Appelez-moi Nathan (2018)

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En direct de ma table basse.

« Appelez-moi Nathan » est un roman graphique de Catherine Castro et Quentin Zuttion, sorti en septembre 2018 chez l’éditeur Payot.

Lors de sa sortie, cet ouvrage a eu un traitement un peu particulier, puisque toutes ses pré-annonces se concentraient chaque fois autour prénom de naissance, et désignaient au féminin celui qui est véritablement le héros de l’histoire : Nathan.
Et entre un vocabulaire daté et des maladresses vraiment gênantes, je dois avouer que je n’étais pas serein à l’idée de me plonger dans « Appelez-moi Nathan ».
Mais j’ai mis mes à-priori de côté, et j’ai ouvert la BD.

En voici donc mon compte-rendu, construit suite à une prise de notes durant ma lecture. Il est à noter que je n’avais pas pu lire de BD depuis plusieurs années, pour des raisons de santé disons, donc s’il m’a fallu 2 x 40 minutes pour achever la lecture de ce livre, je pense qu’il se plie facilement en moins d’une heure pour un·e lecteurice lambda.

Attention : cet article n’est pas exempt de spoilers.

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La construction des pages est particulière, et je n’avais pas vu ça auparavant, mais après je ne lis plus des masses ces dernières années. En fait il n’y a pas de définition des cases comme dans une BD classique, juste de l’espacement entre chaque dessin. Ça c’est le gros point fort, parce que du coup il y a maximum 4 à 5 dessins par page, et moi qui  suis habituellement en galère, là je n’ai pas eu trop de difficultés a rester concentré dans ma lecture. J’ai juste fait une pause a la moitié.

Je pensais au démarrage que le début était un peu décousu, mais finalement c’est toute la BD qui est ainsi : il y a un vague fil conducteur, mais cela ressemble bien plus à une suite chronologique de souvenirs courts. Ils  sont flous de leur contexte temporel, et du temps s’écoule entre chaque mini histoire, mais aucune indication précise.

Ça ressemble bien plus a une suite d’anecdotes plus ou moins importantes, qu’à une vraie histoire construite. Je pensais que c’était une volonté d’être flou jusqu’à ce que la situation de Nathan se précise, mais non, jusqu’aux dernières pages, il y a des énormes ellipses et cela apparait juste comme des morceaux d’histoires mis bout à bout.

L’ensemble est parfois un peu douloureux à lire, puisque Nathan se plaint constamment que personne ne le comprends, alors que tout le monde essaie globalement de lui tendre la main et de l’aider du mieux qu’iels peuvent, mais lui s’enferme sur lui-même en refusant d’entendre autre chose que sa souffrance.

Pire encore, certaines planches m’ont trigger sans prévenir. Je repense à cette planche sur deux pages où Nathan s’arrache la poitrine dans ce qui est probablement un rêve ou un fantasme, ou une idée qui lui a traversé l’esprit. Aucun texte ne le précise.
Il y a aussi cette scène où il s’auto-mutile. Ca fait 4 « cases » maximum, sans préavis non plus, et il fait ça avec une nonchalance à la fois si déconcertante et en même temps relativement réaliste, au point que cela m’a fait remonter une vieille saveur dans la bouche, que je n’avais pas vraiment envie de regoûter.

Bref, plus ça avance et plus c’est pire. Il y a d’abord l’infirmière qui lui fait sa première piqûre dans la cuisse, alors que c’est normalement fait dans la fesse. On peut l’effectuer dans la cuisse, lorsqu’on le fait seul notamment. Mais de la part d’une soignante, ça m’a surpris. Il y a le passage du changement de prénom à la mairie, qui apparaît comme être une simple ligne à taper dans un formulaire sur l’ordinateur, alors que dans les faits ça prends des semaines, avec passage en commission et dossier béton à fournir.

Dans la BD, la dame de la mairie lui dit « oulah, avec cette nouvelle loi, plus besoin de ces documents justificatifs », alors que encore aujourd’hui, il y a des refus pour ce même motif de non-présentation des documents médicaux. Ils ne sont certes plus du tout obligatoires, mais il y a fréquemment des témoignages d’abus de la part du personnel dans les administrations.

J’ai trouvé le dernier quart hyper expédié, et la fin pas vraiment satisfaisante.
Alors ok, c’est là le début de sa nouvelle vie, d’où la fin très ouverte à l’imagination. Mais en même temps il n’y avait pas tellement d’histoire racontée jusque là, et tout est très « ouvert à l’imagination » à mon goût, justement.

Donc pour résumer :

  • Facile a lire
  • Dessin plutôt agréable
  • Expéditif
  • Voyeuriste et très centré sur le corps
  • Carrément trigger par moments

Ce qui m’a le plus surpris, c’est toutes les critiques positives que j’ai lu à propos de cet ouvrage. Alors que personnellement, j’ai fait une crise de dysphorie dans l’heure qui a suivi sa lecture. Je suis certes fragile, mais je suis étonné de l’engouement général pour cette BD, qui est sympa mais pas fantastique non plus.
D’accord le traitement du sujet change de d’habitude, mais l’ensemble m’a quand même profondément mis mal à l’aise.

Bref, je n’ai pas aimé Appelez-moi Nathan. Je note l’effort accompli, mais je ne comprends pas vraiment tout le bruit fait pour ce roman graphique, qui me promettait pourtant d’être chouette à lire.

EDIT [14 août 2019] : Après un long échange avec des proches, je tenais à préciser que cet ouvrage est apparemment une très chouette approche pour les non-concerné.es et autres curieux.ses de cette thématique, car il retranscrit visuellement certaines émotions très fortes en lien avec une transition.
Cependant, la plupart des concerné.es avec qui j’en ai discuté justement, se sont toustes senti.es trop proches du sujet pour esquiver ce malaise de lecture. Certaines planches étant très graphiques, à tous les sens du terme, le sentiment se réceptionne de plein fouet.

Donc en définitive, j’insiste bien sur le fait que JE n’ai pas aimé cette lecture, mais je ne prétends pas qu’elle ne vaille pas le coup pour autant. A voir selon votre sensibilité propre.

You were making a fool of me

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Ceci n’est pas un seche-cheveux.

Avant que l’on n’entre dans le vif du sujet, sachez que je ne souhaite pas avec cet article, donner du grain à moudre aux masculinistes, ni me mettre à dos tout l’internet féministe, là n’est pas mon but.
Mais j’ai constaté des nouvelles choses récemment. Comme je possède à présent le cispassing de l’homme blanc, probablement hétérosexuel, je me fais régulièrement plus ou moins gentiment écarter des débats sur internet. Et c’est déconcertant.

C’est déstabilisant puisque je me retrouve traité comme le premier Jean-Michel PMU qui passe. Je ne donne pas mon avis pour venir glaner des cookies d’allié, mais juste pour exprimer un désaccord sur un point de sujet auquel je suis sensible.
J’ai des opinions, j’en ai toujours eu, mais à présent, elles ne sont plus pertinentes, n’ont plus aucune valeur dans les yeux des interlocutrices d’en face.

