50 Nuances de Transidentité

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Vous me connaissez, je n’aime pas me focaliser sur un seul angle de perception. De ce fait, j’ai toujours du mal avec la médiatisation de la transidentité, qui décrit celle ci constamment par un seul et unique prisme. Que celui ci soit celui de la souffrance, ou au contraire du soulagement, je trouve cela franchement réducteur. Parce qu’une transition, qui reste propre à chacun·e, reste un savant mélange des deux, et de nuances intermédiaires.
Du coup ce matin, nous allons aborder quelques exemples de cette vaste palette d’expériences et de ressentis que peut apporter une transition. On va partir du pire, et avancer progressivement vers le meilleur. La liste n’est d’ailleurs absolument pas exhaustive.
Et je rappelle encore une fois, que je parle principalement en mon nom, et que tout le monde ne se retrouvera pas forcément dans mon vécu.

Le Sentiment de lenteur
Lorsque l’on est transgenre, nous pouvons éprouver la sensation que tout est plus lent pour nous, en particulier quand la transition se fait au début de l’âge adulte. Alors que nos anciens camarades de classes que l’on espionne sans relâche sur les réseaux sociaux, se marient et font des enfants, nous en sommes encore aux balbutiements de notre vie future.
Certain·e·s d’entre nous parviennent à cumuler les assiettes avec brio, et à jongler sans problème entre la vie professionnelle et/ou estudiantine, la vie intime, et à effectuer leur transition sans accroc.
Ce n’est cependant pas le cas pour tout le monde, et personnellement j’avais jusque là l’impression que j’allais juste me prendre les assiettes sur la gueule. Je suis du genre à prioriser les choses, et comme d’autres, j’estimais jusqu’à très récemment avoir d’autres choses à régler d’abord, avant de me lancer dans un travail ou une relation.
De ce fait, tout me semble avancer plus lentement sur le chemin de ma vie, et même en y trouvant une logique tout à fait acceptable, cela peut s’avérer frustrant.

La Dysphorie de Genre
Je l’ai déjà exprimé par le passé, mais un petit rappel ne fait jamais de mal.
La dysphorie c’est ce sentiment de malaise immédiat lorsque l’on sent une « fracture » entre un élément physique, et notre identité de genre. Ça peut être une partie du corps, autant qu’une attitude ou une façon de parler, ou simplement le timbre de voix.
Toutes les personnes trans ne la ressentent pas, mais pour celleux dont c’est le cas, c’est une souffrance immédiate, et qui est très difficile à expliquer/exprimer aux gens n’ayant jamais vécu la dysphorie.
Et le problème de cette fameuse dysphorie, c’est qu’elle est quotidienne, parfois irrationnelle, et particulièrement paralysante selon les situations. Elle n’est pas forcément insurmontable, mais peut s’avérer délicate à gérer, surtout les premières années.

L’exotisation
Ce point peut s’exprimer à différents degrés, mais c’est toujours en lien avec autrui. Cela va de la simple question gênante, voire intrusive, jusqu’aux gens qui cherchent à nous fréquenter uniquement parce que nous sommes des personnes trans. Un peu comme un fantasme en fait, parce que c’est tellement « exotique », il n’y a qu’à faire un tour sur un site de vidéos pour adultes pour s’apercevoir que les personnes trans (en particulier les femmes) ont une catégorie qui leur est dédiée.
Je n’ai rien contre les personnes dont le milieu du sexe est leur travail, au contraire, je suis juste angoissé par les dérives qui en ressortent, à savoir l’interprétation que les gens s’en font. Je n’ai pas envie d’être avec quelqu’un qui me considère uniquement comme son objet de fantasme.

Difficultés Relationnelles
Ce point est assez en lien avec le précédent. Quand on est une personne trans, la confiance en soi peut s’avérer très faible, que celle ci soit issue d’une longue période de souffrance précédant la transition, ou au contraire due à un sentiment d’illégitimité à cause du contexte sociétal exigeant.
Du coup, compte tenu de ce point là, et de pleins d’autres paramètres individuels, il est toujours assez délicat de développer des relations intimes avec d’autres gens, pour celleux que ça intéresse. Entre la terreur de se faire agresser si l’autre est intolérant, ou même le simple rejet, relationner quand on est transgenre est un exercice de subtilité pas evident pour chacun·e.

Intolérance Généralisée
Je pense ne pas vous apprendre quoi que ce soit en disant cela, mais la société dans laquelle nous évoluons n’est pas bienveillante envers les personnes qui sortent du lot.
Il n’y a qu’à regarder un peu les informations pour le constater: tabassage en groupe, agressions sexuelles, insultes, crachats, harcèlement, discriminations sous plein de formes différentes. Et ce n’est jamais très rassurant que de s’exposer volontairement ou non, parce que l’on ne sait jamais ce qui peut nous arriver. Et ça peut rester traumatisant et laisser des marques, quelque soit la proportion ou la récurrence de ces « désagréments » du quotidien.

La Conscience des réalités
Ce point là est plutôt neutre, puisque sa notion de positif ou négatif est laissé à l’appréciation de chaque individu. Le fait donc d’avoir grandi et avoir été élevé·e dans un genre différent du nôtre, permet bien souvent d’obtenir la conscience des différences de traitement de la part des autres et de la société en général.
Le problème c’est aussi qu’une fois qu’on l’intellectualise, il n’y a aucun retour arrière possible : toutes les inégalités nous sautent aux yeux. On s’aperçoit également des avantages et inconvénients de chaque côté du spectre du genre. Et ça peut être aussi réjouissant qu’effrayant.

Joie récurrente
On passe donc avec ce point là aux aspects positifs d’une transition, parce qu’il y en a plein, c’est promis.
J’ignore si c’est parce que je suis sorti de la dépression ou si cela n’a rien à voir, mais je constate que les sources de réjouissance se font plus nombreuses depuis le début de ma transition. Et par début je parle aussi de la réalisation et de tout le processus des coming-outs à répétition, d’une importance équivalente à la prise d’hormones.
Parce qu’une transition, c’est aussi des séries de victoires sur la vie, que ce soit le Changement d’Etat Civil, comme la prise en charge médicale, ou même des choses plus quotidiennes comme le fait d’être appelé·e avec le bon intitulé du premier coup, être reconnu·e sous son prénom choisi, avoir une carte de fidelité à la bonne identité, etc.
Les exemples sont nombreux, et chacun apporte son lot d’émotions intenses, et entretiennent un bien être au quotidien qui, non seulement est agréable, mais est très important pour affronter la vie.

