Les Chroniques Queer #7 : Grand Final

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En ce mercredi 15 Mars 2017, c’est la fin de notre grand feuilleton de l’hiver, et oui, c’est le dernier épisode des Chroniques Queer! Mais ne pleurez pas, on finit en beauté avec une question collective qui était formulée ainsi :

Quel est ton avis sur la « Fierté Trans »? Te sens tu concerné-e?

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▼ CAMILLE
Je pense que la « fierté trans » est quelque chose d’important. Je ne me sens pas concernée directement parce que le fait que je sois trans n’est pas une partie centrale dans mon identité. Je suis une fille qui s’avère être trans. Mais que je le veuille ou non, je suis confrontée à toutes les problématiques trans, tous les ennuis sociaux, la transphobie, les médecins qui nous baladent…

Je trouve que la société est extrêmement dure envers nous, et je parle en tant que femme trans hétéro pré-op. J’ai l’impression que le monde me traite comme le plus grand cauchemar des mecs, le « piège », que je suis un monstre ou alors un fantasme sexuel bizarre et inavouable. Je ne pense pas être plus forte que la moyenne des gens par rapport aux jugements, je pense même y être très sensible.
J’ai pris conscience ces derniers temps, à quel point j’avais internalisé tout ça. Je ne rejette plus mon corps, en fait j’ai jamais été aussi bien dans ma peau, mais je suis toujours dans la détresse à cause de l’attente de mon opération, et je pense qu’une très grande partie des complexes que j’ai par rapport à ce qu’il y a entre mes jambes est dû à ce que les gens et surtout les mecs pensent globalement de moi et des filles comme moi.

Je ne revendique pas moi même la fierté d’être trans, pour moi ce mot représente une masse de problèmes et de stigmatisation que je subis. Cependant, je pense que la société a besoin de changer ses discours et ses préjugés sur nous, car ça nous détruit. Je comprends les gens qui revendiquent leur transidentité, je pense que c’est un mécanisme de survie face à tout ça, comme ma stratégie à moi est de devenir invisible en tant que transgenre.

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▼ JAMES
On vit dans une société où ne pas être cis, ça ne doit pas se voir. Le mot cisgenre lui-même n’existe pas en dehors des milieux trans / queer / féministe. On lui préférera les termes « gens normaux » ou « non-trans ». Ça en dit long sur le chemin qu’il nous reste à parcourir en terme d’acceptation et à quel point il est difficile de se sentir fier.e d’être une personne trans.
Où qu’on aille, quoiqu’on lise, regarde, écoute, que ce soit les journaux, les magazines, les films, les séries, les émissions de TV, il y aura toujours une blague censée être drôle sur nous et/ou des théories sur nous sans nous. Sans même parler du cissexisme partout, tout le temps.

Personnellement, je n’ai pas honte d’être trans. Et même si j’ai pu le penser il y a quelques temps, je suis content de ne pas être cis et d’avoir appris tout ce que je sais. C’est à double tranchant car, en contrepartie, cela m’a ouvert les yeux sur l’aspect systématique des oppressions envers les personnes trans. Mais je n’aurais pas été qui je suis à l’heure actuelle.
Maintenant, je dois reconnaître que je n’ai pas beaucoup subi de transphobie de façon directe et peut-être que si ça avait été le cas, je serais plus frileux à me promener dans les rues avec mon sac plein de badges sur mes identités de genre et orientations (par exemple).

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▼ HELOÏSE
Pour moi, la fierté trans est essentielle. Je suis une femme d’abord mais je suis aussi une femme trans. Et je suis fière de mon parcours, de ma vie, de ce que je suis. Il faut savoir affirmer d’où l’on vient quand cela est nécessaire.

Je peux avoir un cis-passing et être fière d’être trans. Cela me semble hyper logique et cohérent. Surtout, c’est cette fierté modeste (inutile de le crier partout) qui aide doucement à faire évoluer les mentalités : je ne me cache pas mais je ne ressens aucun besoin de provoquer ni de m’affirmer plus que ça. Par exemple, j’ai un cis-passing et je ne dis jamais à personne que je suis une femme trans, mais j’assume d’avoir écrit un bouquin clairement trans et qui me grille direct. J’en écris un autre qui va me griller encore plus. Et c’est cool.

Dans le fond, ma superficialité est devenue cis et je l’assume. Mon ressenti profond est trans et je l’assume aussi.

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▼ SACHA
Je pense que c’est important d’être fier de son identité, quelle qu’elle soit, parce qu’on ne choisit pas ce qu’on est, et en être fier fait à mon avis partie d’un processus de paix avec soi-même (qui n’est pas évident dans le contexte culturel.)

Quant à la fierté trans, je trouve juste dommage qu’elle existe essentiellement à cause de rejets sociaux et de crises identitaires. Surtout que la transidentité serait dans l’idéal un état transitaire voué à disparaître avec les progrès de la médecine, de la société et de la légalité. Un état transitaire entre deux genres
Après, personnellement, comme je rejette pour moi même les labels de genre autant que j’évite de trop me foutre dans des groupes sociaux labellisés, c’est vraiment le label qui me dérange plus on a tendance à me foutre dans des cases plus ça m’emmerde. Mon état d’agenre est un état, pas un label. Je ne me bats pas plus pour mon état que pour ma couleur de cheveux.

Et plus personnellement encore, les personnes trans que j’ai pu rencontrer pour le moment, dans leur grande majorité, peuvent pas me blairer parce que je refuse de me battre pour un genre et ne comprennent pas du tout une démarche qui est totalement inverse à la leur.
Donc, oui, je trouve ça important d’affirmer qui on est, de pouvoir en être fier sans honte, et je me battrais pour ça. Mais pas plus pour la fierté trans que pour n’importe quelle autre fierté.

Je tiens cependant à souligner, que je ne souhaite pas être condescendant ou quoi que ce soit, je ne méprise pas les personnes transgenres, j’aime les gens quels que soient leur genre. Je ne déteste personne, c’est simplement que je n’y attache aucune importance.

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▼ ALIX
Politiquement c’est tellement important que l’on apprenne à ne plus s’excuser d’être des personnes trans, et aussi de pouvoir parler de ce qui fait la richesse de nos vies ; donc collectivement la formule me parle. Cela dit personnellement je ne suis pas encore au stade « fierté », je verrai bien comment j’appréhende la chose dans l’avenir ; déjà je n’ai plus honte c’est un grand pas !

Enfin, pour conclure, mon avis personnel de petit Kao sur la question, c’est que je suis assez partagé.

