotations au milieu de ma chronique n’avait que peu d’intérêt, mais il y a 3 petits passages en particulier, qui m’ont profondément touché, et je souhaitais les développer brièvement ici.

1/ Quand sa maman demande à Coby pourquoi il a décidé de changer, il explique très simplement que, avant sa transition, se croiser dans le miroir était quelque chose de surprenant, puisqu’il ne se reconnaissait pas, et entre chaque passage face à un miroir, il en venait à oublier à quoi il ressemblait.
Et c’est une sensation très particulière, mais qui est loin de m’être étrangère. J’ai souvent entendu, formulé comme un reproche, que j’allais détruire l’image que les gens avaient de moi, alors que c’est tout le contraire. Transitionner, c’est très justement se réapproprier sa propre image, et la façonner à notre besoin profond, d’être raccord entre notre ressenti intime et la réalité physique. Certaines personnes appellent cela changer, moi j’appelle ça me rapprocher de la vérité qui est mienne, et qui au final, n’appartient qu’à moi de définir.

2/  Le père explique à un moment donné, que oui, effectivement, prendre des hormones a des conséquences à long terme sur le corps et qu’il faut bien y réflechir. Et il rajoute que egalement, décider de ne pas en prendre, ou tout du moins dans ce genre de cas, se voir interdit d’en prendre, a également des conséquences par la suite, que ce soit sur le mental, sur le corps, sur la vie.
J’ignore s’il fait référence à quelque chose en particulier, mais ça m’a assez marqué, et je trouvais cela d’une justesse incroyable. Effectivement, il faut bien mesurer le pour et le contre quand il s’agit d’un traitement, hormonal ou non d’ailleurs, car les conséquences peuvent être très rapides.
Mais on voit suffisamment passer de suicides de personnes transgenre, pour savoir que oui, être écarté d’une prise en charge médicale a des conséquences directes sur les gens. J’ai passé suffisamment d’années à vouloir mourir, pour mesurer ma chance aujourd’hui : je revis, littéralement, et c’est autant grâce aux hormones que grâce au soutien de mes proches.

3/ Vers la fin du film, la compagne de Coby fait un petit encart sur le fait qu’elle se sente un peu délaissée, parce que la transition de ce dernier a pris tellement de place dans leur vie, que c’en est devenu le seul sujet de conversation, toujours, tout le temps, et j’ai trouvé ça ultra triste.
Je conçois bien les deux côtés de cet argument, le pourquoi et les conséquences, mais j’ai trouvé ça triste néanmoins.
Une transition, ça prend effectivement beaucoup de place, et ça se répercute sur la famille comme sur les amis très proche. Et je n’ai pas la chance d’avoir quelqu’un d’aussi intimement présent dans ma vie pour pouvoir lui accorder ce temps de parole. Simplement, je trouve vraiment dommage que l’on mette l’accent sur le côté contraignant d’une transition. Oui, cela se vit aussi individuellement que collectivement, et c’est un « événement » extrêmement important, comme une renaissance. Tout n’est pas que joie et paillettes, évidemment, mais chaque étape se vit intensément, et cela ne prendrait pas autant de place si la société était plus avancée sur la question.
Du coup, j’entends bien qu’une personne qui transitionne « prenne de la place », mais je me dis que ce n’est pas tant sa faute que celle du contexte dans lequel nous évoluons.

C’est ENFIN tout pour aujourd’hui. A très vite !

Show me how good you are

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Oui, c’est bien Ken.

Aujourd’hui, je risque ne pas me faire d’ami·e·s avec une opinion bien arrêtée.
Avant toute chose, sachez que j’ai pleinement conscience que chacun vit sa masculinité comme il l’entend, et que si cela inclus de la vivre de façon stéréotypée, c’est un choix comme un autre qu’il faut respecter.