Sincérité Relationnelle
Nos rapports avec notre entourage sont forcément bien plus teintés d’authenticité. Parce que cela permet de trier rapidement qui vaut la peine d’être fréquenté ou non, certain·e·s s’en vont d’elleux même, d’autres sont rapidement écarté·e·s à cause d’un discours jugé trop limite.
L’avantage de l’intolérance, et de la non-acceptation d’une éventuelle différence, c’est qu’elle nous permet très vite de comprendre qui sont véritablement les gens. Lancer un sujet délicat, ou juste prendre le risque de s’exposer provoque immédiatement des réactions. Vous aurez très vite la conscience de qui est « problématique » à vos yeux, et avoir autant de bonnes surprises de la part de personnes très chouettes.

Seconde Adolescence
Pour celleux qui décident de passer par le traitement hormonal, sachez que vous allez vivre une seconde adolescence, littéralement.
Mais l’avantage de ce deuxième passage, c’est que cela ne sera pas vécu au milieu d’autres adolescents aussi boutonneux que cruels. Vous pourrez prendre le temps de savourer ou subir chaque changement physique, le décortiquer, en tirer des émotions complexes. Et certains de ces changement seront bien plus simples à appréhender, puisque vous serez plus matures et mieux renseignés pour parvenir à traverser cette aventure.

Euphorie de Genre
Je parlais plus haut de la dysphorie, et celle ci possède un antonyme : l’euphorie, aussi simplement que ça. L’euphorie de genre donc, c’est par exemple un cispassing suffisant pour avoir la paix peu importe la situation, ça peut aussi être la présence de pilosité faciale pour les personnes trans-masculines, ou l’apparition de poitrine pour les personnes trans-féminines.
L’euphorie de genre, c’est ce sentiment que tout rentre dans l’ordre, et que ce vers quoi on tend à l’extérieur correspondant à qui on est à l’intérieur.

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Et je vais m’arrêter là, parce que cet article fait déjà 20 kilomètres et que ça vous décourage potentiellement de le lire en entier.
Pour conclure, la transition, c’est une autre façon d’entreprendre sa vie, mais ça fonctionne de la même façon : chaque nouveau jour apporte son lot de surprises, et cela ne tient qu’à chaque individu de décider comment iel souhaite les disposer sur le chemin de son avenir.

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Bien choisir son prénom

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Le rapport des personnes trans à leur prénom est toujours assez particulier. D’autant plus quand c’est celles ci qui l’ont selectionné. Comment bien choisir son prénom sans partir dans tous les sens? Ce sera mon sujet d’aujourd’hui.

Quand il s’agit de trouver des prénoms à ses enfants, tout le monde a des idées plus ou moins arrêtées, plus ou moins farfelues. Mais lorsque l’on est transgenre, le choix de notre prénom est aussi crucial que pour notre éventuelle future progéniture. Le champ des possibles est d’autant plus grand, et il est facile de vite avoir la tête qui tourne.
Comment être sûr de son choix? Comment être assuré de ne pas faire n’importe quoi? On ne change pas de prénom comme on change de slip, puisque la procédure est longue, et coûteuse en énergie.

Il y a évidemment plusieurs méthodes pour définir ce qui va être notre identité sociale. La plus attendue, et pourtant pas la plus répandue, consiste à masculiniser ou féminiser notre prénom de naissance (selon celui ci). Pour exemple, Un Mathieu peut devenir Mathilde, ou autre Patricia devenir Patrick.
Il y a, à l’opposée, celleux qui décident de réellement marquer la différence en s’éloignant le plus possible de leur deadname.

Après, en effet, les possibilités sont infinies, et ayant pour ma part lu des listes de plusieurs centaines de prénoms par ordre alphabétique, je peux en attester. Mais comment ne pas douter?
Si vous entretenez de bons rapports avec votre famille, n’hésitez pas à les solliciter pour leur demander leur avis. Et si la famille de sang ne convient pas, reste la proximité des ami·e·s, votre famille de choix donc.

Il est également tout à fait possible de fixer son choix sur un prénom mixte, rien ne vous oblige à absolument choisir le prénom le plus genré possible, la décision vous appartient à la fin, bon et aussi un peu à l’officier d’Etat Civil, mais c’est un autre débat.

En définitive, que vous fixiez votre choix par souci de signification, quelle qu’elle soit, ou que vous n’en ayez rien à carrer de l’étymologie, personne ne vous en voudra. L’essentiel, c’est de trouver, ou de conserver, le prénom qui VOUS sied, et avec lequel vous êtes assez à l’aise pour finir votre vie en le portant.
Enfin, et je m’adresse en particulier aux plus jeunes, il n’est pas interdit de « tester » un ou plusieurs prénoms avant d’en adopter un complètement. Certes, on vous fera probablement le reproche d’être trop indécis voire que c’est trop compliqué pour les autres d’arriver à suivre, mais ce n’est pas tous les jours qu’on a la possibilité de choisir comment on va s’appeler.

En ce qui me concerne, je n’ai pas tellement suivi mes propres conseils du jour, et ai fait ça un peu dans l’urgence. Ma maman souhaitait connaître mon choix afin de pouvoir s’adresser à moi, et j’ai donc lu des centaines de prénoms, en notant quelques uns dans un carnet, mais c’est finalement celui que je porte aujourd’hui qui est resté. Après l’avoir lu, je n’arrivais pas à me le sortir de la tête, un peu comme un coup de foudre. J’ai donc pendant quelques semaines, tâté le terrain pour voir s’il me convenait, en demandant à des personnes de confiance de s’adresser à moi par ce prénom là, dans l’intimité. Et, après m’être entretenu avec une partie de ma famille, qui a plus ou moins validé mon choix, j’ai décidé de faire mon coming out définitif avec ledit prénom.
Mais finalement, ce n’est que l’année suivante, lors de ma procédure de Changement d’Etat Civil, que je me suis intéressé au fait d’en avoir plusieurs sur mes papiers, et aux significations ou hommages que je pouvais porter.
Je ne regrette absolument pas mon choix, en particulier parce qu’il est relativement peu commun, et que très souvent, les gens ont des anecdotes de gens qu’iels ont connu portant mon prénom, et c’est toujours une occasion de sourire et d’être un peu nostalgique.
Mais voilà, je me permettais de vous fournir ces eventuels conseils, puisque mon CEC est finalement arrivé très vite, et qu’il est préférable d’avoir toutes les clés en main dès le départ.