D’un côté, j’assume pleinement ma transidentité sur les lignes de ce blog, et si on me pose la question dans la vraie vie, je ne vais pas le nier. Mais à côté de ça, je ne le proclame pas haut et fort à qui veux bien l’entendre. Parce que je considère que c’est aussi ma vie privée, et qu’en vrai j’ai toujours un peu la trouille que les derniers arrivés dans mon cercle de potes, l’apprennent et commencent à me considérer différemment à partir du moment où ils et elles seraient au courant.
Vous allez me dire que c’est absurde, parce que s’iels me traitent effectivement différemment à partir du « point de connaissance », ces gens là ne méritent alors pas mes faveurs, et vous auriez sûrement raison à ce propos. Cependant, je ne peux m’empêcher d’avoir cette crainte profonde que les gens ne soient pas aussi bienveillants que j’aime à le penser. Paradoxal, je sais.
Mais bref.

Ainsi s’achève notre grande saga hivernale, j’espère que cela vous aura plu.
Pas d’inquiétudes cependant, ce blog n’est pas terminé.
A très vite pour de nouvelles aventures tou.te.s ensembles !!

Chroniques Queer #6 : Alix

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Pour ce premier mercredi du mois de Mars, voici pour vous un autre épisode des Chroniques Queer! Nous recevons Alix, qui encore une fois, se présente tout seul comme un grand. Ah, c’est bien quand j’ai rien à faire moi-même hein?

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Photo non contractuelle.

Photo non contractuelle.

► J’ai 24 ans et même si je sais depuis mes 12-13 ans que je suis trans je n’ai appris l’existence de la multiplicité des genres et de la non-binarité que depuis environ 2 ans. De fait, longtemps je me suis défini comme « garçon » par défaut  tout en n’étant pas très à l’aise avec l’idée ; depuis que j’ai pu d’avantage poser des mots précis sur mon genre le terme qui colle le plus à mon ressenti et « agenre ». Tel que je le ressens, cela veut dire que je ne me sens pas concerné personnellement par les genres que la société reconnait (homme et femme du coup), et que je n’arrive pas à appliquer à moi-même le concept  de genre (pour m’expliquer : politiquement et d’un point de vu militant je comprends ce qu’est un genre, mais disons que ça ne fait pas écho en moi, je n’arrive pas à ressentir une appartenance à un genre en particulier, ni a comprendre ce que cela peut faire de se sentir appartenir à tel ou tel genre).

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♦ As-tu effectué des modifications notables dans ton apparence/attitude après avoir pris conscience de ton identité? Ou au contraire n’a touché à rien, parce que tu te sentais suffisamment bien tel quel?

► J’ai eu une mammectomie récemment. Le binder m’aidait bien et j’avais appris à ne plus détester ma poitrine (c’était (re)devenu de l’indifférence) mais je ne supportais plus le fait d’être comprimé donc j’ai sauté le pas de l’opération dès que j’ai pu.

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♦ Y’a-t-il eu des changements dans l’approche/le comportement/le regard des gens à ton égard depuis lesdits modifications?

► De manière générale, je sens des regards plus longs et plus appuyés quand mon apparence est plus « ambiguë », mais le fait d’avoir un torse plat à renforcé le phénomène je crois (surtout en fonction des vêtements choisis). Sinon plus précisément, cet été c’est la première fois que je suis allé à la plage juste en maillot de bain, du coup les cicatrices font un élément que les gens remarquent, et comme je n’ai pas de cispassing masculin je vois bien que cela interroge (au mieux…). De même les médecins me demandent maintenant si j’ai eu un soucis (illes pensent à cancer du sein généralement), ce qui fait un élément que je dois maintenant justifier tandis qu’auparavant je pouvais, si je ne voulais pas de complications sur le moment, laisser croire aux gens que j’étais une femme cis sans qu’on me pose trop de questions.

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♦ Ton état d’esprit a-t-il changé quand tu te déplaces dans l’espace public ? Y’a-t-il des attitudes personnelles que tu as dû/souhaité changer?

► Je n’ai jamais été à l’aise dans l’espace publique pour d’autres raisons ; le sexisme me vient à l’esprit de suite, mais pas seulement. Pour plusieurs raisons, je n’ai jamais tellement vu l’espace public comme un espace accueillant pour moi, c’est plutôt un lieu de passage à gérer au mieux. Mais, du coup, oui la question de la transphobie ou NBphobie rajoute de la gène et/ou angoisse (suivant les situations).

J’ai un moment essayé d’avoir des attitudes et vêtements plus masculin-e-s ou, du moins, moins féminin-e-s pour ne pas être mégenré (j’utilise le pronom « il »). Mais d’une part ça ne marchait pas tellement, en plus je n’étais pas à l’aise parce que ce n’était pas « moi », et pour finir cela me rappelait tout le temps que j’étais trans, que je devais agir de telle ou telle manière pour que les gens perçoivent telle ou telle attitude comme un signe pour bien me genrer. Je ne m’en sortais pas, ça finissait par me rendre plus mal qu’autre chose. Du coup j’essaie maintenant de revenir à des attitudes avec lesquelles je suis à l’aise, plutôt que de penser à comment les gens vont me percevoir (mais c’est loin d’être gagné !).

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♦ Un dernier mot à formuler peut-être?

► Je suis agenre, mais ayant tout de même passé plusieurs années à me définir « garçon » et à le revendiquer fortement (avec mes parents ou différents psys notamment), cela fait que je suis dans un entre-deux permanent entre mon ressenti actuel et la manière dont j’ai longtemps envisagé ma transition (sociale notamment). Ce n’est pas forcément évident à gérer, et ne serait-ce qu’au sein de la communauté, je me sens  un peu entre deux ressentis niveau prise de conscience et parcours de vie : entre les expériences des personnes qui sont hommes ou femmes ou celles des personnes non-binaires j’ai du mal à me sentir plus proche des un-e-s ou des autres (et je me sens un peu alien dans tout les cas). C’est quelque chose que j’apprends encore à appréhender/démêler. D’où l’importance de laisser la parole à toutes sortes de vécus, sans comparer systématiquement avec ce qui serait un « parcours type ».

Par rapport à mon expérience je trouve important de faire un petit rappel :  attention à ne pas confondre quelqu’un-e qui a besoin de temps pour se définir par rapport à la binarité de la société, avec quelqu’un-e qui serait «  juste confus » ou « juste une personne cis en questionnement » (formules que j’ai pas mal entendues, alors que j’étais bien plus au clair avec mon genre que quand – par manque d’informations – je me définissais « garçon » par défaut). Le manque de mots ou l’impression de ne pas être légitime à se définir hors de la binarité homme-femme ne veut pas dire qu’on ne sait pas qui on n’est ; seulement ça demande parfois plus du temps pour arriver à le dire clairement.

Chroniques Queer #5 : Charlie

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Yo ! Vous allez bien? Je l’espère en tout cas. Comme la semaine dernière ya deux semaines,  désolé pour le contretemps, on se retrouve ce mercredi jeudi finalement, pour le nouvel épisode des Chroniques Queer !
Et cette semaine, nous reçevons une personne qui s’identifie comme « queer » justement, comme les choses sont bien faites pour une fois! Bref, trève d’introduction obligatoire, je laisse soin à cette personne de se présenter.