Oui, je sais qu’il faut laisser en priorité, l’espace de parole aux concerné·e·s, mais j’estime également, peut-être à tort, que chacun a le droit a son avis, à partir du moment où celui ci est amené poliment et dans le respect de chacun·e.

Et récemment, je me suis fais glorieusement envoyer bouler à plusieurs reprises, par l’argument que cela ne me concerne pas, ni de près ni de loin. Je ne proteste généralement pas, puisque comme je l’ai déjà dit, je préfère la tranquillité, à la légitimité prise de force puisque j’aurais décidé de m’outer.

Je sais également que, les femmes sont en colère, surtout celles qui sont un minimum averties du contexte dans lequel nous évoluons.
Mais cette colère omniprésente justifie-t-elle d’en oublier la bienveillance? Faut-il absolument prendre toute personne qu’on juge être l’ennemi à abattre, avec autant de condescendance?

Après, je sais qu’il existe le problème de l’injonction à la pédagogie, parce qu’entre les vieux « trolls » (des connards donc) qui font semblant de ne pas comprendre, ceux qui effectivement ne comprennent pas ce que leur moteur de recherche favori pourrait leur expliquer en 10 minutes, ou encore les gens qui volontairement sont juste des gros misogynes, il devient compliqué de débattre. Il devient complexe de faire la part des choses entre celleux avec qui on aimerait discuter posément, et celleux que l’on a pas la foi d’éduquer sur une pléthore de notions condensées en 3 paragraphes plus la conclusion.

Je pense également que, mon autre souci se place dans la différence de traitement de la prise de parole qui s’est faite sur la durée. Cette phrase est super compliquée alors je vais la simplifier.
A l’origine, le mot d’ordre c’est de « laisser la priorité de parole aux concerné·e·s », mais rapidement, cela s’est transformé en « ferme ta gueule t’as pas ton mot à dire ». Et je trouve ça gênant. Parce qu’il y a un gouffre differentiel entre ces deux notions, et si l’idée de fond est tout à fait respectable et respectueuse, sur la forme, la seconde est problématique, à mes yeux.

Cis ou trans, homme ou femme ou autre, j’estime, peut-être à tort, que chacun a droit à son temps de parole, tant que celui ci est utilisé avec respect et bienveillance. On ne peut pas deviner d’emblée le parcours de vie de chacun·e, et quand bien même celui ci a été vécu dans la plus grande opulence de privilèges, il est toujours possible d’avoir un avis éclairé et pertinent.

Je hurle probablement dans le vide en écrivant ceci, et vous avez tout à fait le droit d’être en désaccord avec moi dans ce propos spécifique, et en général aussi d’ailleurs.
Mais je trouve à la fois paradoxal et très nul, qu’avant transition, mon opinion avait un certain « poids », une forme de légitimité, alors que j’étais bien moins renseigné à l’époque sur tout un tas de sujets par rapport à maintenant, où je n’ai à présent quasiment plus  de droit de parole, selon les lieux.

Du coup, est-ce que l’on pourrait mettre de côté notre agressivité naturelle quelques minutes, quand on s’adresse aux autres?
Je suis pour une échelle d’équivalence, et si j’ai verbalement agi comme un connard, ajustez votre niveau en fonction de cela. Mais si je n’ai pas été impoli, ne le soyez pas en retour.

Merci.

Make Me Feel Safe

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Après presque deux mois d’absence, je reviens sur le devant de ma toute petite scène, pour discuter de l’invisibilité des personnes trans-masculines. Sujet délicat s’il en est.
Je tiens d’ailleurs à signifier que je n’ai pas réellement rien fichu pendant ces deux mois, mais c’est un résultat surprise que je vous réserve pour plus tard.

Aujourd’hui donc, nous allons essayer ensembles (surtout moi), de comprendre pourquoi les garçons trans ont si peu de visibilité face aux femmes trans.
Et avant toute chose, je rappelle que cet avis n’engage pour le moment que moi, et que le contenu de cet article sera théorique avant d’être pratique.

Mise en Contexte

En grandissant, j’avais plus ou moins pleinement conscience que quelque chose n’allait pas chez moi. Je l’ai déjà évoqué par le passé, j’attribuais ce malaise généralisé à tout un tas de choses, et notamment mon poids.
Pourtant quand j’étais petit, je n’étais pas encore gros (j’ai vérifié sur les photos). Mais les autres enfants s’acharnant tellement à me le faire comprendre, j’ai fini par l’intégrer.

Par la suite, j’ai tout construit autour de mon orientation sexuelle, que j’ai moi-même cloisonnée pour assurer des fondations solides. Mais ce n’est qu’en rencontrant d’autres garçons en situation de transition que j’ai réussi à comprendre. Non pas que cela me concernait, mais que cela existait, avant toute chose. Pour moi ce fut une révélation : il est possible de transitionner dans les deux sens du spectre masculin-féminin.
Ça parait idiot, mais à l’époque ça a pété les fondations de mon existence à la masse de chantier.

Les personnes trans féminines sont très visibles, et éclipsent presque les personnes trans masculines. On n’en entendais quasiment jamais parler, avant l’ère du Saint Internet, et ce n’est finalement que depuis moins de 10 ans, avec l’explosion de YahourTube, que les mecs trans sortent de l’ombre. Ils existent pourtant depuis aussi longtemps que leurs consœurs, avant même la modernité du traitement hormonal et des chirurgies, il y a plein de livres sur le sujet.

Alors, pourquoi ce silence pendant si longtemps?

Argumentation

Ce silence est, à mon humble avis, dû à plusieurs facteurs croisés. Non, aucun lien avec la personne qui t’apporte tes colis de chez la Chine.
Et il faut que j’arrête de faire des blagues, parce que je perds moi-même le fil de mon raisonnement, avançons donc.

Chaque parcours est évidemment différent, d’un côté comme de l’autre sur le spectre, mais si je dois faire des généralités, je dirais que le cispassing s’acquière bien plus vite pour les garçons que pour les filles. Tandis que les filles doivent parfois passer par plusieurs types de médication hormonale, et éventuellement faire de la rééducation vocale ; les garçons eux, quelques piqûres régulières dans les fesses et en 8 mois c’est plié.

Je grossis effectivement beaucoup le trait, mais la testostérone de synthèse étant particulièrement puissante, elle remue tout le corps en même temps, pas tout à la même vitesse, mais dans l’ensemble, les changements peuvent être très rapides.

Et cela, engendre plusieurs éléments. Je parle en généralités toujours, parce que si je commence au cas par cas, mon article va durer 8 jours, et personne ne le lira.
Plusieurs éléments donc :

1/ La visibilité sociale en tant que personne trans peut être plus longue pour les personnes féminines, de ce fait leur présence est plus facilement notable. Les personnes masculines vont plus vite tomber dans l’anonymat du cispassing.