En conclusion donc, mieux vaut ne pas se précipiter, pour ne pas avoir de regrets par la suite. Un prénom, c’est fort de toute la symbolique qu’on lui accorde, alors autant le choisir avec soin.

I can barely breathe

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En grandissant éduqué comme une fille, et me découvrant amoureux de celles ci, j’ai pu constater que certains privilèges m’étaient refusés, notamment celui du contact physique.

Vous l’aurez peut-être remarqué, mais les filles entre elles sont plus facilement encouragées au contact que les garçons entre eux. Elles sont plus souvent vues bras dessus bras dessous que leurs camarades garçons, pour qui bien au contraire, le moindre contact les fait apparaître comme « faibles ».
A une exception près, puisque lorsqu’une fille est désignée comme lesbienne, qu’elle le soit effectivement ou non, elle devient pestiférée. Personne ne doit la toucher ni se laisser approcher par elle.

A l’adolescence, dans des contextes comme les vestiaires non-mixtes mais néanmoins communs, une fille taxée d’homosexualité a tout intérêt à regarder le sol, se dépêcher de se changer pour ne surtout pas risquer le moindre échange de regards avec une de ses homologues, sous peine de se faire embusquer dans un bizutage verbal ou physiquement violent, dans un élan de franche camaraderie.

Les garçons de leur côté, se limitent dans leurs démonstrations d’affection à de simples tapes sur l’épaule ou dans le dos, suffisamment délicatement pour s’envoyer mutuellement à l’hôpital.

Si j’ai grandi plutôt dans le premier exemple que dans le second, le résultat est le même : je n’ai absolument pas l’habitude d’être touché. J’ai d’ailleurs pour théorie que si les garçons sont « naturellement » aussi prompts à la violence, c’est pour compenser ce besoin viscéral d’être touché. Ne pouvant assouvir ce besoin naturel de contact, ils se mettent des patates dans le visage, puisque c’est le seul moyen d’obtenir un précieux effleurement de peau à peau. C’est en les observant « jouer à la bagarre » que j’ai développé cette théorie qui n’est, finalement, pas si absurde.

De ce fait, et toujours selon ma théorie personnelle, cela va ranger les garçons dans deux catégories :
– Ceux qui n’ont pas peur de prendre une salade de phalanges en pleine face, et seront vus comme les forts, à qui on pardonne cette violence, comme une forme malsaine de virilité exacerbée.
– Ceux qui préfèrent la passivité à la confrontation, comme une forme de timidité incontrôlable. On leur marche volontiers sur la gueule en les traitant de fragiles.

En vrai il existe une troisième catégorie : ceux qui ne sont pas concernés par mes conneries, et qui ont tout l’apport physique et émotionnel dont ils ont besoin.

Mais là où je voulais en venir, à l’origine en tout cas, c’est que chaque fois qu’on me fait un câlin, j’ai envie de pleurer.
Les larmes me montent aux yeux parce que j’ai été dépouillé de ce privilège qu’est le contact physique depuis bien trop longtemps. Entre la mise à l’écart parce que j’apparaissais comme « lesbienne », puis le culte de la virilité maximale de l’homme fort absolument intouchable, à tous les sens du terme, dans lequel j’ai été balancé suite à ma transition, j’ai vite perdu pied au réel, au sens du toucher.

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Je ne sais plus trop bien comment je voulais conclure. J’ai extirpé tellement de mes tripes dans ces lignes, que je me suis un peu aveuglé en route.
Mais du coup, je ne suis pas certain qu’il y ait une chute meilleure qu’une autre. Une idée en a amené une autre, le tout s’enchaînant avec plus ou moins de logique en multiples embranchements de possibles. Comme un genre de brouillon d’émotions et de sentiments pas nécessairement contradictoires, laissant transparaître mes réflexions sur la question.
Bref. Aimez-vous les uns les autres. Faites vous des câlins en tout mutuel consentement préalable.
C’est tout pour aujourd’hui !

Laugh while I choke

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Assez fréquemment, on m’a demandé plus ou moins directement quel genre de « fille » j’ai été. Parce que cela se base sur la conception fausse comme quoi je suis « devenu » un garçon. Même si je n’arrive pas bien à placer sur la frise chronologique de ma vie, oui comme en CE2; le moment où je le suis miraculeusement devenu. Quand j’ai fait mon coming-out? Là comme ça, paf? Ou bien à la seconde où la seringue pleine de testo a pénétré mon muscle fessier?
Franchement je me demande à quel moment les gens le situent exactement, parce que oui moi je trouve ça drôle de penser que la seconde d’avant j’étais une fille, et BOUM, garçon instantané, ouais, comme les nouilles lyophilisées.

Mais bref, inspiré aujourd’hui par une vidéo de Jammidodger, j’ai décidé d’un peu vous raconter comment j’ai vécu ma vie de prétendu nana, et ce que ça m’a possiblement apporté.
Il y aura peut-être des répétitions vis à vis d’articles antérieurs, mais après tout, je n’ai pas changé de vie entre temps. Mais je tenais néanmoins à l’écrire ici une bonne fois pour toutes, afin d’avoir d’un seul trait, une histoire que je vous dispose en filigrane depuis un moment déjà.