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Photo non contractuelle.

Photo non contractuelle.

► Bonjour ! Je m’appelle Charlie, dans la vie je dessine et je glande sur internet. Et je suis non binaire. Dans mon cas, ça signifie que je suis ni meuf ni mec, peut-être autre chose, ou entre les deux. Ça se précisera éventuellement avec le temps. En attendant, je dis «queer» et j’y réfléchis.

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♦ As-tu effectué des modifications notables dans ton apparence/attitude après avoir pris conscience de ton identité? Ou au contraire n’a touché à rien, parce que tu te sentais suffisamment bien tel quel?

► C’est une réalisation sur le long terme, en fait, de dépatouiller un peu ce qu’est mon identité. Et c’est toujours en évolution.
Mais, disons que j’ai pris des mini libertés dans mon expression de genre. Je me suis procuré un binder par exemple, et je choisis des fringues peut-être un peu plus diverses qu’avant (remarquons que je suis toujours habillé-e des 4 même machins, malgré ce stock glorieux). Je suis AFAB (assigné-e femme à la naissance), et je venais déjà d’une culture lesbienne/«butch», donc je pense que les gens me perçoivent comme ça quand je m’habille de manière considérée comme plus «masculine».
Mais à vrai dire j’aime différents trucs, sur le plan vestimentaire, et même si je regrette parfois d’être invisible, je ne vais pas me priver d’être féminin-e quand j’en ai envie. Moi je sais où je me situe. Je ne suis pas moins queer les jours où je porte des talons, et pas plus les jours où je suis en binder. Donc oui, parfois on veut faire savoir au monde que les identités des gens ne sont pas forcément celles qu’on croit, et on se sent mieux dans certaines fringues. Et aussi des fois, il fait 10 degrés et t’as envie de mettre des vêtements mous et chauds et tu t’en fous. Je sais que c’est aussi un privilège, d’avoir des jours où je me fiche d’être mal lu-e dans mon identité, et que c’est différent pour tout le monde.
Bref, tout ce que je veux dire, j’imagine, c’est qu’il ne faut jamais présumer de l’identité de quelqu’un uniquement sur ses vêtements. J’peux être une personne transmaculine en jupons, voilà tout.

Aussi, petit aparté, mais on se figure que «l’androgynie» (sur le plan esthétique) c’est une sorte d’idéal tendant vers le masculin, habillé de noir, mince et blanc-he. Et autant ça convient à plein de gens, autant l’androgynie peut être plein d’autres choses, que ce n’est pas la seule option. Et que c’est à expérimenter.

Ha, également, pour revenir à la question : j’ai également commencé à utiliser des pronoms différents. Principalement en ligne, parce qu’il est aisé de montrer que je veux être accordé-e comme ça. J’ai aussi commencé à en parler autour de moi aux gens qui étaient susceptibles de le comprendre et de le respecter, donc c’est cool. J’commence tout juste à switcher les pronoms à l’oral en parlant de moi, pour voir.
Comme pour beaucoup de gens transgenres, la question plus «médicale» de la transition se pose. Oui je l’envisage. Non, je ne suis pas moins trans en attendant. Oui, j’ai peur.

Bon, après ce pavé et pour répondre à la question : je me sentirai peut-être parfaitement bien comme je suis sans toutes les considérations de la société sur les genres, qui sait ? Mais on ne vit pas dans ce monde-là, et on en sait rien, donc, oui, j’ai envie d’autres choses, j’ai envie d’être perçu-e comme la personne que je suis. Après, je vais prendre mon temps et je veux être sûr-e que c’est ce que je veux sincèrement aussi.

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♦ Y’a-t-il eu des changements dans l’approche/le comportement/le regard des gens à ton égard depuis lesdits modifications?

► Alors. Il y a des gens dont je sais qu’iels ont, soit compris tout de suite quand je leur ai dit, soit fait le travail sur elleux même d’apprendre et de comprendre. Sûrement des personnes qui ne comprennent pas mais respectent. Et ces gens là donnent des petits signes que leur regard a changé. Changent les pronoms, changent les petits noms qu’ils me donnent. Je sais même pas si c’est répondre correctement à la question.
J’imagine que le grand problème des personnes NB qui «ont l’air» cisgenre, c’est justement d’être reconnu-es dans leur transidentité, ce qui n’est peut-être pas la problématique principale de toutes les personnes trans…

Hmm, sinon, depuis quelques années le harcèlement de rue s’est beaucoup orienté vers « t’façon ça se voit que t’es gouine » et de l’homophobie en général. Sans être tout nouveau pour moi, ça rejoint un peu ce que je disais sur le fait que je suis lu-e comme butch. Donc, hum, j’imagine que c’est un changement.. ?
Je ne vis pas du tout de transphobie directement dirigée vers moi dans la rue, par exemple.
J’essaierai de revenir sur ça plus tard, parce qu’il y a clairement des différences entre mon cas et celui d’autres personnes trans et je ne veux pas les ignorer.

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♦ Ton état d’esprit a-t-il changé quand tu te déplaces dans l’espace public ? Y’a-t-il des attitudes personnelles que tu as dû/souhaité changer?

► Mon état d’esprit, non. Je suis AFAB, toujours perçu-e comme meuf. J’ai toujours peur dans la rue régulièrement, je suis toujours dans la situation dans laquelle sont les filles dans l’espace public (une situation pas géniale, pour préciser).

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♦ Je n’ai pas vraiment de question intermédiaire mais si tu as une remarque pertinente, c’est ton moment.

► Pertinente, je ne sais pas ! Hum, j’ai été plutôt agressifve sur une question, à propos de transition médicale. Je précise juste que… Ce n’est pas facile pour moi d’utiliser le mot transgenre à mon propos. Ça a mis du temps avant de me percevoir comme ça, et beaucoup de gens non binaires ressentent des choses semblables, je crois.

Je sais que la très grande majorité des gens, même celleux qui savent, ne me perçoivent pas comme transgenre. Les gens cis ou trans, d’ailleurs.
Je sais que l’idée que les personnes non-binaires sont «juste cis» est répandue. Je sais aussi qu’il y a plein de manières d’être une femme ou un homme. Je connais des femmes qui sont bien moins traditionnellement «féminines» que moi, et pourtant, voilà : ce sont des femmes cisgenres, à l’aise avec cette identité, et moi ce n’est pas la mienne alors que j’ai «l’air» d’en être.

J’ai entendu reprocher aux non binaires d’entériner des normes de genre figées, de s’inventer des genres, etc… Hey, sans blague. Oui, on invente des genres, ça s’appelle la vie en société t’sais. C’en est pas moins réel, moins vrai pour les gens.
On existe, c’est tout ce que je veux dire. Et on est trans.

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♦ Un dernier mot? Quelque chose qui te semble important? 