2/ L’exotisation sociale et sociétale. On entend toute sorte de « blagues » à propos des femmes trans, rarement à propos de leurs confrères. Les « blagues » en question tournant très souvent autour du fait que les femmes trans ne sont que des pièges pour les hommes cisgenre hétérosexuels. Un peu comme si on affirmait que toutes les femmes trans sont forcément attirées par les hommes… hein?
Les seules remarques qu’on entend sur les garçons trans sont généralement faites par les TERFs.

Parenthèse de vocabulaire : les TERFs pour Trans-Exclusionary Radical Feminist, sont des « féministes » qui fondent leur mouvement sur la prétendue biologie des individus, c’est à dire que si t’es né·e avec un pénis, tu es forcément un garçon, alors que les faits leur donne tort. Elles considèrent que la transidentité est un mensonge, que les femmes trans sont des hommes en robe qui vont les agresser, et que les hommes trans sont des traîtres à la cause passés à l’ennemi (les autres hommes donc). Notez que je n’ai pas utilisé « iels », puisque les TERFs ne considèrent pas qu’un homme puisse être féministe ou au minimum un allié de la cause.

3/ De par cette potentielle attente d’un cispassing, le temps parait bien plus long pour les filles trans que pour les garçons trans. Beaucoup se tournent alors vers la communauté (trans et/ou LGBTQ+), et plus le temps passé est conséquent, plus les personnes se sentent plus ou moins redevables envers ladite communauté. Mais cette affirmation est purement théorique par contre. Je ne me base sur rien, si ce n’est mon ressenti, et un constat de loin.

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Evidemment, le militantisme constant n’est par pour tout le monde, et je conçois tout à fait que lorsqu’une personne a atteint le stade (émotionnel autant que physique) où elle se sent bien, elle lâche totalement la lutte permanente. Après tout, une personne transitionne pour être en meilleur accord avec son ressenti profond, et chacun n’a pas pour ambition de faire de son quotidien un combat pour faire valoir les droits de toute une communauté.

Et pour ce qui est du point de vue purement trans-masculin, on a très souvent grandi socialement et familialement en tant que fille, et donc été éduqué avec le principe de fermer sa gueule rester dans le cadre et s’effacer pour laisser la place de parole aux hommes. De ce fait, même après une transition, les principes qui nous ont modelés restent gravés dans notre cérébral, dans nos émotions, dans nos rapports au monde.
Certes, nous gagnons des privilèges certains, mais très souvent, nous en avons aussi pleinement conscience, et tentons de redistribuer la parole aux femmes, souvent laissées de côté dans la plupart des domaines.
Il s’avère également que la culture transféminine est bien plus ancrée dans le temps, tandis que la culture transmasculine se fait plus discrète. Il n’y a qu’à voir la quantité astronomique de (mauvais) films sur la question, beaucoup de femmes trans, très peu d’hommes trans, il en va de même à travers l’Histoire.
Du coup, cette absence de repère peut aussi participer au fait que les filles sont davantage sur le devant de la scène, par choix ou par force des choses.

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En Conclusion

Comme je l’ai élaboré, c’est un ensemble de beaucoup d’éléments, parfois hasardeux, d’autres fois très concrets. Ou peut-être que j’ai dit n’importe quoi et que je n’ai juste aucun sens de l’observation.
Il n’en demeure pas moins que les garçons trans sont bien moins visibles, au point qu’il m’est déjà arrivé au moment de préciser ma transidentité, que l’on me demande quand est-ce que j’allais commencer à me féminiser.

C’est pour cela que, même si je n’annonce pas clairement mon identité civile sur ce blog, je ne cesse de vous écrire, mois après mois, non seulement pour garder une trace écrite de mon évolution, mais aussi et surtout dans une tentative d’être éducatif dans mon parcours. Et peut-être aider à visibiliser nos existences, à mon humble échelle.

10 Years Challenge

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Vous en avez sûrement déjà vu passer plein ces jours ci, des photos comparatives à 10 ans d’écart, sur les réseaux sociaux.
Fatalement, il m’est douloureux que de comparer ma tronche à celle de y’a dix ans. En revanche, cela me semblait intéressant de faire une rapide comparaison de ma situation entre aujourd’hui et il y a dix ans, justement.

Parce que 2009, c’était une année chargée de mon côté. Mais vous allez le constater rapidement.

En 2009 donc, je travaillais déjà depuis deux ans, du haut de mes 17 ans et demi. J’étais payé au lance-pierres à raison d’environ 500 euros par mois au plus haut de mon salaire, vu que j’étais mineur en apprentissage. Mais avec un loyer de 430 à payer, autant dire que je galérais.
J’avais d’ailleurs emménagé dans mon tout premier appartement, après avoir vécu en foyer. Bon, c’était un taudis absolument pas aux normes, et j’y resterais environ 7 ans. Mais il m’a dépanné le temps que je rebondisse un peu dans ma vie.

Ma vie sentimentale était une catastrophe, et je continuais sur ma lancée post-collège, à me faire harceler au Centre de Formation des Apprentis et sur mon lieu de travail. Ma vie sociale était principalement en ligne, avec notamment ma meilleure amie de l’époque, Marianne, qui vivait à Montpellier où elle faisait un peu de musique. Au mois de juillet, je me décidais à changer de plateforme, pour passer de skyblog à WordPress, sans vraiment d’ambition de durée particulière.

Je me disais également, qu’il faudrait que j’écrive mon autobiographie, parce que je suis quelqu’un d’absolument présomptueux. J’avais des petits problèmes de santé, qui commençaient tout juste à s’installer. Bref, c’était pas trop la fête dans ma vie. J’étais en lourde dépression et j’avais commencé à planifier mon suicide pour l’été qui arrivait.

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Nous sommes donc désormais en 2019, et je peux faire un petit point sur ma vie, un brin plus positif.

Je ne travaille plus depuis des années déjà, pour inaptitude à cause de soucis de santé multiples et cumulés. En revanche je m’en sors tous les mois grâce aux aides sociales, et je parviens à payer mon loyer et mes factures de façon autonome.
J’ai déménagé de mon taudis il y a maintenant presque 4 ans, et même si j’ai un peu collectionné les colocs à la même adresse, je suis heureux de mon appartement actuel, qui est lumineux et bien placé.

Ma vie sentimentale étant complexe, je ne m’étendrais pas sur cette question particulièrement. En revanche ma vie sociale est bien plus établie, pour exemple, je peux difficilement passer plus de 10 minutes dehors sans croiser quelqu’un que je connais. Je suis largement plus populaire maintenant qu’à l’époque, outre parce que je me suis épanoui et ai évolué, mais aussi parce que j’ai su multiplier les occasions de rencontrer de nouvelles personnes.
J’ai d’ailleurs recroisé Marianne l’été dernier, elle est devenue DJ, et elle a même sorti un EP et fait régulièrement des dates ici et là en France.

