La fièvre dans le sang

Par défaut

Le mignon avant la violence.

J’en parle très rarement, pour ne pas dire jamais, et allez savoir pourquoi j’en ressens le besoin aujourd’hui. Mais je voulais revenir ce matin sur la manière dont j’ai vécu ma toute première hospitalisation en milieu psychiatrique. C’était il y a 10 ans, et d’après mes sources, les conditions d’accueil n’ont pas tellement changé depuis.

J’avais 17 ans et demi, et j’ai fait une très grosse crise d’angoisse un soir, la veille d’une journée de travail. Le lendemain donc, il me semble que mes parents étaient avec moi, je me suis rendu au urgences psychiatriques de ma ville, où j’ai passé un genre d’entretien avec un médecin. Dans le compte rendu d’époque, ils insistent d’ailleurs assez lourdement sur mon « look gothique », et le fait que j’intellectualise et banalise le suicide.
Mais bref, suite à cet entretien ils décident de me garder pour un petit séjour au frais. Et c’est là que les ennuis commencent.

Etant alors mineur, je suis resté enfermé pendant 2-3 jours au service des Urgences Psy. Franchement je ne saurais pas dire la durée avec exactitude, puisqu’ils m’avaient confisqué ma montre (à gousset) ainsi que ma ceinture. Je n’avais pas non plus mon téléphone, donc je n’avais aucune notion du temps, à aucun moment. Je n’avais pas non plus le droit de fumer, même si heureusement je n’étais pas encore accro à l’époque. Cependant je n’avais pas le droit de sortir de cette petite chambre alors fermée à clé, et la fenêtre l’était aussi. Comme c’est les urgences, je vous laisse imaginer les hurlements, les coups dans les murs et les joyeusetés habituelles de ce genre de lieu. Bonne ambiance donc.

Un soir, on a fini par me transporter jusqu’au bâtiment où une chambre s’était libérée. Mais pas le service pour ados par manque de place, non, le service adultes. Et franchement, je n’étais pas préparé à ce que j’y ai vu et entendu.

Et en fait je vais arrêter là ma narration, parce que trop de choses me remontent à présent.
Mais ce que je souhaitais mettre en relief, c’est que je ne peux pas blâmer les gens qui diabolisent le milieu psychiatrique. Cela m’est impossible quand autant de souvenirs me remontent et vont dans le sens de leurs argumentaires.

Avant d’être interné pour la première fois, j’avais en tête ce fantasme populaire de la camisole de force et des chambres capitonnées. Mais j’ai découvert que la camisole moderne, elle est chimique. On se bave à moitié dessus, on a sommeil en permanence, et horriblement faim toute la journée. La chambre d’isolement n’a jamais été qu’une menace qu’on me lançait, mais les piqûres de force pour me calmer pendant que je hurlais et me débattais, c’était une réalité.
Moi je voulais juste dormir toute la journée, mais on me forçait à aller à la douche, et à rester éveillé. La seule chose à faire c’était de regarder la télé, bloquée sur la même chaîne pour tout le monde, probablement votée à l’avance. Et fumer des cigarettes. Parce que franchement, entre deux moments de lucidité, on s’emmerde sévèrement dans les HP.
Le contact avec les autres était également assez difficile, puisque j’étais fatalement le plus jeune, et cela suscitait autant de curiosité que de mise à l’écart. Les rares personnes avec qui j’échangeais étaient du personnel soignant, mais j’étais hyper méfiant de ma moindre parole.
Puis il y avait aussi les entretiens avec les psy qui étaient éprouvant parce que je voulais juste rentrer chez moi. Parfois c’était très orienté, parfois non, mais trop souvent sur-interprété. Je le sais, j’ai lu mes comptes-rendus.

Je prends souvent la défense du milieu psychiatrique, parce que sans lui, je serais probablement déjà mort, ou simplement inapte à la société si je n’avais pas été pris en charge si tôt.
Quand je me pointe au CMP (centre gratuit de soins dédié au psychologique), et que je croise certains patients, ça me fout un coup de réalité derrière la tête. Je me dis très égoïstement que je pourrais être comme ces gens, complètement parti dans ma tête, incapable de parler comme je vous écris aujourd’hui. Mais dans le même temps, ce n’était clairement pas gagné d’avance. Et il aura fallu que je fasse une seconde hospitalisation, dans le privé ce coup ci, pour être un minimum écouté, et que je change de psychiatre pour m’ouvrir réellement. Trouver le bon traitement aura pris des années, et poser un diagnostic définitif tout autant.