► Comme j’ai un peu râlé, parce les non binaires entendent des trucs pas cool, y compris de leur propre communauté, je voudrais bien finir en disant que oui, on a cependant des gros privilèges vis-à-vis d’autres gens de cette communauté [trans].
Déjà, certain-es d’entre nous ne ressentent pas le besoin d’une transition (sociale ou médicale), ou pas «entièrement» (ce qui d’ailleurs peut être le cas de n’importe quelle personne trans). Donc oui on a des privilèges d’avoir l’air cis. Je me fais pas refuser de jobs pour ça, on m’insulte pas dans la rue pour ça. Je ne peux pas imaginer ce que c’est ; mais c’est aussi une souffrance d’être invisible.
Et puis, n’importe quelle personne «pré-transition» peut vivre ça, même si, peut-être les gens non binaires et fluides peuvent parfois être plus à l’aise avec leur apparence… Mais pas toujours.

Je ne sais même pas si ce truc de séparer binaires et non-binaires est pertinent, les gens utilisent les mots comme iels veulent ; je dis juste, j’imagine, qu’on est dans la même communauté. Qu’on ne devrait pas être en train de se traiter les un-es les autres de «binaires» ou de «fauxsses trans»… Right ?
On vit des choses différentes et je ne pense pas que c’est majoritairement à la communauté non-binaire de prendre la parole sur la transphobie constamment. Je pense qu’il faut qu’on soit humbles et qu’on reconnaisse les avantages qu’on peut avoir.

Mais aussi, je refuse de me faire insulter dans mon identité parce que certains jours j’aime mon corps, ou parce que je suis pas «full trans», ou parce que je veux une transition non-binaire. Soyons camarades, merde.
On a une lutte à mener ensemble, contre la transphobie d’état, pour le changement d’état civil, pour des parcours de transition sains, accessibles et non psychiatrisant, pour un meilleur accès aux soins. Pour une représentation dans les médias pas ridicule ou insultante. Pour… tellement de trucs, parce qu’on est tellement loin d’être à égalité.
Je suis désolé-e, je n’ai pas tant parlé aux gens cis qui voudraient comprendre des trucs en lisant mon temoignage, j’espère que ça reste compréhensible.

Un conseil ? Les genres des gens ne sont pas c’que vous croyez. Demandons poliment leurs pronoms aux gens, hackons les normes de genre et informons-nous les un-es les autres. Bisous.

Chroniques Queer #4 : Sacha

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Bien le bonjour ! Vous commencez à être habitués, mercredi ça veut dire suite des Chroniques Queer!
Aujourd’hui nous recevons Sacha, une personne agenre, qui me fait le plaisir de se présenter de lui-même dès les premières lignes de notre entretien. Je vous laisse donc l’honneur de découvrir son témoignage.

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Photo non contractuelle.

Photo non contractuelle.

► Je m’appelle Sacha, je suis né dans un corps féminin. Je parle de moi au masculin neutre et j’accepte les pronoms il/lui et elle, avec une préférence pour le masculin quand la personne me connait bien, mais globalement ça n’a pas beaucoup d’importance pour moi tant qu’on ne me sexualise pas. (genrer n’est pas sexualiser, pour rappel.)
J’ai pris conscience vers mes 14 ans que je n’aimais aucun genre que me proposait la société et j’ai décidé au lycée de laisser tomber ça derrière moi. A cause d’un partenaire j’ai été forcé de rentrer de force dans un rôle sur-féminisé et hyper sexualisé dans lequel j’étais en souffrance.
Depuis, j’ai envoyé à nouveau valser tout ça. Et ça m’a fait du bien.

Il faut savoir que cette non-binarité est quelque chose qui est en moi depuis toujours, mais ce n’est pas un big deal pour autant. Je n’ai aucune revendication, aucun combat par rapport à ça. Je l’avais déjà imposé à mon entourage avant de savoir ce qu’était la non-binarité. Je n’ai rien de vraiment féminin si je ne le désire pas, et un passing masculin correct quand je le veux. Je ne demande aux gens ni de comprendre ni de tolérer, c’est juste entre moi et mon acceptation de moi-même. Les gens qui ne veulent pas comprendre ou pas accepter sont simplement laissés de côté. De plus, je tatoue, donc j’ai un rapport très proche avec ma clientèle et je ne les mêle pas à ça. Je ricane juste quand on me demande si « c’est pas trop dur pour une Fâme de tatouer » que je ne me sens pas concerné.
Et puis faire 1m85 et avoir l’air peu aimable m’aide énormément.

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♦ As-tu effectué des modifications notables dans ton apparence/attitude après avoir pris conscience de ton identité? Ou au contraire n’a touché à rien, parce que tu te sentais suffisamment bien tel quel?

► Ayant été élevé par une mère qui m’a choisi mes fringues jusqu’à 14 ans (salut à toi, robe bleu ciel à col Claudine, puisse tu croupir au fin fond d’Emmaüs) mais qui m’encourageait à me battre comme un garçon, et par un père qui pensait essentiel que je sache tailler du silex, faire du feu et tirer à l’arc, disons que… je n’ai jamais été ni vraiment fifille ni vraiment garçon manqué.
Je m’habillais toujours en terne jusqu’à mes 14 ans, bleu foncé, gris, marron… Puis quand je me suis un peu découvert j’ai mis du noir, et de la résille. Je voulais être Brian Molko (chanteur de Placebo). Je m’habillais d’un t-shirt et d’un jean. Noirs. Toujours. Je n’ai jamais compris l’intérêt de montrer ma poitrine parce que pour moi elle n’avait aucune importance, vu que je n’étais pas une fille. Et que je ne voulais pas être sexualisé comme un individu féminin.
Donc jusqu’à ce que je rencontre un mec qui me considère comme sa poupée et qui pensait qu’il était de son devoir de faire de moi une vraie Fâme, j’étais bien dans ma peau.
Cette sur-féminité s’est accompagnée d’une sur-sexualisation et m’a amené à me représenter en tant qu’objet. Mais ce n’était pas moi. Du tout.

Quand je me suis réveillé, j’ai pété un câble, j’ai jeté toutes mes fringues au fond d’un placard qui sert de lit à mes chats et je suis allé dépenser des sous pour m’offrir des tank tops de mec pour aller avec mes leggings galaxie. Je m’habille absolument comme je veux, avec les fringues que je veux, tout est ouvert pour moi. J’ai les cheveux roses, je porte des salopettes de garçons, je ne me maquille pas toujours…
Je fais ce que je veux. Je n’ai pas forcément le temps de prendre soin de moi avec mon boulot, mais quand je le fais je suis quelqu’un de plutôt chatoyant. Mais en noir.