Je ne pensais sincèrement pas qu’après 10 ans à écrire mes bêtises sur Internet, des gens continueraient à me suivre et me lire régulièrement. Je me suis depuis, sensibilisé à certaines questions comme le féminisme ou les luttes LGBT+, et ce blog a pris une direction que je n’aurais pas su prévoir, même si celle ci est au final, parfaitement logique.

Entre temps, mon projet d’autobiographie a lui aussi pris une toute autre tournure, plus sérieuse, plus pertinente peut-être, mais toujours en construction à ce jour.
Egalement, après des années d’errance médicale, j’ai fini par avoir des réponses à mes différentes interrogations, diagnostic par ci, solutions par là, petit à petit on avance gentiment.

J’ai plus que jamais des choses à accomplir avant de me laisser partir, et il est hors de question que je lâche l’affaire avant d’avoir réalisé tout ce que j’ai prévu de faire.

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Pour conclure, clairement y’a du mieux, et même si tout n’est pas absolument parfait, on s’en rapproche quand même pas trop mal.
Merci de m’avoir lu, et de suivre mes aventures depuis peut-être tout ce temps !
Bisou.

We will not be silent

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Pendant très longtemps, j’étais en première ligne dans la bataille pour comprendre ma propre identité. Il m’a fallu rencontrer d’autres garçons trans pour concevoir ce qu’était la transidentité, et réaliser que la question me concernait de près.

Si j’ai effectivement eu des ami·e·s assez proches qui vivaient la même chose que moi, la plupart des informations concernant le parcours, qu’il soit médical ou administratif, j’ai dû les trouver seul.

Si vous je dis tout ça, c’est entre autres parce qu’il y a quelques jours j’ai rencontré un jeune homme en tout début de parcours. Et notre conversation m’a confirmé ce pour quoi je vous écrit régulièrement.
Je me dis parfois que je dois saouler mon lectorat à raconter les tribulations de ma propre transition. Et d’autres fois, je me rappelle que je ne fais pas ça uniquement pour moi. Même si j’enfonce parfois des portes ouvertes, à grand renfort de niaiserie et d’espoir en l’avenir, mes mots touchent parfois juste, et c’est loin d’être ma seule illusion qui me permet de l’affirmer.

En début de transition, je n’avais pas vraiment de « modèle » dans la vraie vie, qui me permettait d’affirmer que la suite serait agréable. Je suivais pourtant quelques hommes transgenre sur les internets, mais ça me rendait plus triste qu’autre chose, parce que j’avais la sensation que jamais je n’arriverais jusque là. Tous étaient à plus de 5 ans de parcours hormonal, déjà opérés, tous musclés et bien loin de ma réalité.
Du coup, je me suis donné pour objectif d’être un éventuel « modèle » de proximité, pour les jeunes gars trans qui croiseraient mon chemin. Comme un oncle sympa, un voisin moustachu.

En conclusion, ce message s’adresse à tous les petits garçons en devenir, qui pensent que le cispassing prends 10 ans, et qu’être musclé est forcément un impératif.
Quelque soit votre carrure, quelque soit votre voix pour le moment, quelque soit votre taille, rien n’est impossible.
Je fais 1m65, j’ai un IMC de 45. Ça ne fait pas encore trois ans que j’ai commencé la vitamine T, aucune chirurgie d’effectuée, et pourtant je défie quiconque de deviner que je suis trans.

Levez de la fonte si ça vous chante, faites surtout du sport parce que ça vous fait du bien. Cheveux longs, cheveux courts, aucune obligation là dessus, prenez surtout soin de vous.
Si votre entourage est méchant, changez-en. Moi j’leur pète les genoux.

Bisou !

50 Nuances de Transidentité

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Vous me connaissez, je n’aime pas me focaliser sur un seul angle de perception. De ce fait, j’ai toujours du mal avec la médiatisation de la transidentité, qui décrit celle ci constamment par un seul et unique prisme. Que celui ci soit celui de la souffrance, ou au contraire du soulagement, je trouve cela franchement réducteur. Parce qu’une transition, qui reste propre à chacun·e, reste un savant mélange des deux, et de nuances intermédiaires.
Du coup ce matin, nous allons aborder quelques exemples de cette vaste palette d’expériences et de ressentis que peut apporter une transition. On va partir du pire, et avancer progressivement vers le meilleur. La liste n’est d’ailleurs absolument pas exhaustive.
Et je rappelle encore une fois, que je parle principalement en mon nom, et que tout le monde ne se retrouvera pas forcément dans mon vécu.

Le Sentiment de lenteur
Lorsque l’on est transgenre, nous pouvons éprouver la sensation que tout est plus lent pour nous, en particulier quand la transition se fait au début de l’âge adulte. Alors que nos anciens camarades de classes que l’on espionne sans relâche sur les réseaux sociaux, se marient et font des enfants, nous en sommes encore aux balbutiements de notre vie future.
Certain·e·s d’entre nous parviennent à cumuler les assiettes avec brio, et à jongler sans problème entre la vie professionnelle et/ou estudiantine, la vie intime, et à effectuer leur transition sans accroc.
Ce n’est cependant pas le cas pour tout le monde, et personnellement j’avais jusque là l’impression que j’allais juste me prendre les assiettes sur la gueule. Je suis du genre à prioriser les choses, et comme d’autres, j’estimais jusqu’à très récemment avoir d’autres choses à régler d’abord, avant de me lancer dans un travail ou une relation.
De ce fait, tout me semble avancer plus lentement sur le chemin de ma vie, et même en y trouvant une logique tout à fait acceptable, cela peut s’avérer frustrant.

La Dysphorie de Genre
Je l’ai déjà exprimé par le passé, mais un petit rappel ne fait jamais de mal.
La dysphorie c’est ce sentiment de malaise immédiat lorsque l’on sent une « fracture » entre un élément physique, et notre identité de genre. Ça peut être une partie du corps, autant qu’une attitude ou une façon de parler, ou simplement le timbre de voix.
Toutes les personnes trans ne la ressentent pas, mais pour celleux dont c’est le cas, c’est une souffrance immédiate, et qui est très difficile à expliquer/exprimer aux gens n’ayant jamais vécu la dysphorie.
Et le problème de cette fameuse dysphorie, c’est qu’elle est quotidienne, parfois irrationnelle, et particulièrement paralysante selon les situations. Elle n’est pas forcément insurmontable, mais peut s’avérer délicate à gérer, surtout les premières années.

L’exotisation
Ce point peut s’exprimer à différents degrés, mais c’est toujours en lien avec autrui. Cela va de la simple question gênante, voire intrusive, jusqu’aux gens qui cherchent à nous fréquenter uniquement parce que nous sommes des personnes trans. Un peu comme un fantasme en fait, parce que c’est tellement « exotique », il n’y a qu’à faire un tour sur un site de vidéos pour adultes pour s’apercevoir que les personnes trans (en particulier les femmes) ont une catégorie qui leur est dédiée.
Je n’ai rien contre les personnes dont le milieu du sexe est leur travail, au contraire, je suis juste angoissé par les dérives qui en ressortent, à savoir l’interprétation que les gens s’en font. Je n’ai pas envie d’être avec quelqu’un qui me considère uniquement comme son objet de fantasme.