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Quand j’étais enfant, tout allait à peu près, bon, je n’avais pas vraiment d’amis, j’étais déjà persécuté à l’école, et je jouais bien souvent dans mon coin. J’ai même essayé d’avoir un ami imaginaire, mais je n’y suis pas vraiment parvenu, au fond de moi, je n’y croyais pas sincèrement, du coup cela ne fonctionnait pas.
Arrivé à l’adolescence, vous connaissez déjà probablement l’histoire, toujours quasiment aucun ami, alors j’ai essayé de faire semblant d’être normal pour m’intégrer.
Je dis « normal », parce que j’ai toujours pensé que j’etais bizarre, même si je ne savais pas vraiment trop pourquoi. J’ai donc commencé à traîner avec un groupe de nanas qui faisaient de l’équitation ensembles, mais c’etait vite chiant de faire semblant de m’intéresser à des trucs qui m’effleuraient à peine. Du coup arrivé en début de 4e, j’ai élargi mon champ de recherches pour finir par tomber sur une nana aussi « bizarre » que je pouvais l’être, on s’entendait bien. J’ai même déclaré ma flemme à un garçon d’une autre classe, la même année, son nom n’est pas important, mais c’était un abruti. Notamment parce que dès le lendemain, il sortait avec ma nouvelle amie. Mais bref. On va dire que péripéties péripéties, et on va faire avance rapide jusqu’à ma majorité.

Comme vous le savez peut-être déjà si vous me suivez depuis un certain temps, faute de repères, et en ayant pleinement conscience de ma différence face aux autres sans vraiment réussir à en trouver l’origine, j’ai bâti une grosse partie de mon identité sur mon homosexualité. Ça me donnait notamment une belle excuse pour ne pas faire trop d’efforts pour me pousser du côté de la féminité.

En revanche, les autres prenaient un malin plaisir à me la rappeler, cette absence de féminité, puisque quand j’avais encore les cheveux longs, me voir les détacher relevait de la « victoire » pour elleux, pareil lorsqu’il s’agissait de me forcer gentiment à enfiler une robe ou une jupe. Je l’ai fait une fois ou deux, pour faire plaisir à mes potes essentiellement, mais rarement plus de 15 minutes parce que les blagues les plus courtes et tout ça.

Alors ouais, j’ai expérimenté, des fois j’ai essayé de me coiffer « comme une fille », ou de mettre du maquillage (mon talent se limitant au crayon noir et au vernis), ou encore de la lingerie plutôt jolie. Mais pendant tout ce temps, je n’étais jamais complètement à l’aise, jamais entièrement confortable avec mon image, celle que j’avais comme celle que les gens projetaient sur moi.
Je sais d’ailleurs bien que les vêtements ne devraient pas avoir de genre, mais je sais aussi pertinemment dans quel contexte on évolue actuellement.

Dans tous les cas, nous pouvons constater que si j’ai bien pris mon temps avant de comprendre, c’etait aussi que je n’avais absolument pas conscience que les mecs trans existaient. C’est un peu comme quand j’avais 13 ans et que j’ai découvert que l’homosexualité c’était un vrai truc (merci t.A.T.u. – toi même tu sais). Et à partir du moment où j’ai eu connaissance de ce qu’était la transidentité, il m’aura fallu à peine moins de 3 ans avant que ça ne m’explose au visage.

Je suis passé par toutes les phases du deuil avant de commencer à me bouger les fesses pour régler cette question.
Le déni tout à fait classique, je ne veux pas que ça me concerne alors ça ne me concernera pas. La colère parce que merde, qu’est-ce que j’ai fait pour mériter d’être différent au fond? J’ai essayé de négocier avec moi-même sur l’aspect temporel, allez, promis, on s’en occupe pas avant 10 ans, bisou. La dépression post négociations, même si j’ai l’impression que la dépression c’était clairement l’entièreté de ma vie les 12 années précédentes qu’autre chose.
Et enfin, loués soient les dieux, la glorieuse et brillante acceptation. J’aurais pris super cher pendant ces trois années, à y penser jour et nuit, bien malgré moi, même si je n’étais pas au bout de mes peines en vrai.

Donc voilà. Je ne suis pas subitement devenu un garçon, touché par la grâce du jour au lendemain. Émotionnellement, mentalement, physiquement, ça a été un long chemin, que je n’ai non seulement pas parcouru tout seul, mais que je foule encore actuellement. Et ce que je souhaitais notamment mettre en lumière aujourd’hui, outre le fait de pouvoir vous conter l’histoire de bout en bout, c’est que même si j’ai tenté de m’intégrer en tant qu’individu féminin, ça n’enlève rien à mon identité de garçon, ça ne fait qu’éventuellement appuyer ma souffrance durant ce long périple qu’est la découverte de soi.

Merci à tou·te·s de votre attention, et aussi de votre soutien, et de l’amour que vous avez pu m’apporter depuis tout ce temps, plus ou moins long selon chacun.
La route de ma vie est encore longue, je le souhaite de tout coeur, et j’espère que vous serez encore là à mes côtés demain.

Procéder à un changement d’Etat Civil

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Devant les salles d’audience de Bordeaux.

Aujourd’hui était une étape importante dans mon processus de transition : j’ai été au Tribunal de Grande Instance pour l’audience concernant mon CEC. Dans cet article, je vais donc vous expliquer, étape par étape, comment j’en suis arrivé jusque là, le déroulement de l’audience, et enfin, le verdict préliminaire.

Chronologie

9 Mai : Envoi du premier courrier au TGI
18 Mai : Réponse du TGI, avec une liste de pièces à fournir
10 Juin : Dépôt du dossier complet
5 Août : Lettre de convocation au Tribunal
12 Octobre : Audience

Déroulement

Dans un premier temps, quand la loi du 29 Mars 2017 est enfin devenue « active », j’ai envoyé une première enveloppe au Tribunal de Grande Instance pour lancer la procédure. Dans ce courrier, j’exprimais mon souhait de changement sur mon Etat Civil, avec un rappel au numéro de la loi datée, et j’y ai joint une photocopie de ma carte de naissance et un extrait de naissance. Tous deux modifiés suite à mon changement de prénom en mars de la même année.

Suite à quoi, le TGI m’a répondu avec une liste de pièces à fournir, qui etaient les suivantes.
Je précise d’ailleurs que j’ai tout joint sauf le livret de famille, n’en possédant pas. Et concernant les pièces médicales, je n’ai donné qu’un certificat de mon généraliste et de ma psychologue, attestant de mon suivi sur la question, mais aucunement d’attestation de la moindre chirurgie.