Par rapport à mon attitude, comme dit précédemment, je suis quelqu’un de calme et comme je ne mets pas en avant mes « attributs » rien n’a changé.
Je vais me faire réduire la poitrine également, parce que je n’en ai rien à foutre et que c’est la seule chose qui me met réellement mal à l’aise. Et c’est plus parce que je préfère un physique le plus asexué possible qu’une question de passing.

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♦ Y’a-t-il eu des changements dans l’approche/le comportement/le regard des gens à ton égard depuis lesdits modifications?

► Le respect.
Plus personne n’ose s’adresser à moi en mettant en avant mes ovaires/nichons/etc. On me voit avant tout comme un être humain.
Quand aux crétins qui oseraient quand même me rabaisser parce que ce jour là, je porterais un mini short (pas de jupe, jamais, never, no way), il faut savoir que je peux très vite être pas sympa. En société, ça ne s’est jamais mal terminé pour moi en règle générale.
Mais comme dit plus tôt, la taille et les new rocks en métal aident peut-être un chouilla.
Je sais que je présente ça avec un peu d’agressivité, mais si la majorité des gens sont très pacifique il faut savoir que pas toujours et j’ai suffisamment été agressé sur mon identité dans ma jeunesse pour toujours envisager de me défendre.

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♦ Ton état d’esprit a-t-il changé quand tu te déplaces dans l’espace public ? Y’a-t-il des attitudes personnelles que tu as dû/souhaité changer?

► Je n’aime pas l’espace public. Parce que 1m85, et les cheveux roses.
L’espace public revient pour moi à aller d’un point A à un point B, toujours avec des écouteurs et le plus souvent j’ai du boulot ou des courses à faire. Je ne me cache pas mais je ne cherche pas la merde, et ce depuis le lycée. Et ce n’est même pas une question d’identité, mais un gothique seul dans Bordeaux? Ha.
Quoi qu’il arrive je dois faire attention par où je passe et à quelle heure, et avec mes fringues, je serais un mec cisgenre que ca serait pareil. Néanmoins, j’ai moins de harcèlement sexiste. C’est un progrès… je suppose.

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♦ Je n’ai pas vraiment de question intermédiaire mais si tu as une remarque pertinente, c’est ton moment.

► Le gros problème en vrai, c’est de parler de soi aux gens qui ne nous connaissent pas. Surtout à l’écrit. Je parle de moi au masculin. Donc on m’a parfois corrigé.
En général j’ignore, parce que me forcer à écrire au féminin me donne l’impression de dire « ha ouais pardon, regarde, je remets mon soutient gorge et du rouge à lèvres, je reviens » et ça me lasse.
Ah et beaucoup de gens pensent que je suis un homme via internet et mon Facebook de travail.
Ça m’arrive aussi beaucoup de parler de moi au féminin quand j’aborde cette partie de ma personnalité, mais en aucun cas les deux côtés ne sont dissociés. C’est juste que le non-genre est plus facile au masculin.
Néanmoins quand je réalise qu’on me regarde d’une drôle de tronche parce que je parle au masculin en racontant des histoires de coupe menstruelles, c’est totalement priceless.

Mais le vrai problème d’être agenre?
Ne pas savoir si on joue male ou female dans les RPGs.
(Mais pour être clair, j’ai pris female dans Mass Effect et male dans Dragon Age et dans Fallout.)

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♦ Un dernier mot? Quelque chose qui te semble important? 

► Je ne connais pas vraiment d’autres personnes agenres.
Je n’ai pas cherché à en rencontrer. Non pas que je m’en fiche, mais je n’ai jamais eu besoin d’une communauté, dans aucune des mes activités. Je préfère rechercher la diversité parmi mes amis et mes contacts. Donc je ne parle pour personne d’autre que moi-même.
Ce que je vais dire va forcément fâcher des gens, mais des gens que je ne connais pas, donc je m’en cogne un peu.

J’ai la chance d’avoir un parcours identitaire excessivement non violent. Et je sais qu’on me le reproche. Quand on essaie de me mettre de force dans un genre, je m’en vais. Et je préfère la pédagogie au combat. Parce que même si c’est pour « défendre » mon genre (ou plutôt mon non genre), je n’ai pas de rancœur ou d’amertume quand les gens refusent de me reconnaître, étant donné je considère sincèrement que 99% de l’humanité ne vaut pas le coup d’œil, et que je me fiche quasi totalement des êtres humains vivant sur la planète tant qu’ils ne sont pas dans mon cercle.
Je ne suis d’aucun combat à ce sujet autre que le droit à choisir son identité parce que j’ai laissé tomber il y a longtemps. Je ne revendique rien parce que ça ne regarde que moi. J’agis au delà des carcans de genre parce que je ne suis d’aucun genre. Parfois on me le reproche. On me dit que je ne suis pas un-e « vrai-e ».
Mais je ne vois pas en quoi avancer avec de la haine aide qui que ce soit.
Moi personnellement ça me ralentit. Je ne vais pas ruminer les pensées de gens qui me veulent du mal, je préfère avancer pour moi.

Beaucoup de gens, cis/non-cis sont dans une guerre effrénée les uns envers les autres, et on me demande souvent d’avoir un avis parce que je suis « non-cis. »
Mon avis personnel c’est que le genre est une illusion sociale, pourquoi est-ce que je prendrais le parti de qui que ce soit pour défendre cette illusion? Au delà de toutes ces considérations, je comprend qu’on veuille défendre son droit à l’identité, pour le coup, ça je le défend aussi, mais détester un côté ou l’autre de la barrière des genres, des assignations, c’est au delà du stérile. Haïr une personne parce qu’elle est née comme ça c’est juste de la haine et la haine est beaucoup plus ravageuse que mon égoïsme.

L’acceptation. Voir quelqu’un au delà de son genre, de son apparence pour la voir en tant que personne aide à la discussion. Même avec une personne qui n’est pas d’accord avec vous. Respecter son « ennemi » parce qu’on se respecte soi et qu’on ne veut pas devenir le reflet de la haine qu’on voit dans le regard du mec d’en face c’est aussi important… Bref. Je prêche dans le vent.
Mais c’était important de le dire.

Une dernière chose.
Acceptez-vous. Décidez de qui vous êtes. Il n’y a que vous qui sachiez qui vous êtes. Nous sommes tou.te.s voué.e.s à évoluer, à changer. S’accepter malgré le passing, revendiquer son identité parce qu’au final tout se passe au fond de nous même c’est la meilleure manière d’évoluer sereinement.

Chroniques Queer #3 : Heloïse

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Salutations, aujourd’hui : troisième épisode de la série des Chroniques Queer !
Dû à certaines raisons d’organisation en coulisses, le format de cet épisode diffère un peu des autres, mais les questions initiales étaient les même. Je rappelle également que tous les propos tenus par chaque personne varie selon ses opinions et son vécu propre, donc tout le monde ne sera pas forcément d’accord avec ce qui est dit dans chaque épisode. Mais je vous remercie par avance de respecter les avis qui diffèrent du votre !