Cependant, je souhaitais aussi prendre la défense des manières qui vont à l’encontre de ces stéréotypes. Toutes les masculinités sont valables, à l’exception de celles qui sont clairement établies comme toxiques et mauvaises vis à vis d’autrui. Mais on va se concentrer sur celles qui se limitent à un impact uniquement personnel.

Je regardais plus tôt dans la journée, une vidéo qui parlait de méthodes pour combattre la dysphorie quand on est FTM, et certains points m’ont un peu fait grincer des dents.
Le rappel constant de faire usage de produits inutilement genrés, comme les vêtements ou les déodorants m’a un peu gêné.

Dans l’ensemble la vidéo était bienveillante, ce n’est pas l’auteur ou ses intentions que j’attaque. En revanche si le fond était bon, la forme m’a un peu dérangé à cause de certaines maladresses.

Mais si le temps que j’ai passé sur les groupes ftm m’a appris quelque chose, c’est que certaines choses sont genrées vraiment inutilement. Comme la nourriture, ou les produits d’hygiène. Je n’exagère pas.
Je me souviens distinctement m’être fait engueuler pour avoir remis en cause le « manly meal », commenté sous une photo de plat à base de viande rouge et de bacon. Je me suis donc fait traiter de sale vegan extrémiste, pour avoir critiqué le fait que la salade n’est pas réservée qu’aux filles.

Qu’est-ce qui fait que l’on est un garçon? Porter des vêtements de garçon? Limiter le maquillage ? Se nourrir de viande? Avoir un pénis?
Si vous avez répondu non à toutes ces questions, ding ding, c’est que vous avez bon.
Ce qui fait qu’on est un garçon, c’est que l’on se sent garçon par essence, dans son cœur et dans son cerveau. Que l’on ait des hanches larges ou qu’on porte des culottes affriolantes, en mangeant des chocapics, les yeux pleins de liner, ne font pas moins de nous des garçons.

Je ne serais jamais un mâle dominant, non pas parce que je suis dénué des attributs physiques pour y prétendre, mais parce que je n’en ai aucune envie.
Je reste quoi qu’on en dise, un garçon, même si je pleure devant Le Roi Lion.

Et mon point du jour est assez simple. Si il y a des personnes trans masculines qui me lisent, sachez que vous n’avez rien à prouver à personne. Vous n’avez aucunement besoin de vous conformer à des stéréotypes de genre si vous n’en avez pas l’envie.
Il est inutile de rouler des mécaniques et de regarder le foot si cela ne vous intéresse pas. Il n’est pas indispensable de mettre des bermudas à motif camouflage et vous empêcher d’avoir des émotions pour être valables en tant qu’hommes.

Il y a autant de types de masculinités qu’il y a individus masculins. Chez les personnes cis comme chez les personnes trans.
Soyez qui vous voulez, rien ne vous retient de vivre bien comme vous l’entendez.

Et ceux qui vous diront le contraire sont des ignares. Voilà.

Felicitations, c’est un garçon !

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Bien le bonjour !
Aujourd’hui est un grand jour, une pierre blanche sur mon édifice personnel construit avec mes petits bras. Je fête en effet mon premier anniversaire de traitement hormonal de substitution. Un an donc, que je prends joyeusement une seringue pleine de vitamine T dans une de mes deux fesses.

Il y a eu plusieurs dates clés dans mon parcours, au choix mon coming-out officiel et définitif public (21 décembre 2015), les obtentions successives du certificat « d’aptitude » à la transition, la première ordonnance pour la vitamine, etc. Tout ça vous le savez déjà, si vous me suivez depuis tout ce temps.
Mais donc le 10 mai 2016, à 11h tapantes, j’ai reçu ma toute première injection, une piqûre pour une nouvelle vie, en quelque sorte.