Pour ce qui est des témoignages, j’en ai fait établir 8, dont un de ma maman, avec le formulaire CERFA dédié à la question. A chaque témoignage devait être jointe une copie recto-verso de pièce d’identité du témoin.
Chaque témoignage a été réalisé des mains des personnes, souvent avec mon aide, parfois en improvisation totale. Il était simplement important de souligner que je me présentais et vivait bien en tant que garçon, et que personne ne mettait en doute mon identité ou la motivation bien réelle de ma requête.

Constitution du dossier !

Jour J

Deux autres affaires similaires et moi étions convoqués à 15h, et j’etais une boule de nerfs. Heureusement, mon frangin Leo était à mes côtés. Lorsque vint mon tour, Leo n’a pas pu rester dans la salle avec moi, les magistrats lui ont demandé de sortir, je devais être seul face à leur jugement, et c’etait hyper intense. Le cadre était impressionnant et toutes les personnes dans la pièce semblaient tellement sérieuses et solennelles.
Déjà, la salle comptait 6 personnes sur une haute estrade, face à moi, seul, assis et tremblant.
Un homme, au centre, semblant assez sévère, m’a d’abord expliqué le déroulement de la séance, qu’il allait faire un rapide résumé de mon dossier, puisque lui seul avait eu les yeux dessus, j’aurais ensuite la possibilité de m’exprimer, puis il y aurait d’éventuelles questions, et enfin la conclusion de la séance.

Tandis que l’homme expliquait mon affaire, j’acquiesçais poliment à ses affirmations, qui quelque part, n’étaient autres que les miennes, puisque j’avais constitué le dossier sans avocat. Son resumé a duré quelques minutes, et il m’a demandé si j’avais quelque chose à dire. J’ai donc demandé si je pouvais lire un petit texte que j’avais écrit par avance, il a hoché la tête, et j’ai commencé à lire ceci, non sans nervosité :

Tout d’abord, bonjour.

Je me suis permis d’écrire un petit texte pour ce jour, en espérant ne pas trop enfoncer de portes ouvertes.
Quand j’ai annoncé à mes proches que je serais convoqué au Tribunal de Grande Instance, tous et toutes m’ont dit que ce ne serait qu’une formalité. Et quand bien même c’est le cas, je souhaitais m’exprimer devant vous aujourd’hui, en toute humilité.

Je suis un homme, rien de plus, rien de moins.
Cela fait désormais deux ans que je suis reconnu en tant que tel par mes pairs, et autant de temps que je me bats pour faire reconnaître cette vérité d’un point de vue administratif. Car j’estime, que cette réalité qui est mienne depuis mon enfance, doit devenir celle inscrite sur mes papiers d’identité, sur ma carte vitale, sur mon éventuel passeport.

Si mon prénom a effectivement été modifié dans mon état civil en début d’année, il demeure un indice sur mon identité tant que le sigle F, n’est pas devenu un M. Une seule lettre à changer, qui me faciliterait bien la vie, et éliminerait énormément d’incohérences aux yeux de la société, toutes proportions gardées.

C’est pour cette requête, que je me tiens devant vous aujourd’hui. Ma demande est simple, mais n’est pas sans conséquence pour moi. Une formalité pour certains, peut-être, mais la fin d’un calvaire en ce qui me concerne.
Parce que là est ma seule volonté, être un citoyen, invisible comme les autres, rien de plus, rien de moins.
Je vous remercie de votre attention.

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Suite à quoi, l’homme m’a dit que c’était plutôt clair, si ce n’est qu’il avait tiqué sur « formalité ». Il a bien insisté sur le fait que si la loi est effectivement récente et a assoupli la procédure, ce n’est jamais une formalité, parce que rien n’est jamais acquis d’avance. J’ai essayé de justifier le fait que ce n’est qu’une simple façon de parler, ce à quoi il m’a un peu interrompu pour me dire que les mots ont du sens et de l’importance, et qu’il faut les choisir avec soin.

Il a interpellé une femme au bout de l’estrade, et je n’ai pas réussi à entendre qui elle était exactement. Mais elle a dit que tout semblait conforme à la loi en vigueur, et qu’elle maintenait son avis favorable.

Il m’a dont expliqué que je recevrais un courrier en recommandé d’ici la mi-novembre, voire la fin du mois de novembre, avec la réponse, suite à leur future délibération.
Ils m’ont remercié, je les ai remerciés, et je suis sorti, les jambes en coton, manquant de m’effondrer dans les bras de Leo qui m’attendait patiemment.

La séance m’a semblé durer une éternité, mais en fait ça s’est passé en moins de 15 minutes. Quinze minutes absolument terrifiantes, par contre.
Mais bon, maintenant, plus qu’à attendre leur réponse !

Seven Sisters

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Il y a quelques jours, j’ai eu l’occasion d’aller voir Seven Sisters, ou « What Happened to Monday? » en version originale. Personnellement je ne comprends pas l’intérêt de traduire un titre anglais pour un autre titre en anglais, mais passons.
En voyant la bande annonce, je me suis demandé si c’etait un genre de Orphan Black dans un monde dystopique, mais il n’en est rien.

Synopsis
Dans un futur pas si éloigné, suite à la résolution de la crise alimentaire grâce aux OGM, des mutations se sont manifestés chez les humains, donnant résultat à une augmentation des naissances multiples (jumeaux, triplés etc.), plongeant le monde dans une crise de surpopulation catastrophique. Pour régler cela, les autorités européennes ont mis en place une politique de l’enfant unique, sur une idée du Dr Nicolette Cayman (Glenn Close). Manque de bol, la fille de Terrance Settman (Willem Dafoe) met au monde sept enfants d’un coup, et celui ci décide qu’elles porteront chacune un jour de la semaine en guise de prénom, et seront autorisés à sortir de l’appartement en fonction de leur jour assigné. Chaque enfant, incarnera donc l’identité de Karen Settman (Noomi Rapace), jusqu’à l’âge adulte. Mais un beau jour, Monday disparaît, et ses sœurs vont tenter de découvrir ce qui lui est arrivé.