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Photo non contractuelle.

Photo non contractuelle.

► En quelques mots, je suis une femme trans qui commence à vieillir sans perdre mon enthousiasme et ma joie de vivre. Pendant longtemps, je croyais que faire plein de chose était perdre mon temps mais ce n’est pas vrai. Faire plein de choses m’enrichie. Je suis écrivain, je suis musicienne, j’aime entreprendre dans tous les sens. J’ai repris une agence d’assurances, j’ai créé une assez grosse association, j’ai bossé pour un homme politique, j’ai bossé pour le gouvernement et la commission européenne. Le truc dont je suis la plus fière, c’est d’avoir écrit mon premier livre. Il s’appelle Thriller Transgenre et ça déchire. Le truc qui me rend le plus heureuse, c’est d’avoir réussi à m’accepter et comprendre que j’étais une femme trans : depuis, je vais beaucoup mieux.

Bon le cis-passing, c’est d’avoir un look de cis. Cela m’apporte énormément. Comme je me ressens femme, j’ai besoin d’en avoir toutes les apparences pour que personne ne remette en question ce que je suis. Or, les femmes cisgenres constituent l’immense majorité des femmes présentes sur terre. Donc, je kiffe d’avoir un cis-passing.

En fait, mon cis-passing me rend heureuse. Mon corps ressemble à mon intimité. Mon corps ressemble au corps du groupe de personnes auquel je m’identifie le mieux : les femmes. Personne  ne remet cela en question ce qui me permet de vivre épanouie au quotidien.

Dans ma vie quotidienne, je vis toute tranquille sans me poser de questions. Je n’ai plus peur de me faire griller par mon apparence ou par mon identité. Je me sens rassurée et libre. Pour y arriver, j’ai tout changé ! Cela s’appelle une performance de genre ! Et j’en suis fière ! Plus que mon corps, j’ai réussi à conformer mon comportement au genre de destination : le genre meuf. D’ailleurs, je me cogne que ce soit un genre cis ou un genre trans : je me sens meuf. Donc oui, j’ai tout changé : voix, corps, vêtements, cheveux, gestes, intonations … seuls mes goûts et mon être profonds sont identiques. D’ailleurs, je ne vois pas le problème à changer tout ça : changer son apparence, c’est cool. L’apparence est superficielle. Aucun problème pour bousculer ma superficialité. Surtout que cela m’aide à me sentir plus proche de moi-même, plus proche de mon ressenti profond, plus proche de mon âme.

Chacun fait comme il veut mais je crois qu’il faut mesurer deux choses : ce que l’on est ; la paix que l’on souhaite atteindre. Et avoir la paix, c’est essentiel. En l’état actuel de la société, se fondre dans le cis-passing est une bonne chose pour avoir la paix. Cela n’empêche pas de militer pour faire valoir un trans-passing plus fluide, moins stereotypé. Mais discretos. Il faut du temps pour faire évoluer les choses. Et pendant ce temps, il faut pouvoir vivre tranquille, sans risques, sans agressions diverses, sans pression permanente.

Il y a un truc qui me gêne, que je voudrais ajouter mais je n’arrive pas à dire quoi. C’est en lisant un article sur les gays qui rejettent les folles (homophobie des folles) que je crois avoir compris.C’est pareil pour l’univers trans. Je n’aime pas les personnes trans binaires qui rejettent toutes les autres façons d’être trans. Je n’aime pas les personnes trans non-binaires qui ont des regards condescendants pour les pauvres trans binaires qui n’ont rien compris à la lutte politique. Or, théoriser sur le cis-passing ou le trans-passing peut facilement conduire à cela, en fonction de ce qu’on est/ce qu’on pense. Le rejet ou l’acceptation des normes n’est pas propre aux personnes trans. Plein de cis aiment déconstruire les codes, plein d’autres s’en tapent, d’autres adorent les codes. En vrai, chacune fait ce qu’il veut et c’est toujours respectable.

Je dis cela parce qu’il y a un réel problème d’acceptation de l’autre dans notre communauté. Au nom des luttes, et c’est comme ça qu’on fabrique les guerres. Or le problème de fond, il n’est pas là : le vrai sujet, c’est que les enjeux sont différents en fonction de ce que tu es. Finalement, une personne trans, ça veut rien dire parce qu’il y a DES transidentités avec des attentes et donc des revendications parfois divergentes.

Je dis tout ça parce qu’en me relisant, j’avais l’impression de me justifier de me sentir bien dans le cis-passing et pour cela, d’essayer de théoriser. Or non. Juste, je kiffe mon cis-passing et c’est comme ça.

Chroniques Queer #2 : James

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Bonjour à tou.te.s et soyez les bienvenu.e.s dans ce deuxieme épisode des Chroniques Queer !
Cette semaine, j’accueille James, une personne non-binaire AFAB. Il reviendra sur ces termes un peu plus loin dans l’article.

Photo non contractuelle.

Photo non contractuelle.

♦ Tout d’abord, comment définirait tu le cis-passing? Qu’est-ce que ça t’apporte toi personnellement?

► Pour moi, le cis-passing, c’est le fait d’être reconnu comme une personne cis dans l’espace public. Cela peut être valable pour une personne trans ayant commencé une transition et dont l’apparence reflète son genre (ou du moins quelques chose qui s’y rapproche pour les personnes non-binaires par exemple) mais ça peut aussi être valable pour les personnes trans n’ayant pas fait de démarche de transition parce qu’elles ne ressentent pas le besoin ou parce qu’elles sont obligées, un instant de leur vie, à se conformer à leur genre d’assignation.

Je suis une personne non-binaire AFAB (« Assigned Female At Birth » = Assigné fille à la naissance) sous traitement hormonal (testostérone) depuis un peu plus d’un an donc j’ai acquis un cis-passing d’homme. Quand bien même ça ne reflète pas réellement mon genre, ça s’y rapproche bien plus qu’avant et en premier lieu, je vois mon apparence se conformer davantage à l’idée que je me fais de moi depuis longtemps. Au début ça fait bizarre parce qu’en dehors de moi-même et mes ami.es, je n’étais pas habitué à ce qu’on s’adresse à moi par « Monsieur » + adjectifs au masculin etc. Quelque part, j’ai eu le sentiment que ce que je cachais dans mon petit cercle fermé commençait à s’étendre à tout le monde. C’est devenu presque… officiel. Même si bon voilà, les papiers d’identités, eux, restent inchangés.

Et puis je m’y suis habitué et ça passe quand même beaucoup mieux que si on continuait encore à s’adresser à moi au féminin. Alors ça m’apporte surtout beaucoup de joie. Chaque « Monsieur » d’inconnu.es est une petite victoire en soit !

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♦ Qu’est-ce qui as changé dans le regard/l’approche/le comportement des gens à ton égard depuis que tu est plus avancé dans ta démarche de transition?