Difficultés Relationnelles
Ce point est assez en lien avec le précédent. Quand on est une personne trans, la confiance en soi peut s’avérer très faible, que celle ci soit issue d’une longue période de souffrance précédant la transition, ou au contraire due à un sentiment d’illégitimité à cause du contexte sociétal exigeant.
Du coup, compte tenu de ce point là, et de pleins d’autres paramètres individuels, il est toujours assez délicat de développer des relations intimes avec d’autres gens, pour celleux que ça intéresse. Entre la terreur de se faire agresser si l’autre est intolérant, ou même le simple rejet, relationner quand on est transgenre est un exercice de subtilité pas evident pour chacun·e.

Intolérance Généralisée
Je pense ne pas vous apprendre quoi que ce soit en disant cela, mais la société dans laquelle nous évoluons n’est pas bienveillante envers les personnes qui sortent du lot.
Il n’y a qu’à regarder un peu les informations pour le constater: tabassage en groupe, agressions sexuelles, insultes, crachats, harcèlement, discriminations sous plein de formes différentes. Et ce n’est jamais très rassurant que de s’exposer volontairement ou non, parce que l’on ne sait jamais ce qui peut nous arriver. Et ça peut rester traumatisant et laisser des marques, quelque soit la proportion ou la récurrence de ces « désagréments » du quotidien.

La Conscience des réalités
Ce point là est plutôt neutre, puisque sa notion de positif ou négatif est laissé à l’appréciation de chaque individu. Le fait donc d’avoir grandi et avoir été élevé·e dans un genre différent du nôtre, permet bien souvent d’obtenir la conscience des différences de traitement de la part des autres et de la société en général.
Le problème c’est aussi qu’une fois qu’on l’intellectualise, il n’y a aucun retour arrière possible : toutes les inégalités nous sautent aux yeux. On s’aperçoit également des avantages et inconvénients de chaque côté du spectre du genre. Et ça peut être aussi réjouissant qu’effrayant.

Joie récurrente
On passe donc avec ce point là aux aspects positifs d’une transition, parce qu’il y en a plein, c’est promis.
J’ignore si c’est parce que je suis sorti de la dépression ou si cela n’a rien à voir, mais je constate que les sources de réjouissance se font plus nombreuses depuis le début de ma transition. Et par début je parle aussi de la réalisation et de tout le processus des coming-outs à répétition, d’une importance équivalente à la prise d’hormones.
Parce qu’une transition, c’est aussi des séries de victoires sur la vie, que ce soit le Changement d’Etat Civil, comme la prise en charge médicale, ou même des choses plus quotidiennes comme le fait d’être appelé·e avec le bon intitulé du premier coup, être reconnu·e sous son prénom choisi, avoir une carte de fidelité à la bonne identité, etc.
Les exemples sont nombreux, et chacun apporte son lot d’émotions intenses, et entretiennent un bien être au quotidien qui, non seulement est agréable, mais est très important pour affronter la vie.

Sincérité Relationnelle
Nos rapports avec notre entourage sont forcément bien plus teintés d’authenticité. Parce que cela permet de trier rapidement qui vaut la peine d’être fréquenté ou non, certain·e·s s’en vont d’elleux même, d’autres sont rapidement écarté·e·s à cause d’un discours jugé trop limite.
L’avantage de l’intolérance, et de la non-acceptation d’une éventuelle différence, c’est qu’elle nous permet très vite de comprendre qui sont véritablement les gens. Lancer un sujet délicat, ou juste prendre le risque de s’exposer provoque immédiatement des réactions. Vous aurez très vite la conscience de qui est « problématique » à vos yeux, et avoir autant de bonnes surprises de la part de personnes très chouettes.

Seconde Adolescence
Pour celleux qui décident de passer par le traitement hormonal, sachez que vous allez vivre une seconde adolescence, littéralement.
Mais l’avantage de ce deuxième passage, c’est que cela ne sera pas vécu au milieu d’autres adolescents aussi boutonneux que cruels. Vous pourrez prendre le temps de savourer ou subir chaque changement physique, le décortiquer, en tirer des émotions complexes. Et certains de ces changement seront bien plus simples à appréhender, puisque vous serez plus matures et mieux renseignés pour parvenir à traverser cette aventure.

Euphorie de Genre
Je parlais plus haut de la dysphorie, et celle ci possède un antonyme : l’euphorie, aussi simplement que ça. L’euphorie de genre donc, c’est par exemple un cispassing suffisant pour avoir la paix peu importe la situation, ça peut aussi être la présence de pilosité faciale pour les personnes trans-masculines, ou l’apparition de poitrine pour les personnes trans-féminines.
L’euphorie de genre, c’est ce sentiment que tout rentre dans l’ordre, et que ce vers quoi on tend à l’extérieur correspondant à qui on est à l’intérieur.

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Et je vais m’arrêter là, parce que cet article fait déjà 20 kilomètres et que ça vous décourage potentiellement de le lire en entier.
Pour conclure, la transition, c’est une autre façon d’entreprendre sa vie, mais ça fonctionne de la même façon : chaque nouveau jour apporte son lot de surprises, et cela ne tient qu’à chaque individu de décider comment iel souhaite les disposer sur le chemin de son avenir.

Procéder à un changement d’Etat Civil #3

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Aujourd’hui, je croise les bois, mais c’est normalement le troisième et dernier article sur ma bataille avec l’Administration™. Même si en vrai il y en aura sûrement un quatrième pour préciser certaines modifications relous, mais j’y reviendrais en fin de billet.

Donc, si ma mémoire est bonne, dans mon précédent article je m’étais arrêté à la fin d’année 2017 et à la réception d’un document du Tribunal de Grande Instance, me signifiant que le service d’Etat Civil de ma ville de naissance avait été prévenu et que les modifications étaient en cours.

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CARTE NATIONALE D’IDENTITÉ

J’ai donc patiemment attendu le délai de 15 jours comme pré-annoncé par la lettre du TGI, et j’ai fait ma « commande » d’extraits de naissance en ligne. J’en ai demandé deux, et j’ai fait douze mille photocopies, mais il va sûrement falloir que j’en redemande par la suite.

Suite à cela, mon rendez-vous avec ma mairie de résidence s’est déroulé avec plus d’angoisse inutile qu’autre chose. Le mec n’était pas plus alarmé que ça, même si j’ai dû lui expliquer trois fois pourquoi je changeais ma carte d’identité alors que celle ci n’était pas périmée. C’était bien plus du non renseignement que de la véritable malveillance de sa part.
Concernant les pièces nécessaires, c’est du grand classique :
– Photo d’identité récente
– extrait de naissance de moins de 3 mois avec mention des rectifications
– Justificatif de domicile récent également (facture EDF, téléphone…)
– Formulaire pré-rempli sur Internet
– Eventuels timbres fiscaux si vous n’avez pas l’ancienne carte

Dans tous les cas, dès que vous vous rapprocherez de votre mairie de résidence, on vous informera des subtilités, ou sur le site de service public du gouvernement, y’a toutes les infos également.
Pour ce qui est du formulaire sur internet, j’ai fait l’erreur de ne pas le remplir en avance, parce que toutes les fois précédentes je l’avais fait sur papier, mais là où je vis, ils finissent d’écouler le stock de formulaires et ne passeront plus que par celui pré-rempli sur internet.