Une performance?
J’aime bien Noomi Rapace, je l’avais notamment adoré dans Passion de Brian de Palma, et si je n’ai pas eu les tripes de voir Millenium, je voulais la voir s’attaquer à ce challenge qui est d’incarner plusieurs personnes à l’écran, en distinguant bien chacune. Est-ce une réussite au final? Alors, oui et non.
A la fois oui, parce que toutes ont passé 30 ans de leur vie à être Karen, du coup, peu importe quelle Jour l’incarne, Karen reste Karen. Mais en même temps non parce que les scènes où elles sont ensembles, j’ai eu beaucoup de mal à les discerner les unes des autres, malgré leurs différentes coupes de cheveux, quand chacune parle en même temps qu’une autre, c’était rapidement complexe de savoir qui disait quoi.

En revanche, une fois prises individuellement, chacune des jeunes femmes est cohérente avec elle-même, et on a presque le temps d’avoir sa préférée.

L’avis général
J’avais vu les affiches dans le métro parisien, où il était dit « vous ne devinerez jamais la fin! ». Non seulement c’est hyper présomptueux, mais en plus c’est pas complètement vrai. Si j’avais le tableau final une demi-heure avant, il y a juste deux trois détails qu’effectivement, je ne pouvais pas deviner. Des détails qui peuvent expliquer, éventuellement, certains comportements des sœurs, mais pas entièrement non plus.
Un truc m’a cependant fait tiquer, comme si le film jouait avec nos cerveaux. Certaines ficelles sont assez rapidement faciles à deviner, et j’avais l’impression que le film me tapotait gentiment sur le crâne en me disant, c’est bien, tu l’as vu arriver, mais ÇA LÀ, tu l’avais pas vu hein? HEIN?
Du coup je ne sais pas trop s’il y a un manque d’équilibre dans les twists ou si c’est fait exprès pour nous faire nous auto-congratuler dans nos découvertes pour mieux être bernés derrière.

Le petit plus?
J’ai noté un gros effort d’ambiance sonore au niveau des moments de foule. Quand on est dans l’appartement, c’est cosy et agréable, le calme est présent. Mais dès qu’il s’agit de mettre le nez dehors, surtout au début du film, l’ambiance est assourdissante. Le côté angoissant de la foule est hyper bien retranscrit, avec tous les bruits environnants, toutes les bribes de voix que l’on entend toutes en même temps sans vraiment pouvoir distinguer quoi que ce soit. En dehors de ça, les scènes d’action ont de la musique adéquate, ainsi que les moments dramatiques ou d’émotions quelles qu’elles soient. Je n’ai pas vraiment noté de thème récurrent spécifique, mais il n’est pas impossible qu’il y en ait eu un, il était juste discret.

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Le mot de la fin
Le premier mot qui m’a échappé quand le générique se déroulait, c’est que ce film est INTENSE. A tous les sens du terme d’ailleurs. Il est intense aussi bien dans son rythme que dans son déroulement, que ce soient les scènes d’actions ou les scènes de flashback, tout s’enchaîne assez vite et on a à peine le temps de respirer, voire de se remettre de ce qui vient de se passer. Ce n’est pas mauvais en soi, mais ça fait beaucoup à encaisser en à peine 2h que font le film.
Mais sinon, je crois que j’ai oublié de le spécifier, mais j’ai beaucoup beaucoup aimé. C’est joli, on en prend plein la gueule en terme d’émotions et de twists, y’a des scènes vraiment marquantes, et de jolies trouvailles.
Voilà.

Je lui mets un joli Noomi Rapace sur dix. Parce que bon, faut pas déconner quoi.
Mais très sérieusement, c’était chouette. Même si je suis bon public, donc ne vous fiez pas qu’à mon avis.

Une bouteille en arrière

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A l’occasion du 17 Mai, soit l’IDAHOT, ou Journée Mondiale contre l’homophobie et la transphobie en français, j’ai décidé de m’écrire une lettre à mon moi de y’a 10 ans. Bon, le résultat est moins feel good que je l’espérais, mais j’ai fait mon possible pour rendre le truc pas trop mielleux sans tomber dans le larmoyant pour autant.
Mais il faut quand même se contextualiser que moi, y’a 10 ans, j’étais une boule de nerfs pétri par la colère et le mal-être. Du coup j’essaie plus de me rassurer qu’autre chose, en essayant de ne pas trop tomber dans le paternalisme, mais je dois avouer que je me suis sincèrement pris au jeu, comme si mon moi passé allait réellement recevoir cette lettre. Bref, bonne lecture, et un paisible IDAHOT à vous tou.te.s !

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Cher Petit Kao,
Tu as actuellement 15 ans, bientôt 16, et tu es à l’aube d’un tas d’événements qui vont bouleverser ta vie.
Tu n’en as pas encore conscience pour le moment, mais tu fais face à une période charnière, plusieurs même, qui vont faire que ta vie à l’heure où je t’écris, n’a plus grand chose à voir avec celle que tu vis de ton côté du temporel.

De là où je t’écris, saches que tu as fini par débloquer certains questionnements, que tu refoules encore pour le moment présent. Mais ne sois pas pressé, disons simplement que certaines personnes que tu vas rencontrer auront un effet de « déclencheur » sur certaines de ces questions qui te troublent tant ces temps ci.

Cependant, sois bien mis en garde que tu n’est pas à l’abri de perdre certaines figures clés en cours de route. Je pense à l’une d’entre elles en particulier, dont tu t’en voudras un moment de ne pas avoir eu le temps de lui montrer explicitement qui tu es véritablement.
Néanmoins, sache qu’il t’aura connu de suffisamment près pour que, sans que tu ai eu besoin de lui montrer, voire de le lui dire, il t’auras vu sous ton vrai jour et ce plus que tu ne l’espère. Il aura également un impact important sur toi, sans que vraiment tu ne t’en rendes compte.

Egalement, d’autre personnes que tu penses encore cruciales pour toi, n’auront qu’une négligeable signification sur le long terme. Mais là encore, ne t’en inquiètes pas trop, tu en rencontreras d’autres toutes aussi formidables, si ce n’est plus.
Des gens qui resteront à tes côtés quoi qu’il advienne, peu importe combien tu changes.

Car oui, le changement, c’est ce qui t’attends, et ce, sur un paquet de plans. Je sais que tu as arrêté l’école depuis peu, et saches que tu y reviendras par la suite, par challenge personnel principalement, et je te gâche un peu la surprise, mais le Bac tu finiras par l’obtenir, pour finalement te rendre compte que cela ne t’es pas indispensable, mais bon, tu en tireras quand même beaucoup de fierté, ne t’en fais pas.