► Un changement très flagrant c’est le fait de ne plus risquer d’agressions en fonction de mon genre. Étant perçu comme un homme dorénavant, on ne me siffle plus dans les rues, on ne fait pas de remarques sur mon physique etc…

Par contre, puisque je suis en couple avec un homme, je commence à bien ressentir les regards et surtout les insultes homophobes qui fusent. Nous ne sommes plus perçus comme un couple hétéro et ça se ressent aussi.

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♦ De quelle façon ton état d’esprit a changé quand tu te déplaces dans l’espace public? Y’a-t-il des attitudes personnelles que tu as dû changer? [Pourquoi?]

► Mon état d’esprit n’a pas changé. Je pense que j’ai acquis tellement de mécanisme de défenses face aux harcèlements dans la rue que lorsque je me retrouve seul face à un homme dans l’espace public par exemple, je peux pas m’empêcher d’avoir peur. Alors que… Je ne risque plus rien en fait.

J’ajouterai plus généralement que malgré le fait d’arriver à se « fondre dans la masse » des hommes cis, il m’est encore difficile de me sentir à l’aise au milieu d’eux. Il y a à la fois mon vécu passé où j’ai été perçu en tant que femme et mon vécu actuel d’homme perçu en tant que gay qui font qu’entendre des blagues sexistes et/ou homophobes durant des conversations lambda entre z’hommes me font vraiment tiquer. Et c’est difficile de réagir face à ça dans la mesure où quelques part, j’ai peur d’être outé en tant que personne trans et/ou homme aimant les hommes. Ce qui pourrait m’amener de gros ennuis.

Le fait d’avoir un cis-passing amène aussi d’autres soucis : l’administration et toutes situations où tu te dois de justifier ton identité par tes papiers d’identités (jusque-là non conforme à mon apparence). Je vais par exemple me retrouver avec une carte SNCF où figure une photo de monsieur barbu et un magnifique prénom féminin qui ne colle pas du tout. Les agent.es administratifs.ves aussi qui te disent « bonjour Monsieur », visionne ta carte d’identité ou ta carte vitale et font des tronches surprises et finissent par « aurevoir Madame ». Je n’ai pas encore eu affaire à cette situation mais je suis d’ores et déjà très stressé à l’idée de devoir récupérer un colis à la Poste.

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♦ Un dernier mot? Un conseil peut-être?

► J’ai juste envie d’ajouter que le cis-passing n’est pas quelque chose d’automatique ni de recherché par toutes les personnes trans. Car la transition (ou non-transition) est au choix de chacun.e. Mais je dois avouer qu’il nous protège parce que si les personnes cis dans l’espace public ne se doutent pas de notre transitude, on est moins exposé.e à une agression transphobe. On a le choix alors entre s’invisibiliser et se préserver ou être visible mais se rendre vulnérable à de possibles agressions.

Chroniques Queer #1 : Camille

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Comme annoncé avant-hier, soyez les bienvenu.e.s dans ce premier épisode des Chroniques Queer !
Pour inaugurer cette série d’article, j’ai invité Camille, une jeune femme de mon entourage, qui a accepté de répondre à mes questions. Je la remercie d’ailleurs pour sa patience et son témoignage.

Photo non contractuelle.

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♦ Tout d’abord, comment définirait tu le cispassing? Qu’est-ce que ça t’apporte toi personnellement?
► Le cis-passing littéralement, c’est le fait de « passer pour une personne cis » bien que je n’aime pas du tout cette définition. C’est simplement le fait de correspondre suffisamment aux standards du genre féminin ou masculin pour qu’on ne soupçonne pas qu’on puisse être une personne trans.

Attention, ce n’est pas le fait de correspondre ou non aux stéréotypes de son genre assigné, par exemple une femme assignée femme à la naissance et qui n’est pas très féminine selon les standards de la société ne passe pas pour une personne trans pour autant.
Le cis-passing c’est quand on a été assignée homme, qu’on est une femme, et que les gens ne voient plus qu’on ai été assignée homme, cela même si on s’habille de manière pas du tout féminine, et vice-versa pour les mecs.

Je n’aime pas la définition de « passer pour une personne cis » parce que ça impliquerai qu’en tant que personne trans, nous devrions avoir tel ou tel traits physiques qui nous différencieraient des filles ou des garçons cis, ce qui est un préjugé.
Avant ma transition et avant de pouvoir assumer dans l’espace public certaines parts de moi même, j’avais un cis-passing en tant qu’homme, et maintenant en tant que femme. Enfin, je l’espère et j’y travaille. Ce que ça m’apporte, si on met de côté le regard des autres, c’est un équilibre et une paix avec moi même et mon corps. Mon genre profond étant « femme », le fait que mon apparence extérieure et que mon genre social corresponde de plus en plus à ce que je suis, me sort de mon état de conflit d’identité que je subis depuis mon enfance.

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♦ Qu’est-ce qui as changé dans le regard/l’approche/le comportement des gens à ton égard depuis que tu est plus avancée dans ta démarche de transition?

► J’ai répondu en omettant le regard des autres et de la société à la question précédente, mais il est clair qu’il est extrêmement lourd quand on fait une transition.
Il y a plusieurs façon de faire une transition de genre socialement : On peut se cacher pour rester socialement dans son genre assigné le temps d’avoir un cis-passing dans son véritable genre et se révéler aux autres par la suite, ou alors d’abord se révéler et ensuite évoluer sur son cis-passing (ce qui n’est pas obligatoire : certaines personnes ne veulent ou ne peuvent pas avoir de cis-passing et vivent dans leur genre quand même.)

Personnellement, j’ai commencé à revendiquer mon genre féminin juste avant d’entamer mon traitement hormonal. Tout d’un coup j’ai décidé de jeter mon cis-passing masculin, ce qui m’a rendue assez visible aux yeux des autres en tant que personne trans. Le regard des autres, lorsque on est une femme trans en début de transition est particulièrement dur. J’ai vécu un véritable choc social, bien plus que lorsque j’ai appris à mon entourage que je préférais les hommes. Dans la rue, je me suis prise pas mal d’insultes, des gens qui se moquent de moi en me montrant du doigt, des gens qui me prennent en photo dans le tram, des gens qui se rapprochent de moi et qui s’écrient « ah oui c’est bien un mec ! », des gens qui ont un regard dégoûté, ou simplement les gens qui me dévisagent…

À la fac c’était énormément de choses horribles racontées sur moi (je ne suis pas sourde et dans l’amphi on entend bien), des anciens collègues qui m’évitent ou qui se tapent un fou rire quand la prof dit « ah mais c’est bizarre j’avais que 2 filles inscrites dans ce groupe » etc … Plus j’ai avancé dans ma transition, moins j’ai été visible en tant que personne trans et moins j’ai eu ce genre de soucis de la part d’inconnus.
C’est un soulagement tellement grand, quand je pense qu’il y a quelques mois tout le monde se permettait de commenter mon existence dans la rue et que maintenant les gens ne font plus gaffe à moi (malgré le fait que je subis du sexisme maintenant, mais je le gère beaucoup mieux que les « sale travelo » …). A la fac, j’ai redoublé ma M1, principalement parce qu’une partie de ma promo et que mon prof encadrant se foutaient ouvertement de moi, ce qui fait que je suis avec une promo qui m’a pas vue « avant », et j’ai aussi réussi tant bien que mal à faire changer mon prénom d’inscription. Je ne sais pas si les gens savent que je suis trans ou non mais l’ambiance est nettement moins lourde, et il y a même des gens qui osent m’approcher pour qu’on bosse ensemble!