Et tout au long de cette première année, y’a un paquet de gens que je dois remercier pour m’avoir supporté, à tous les sens du terme. Du coup là ça va être une longue liste de remerciements, un peu comme le générique de Dorothée où tu espérais voir ton prénom apparaître. Spoiler cependant : je n’ai jamais vu l’émission de Dorothée, j’étais trop petit, et aussi je vais sûrement oublier un paquet de gens, donc pardon par avance si vous êtes éventuellement vexés de ne pas lire le vôtre.
Ah et si vous scrollez à la fin, j’ai monté une vidéo un peu comme j’ai pu, qui retrace mois par mois, mon évolution, avec énormément de cuts sinon ça aurait fait 15 minutes et ça aurait été super chiant.

Donc, un énorme merci en premier lieu aux participants des cagnottes qui m’ont permis d’accélérer le processus d’accès aux soins :
Emma D, Charpi, Alia, Java, Bambi, Mathieu C, Marinou, Emeric, Reya A, Candice, Polina, Yeti, Simon, Manon, Firea, Louison, Emma B, Charlie, Segolene, Olivier, Ludovic, Didou, Isie S, Geoffrey F, Rebecca L, Sophie L, Mathieu M, Gabriel G, Roch, Thorfin, Gia, Lucy.

Un tout aussi massif merci à celleux qui m’ont écrit des lettres de témoignage pour l’obtention de mon changement de prénom:
Nathalie, Alice, Passy et Lili.

Et enfin pour terminer, quelques remerciements un peu plus personnalisés, parce que voilà, il fallait le souligner.

  • Marianne & Simon-Pierre : pour votre accueil chaleureux et l’amitié inconditionnelle qui s’en est accompagnée.
  • Poutchy : pour ton soutien quotidien, et ton amour indéfectible.
  • Leo : pour m’avoir poussé dans la bonne direction dès le début, et parce que t’es pas mon frère pour rien, ai-je besoin d’en dire plus?
  • Ma famille : Pour avoir su me soutenir, une majeure partie d’entre vous, et ne pas m’avoir tous rejeté en bloc.
  • Axelle : Pour m’avoir ouvert ta porte alors qu’on se connaissait à peine, et m’avoir laissé les clés  y compris après avoir appris à me connaitre.
  • Kris : Pour être un père de substitution incroyable.
  • Tcheu : Parce que même de loin, je sais que tu es encore là.

Bref, trêve de niaiserie, en avant pour la vidéo !
[Attention: suite à une erreur au montage, le son n’est pas très fort sauf pour le générique de fin. Faites gaffe pour ceux qui écouteront au casque. Egalement, la qualité vidéo est relativement médiocre, mais ma webcam n’est pas compétitive. Voilà.]

And I’m your dying beauty king

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Quand je me lève, j’ai une sorte de routine matinale, comme beaucoup je pense. Et la mienne inclut de me nettoyer le visage dans l’évier de ma salle de bains. Et aujourd’hui, alors que je ne faisais rien de particulier par rapport à d’habitude, quelque chose m’a sauté aux yeux, alors que j’essuyais l’eau sur mes joues. C’était très étrange, mais je me suis soudainement trouvé beau. Alors que bon, j’étais sans mon binder, à demi nu devant le miroir. Et pourtant, en faisant abstraction de mes pectoraux beaucoup trop développés, je ne sais pas, je me suis trouvé pas si dégueulasse que ça, à bien y regarder.

Je suis certes assez massif, c’est peu de le dire, mais en observant un minimum, je me rends compte que je reste plutôt musclé, si ce n’est que je suis rembourré par dessus, du coup on en a moins conscience immédiatement. Et ces derniers mois, mon corps a pas mal bougé avec le traitement hormonal. J’ai perdu un peu de hanches, ma répartition graisseuse au niveau du ventre s’est étalée autrement, et j’ai mes fesses qui ont fondu.
Je demeure néanmoins toujours gros, mais gros différemment d’avant. C’est difficile à expliquer.

Je sais aussi que, certaines personnes reprochent dans mon dos le fait que je poste 25 selfies par jour sur les réseaux sociaux. Cependant, je tiens à leur signaler un élément assez simple et pourtant si lourd de conséquences : je me réapproprie mon image.