D’ailleurs pour la blague, j’ai rempli le mien dans l’urgence, parce que les numéros de tickets défilaient bien trop vite, contrairement aux fois précédentes, et j’ai un peu paniqué par sms avec ma maman en lui demandant les dates de naissance d’elle et mon père. Alors que oui, j’avais mon extrait de naissance sous le coude, donc c’était déjà écrit dessus, mais passons.
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CARTE VITALE

C’est avec la carte verte que les choses se sont corsées, ou sont devenues « rigolotes », je vous laisser seul·e·s juges.
Nous sommes lundi 29 janvier 2018, je vais à la pharmacie récupérer mes ampoules de testo. Ma vieille carte vitale dans la machine, je plaisante avec la pharmacienne comme quoi j’ai hâte de recevoir la nouvelle. Le lendemain-mardi, je me connecte sur mon compte ameli (la sécu en ligne), et il s’avère que mon compte a été désactivé. Pris de panique, je lance un appel à l’aide sur mon facebook personnel. Les gens sont hyper réactifs alors qu’il est 7h du matin. On me recommande de tester une récupération de mot de passe en changeant le 2 par un 1, mais évidemment ça ne peut pas marcher puisque ledit numéro n’est lié à aucune adresse email.
Dès 8h30, je file à la CPAM de mon quartier. Et pour vérifier l’affichage de mon dossier, je mets ma carte vitale dans la machine, qui me demande une mise à jour. Ce que j’ignorais c’est qu’en faisant cela, ça a désactivé ladite carte.

Je m’approche donc de l’accueil, où une dame, après avoir écouté mon histoire, me reprends un peu sèchement en me disant que « la procédure prends des mois, ça ne se fait pas en un claquement de doigts ». Elle vérifie néanmoins mon dossier vu que j’insiste un peu, et m’annonce qu’en fait c’est bon, ils m’ont effectivement déjà réattribué un nouveau numéro, ils ont juste « oublié » de m’envoyer le courrier me le signalant.
Enfin, elle m’a dit que j’aurais dû déjà le recevoir, mais le cachet de la Poste lui as donné tort, quand enfin je l’ai reçu, 5 jours après.

Au final, j’ai reçu dans cette enveloppe tardive, le formulaire de demande de carte vitale, où il fallait joindre une photo et signer, ainsi qu’une photocopie du côté face de la carte d’identité. Je n’avais pas encore reçu la mienne en vrai, mais j’avais déjà le bon prénom dessus donc j’ai tenté ma chance. Et ça a marché, la carte vitale est arrivée hier, après environ 3 semaines, et la réception de plusieurs attestations de sécurité sociale, ainsi que mon code secret pour créer mon espace en ligne.

Bref, tout ça pour finir par tenter de survivre 4 semaines sans tomber malade, puisque je me suis retrouvé sans carte vitale. Je bénis d’ailleurs la pharmacienne de mon quartier, qui est un amour, et a été hyper arrangeante en acceptant de me délivrer mes médicaments quotidiens sans me demander d’avancer les frais.
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EN CONCLUSION

J’ai ma carte vitale, j’ai ma CNI, bientôt la CAF et Polemplu. J’ai déjà réglé les choses auprès de ma banque et de ma mutuelle avec la simple photocopie de mon extrait de naissance et de ma carte d’identité « transitoire » (avec mon prénom mais un F).
Pour le prochain épisode, je vais essayer de faire changer mes diplomes, ce qui ne devrait pas être une mince affaire puisqu’ils ont plus de 10 ans pour deux d’entre eux, ainsi que auprès des impôts. Et peut-être, si je deviens fifou, récuperer mon certificat de JAPD ou réussir à faire modifier mon nom sur ma demande de logement social sans perdre ma place en file d’attente.

Merci à tou·te·s de votre attention ! Si vous souhaitez obtenir ou apporter des précisions, n’hésitez pas à m’en faire part dans les commentaires.

By Schinako.

Procéder à un changement d’Etat Civil #2

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Attendre? ENCORE ??!

Suite à mon article du 12 Octobre 2017, je souhaitais revenir sur la suite de mes démarches administratives. Parce que, personne ne m’avait prévenu, mais une fois que le jugement est tombé, j’étais loin d’avoir terminé avec les papiers. Je vous balance la timeline et je reviendrais ensuite point par point sur chaque date.

Chronologie

28 Novembre : Réception de la lettre du TGI
29 Novembre : Dépôt de requête auprès de la Sécurité Sociale
12 Décembre : Accusé de réception de la Sécu
15 Décembre : Refoulé par la mairie de résidence
18 Décembre : Explications par la mairie de naissance
28 Décembre : Seconde lettre de confirmation du TGI

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La fameuse lettre de réponse du tribunal m’avait été initialement annoncée pour les environs du 16 Novembre, elle n’est arrivé que 12 jours plus tard. Ceux qui ont mon profil personnel sur les réseaux sociaux ont donc pu constater ma rage et mes angoisses pendant ces douze longues journées où je me mangeais les poings à guetter chaque matin le facteur.
Après l’avoir lu non sans tremblements, le verdict tombe : le Tribunal de Grande Instance m’accorde mon changement d’état civil. L’annonce est d’autant plus perturbante que je dispose de 15 jours pour faire appel, si j’en crois ce qui est écrit sous mes yeux. C’est la procédure je suppose. Est jointe à ce courrier, la copie du jugement, avec un déroulé de l’audience et un résumé sur trois pages des tenants et aboutissants de l’affaire, juridiquement tout du moins. Mis à part ça, pas la moindre instruction quant à la suite, je prends donc ce document comme une preuve du jugement, ce qui sera une erreur de ma part, mais j’y reviendrais.

Dès le lendemain, je profite de mon impatience pour passer voir une de mes contacts qui travaille à la Sécu proche de chez moi, elle prends mes documents, fais des photocopies et m’assure qu’elle va s’occuper personnellement de mon dossier, je la remercie, et rentre chez moi.
Et en effet, elle a bien travaillé puisque une grosse quinzaine de jours plus tard, je reçois un mail de mon compte ameli me confirmant qu’une procédure de correction de mon dossier est en cours, et que eux-même ne maîtrisant pas les délais auprès de l’Etat Civil, ils ne garantissent pas de la rapidité de traitement.