Je ne doute pas un seul instant qu’il y ait des bons soignants, parce que j’en ai croisé plein, mais leur travail est très exigeant, et les conditions pour bien faire celui ci ne sont pas idéales. De ce fait, je comprends parfaitement qu’on puisse avoir peur des psys ou des infirmièr·e·s.
Mais pour ce domaine comme pour le reste, y’a du bon comme du mauvais, et certains individus n’ont clairement pas la force de trier. Et ça me rend incroyablement triste. Parce que si mon parcours était au départ clairement une catastrophe pourtant très classique, par la suite y’a vraiment eu du mieux, et l’ensemble m’a foncièrement sauvé la vie.

Voila. Je ne sais pas tellement comment conclure, du coup je vous fais des bisous.

No place for beginners

Par défaut

J’ai longtemps cru au mythe de l’artiste maudit. J’ai longtemps pensé que si je me prenais en main, en allant mieux, en prenant bien mes médicaments, mon art en pâtirait. Et j’avais tellement tort.

Déjà on va briser une légende : la médication n’empêche pas de ressentir les choses. Elle permet au contraire d’atténuer la douleur morale, mais en aucun cas ne supprime absolument toute émotion.
Enfin ça, c’est si elle est bien adaptée à la personne qui décide de la prendre. Parce qu’il y a également des médicaments qui suppriment toute capacité émotionnelle, voire intellectuelle. Mais ça c’est quand ce n’est pas adapté, ou mal dosé, et j’en sais quelque chose. Si vous êtes dans ce cas là, parlez en à votre médecin prescripteur si les effets ne vous conviennent pas. L’avantage de la médecine moderne, lorsque vous faites face à un·e professionnel·e de santé compétent·e, c’est que tout est plus ou moins négociable, les concessions sont possibles de chaque côté.
Moi par exemple, je suis censé prendre un traitement matin et soir, mais comme le matin c’est une notion pour les autres, avec accord de ma psychiatre, je prends une plus grosse dose une seule fois par jour, à heure fixe.

Mais pour en revenir au sujet de départ, avant que je ne digresse dans tous les sens, il y a cette croyance populaire persistante comme quoi un artiste ne crée que dans la douleur. Et c’est, selon moi, une énorme connerie, en plus d’être un état d’esprit dangereux.
La souffrance est certes une émotion très forte, et pour l’avoir ressentie plus d’une fois, je sais que celle ci est un biais créateur important. Cependant, d’autres émotions sont toutes aussi « pures », et sont autant de source d’inspiration.

Je ne crée pas mieux ou moins bien en ressentant une peine immense, je crée juste différemment que lorsque je me sens bien. Ma forme artistique est différente de l’art visuel, puisque la mienne passe par les mots. Cependant, je relis parfois des choses que j’ai pu rédiger dans des états mentaux assez catastrophiques, et l’ensemble suinte tellement le désespoir qu’il m’est difficile d’en extirper les idées principales.
Il y a même eu des périodes où je m’interdisais d’écrire sur ce blog, de peur que les gens ne réalisent à quel point j’avais mal. Et cela peut vous sembler étrange de lire cela, mais je suis quand même assez pudique quand il s’agit de mes propres douleurs. Certes, je me livre beaucoup dans mes lignes, mais je ne me libère pas d’absolument tout non plus.

Tout ça pour en arriver au fait que, en ce qui me concerne en tout cas, je suis bien plus productif quand je ne vais pas bien, pour la simple raison que j’essaie de m’en sortir via mon écriture. Je tente tant bien que mal de ne pas me noyer, et quelque part de laisser une trace de mon passage, au cas où j’aurais un geste malheureux.
J’espère sincèrement avoir le temps de peaufiner mon oeuvre, plutôt que de partir précipitamment en ne laissant que de simples extraits bruts.

Je ne sais pas exactement comment conclure, alors je vais revenir sur un point sur lequel j’insiste souvent : personne n’est éternel, que ce soit contextuel ou de son fait. Alors profitez des gens qui vous entourent, prenez aussi soin d’elleux. Prenez soin de vous. Un bon artiste est aussi un artiste qui va bien. Ça se conjugue aussi au féminin ou au neutre, puisque n’importe qui peut être artiste, et ce quelque soit la discipline, selon les sensibilités de chacun·e.
Bisou.