J’ai passé au minimum les 15 dernières années à ne pas me supporter, à me trouver monstrueux, difforme, laid… Mais je ne suis rien de tout ça, heureusement. Cependant, passer plus de dix années à se détester aussi férocement, ça laisse des traces, et je ne mentionne même pas les cicatrices qui ont pu découler de cette haine autocentrée.

En conséquence de quoi, oui, je suis chiant à vous mentionner chaque petit élément qui change et que je suis probablement le seul à observer avec autant d’attention. Mais chacun de ces petits éléments, sont des petits pas de victoire dans la bonne direction, celle où mon image mentale correspondra à mon rendu physique extérieur.

Donc pour répondre à la question sous-jacente, non, je ne compte pas arrêter mes 25 selfies quotidiens, pour la simple et bonne raison que ça me fait du bien, et de nos jours, se sentir bien dans son corps est un luxe sur lequel je ne cracherais pas de sitôt.

Et chaque matin où je me trouverais beau, chaque matin où j’aurais un besoin cruel de reconnaissance sociale, chaque matin où j’aurais la nécessité d’être rassuré, je posterais en conséquence. Parce que ma survie m’apparaît plus pertinente que l’idée d’éventuellement saouler certains individus.
Et je dis ça sans la moindre once d’animosité, bien au contraire.

Voilà. J’ai un peu perdu l’angle où je voulais arriver, mais l’essentiel est là.
Je vous aime fort, tou.te.s, et vous dit à la prochaine !

Just say my name

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Aujourd’hui , 31 Mars 2017, c’est le TDOV, ou Transgender Day of Visibility, ou Journée de Visibilité Transgenre. Et ça tombe bien parce qu’on ne va pas du tout parler de ça. Parce que je n’ai pas vraiment de coming-out à faire, en revanche, j’ai reçu ce matin la lettre de la mairie qui confirme très officiellement mon changement de prénom.
Du coup la prochaine fois qu’on me demande ce que c’est mon « vrai » prénom (de naissance donc), je pourrais fourrer ma carte d’identité dans des narines.

J’avais donc promis que je le ferais si ma demande était validée, que je détaillerais celle ci.
En soi ce n’est pas super complexe. Il faut juste un paquet de photocopies, et un peu de bonne volonté en face.

Etant né à Bègles, j’ai pu aller voir cette mairie là qui est encore sous la direction de Mr Noël Mamere, un élu écolo. J’ai soupçonné que cela passerait mieux que dans ma ville de résidence, soit Bordeaux, soit Juppé et donc une politique de droite.

C’était néanmoins rigolo puisqu’une fois dans l’office d’Etat Civil, quand j’ai dis à la dame vouloir déposer une demande de changement de prénom, celle ci m’a sorti un formulaire. Formulaire qui était déjà pré-rempli dans mon sac, et à mesure qu’elle m’annonçait les pièces à fournir, je les sortais une par une de mon dossier cartonné.

Voici donc la liste des pièces qui ont permis d’étoffer mon dossier :

(Obligatoires)
– Photocopie de la Carte D’identité actuelle
– Extrait de Naissance de moins de 3 mois
– Justificatif de Domicile récent (facture etc)

(Facultatif)
Des témoignages de plusieurs de mes proches, et notamment ma maman, avec pour chaque témoignage une photocopie de leur pièce d’identité.

Les lettres se basaient toutes sur plus ou moins le même modèle. A quelques détails près. La base c’est d’avoir leurs coordonnées en en-tête. Le classique je soussigné machin chose, demeurant à tel adresse, exerçant la profession de truc; certifie avoir été témoin des faits suivants.
Dans les faits à relater, j’ai insisté dans mes modèles proposés, sur le fait que même si les personnes me connaissaient depuis longtemps, à partir de la date où j’ai fait mon coming out, personne n’utilisait plus mon prénom de naissance, et je me présentais bien sous mon identité actuelle relative à la demande de changement.
Quelques mentions légales certifiant que je ne suis aucunement associé ou affilié à la personne qui témoigne, formule de politesse, date et signature.