Moult aventures t’attendent au tournant, toutes spécialement chargées en emotion. Bon, par contre, tu ne rencontreras pas l’amour immédiatement, enfin si, mais pour une courte durée uniquement. Je ne souhaite pas te décourager cependant, je n’en sais simplement pas beaucoup plus pour le moment.

Ah, et accroches-toi bien à tes chaussettes, parce que tu vas t’embarquer sur un sacré rollercoaster médical. Tu iras de surprises en déconvenues, mais promis, ça finira par se stabiliser, tu finiras par t’y habituer.

N’angoisses également pas trop, ton indépendance toute fraîche finira elle aussi par s’aplanir, non sans quelques gros moments d’angoisse. Mais on n’a rien sans rien, n’est-ce pas?

Pour résumer, mon petit, et je sais que tu détestes que l’on t’appelle ainsi, mais ça te passera là aussi; tu t’apprêtes à vivre énormément de changements, tu vas même déménager de plateforme concernant ton blog. Tu ne rencontreras pas le succès que tu espères, mais tu te constituera une solide base de lecteurs fidèles, toutes et tous particulièrement bienveillants. Et de temps en temps, tu produiras du contenu dont tu pourra être très fier !

Beauoup de belles choses t’attendent, de nombreux chamboulements également, qui pourront paraître insurmontables, mais chaque fois tu sauras puiser la force nécessaire pour les assimiler et en tirer profit pour continuer ta route.

Ne te décourages pas, ne perds pas espoir.
Rien n’est écrit d’avance. Moi-même je demeure l’esprit ouvert à de nouveaux horizons inattendus.
Prends soin de toi, tu finiras même par y prendre goût.

Je t’embrasse,
Stan du futur.

And I’m your dying beauty king

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Quand je me lève, j’ai une sorte de routine matinale, comme beaucoup je pense. Et la mienne inclut de me nettoyer le visage dans l’évier de ma salle de bains. Et aujourd’hui, alors que je ne faisais rien de particulier par rapport à d’habitude, quelque chose m’a sauté aux yeux, alors que j’essuyais l’eau sur mes joues. C’était très étrange, mais je me suis soudainement trouvé beau. Alors que bon, j’étais sans mon binder, à demi nu devant le miroir. Et pourtant, en faisant abstraction de mes pectoraux beaucoup trop développés, je ne sais pas, je me suis trouvé pas si dégueulasse que ça, à bien y regarder.

Je suis certes assez massif, c’est peu de le dire, mais en observant un minimum, je me rends compte que je reste plutôt musclé, si ce n’est que je suis rembourré par dessus, du coup on en a moins conscience immédiatement. Et ces derniers mois, mon corps a pas mal bougé avec le traitement hormonal. J’ai perdu un peu de hanches, ma répartition graisseuse au niveau du ventre s’est étalée autrement, et j’ai mes fesses qui ont fondu.
Je demeure néanmoins toujours gros, mais gros différemment d’avant. C’est difficile à expliquer.

Je sais aussi que, certaines personnes reprochent dans mon dos le fait que je poste 25 selfies par jour sur les réseaux sociaux. Cependant, je tiens à leur signaler un élément assez simple et pourtant si lourd de conséquences : je me réapproprie mon image.

J’ai passé au minimum les 15 dernières années à ne pas me supporter, à me trouver monstrueux, difforme, laid… Mais je ne suis rien de tout ça, heureusement. Cependant, passer plus de dix années à se détester aussi férocement, ça laisse des traces, et je ne mentionne même pas les cicatrices qui ont pu découler de cette haine autocentrée.

En conséquence de quoi, oui, je suis chiant à vous mentionner chaque petit élément qui change et que je suis probablement le seul à observer avec autant d’attention. Mais chacun de ces petits éléments, sont des petits pas de victoire dans la bonne direction, celle où mon image mentale correspondra à mon rendu physique extérieur.

Donc pour répondre à la question sous-jacente, non, je ne compte pas arrêter mes 25 selfies quotidiens, pour la simple et bonne raison que ça me fait du bien, et de nos jours, se sentir bien dans son corps est un luxe sur lequel je ne cracherais pas de sitôt.

Et chaque matin où je me trouverais beau, chaque matin où j’aurais un besoin cruel de reconnaissance sociale, chaque matin où j’aurais la nécessité d’être rassuré, je posterais en conséquence. Parce que ma survie m’apparaît plus pertinente que l’idée d’éventuellement saouler certains individus.
Et je dis ça sans la moindre once d’animosité, bien au contraire.

Voilà. J’ai un peu perdu l’angle où je voulais arriver, mais l’essentiel est là.
Je vous aime fort, tou.te.s, et vous dit à la prochaine !

That ain’t satisfying me

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Un truc que je n’ai jamais compris, et ne comprendrais éventuellement jamais, c’est pourquoi l’adoption est considérée comme un choix secondaire, par défaut, faute de mieux, etc.
Pour exemple, quand on est enfant, c’est une insulte assez couramment utilisée : « de toute façon t’es adopté.e ». Et si cela est un indicateur d’à quel point l’adoption est mal perçue, c’est aussi une façon de faire comprendre aux enfants adoptés, qu’ils ne sont rien d’autre que des second-choix. Et ça me fait un peu hurler.

Arrêtez moi si je me trompe hein, mais tomber enceinte et garder le bébé, ça ne demande pas des efforts colossaux, sauf cas à part de souci de fertilité ou quoi, mais je vais laisser cela de côté pour aujourd’hui. Donc, faire des gamins biologiquement, c’est assez simple en soi. Alors qu’adopter par contre, c’est une autre paire de manches. Il faut avoir un dossier béton, et voir sa vie décortiquée par des travailleurs sociaux, et tout un tas d’autres personnes, des agents de l’etat etc, afin de s’assurer que oui, vous pouvez adopter. Sans même parler de ceux de l’autre pays si vous souhaitez adopter à l’etranger.

