We will not be silent

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Pendant très longtemps, j’étais en première ligne dans la bataille pour comprendre ma propre identité. Il m’a fallu rencontrer d’autres garçons trans pour concevoir ce qu’était la transidentité, et réaliser que la question me concernait de près.

Si j’ai effectivement eu des ami·e·s assez proches qui vivaient la même chose que moi, la plupart des informations concernant le parcours, qu’il soit médical ou administratif, j’ai dû les trouver seul.

Si vous je dis tout ça, c’est entre autres parce qu’il y a quelques jours j’ai rencontré un jeune homme en tout début de parcours. Et notre conversation m’a confirmé ce pour quoi je vous écrit régulièrement.
Je me dis parfois que je dois saouler mon lectorat à raconter les tribulations de ma propre transition. Et d’autres fois, je me rappelle que je ne fais pas ça uniquement pour moi. Même si j’enfonce parfois des portes ouvertes, à grand renfort de niaiserie et d’espoir en l’avenir, mes mots touchent parfois juste, et c’est loin d’être ma seule illusion qui me permet de l’affirmer.

En début de transition, je n’avais pas vraiment de « modèle » dans la vraie vie, qui me permettait d’affirmer que la suite serait agréable. Je suivais pourtant quelques hommes transgenre sur les internets, mais ça me rendait plus triste qu’autre chose, parce que j’avais la sensation que jamais je n’arriverais jusque là. Tous étaient à plus de 5 ans de parcours hormonal, déjà opérés, tous musclés et bien loin de ma réalité.
Du coup, je me suis donné pour objectif d’être un éventuel « modèle » de proximité, pour les jeunes gars trans qui croiseraient mon chemin. Comme un oncle sympa, un voisin moustachu.

En conclusion, ce message s’adresse à tous les petits garçons en devenir, qui pensent que le cispassing prends 10 ans, et qu’être musclé est forcément un impératif.
Quelque soit votre carrure, quelque soit votre voix pour le moment, quelque soit votre taille, rien n’est impossible.
Je fais 1m65, j’ai un IMC de 45. Ça ne fait pas encore trois ans que j’ai commencé la vitamine T, aucune chirurgie d’effectuée, et pourtant je défie quiconque de deviner que je suis trans.

Levez de la fonte si ça vous chante, faites surtout du sport parce que ça vous fait du bien. Cheveux longs, cheveux courts, aucune obligation là dessus, prenez surtout soin de vous.
Si votre entourage est méchant, changez-en. Moi j’leur pète les genoux.

Bisou !

No place for beginners

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J’ai longtemps cru au mythe de l’artiste maudit. J’ai longtemps pensé que si je me prenais en main, en allant mieux, en prenant bien mes médicaments, mon art en pâtirait. Et j’avais tellement tort.

Déjà on va briser une légende : la médication n’empêche pas de ressentir les choses. Elle permet au contraire d’atténuer la douleur morale, mais en aucun cas ne supprime absolument toute émotion.
Enfin ça, c’est si elle est bien adaptée à la personne qui décide de la prendre. Parce qu’il y a également des médicaments qui suppriment toute capacité émotionnelle, voire intellectuelle. Mais ça c’est quand ce n’est pas adapté, ou mal dosé, et j’en sais quelque chose. Si vous êtes dans ce cas là, parlez en à votre médecin prescripteur si les effets ne vous conviennent pas. L’avantage de la médecine moderne, lorsque vous faites face à un·e professionnel·e de santé compétent·e, c’est que tout est plus ou moins négociable, les concessions sont possibles de chaque côté.
Moi par exemple, je suis censé prendre un traitement matin et soir, mais comme le matin c’est une notion pour les autres, avec accord de ma psychiatre, je prends une plus grosse dose une seule fois par jour, à heure fixe.

Mais pour en revenir au sujet de départ, avant que je ne digresse dans tous les sens, il y a cette croyance populaire persistante comme quoi un artiste ne crée que dans la douleur. Et c’est, selon moi, une énorme connerie, en plus d’être un état d’esprit dangereux.
La souffrance est certes une émotion très forte, et pour l’avoir ressentie plus d’une fois, je sais que celle ci est un biais créateur important. Cependant, d’autres émotions sont toutes aussi « pures », et sont autant de source d’inspiration.

Je ne crée pas mieux ou moins bien en ressentant une peine immense, je crée juste différemment que lorsque je me sens bien. Ma forme artistique est différente de l’art visuel, puisque la mienne passe par les mots. Cependant, je relis parfois des choses que j’ai pu rédiger dans des états mentaux assez catastrophiques, et l’ensemble suinte tellement le désespoir qu’il m’est difficile d’en extirper les idées principales.
Il y a même eu des périodes où je m’interdisais d’écrire sur ce blog, de peur que les gens ne réalisent à quel point j’avais mal. Et cela peut vous sembler étrange de lire cela, mais je suis quand même assez pudique quand il s’agit de mes propres douleurs. Certes, je me livre beaucoup dans mes lignes, mais je ne me libère pas d’absolument tout non plus.