Trois jours plus tard, je me rends à ma mairie de résidence, puisque j’y avais pris rendez-vous dès la réception du document du TGI. Non content que les numéros passent dans le désordre, je suis accueilli par la personne la plus désagréable qu’il m’ait été donné de croiser dans une administration. Outre le fait que ma demande soit inhabituelle, il me manque apparemment un document. Mon extrait de naissance ne portant pas la mention de rectification, le document du tribunal n’est apparemment pas une preuve. Je repars donc bredouille et furieux.

Dès le lundi suivant, je me rends donc à ma mairie de naissance, avec pour objectif de leur faire parvenir le document du tribunal. Et comme pour bien distinguer mon expérience entre les deux mairies, le destin est facétieux, je suis accueilli avec gentillesse et patience. J’étais poli, souriant et calme dans les deux situations, mais seule la seconde me rend la pareille.
Là, les deux employées de mairie m’expliquent un certain nombre de choses, que j’aurais aimé savoir bien plus tôt, genre, à la sortie du tribunal par exemple :

Ce n’est pas à moi d’apporter les documents entre les diverses administrations, celles ci communiquent entre elles, mais juste un peu plus lentement.
S’il y a un délai de 15 jours pour que je puisse contester une décision, il faut environ un mois pour que le jugement devienne définitif, et c’est ensuite le TGI qui contacte la mairie de ma ville de naissance, pour leur transmettre les documents de rectification. Ensuite, il y a un délai supplémentaire pour que les documents soient effectivement rectifiés, et là seulement, je pourrais faire une demande d’extrait de naissance pour faire la demande de renouvellement de CNI.
Pour l’anecdote, une des deux employées se souvenait distinctement de moi, puisque c’est elle qui s’était occupée de mon dossier de changement de prénom en mars. Elle m’apprend également, que j’ai été le premier à déposer mon dossier dans cette mairie, suite à la nouvelle loi, ce qui m’amuse beaucoup, et que je trouve assez révélateur de mon côté zéro patience.

Bref, tout ça pour arriver au fait que le 28 Décembre, à quelques jours à peine de 2018, je reçois un document du Tribunal, me confirmant les dires de ces deux employées. Un courrier surprise donc, signé de la main du Procureur de la Republique, me signifiant qu’il a contacté ma mairie de naissance et fait rectifier mon dossier auprès de l’officier d’Etat Civil. Je dois donc encore patienter une quinzaine de jours et après quoi, je pourrais enfin demander mon extrait de naissance donc, et reprendre rendez-vous auprès de ma mairie de résidence.

Voilà. Je pensais cumuler toute la procédure qui va suivre en un seul et même article, mais celui ci est déjà bien long et potentiellement chiant. Du coup je vous ferais un troisième et j’espère dernier billet, concluant mes tribulations avec les administrations.

A plus !

Procéder à un changement d’Etat Civil

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Devant les salles d’audience de Bordeaux.

Aujourd’hui était une étape importante dans mon processus de transition : j’ai été au Tribunal de Grande Instance pour l’audience concernant mon CEC. Dans cet article, je vais donc vous expliquer, étape par étape, comment j’en suis arrivé jusque là, le déroulement de l’audience, et enfin, le verdict préliminaire.

Chronologie

9 Mai : Envoi du premier courrier au TGI
18 Mai : Réponse du TGI, avec une liste de pièces à fournir
10 Juin : Dépôt du dossier complet
5 Août : Lettre de convocation au Tribunal
12 Octobre : Audience

Déroulement

Dans un premier temps, quand la loi du 29 Mars 2017 est enfin devenue « active », j’ai envoyé une première enveloppe au Tribunal de Grande Instance pour lancer la procédure. Dans ce courrier, j’exprimais mon souhait de changement sur mon Etat Civil, avec un rappel au numéro de la loi datée, et j’y ai joint une photocopie de ma carte de naissance et un extrait de naissance. Tous deux modifiés suite à mon changement de prénom en mars de la même année.

Suite à quoi, le TGI m’a répondu avec une liste de pièces à fournir, qui etaient les suivantes.
Je précise d’ailleurs que j’ai tout joint sauf le livret de famille, n’en possédant pas. Et concernant les pièces médicales, je n’ai donné qu’un certificat de mon généraliste et de ma psychologue, attestant de mon suivi sur la question, mais aucunement d’attestation de la moindre chirurgie.

Pour ce qui est des témoignages, j’en ai fait établir 8, dont un de ma maman, avec le formulaire CERFA dédié à la question. A chaque témoignage devait être jointe une copie recto-verso de pièce d’identité du témoin.
Chaque témoignage a été réalisé des mains des personnes, souvent avec mon aide, parfois en improvisation totale. Il était simplement important de souligner que je me présentais et vivait bien en tant que garçon, et que personne ne mettait en doute mon identité ou la motivation bien réelle de ma requête.

Constitution du dossier !

Jour J

Deux autres affaires similaires et moi étions convoqués à 15h, et j’etais une boule de nerfs. Heureusement, mon frangin Leo était à mes côtés. Lorsque vint mon tour, Leo n’a pas pu rester dans la salle avec moi, les magistrats lui ont demandé de sortir, je devais être seul face à leur jugement, et c’etait hyper intense. Le cadre était impressionnant et toutes les personnes dans la pièce semblaient tellement sérieuses et solennelles.
Déjà, la salle comptait 6 personnes sur une haute estrade, face à moi, seul, assis et tremblant.
Un homme, au centre, semblant assez sévère, m’a d’abord expliqué le déroulement de la séance, qu’il allait faire un rapide résumé de mon dossier, puisque lui seul avait eu les yeux dessus, j’aurais ensuite la possibilité de m’exprimer, puis il y aurait d’éventuelles questions, et enfin la conclusion de la séance.

Tandis que l’homme expliquait mon affaire, j’acquiesçais poliment à ses affirmations, qui quelque part, n’étaient autres que les miennes, puisque j’avais constitué le dossier sans avocat. Son resumé a duré quelques minutes, et il m’a demandé si j’avais quelque chose à dire. J’ai donc demandé si je pouvais lire un petit texte que j’avais écrit par avance, il a hoché la tête, et j’ai commencé à lire ceci, non sans nervosité :

Tout d’abord, bonjour.

Je me suis permis d’écrire un petit texte pour ce jour, en espérant ne pas trop enfoncer de portes ouvertes.
Quand j’ai annoncé à mes proches que je serais convoqué au Tribunal de Grande Instance, tous et toutes m’ont dit que ce ne serait qu’une formalité. Et quand bien même c’est le cas, je souhaitais m’exprimer devant vous aujourd’hui, en toute humilité.

Je suis un homme, rien de plus, rien de moins.
Cela fait désormais deux ans que je suis reconnu en tant que tel par mes pairs, et autant de temps que je me bats pour faire reconnaître cette vérité d’un point de vue administratif. Car j’estime, que cette réalité qui est mienne depuis mon enfance, doit devenir celle inscrite sur mes papiers d’identité, sur ma carte vitale, sur mon éventuel passeport.