Du coup, après tous ces efforts, après avoir désiré cet enfant pendant de longs mois, voire des années, enfin, il ou elle est là, avec vous et votre compagne/compagnon de vie. Et pourtant, les gens, les autres enfants, la société, ont décidé de vous faire comprendre que cet enfant n’est pas le votre. Il n’est pas né de vos corps joints. Ce n’est rien d’autre qu’un rajout bancal. Il est étranger à votre ADN, et sera donc forcément moins aimé que s’il venait de vous « naturellement ».

C’est ça que je ne comprends pas, sous prétexte que le gamin ne partage pas votre sang, il est donc moins légitime? Moins légitime que celui d’un autre couple, qui est tout aussi possiblement un « accident »?
Non.

Juste, non. Moi je suis pour l’adoption, pour un paquet de raisons. Avant même de réaliser que je ne pourrais pas enfanter de mon propre corps parce que coucou les hormones, j’avais déjà décidé que j’adopterais. Parce que j’ai trop de soucis de santé pour qu’il soit raisonnable de jouer à la loterie de la biologie, et risquer de les transmettre à mon futur enfant. C’est hors de question.

Ça fait des années que je campe sur cette position, si moi et ma future compagne décidons d’avoir des enfants, ceux ci seront adoptés. Et ils n’en seront pas moins aimés, pas moins désirés, pas moins une part intégrante de notre famille sous prétexte qu’ils sont nés de quelqu’un d’autre. Parce qu’ils seront voulus, depuis la première minute d’une conversation qui résulte de la décision qu’éventuellement, on devrait agrandir la famille. Même si l’on doit se battre contre les administrations, même si c’est l’ultime test de patience et de volonté, mais l’enfant ne sera jamais moins légitime que s’il partageait notre sang.

Mais je suis peut-être naïf, et mal renseigné. Cependant, je vote pour que nous arrêtions de perpétuer ce rejet de la différence, quelle qu’elle soit.

It’s not gonna happen

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Aujourd’hui, on écarte les jeunes yeux de cet article, parce qu’on va parler de fesses! Bon, pas tout à fait en vrai. Mais on va parler de mon rapport à ce sujet. Allons-y, c’est parti !

Pour être tout à fait honnête, la sexualité, c’est quelque chose de délicat pour moi. Outre le fait que je n’ai pas d’activité fréquemment de ce côté là, plus le temps avance, et plus je suis mal à l’aise avec le sujet.

Je ne m’auto-proclame pas ace (asexuel), mais je soupçonne d’être dans la zone grise, pour deux raisons principales. En premier, parce que je supporte assez mal d’entendre parler de la sexualité des autres. Et en second parce que si j’ai effectivement des envies, des pulsions, elles ne sont jamais ciblées. Ce n’est pas extérieur, ça vient uniquement de moi. Et si soudainement une personne que j’apprécie me dit « viens on fait des fanfreluches! », je vais sûrement préférer me resservir une deuxième tasse de café, en tremblant comme un blender.

Je me suis souvent dit que si je n’aimais pas, mais alors vraiment pas, entendre parler des aventures des autres, c’était par jalousie de ma part. Mais le sentiment n’est pas là. Ça me met simplement très mal à l’aise. Le pire étant quand je suis dans une situation où j’entends des gens fanfrelucher. Je ne sais pas où me mettre, je n’arrive pas à garder le fil de la conversation, et j’ai juste envie de partir loin du bruit. Il m’est déjà arrivé d’être coincé dans un lieu où des gens faisaient du bruit dans la pièce à coté, et de me mettre à silencieusement pleurer de longues minutes, par sentiment d’être pris au piège.

Et plus les années avancent, et plus c’est pire. Je ne sais pas si c’est parce que j’ai une mauvaise relation avec mon propre corps, ou si c’est parce que je ne supporte plus la pression implicite de la société selon laquelle il faut impérativement avoir des rapports pour être normal. Parce qu’on m’a déjà fait comprendre que de ne pas vouloir entendre parler de la vie sexuelle de tes potes, c’est bizarre.

Alors certes, je dis souvent que je me sens seul. Mais c’est à moitié mentir. Pas que je ne me sente pas seul, mais parce que les gens comprennent que j’ai des besoins à assouvir. Et ce n’est pas les besoins que les gens pensent. Moi j’en veux, des bisous et des câlins, mais pas beaucoup plus loin.
Si j’ai effectivement des envies sur la question, je n’ai pas nécessairement envie de les mettre à exécution. Je ne sais pas si je suis très clair?

Les rares fois où j’ai été dans une situation intime, mon objectif c’était de faire plaisir à ma partenaire, et je me laissais entraîner dans le jeu de recevoir. Mais ce fut rarement une expérience agréable. Parce que je ne supporte pas de perdre le contrôle, parce que j’ai du mal à être touché. On m’a demandé si c’était parce que je ne m’autorisais pas à prendre ma part de gâteau, parce que je ne porte pas un amour fou à mon corps. Je pense que ce n’est pas ça. Je pense juste que je n’aime pas ça. Je préfère plutôt offrir du gâteau que d’en manger. C’est subtil mais c’est différent.

D’autant que, j’en parle plusieurs fois au dessus, mais j’ai effectivement un rapport conflictuel avec mon corps. Ça va mieux depuis quelques mois, mais de temps en temps je prends un rappel à l’ordre, comme quoi mon apparence physique ne correspond pas à ce que l’on attend d’un garçon lambda. Parce que je ne suis pas cisgenre. Parce que j’ai des morceaux en trop et des morceaux en moins. Et c’est douloureux à entendre. J’arrive à peine à passer outre au quotidien, mais me le prendre dans la gueule dans un cadre intime, c’est vraiment délicat.
J’ose espérer tomber un jour proche sur quelqu’un qui comprendra tout ça. Et qui ne fera pas juste « avec », mais qui m’aimeras tel quel. Parce que je ne suis pas qu’un corps.

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Mais bref, pour résumer, parce que cet article est un sacré pêle-mêle d’informations en vrac, oui je veux une relation amoureuse, non je ne veux pas entendre parler des détails de votre vie intime, peut-être voudrais-je manger du cake, mais il va me falloir beaucoup de temps et de confiance avant de me livrer entièrement. Et en attendant, les câlins c’est vachement bien.

Merci de votre écoute. Le bisou, et à très vite!