Globalement, même si certaines personnes savent que je suis trans, je subis vraiment moins de rejet maintenant que j’atteints les 2 ans de traitement hormonal.
Quand on commence à avoir un cis-passing, il y a aussi la satisfaction de se faire genrer correctement de manière spontanée. Au début, je pleurais de joie intérieurement à chaque fois qu’un.e inconnu.e me disait «madame» ou «mademoiselle». Ce sont des petites victoires qui ont une importance énorme pour notre identité. Maintenant j’y suis habituée (ce qui est génial !), mais j’ai toujours une terrible angoisse que les gens se remettent à me dire «travelo» dans la rue, ou à me dire «monsieur». J’ai énormément gagné en confiance en moi mais ma transition est trop récente pour que je sois débarrassée de mes angoisses.

Une dernière chose : J’ai vu passer un dessin sur Twitter il y a quelques jours, qui fait assez mal parce que c’est -exactement- le regard général que les gens (surtout les mecs en fait) portent sur nous, et cette réaction là, je l’ai vécue des dizaines et des dizaines de fois par jour :

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♦ De quelle façon ton état d’esprit a changé quand tu te déplaces dans l’espace public ? Y’a-t-il des attitudes personnelles que tu as dû changer ? [Pourquoi?]
► Au début de ma transition il y a beaucoup de trucs sur lesquels j’ai travaillé pour paraître plus féminine. Je me maquillais tout le temps, je faisais attention à laisser le moins d’ambiguïté quant à mon genre vestimentaire, etc … Aujourd’hui j’ai beaucoup plus de libertés : je me maquille bien plus rarement, je porte parfois les t-shirt de mon copain, et finalement j’agis bien plus naturellement. Le cis-passing est un moyen pour moi de m’exprimer plus naturellement sans craindre la transphobie ou les remarques blessantes. J’ai encore un « souci » avec ma voix, j’en suis consciente. C’est un de mes plus gros regret, de ne pas être encore arrivée à avoir une voix très féminine. Du coup, je fais attention à ne pas trop parler au milieu d’inconnus. Mais j’ai quand même de moins en moins de problèmes liés à ça. Je ne sais pas si c’est parce que ma voix s’est adoucie naturellement (ce qui est fort possible : la voix c’est aussi énormément de mental) ou parce que mon passing physique contre-balance ma voix un peu grave. En bref je dirai qu’au début on doit beaucoup en faire pour espérer un cis-passing, mais que plus on en a un, plus nous pouvons être nous même sans crainte.

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♦ Un dernier mot? Un conseil peut-être?

► Pour finir je dirai que notre rapport avec notre cis-passing ou non, c’est quelque chose de très personnel. À moi, il me permet d’être moi même, d’exprimer mon identité, mais pour d’autres personnes, ielles ne seront peut être pas vraiment à l’aise avec un cis-passing. Je pense que le plus important c’est de faire correspondre son identité sociale à ce que l’on est au fond, et ce qu’on aime exprimer. La société est vraiment très dure envers les gens sans cis-passing et les personnes trans ou travesties (qui n’a jamais entendu de blagues sur les « travelos », sur le bois de Boulogne, les «ladyboys » évoquées dès qu’on parle de la Thaïlande…). C’est important de se protéger mais protégeons aussi nos frères et sœurs (et autres) qui n’ont pas le privilège d’être «stealth». (terme signifiant furtif, invisible [en société])

 

Don’t give up

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Depuis peu, mon cispassing s’est suffisamment amélioré pour que je passe physiquement pour qui je suis dans le dedans. Je pense que la voix joue pas mal sur le sujet, mais je ne me pose pas trop la question.

De ce fait, quand je vais dans mon bar de prédilection, je suis souvent amené à discuter avec des gens que je ne connais pas, et surtout qui ne me connaissaient pas il y a encore quelques mois/années. Et les gens ne se posent pas un instant la question de savoir si je suis cisgenre ou non. Et, ça fait un bien fou en fait. Je ne suis pas juste réduit à mon identité, je ne suis pas juste « le trans de service » à qui on va pouvoir poser toutes les questions qui brûlent nos lèvres.

C’est reposant, cette invisibilité. Faire partie de la masse grouillante au lieu d’être un freak show ambulant, est d’un confort absolu. Pas besoin de se justifier pendant un quart d’heure sur le fait que oui, je suis effectivement qui je « prétends » être. Et personne pour m’engueuler parce que je suis mauvaise ambiance sous prétexte que j’en ai marre de répondre aux questions, toujours les même généralement, et fréquemment hyper intrusives.

Du coup, pour l’occasion, j’ai invitée plusieurs ami.e.s à répondre à quelques questions, que j’ai préparées à l’avance. Parce qu’elles et ils vivent la situation, plus ou moins similaire, depuis plus longtemps que moi.

C’est donc avec cette introduction de 20 kilomètres que je vous propose pour les prochaines semaines à venir, à raison d’une sortie par semaine, entre les autres billets s’il y en a, une série d’articles sur la vision personnelle du cispassing et de ses conséquences dans l’espace public. Le tout raconté par des personnes concernées, à divers degrés du spectre du genre.
Les questions seront quasiment toujours les même, à quelques mots près, mais la palette d’individus permettra de varier et d’offrir des horizons de réponses différentes, pour plus de richesse dans les opinions, afin de ne pas avoir, comme chaque fois, juste MON avis sur le sujet.

PS: A la base je voulais sortir tout ça en novembre, et appeler ça le NO-SHAME November, mais faute de motivation et dû à plusieurs contretemps, la série atterrit à l’arrache à cheval sur janvier et fevrier. Cette série d’articles devait également être publiée sur un autre site que le mien, mais l’opportunité s’est complexifiée suite à divers soucis en interne. Donc faute de meilleurs auspices, j’espère ne pas perdre mon lectorat habituel, et je publie ça à la maison.

Rendez vous donc mercredi pour le premier épisode des Chroniques Queer !

[Episode 1 : Camille
Episode 2 : James
Episode 3 : Heloïse
Episode 4 : Sacha
Episode 5 : Charlie
Episode 6 : Alix
Episode 7 : Grand Final]