Si mon prénom a effectivement été modifié dans mon état civil en début d’année, il demeure un indice sur mon identité tant que le sigle F, n’est pas devenu un M. Une seule lettre à changer, qui me faciliterait bien la vie, et éliminerait énormément d’incohérences aux yeux de la société, toutes proportions gardées.

C’est pour cette requête, que je me tiens devant vous aujourd’hui. Ma demande est simple, mais n’est pas sans conséquence pour moi. Une formalité pour certains, peut-être, mais la fin d’un calvaire en ce qui me concerne.
Parce que là est ma seule volonté, être un citoyen, invisible comme les autres, rien de plus, rien de moins.
Je vous remercie de votre attention.

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Suite à quoi, l’homme m’a dit que c’était plutôt clair, si ce n’est qu’il avait tiqué sur « formalité ». Il a bien insisté sur le fait que si la loi est effectivement récente et a assoupli la procédure, ce n’est jamais une formalité, parce que rien n’est jamais acquis d’avance. J’ai essayé de justifier le fait que ce n’est qu’une simple façon de parler, ce à quoi il m’a un peu interrompu pour me dire que les mots ont du sens et de l’importance, et qu’il faut les choisir avec soin.

Il a interpellé une femme au bout de l’estrade, et je n’ai pas réussi à entendre qui elle était exactement. Mais elle a dit que tout semblait conforme à la loi en vigueur, et qu’elle maintenait son avis favorable.

Il m’a dont expliqué que je recevrais un courrier en recommandé d’ici la mi-novembre, voire la fin du mois de novembre, avec la réponse, suite à leur future délibération.
Ils m’ont remercié, je les ai remerciés, et je suis sorti, les jambes en coton, manquant de m’effondrer dans les bras de Leo qui m’attendait patiemment.

La séance m’a semblé durer une éternité, mais en fait ça s’est passé en moins de 15 minutes. Quinze minutes absolument terrifiantes, par contre.
Mais bon, maintenant, plus qu’à attendre leur réponse !

Comment améliorer son passing

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Il y a deux jours de cela, on m’a envoyé le lien d’une vidéo réalisée par une femme trans, qui s’adressait aux garçons trans, et qui se targuait d’apporter plein de petits conseils pour améliorer son passing. Et cette vidéo m’a fait grincer des dents. Mais comme j’ai un minimum de respect, je ne nommerais par l’autrice de cette « oeuvre ».

Tout d’abord, petit rappel de vocabulaire : le passing, c’est le concept qui consiste à « passer » pour une personne cisgenre, à savoir, ne laisser aucun indice quant à sa propre transidentité en société. Cela passe par autant d’attitudes que de subtilités propres à chacun telles que l’habillement ou autre détails visuels. On pourrait presque appeler ça « l’invisibilité ». Le passing peut être naturel, grâce à un physique particulier, ou travaillé, grâce à une coupe de cheveux par exemple.
Certaines personnes chercheront à tout prix à avoir le meilleur passing possible, tandis que d’autres s’en fichent, ou au contraire accentuent leur visibilité par choix militant. C’est une volonté individuelle, et chaque démarche est respectable.

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Pour en revenir à la vidéo qui m’a inspiré cet article, j’ai trouvé que les conseils qu’elle parsemait étaient aussi clichés que dangereux. Clichés parce qu’ils étaient basés sur une vision unique de l’homme : forcément hétéro, forcément un peu macho, forcément hyper masculin. Et dangereux parce que pris dans leur ensemble, ces conseils ne laissaient aucune place à la personnalité de chacun.

Au tout début de ma transition, je m’interdisais certaines choses, comme le fait de porter des colliers, ou des bagues. Et il m’aura fallu attendre d’avoir quelques poils sur le visage avant d’à nouveau oser porter des bijoux. Et c’est tellement absurde que j’ai mis des mois à en prendre conscience.

La vidéo aborde ensuite la question de la coupe de cheveux, là elle ne pose aucune obligation, mais dit simplement qu’il faut choisir une coupe adaptée au visage de chacun. Et c’est potentiellement le seul passage où j’étais d’accord. Mais elle se vautre néanmoins en disant qu’il faut une coupe qui souligne le carré du visage, et éviter absolument de tout raser pour ne pas mettre en valeur les rondeurs des joues. Et je ne suis pas d’accord.
Pour beaucoup de mecs trans, surtout en début de transition, on a l’air hyper jeunes, on ne fait pas du tout notre âge tant qu’on a pas plusieurs années de testo dans les fesses. Mais je ne vois pas vraiment en quoi c’est un souci en fait. Au pire j’ai un passing d’adolescent, et au mieux on me demande mon secret de jouvence.
Il y a autant de coupes de cheveux qu’il y a de garçons, et cheveux courts ou cheveux longs, personne n’a rien à y redire. J’ai suffisamment d’amis aux cheveux dix fois plus longs que les miens, et personne ne remets en doute leur identité, ni la mienne d’ailleurs.

Vient ensuite la partie sur les vêtements. Elle nous dit d’éviter les trucs trop amples, les trucs trop « kawaï », ainsi que les trucs trop serrés. Ca ne laisse donc pas beaucoup de place à l’inventivité je trouve, mais bref.
Pour ce qui est de l’habillement, je préfère avant tout porter des fringues dans lesquelles je suis à l’aise en fait. Pas ceintrées du tout, des fois trop grandes, avec des motifs rigolos. J’ai donc zéro pointé sur ses conseils, et je m’en balance.
Alors certes, pour un meilleur passing il est effectivement judicieux de trouver le juste milieu entre trop ample et trop près du corps, mais je trouve surtout qu’il est intelligent de choisir des vêtements qui nous font plaisir. Quand on est mal à l’aise dans nos sappes, cela se ressent, donc autant choisir des formes et des motifs qui nous mettent en joie.

La vidéo parle ensuite des binders et des packers, et je ne reviendrais pas trop là dessus parce que j’y ai déjà consacré suffisamment d’articles. Mais je reprécise qu’il faut toujours rester à l’écoute de son corps, malgré la dysphorie. Bindez en toute sécurité, et ne multipliez pas les épaisseurs de compression, parce que cela peut être dangereux. Ne cherchez pas le plat absolu non plus, pas juste parce que ça fait moins naturel, mais parce que c’est dangereux pour votre capacité à respirer convenablement.

Enfin, cette vidéo infernale finit sur une injonction au sport, et j’ai failli balancer mon clavier par la fenêtre. Tous les garçons ne font pas du sport, tous les garçons ne sont pas musclés. Y’a autant de morphologies qu’il y a d’individus. Moi je fais du sport, mais je suis gros quand même, comme quoi ça ne veut rien dire.

En conclusion : pour améliorer votre passing, soyez simplement à l’aise avec vous même. Vous vous rendrez très vite compte que les libertés sont infinies, que ce soit pour votre apparence physique comme pour votre expression personnelle.
Il y a autant de masculinités qu’il y a de garçons. Trouvez celle qui vous mets à l’aise, embrassez la, assumez vos choix, emmerdez les autres. Soyez fiers, tenez vous droit et tout ira bien.

Bisou !