Tout ça pour en arriver au fait que, en ce qui me concerne en tout cas, je suis bien plus productif quand je ne vais pas bien, pour la simple raison que j’essaie de m’en sortir via mon écriture. Je tente tant bien que mal de ne pas me noyer, et quelque part de laisser une trace de mon passage, au cas où j’aurais un geste malheureux.
J’espère sincèrement avoir le temps de peaufiner mon oeuvre, plutôt que de partir précipitamment en ne laissant que de simples extraits bruts.

Je ne sais pas exactement comment conclure, alors je vais revenir sur un point sur lequel j’insiste souvent : personne n’est éternel, que ce soit contextuel ou de son fait. Alors profitez des gens qui vous entourent, prenez aussi soin d’elleux. Prenez soin de vous. Un bon artiste est aussi un artiste qui va bien. Ça se conjugue aussi au féminin ou au neutre, puisque n’importe qui peut être artiste, et ce quelque soit la discipline, selon les sensibilités de chacun·e.
Bisou.

Bien choisir son prénom

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Le rapport des personnes trans à leur prénom est toujours assez particulier. D’autant plus quand c’est celles ci qui l’ont selectionné. Comment bien choisir son prénom sans partir dans tous les sens? Ce sera mon sujet d’aujourd’hui.

Quand il s’agit de trouver des prénoms à ses enfants, tout le monde a des idées plus ou moins arrêtées, plus ou moins farfelues. Mais lorsque l’on est transgenre, le choix de notre prénom est aussi crucial que pour notre éventuelle future progéniture. Le champ des possibles est d’autant plus grand, et il est facile de vite avoir la tête qui tourne.
Comment être sûr de son choix? Comment être assuré de ne pas faire n’importe quoi? On ne change pas de prénom comme on change de slip, puisque la procédure est longue, et coûteuse en énergie.

Il y a évidemment plusieurs méthodes pour définir ce qui va être notre identité sociale. La plus attendue, et pourtant pas la plus répandue, consiste à masculiniser ou féminiser notre prénom de naissance (selon celui ci). Pour exemple, Un Mathieu peut devenir Mathilde, ou autre Patricia devenir Patrick.
Il y a, à l’opposée, celleux qui décident de réellement marquer la différence en s’éloignant le plus possible de leur deadname.

Après, en effet, les possibilités sont infinies, et ayant pour ma part lu des listes de plusieurs centaines de prénoms par ordre alphabétique, je peux en attester. Mais comment ne pas douter?
Si vous entretenez de bons rapports avec votre famille, n’hésitez pas à les solliciter pour leur demander leur avis. Et si la famille de sang ne convient pas, reste la proximité des ami·e·s, votre famille de choix donc.

Il est également tout à fait possible de fixer son choix sur un prénom mixte, rien ne vous oblige à absolument choisir le prénom le plus genré possible, la décision vous appartient à la fin, bon et aussi un peu à l’officier d’Etat Civil, mais c’est un autre débat.

En définitive, que vous fixiez votre choix par souci de signification, quelle qu’elle soit, ou que vous n’en ayez rien à carrer de l’étymologie, personne ne vous en voudra. L’essentiel, c’est de trouver, ou de conserver, le prénom qui VOUS sied, et avec lequel vous êtes assez à l’aise pour finir votre vie en le portant.
Enfin, et je m’adresse en particulier aux plus jeunes, il n’est pas interdit de « tester » un ou plusieurs prénoms avant d’en adopter un complètement. Certes, on vous fera probablement le reproche d’être trop indécis voire que c’est trop compliqué pour les autres d’arriver à suivre, mais ce n’est pas tous les jours qu’on a la possibilité de choisir comment on va s’appeler.

En ce qui me concerne, je n’ai pas tellement suivi mes propres conseils du jour, et ai fait ça un peu dans l’urgence. Ma maman souhaitait connaître mon choix afin de pouvoir s’adresser à moi, et j’ai donc lu des centaines de prénoms, en notant quelques uns dans un carnet, mais c’est finalement celui que je porte aujourd’hui qui est resté. Après l’avoir lu, je n’arrivais pas à me le sortir de la tête, un peu comme un coup de foudre. J’ai donc pendant quelques semaines, tâté le terrain pour voir s’il me convenait, en demandant à des personnes de confiance de s’adresser à moi par ce prénom là, dans l’intimité. Et, après m’être entretenu avec une partie de ma famille, qui a plus ou moins validé mon choix, j’ai décidé de faire mon coming out définitif avec ledit prénom.
Mais finalement, ce n’est que l’année suivante, lors de ma procédure de Changement d’Etat Civil, que je me suis intéressé au fait d’en avoir plusieurs sur mes papiers, et aux significations ou hommages que je pouvais porter.
Je ne regrette absolument pas mon choix, en particulier parce qu’il est relativement peu commun, et que très souvent, les gens ont des anecdotes de gens qu’iels ont connu portant mon prénom, et c’est toujours une occasion de sourire et d’être un peu nostalgique.
Mais voilà, je me permettais de vous fournir ces eventuels conseils, puisque mon CEC est finalement arrivé très vite, et qu’il est préférable d’avoir toutes les clés en main dès le départ.