Après je laissais libre à chacun.e de reformuler comme iel l’entendait. J’ai apporté un total de 7 témoignages différents, parce que je voulais autant de qualité que de quantité.

J’ai donc été déposer mon dossier complet en date du 15 Mars. La nana m’a rappelé le lendemain pour s’assurer que j’avais bien compris qu’on changeait uniquement le prénom sur les papiers et non pas le marqueur de genre. Elle m’a rassuré en me disant qu’il y avait peu de chances que cela soit refusé, Et ce matin du 31, j’ai reçu la précieuse lettre de la mairie de confirmation du changement.

Maintenant il ne me reste plus qu’à galérer à faire changer tous mes papiers et prévenir toutes les administrations concernées, et même si ça va être un foutoir sans nom, je compte bien en savourer chaque seconde.

Don’t give up

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Depuis peu, mon cispassing s’est suffisamment amélioré pour que je passe physiquement pour qui je suis dans le dedans. Je pense que la voix joue pas mal sur le sujet, mais je ne me pose pas trop la question.

De ce fait, quand je vais dans mon bar de prédilection, je suis souvent amené à discuter avec des gens que je ne connais pas, et surtout qui ne me connaissaient pas il y a encore quelques mois/années. Et les gens ne se posent pas un instant la question de savoir si je suis cisgenre ou non. Et, ça fait un bien fou en fait. Je ne suis pas juste réduit à mon identité, je ne suis pas juste « le trans de service » à qui on va pouvoir poser toutes les questions qui brûlent nos lèvres.

C’est reposant, cette invisibilité. Faire partie de la masse grouillante au lieu d’être un freak show ambulant, est d’un confort absolu. Pas besoin de se justifier pendant un quart d’heure sur le fait que oui, je suis effectivement qui je « prétends » être. Et personne pour m’engueuler parce que je suis mauvaise ambiance sous prétexte que j’en ai marre de répondre aux questions, toujours les même généralement, et fréquemment hyper intrusives.

Du coup, pour l’occasion, j’ai invitée plusieurs ami.e.s à répondre à quelques questions, que j’ai préparées à l’avance. Parce qu’elles et ils vivent la situation, plus ou moins similaire, depuis plus longtemps que moi.

C’est donc avec cette introduction de 20 kilomètres que je vous propose pour les prochaines semaines à venir, à raison d’une sortie par semaine, entre les autres billets s’il y en a, une série d’articles sur la vision personnelle du cispassing et de ses conséquences dans l’espace public. Le tout raconté par des personnes concernées, à divers degrés du spectre du genre.
Les questions seront quasiment toujours les même, à quelques mots près, mais la palette d’individus permettra de varier et d’offrir des horizons de réponses différentes, pour plus de richesse dans les opinions, afin de ne pas avoir, comme chaque fois, juste MON avis sur le sujet.

PS: A la base je voulais sortir tout ça en novembre, et appeler ça le NO-SHAME November, mais faute de motivation et dû à plusieurs contretemps, la série atterrit à l’arrache à cheval sur janvier et fevrier. Cette série d’articles devait également être publiée sur un autre site que le mien, mais l’opportunité s’est complexifiée suite à divers soucis en interne. Donc faute de meilleurs auspices, j’espère ne pas perdre mon lectorat habituel, et je publie ça à la maison.

Rendez vous donc mercredi pour le premier épisode des Chroniques Queer !

[Episode 1 : Camille
Episode 2 : James
Episode 3 : Heloïse
Episode 4 : Sacha
Episode 5 : Charlie
Episode 6 : Alix
Episode 7 : Grand Final]

 

I will stand behind you

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A présent que je possède le privilège du cispassing difficilement remis en doute, je prends conscience de nouvelles difficultés que je ne soupçonnais pas une seule seconde.

Pour prendre un exemple concret, il y a peu, j’étais à une soirée avec des amis, et parmi eux il y avait deux trois personnes qui ne me connaissent que depuis peu. L’une de ces personnes, une fille, parlait avec une autre des règles et de ses mésaventures sur le sujet, jusque là, rien d’anormal.
Je participais alors à leur conversation, avec suffisamment de recul pour ne pas dévoiler le fait que, moi aussi j’ai subi la chose durant des années. Le fait d’avoir deux sœurs dans ma fratrie a beaucoup aidé à ma « couverture ». Et à un moment donné, la nana en question a évoqué un moment particulièrement désagréable, et alors que je riais, elle m’a précisé « même si toi, tu ne peux pas vraiment comprendre ce que ça implique ». Ce n’était aucunement une attaque, juste un fait.  Et à ce moment là je n’ai pu m’empêcher de rayonner intérieurement : « mon cispassing est impeccable ».

Puis, soudainement, nous sommes le lendemain, et j’observe que la jeune femme dont je parlais la veille a laissé un commentaire sur mon instagrum. Un commentaire qui plaisante sur ma potentielle féminité. Je le supprime précipitamment.
Et je me rends alors compte que, je ne supporte pas qu’on remette en question ma condition de garçon. Et s’en suivent alors une foule de questions :

  • Si j’embrasse mon éventuelle part de féminité, suis-je moins valable? (Non)
  • Mon identité est elle remise en doute si je ne sais pas accepter une vanne? (Non plus)
  • Pour quelle raison ne puis-je supporter cette forme d’humour pourtant inoffensif ?

Et cette dernière interrogation mérite que je me penche un peu plus sur sa résolution. Peut-être parce que, mon identité a longtemps été une source de conflit au cœur de mon cérébral. J’ai mis des années à comprendre mon identité justement, et encore d’autres années à refouler celle ci, pour finir par entreprendre des changements physiques, émotionnels, psychiques, et je suis encore en plein dedans.

Je ne parviens donc pas à passer au delà d’une simple blague, parce que je suis encore trop fragile sur la question. Parce que durant tout ce temps, la blague, c’était moi. Et ma conception de ma propre vie s’est vue chamboulée quand vint le temps où je ne parvenais plus à en rire. Et parce que cette décision de prendre les choses en main de façon concrète a remué beaucoup de choses. J’ai perdu des gens dans la foulée, j’ai indirectement bousillé le peu de crédit que j’accordais à certaines personnes, y compris au sein de ma propre famille.

Mon identité est quotidiennement une source de soucis mineurs. Comme aller chercher un colis à la poste, entreprendre la moindre démarche administrative, aller au commissariat, ou encore prendre un rendez-vous médical.
Chaque fois que je dois présenter une pièce d’identité, je suis violemment ramené à une sorte de réalité biologique, sociétale, que je ne supporte pas. Que ce soit par ce qui est inscrit sur ma carte, ou par le regard de la personne qui la déchiffre, je subis simultanément l’inconfort, l’incompréhension, la réalisation gênante, le malaise général.

Donc non, comprenez bien que je ne peux que recevoir amèrement une blague qui se voulait initialement innocente, mais qui me ramène involontairement à une assignation qui ne correspond pas à ma réalité identitaire.

Peut-être que c’est juste moi qui me mange des montées de paranoïa en pleine face, ou peut-être que je correspond sans le vouloir au standard masculin implicitement imposé par une certaine forme de société patriarcale. Celui qui veut qu’il est impensable que soit remise en doute ma prétendue virilité.

Dans tous les cas, je pense qu’il faut que je respire un peu, prenne un tant soit peu de recul, et arrête de péter les plombs à la moindre insinuation que, éventuellement, j’ai un jour été perçu au féminin.