En conclusion donc, mieux vaut ne pas se précipiter, pour ne pas avoir de regrets par la suite. Un prénom, c’est fort de toute la symbolique qu’on lui accorde, alors autant le choisir avec soin.

Une bouteille en arrière

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A l’occasion du 17 Mai, soit l’IDAHOT, ou Journée Mondiale contre l’homophobie et la transphobie en français, j’ai décidé de m’écrire une lettre à mon moi de y’a 10 ans. Bon, le résultat est moins feel good que je l’espérais, mais j’ai fait mon possible pour rendre le truc pas trop mielleux sans tomber dans le larmoyant pour autant.
Mais il faut quand même se contextualiser que moi, y’a 10 ans, j’étais une boule de nerfs pétri par la colère et le mal-être. Du coup j’essaie plus de me rassurer qu’autre chose, en essayant de ne pas trop tomber dans le paternalisme, mais je dois avouer que je me suis sincèrement pris au jeu, comme si mon moi passé allait réellement recevoir cette lettre. Bref, bonne lecture, et un paisible IDAHOT à vous tou.te.s !

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Cher Petit Kao,
Tu as actuellement 15 ans, bientôt 16, et tu es à l’aube d’un tas d’événements qui vont bouleverser ta vie.
Tu n’en as pas encore conscience pour le moment, mais tu fais face à une période charnière, plusieurs même, qui vont faire que ta vie à l’heure où je t’écris, n’a plus grand chose à voir avec celle que tu vis de ton côté du temporel.

De là où je t’écris, saches que tu as fini par débloquer certains questionnements, que tu refoules encore pour le moment présent. Mais ne sois pas pressé, disons simplement que certaines personnes que tu vas rencontrer auront un effet de « déclencheur » sur certaines de ces questions qui te troublent tant ces temps ci.

Cependant, sois bien mis en garde que tu n’est pas à l’abri de perdre certaines figures clés en cours de route. Je pense à l’une d’entre elles en particulier, dont tu t’en voudras un moment de ne pas avoir eu le temps de lui montrer explicitement qui tu es véritablement.
Néanmoins, sache qu’il t’aura connu de suffisamment près pour que, sans que tu ai eu besoin de lui montrer, voire de le lui dire, il t’auras vu sous ton vrai jour et ce plus que tu ne l’espère. Il aura également un impact important sur toi, sans que vraiment tu ne t’en rendes compte.

Egalement, d’autre personnes que tu penses encore cruciales pour toi, n’auront qu’une négligeable signification sur le long terme. Mais là encore, ne t’en inquiètes pas trop, tu en rencontreras d’autres toutes aussi formidables, si ce n’est plus.
Des gens qui resteront à tes côtés quoi qu’il advienne, peu importe combien tu changes.

Car oui, le changement, c’est ce qui t’attends, et ce, sur un paquet de plans. Je sais que tu as arrêté l’école depuis peu, et saches que tu y reviendras par la suite, par challenge personnel principalement, et je te gâche un peu la surprise, mais le Bac tu finiras par l’obtenir, pour finalement te rendre compte que cela ne t’es pas indispensable, mais bon, tu en tireras quand même beaucoup de fierté, ne t’en fais pas.

Moult aventures t’attendent au tournant, toutes spécialement chargées en emotion. Bon, par contre, tu ne rencontreras pas l’amour immédiatement, enfin si, mais pour une courte durée uniquement. Je ne souhaite pas te décourager cependant, je n’en sais simplement pas beaucoup plus pour le moment.

Ah, et accroches-toi bien à tes chaussettes, parce que tu vas t’embarquer sur un sacré rollercoaster médical. Tu iras de surprises en déconvenues, mais promis, ça finira par se stabiliser, tu finiras par t’y habituer.

N’angoisses également pas trop, ton indépendance toute fraîche finira elle aussi par s’aplanir, non sans quelques gros moments d’angoisse. Mais on n’a rien sans rien, n’est-ce pas?

Pour résumer, mon petit, et je sais que tu détestes que l’on t’appelle ainsi, mais ça te passera là aussi; tu t’apprêtes à vivre énormément de changements, tu vas même déménager de plateforme concernant ton blog. Tu ne rencontreras pas le succès que tu espères, mais tu te constituera une solide base de lecteurs fidèles, toutes et tous particulièrement bienveillants. Et de temps en temps, tu produiras du contenu dont tu pourra être très fier !

Beauoup de belles choses t’attendent, de nombreux chamboulements également, qui pourront paraître insurmontables, mais chaque fois tu sauras puiser la force nécessaire pour les assimiler et en tirer profit pour continuer ta route.

Ne te décourages pas, ne perds pas espoir.
Rien n’est écrit d’avance. Moi-même je demeure l’esprit ouvert à de nouveaux horizons inattendus.
Prends soin de toi, tu finiras même par y prendre goût.

Je t’embrasse,
Stan du futur.