Supplément Sel #1

Par défaut

Fallait que ça arrive, mais je me suis encore farci un pseudo « reportage » sur la transidentité. C’est ma collègue Yuffy (sa chaine Youtube) qui en as parlé sur Twitter, et j’ai décidé de me lancer dans le visionnage d’un énième gros tas de caca encart télé sur les questions queer, et franchement, je n’aurais pas dû.
Aujourd’hui, nous allons donc essayer de décortiquer ensemble mes notes, pour savoir à quel point c’était problématique. Mais on va rendre tout ça ludique, sinon autant se jeter par la fenêtre. Je me permets, j’habite au rez-de-chaussée.

Hier donc, j’ai décidé de m’infliger le visionnage d’un épisode de « Je t’aime Etc », une émission passant sur France 2 en milieu d’après-midi. L’émission, dure une heure, et environ 20 minutes étaient consacrées au sujet de première page, intitulé pour l’occasion : « Transexualité, un autre visage de l’amour ».
Il s’agit donc d’un micro-reportage sur un couple de deux femmes un peu âgées, dont l’une d’elle s’avère être transgenre. Leur témoignage est coupé en plusieurs morceaux, pour permettre aux chroniqueurs d’intervenir et de donner leurs impressions.

J’ai donc ressorti mon fidèle bingo, et je vous le mets tel qu’il a été annoté durant l’émission. Et concrètement, c’est pas glorieux.

Alors, deux lignes et demi sur quatre, je pense que j’ai gagné le jambon de pays là. Plus sérieusement, on va attaquer par le plus gros du morceau : le vocabulaire.
Je sais que c’est chiant, les milieux queers et féministes ont toute une sémantique qui leur est propre. Mais c’est aussi le cas pour le milieu informatique, ou encore le management, et pourtant tout le monde s’adapte sans me briser les roudoudoux sans broncher plus que ça.
Le truc c’est qu’on est en 2018, et qu’il existe une pelletée de blogs, médias divers, articles de presse papier comme en ligne, vidéastes etc etc, qui se sont tou·te·s cassé le caillou à vous expliquer en détail et calmement quels termes utiliser et pourquoi, et dans quels circonstances et de quelles manières. Donc aucune excuse n’est possible en fait. Il suffit de taper des mots intelligents sur votre moteur de recherche favori, et vous aurez une grande partie des clés dans les mains.

Donc pour résumer très brièvement la compilation d’erreurs de l’émission, juste pour la partie vocabulaire hein.
■ Trans s’utilise comme un adjectif, pas comme une qualité : une PERSONNE trans, pas un·e trans.

■ On parle d’identité de genre et non pas d’identité de sexe. On pourrait dire que le sexe n’est qu’un attribut corporel et/ou physique, mais c’est peu pertinent puisque les biologistes s’accordent à dire, pour simplifier, que le sexe est bien plus un spectre que deux cases opposées à savoir mâle et femelle. Mais je ne vais pas vous faire un cours de bio aujourd’hui, là n’est pas mon rôle, disons simplement que la séparation mâle/femelle est un abus de langage.
Le genre lui en revanche, est un attribut intime, il peut être aussi bien émotionnel que psychique. Disons qu’il peut être comme une sorte d’interface entre l’individu et la société qui l’entoure, aussi bien qu’une façon de s’accepter en exprimant celui ci. Le genre peut s’exprimer via un corps, souvent altéré (tatouages, modifications corporelles diverses, chirurgie esthétique etc…) aussi bien que par des codes genrés (tenue vestimentaire, maquillage, attitudes, postures…).
On distingue l’un de l’autre puisque le sexe ne fait pas le genre, mais en revanche, on peut se réapproprier des élément de son corps traditionnellement associé·e·s à un genre différent du notre. Yuffy par exemple, qui m’autorise à écrire ceci, n’aurait aucun mal à déclarer qu’elle a « un pénis de nana ».

■ On préfère les termes de transition, et parcours, plutôt que transformation ou changement de sexe. Nous ne sommes pas des joyeuses chenilles qui devenons des fabuleux papillons.

■ Il faut vraiment arrêter de parler de « L’OPÉRATION™ ». Comme si il n’y en avait qu’une seule de possible, envisageable, validée par l’Académie Française. Il y a tout un tas de chirurgies possibles, que ce soit au niveau du visage, de la pomme d’adam ou encore de la poitrine. Mais quitte à parler de la chirurgie génitale, dites chirurgie génitale, ou son terme médical « Sex Reassignment Surgery / SRS » (en français dans le texte : Chirurgie de Réassignation Sexuelle).

___

Ensuite, comme mes fiches sont rapidement devenues un medley de notes vaguement contextualisées, je vais faire un TOP 10 des moments les plus malaisants, histoire d’y rajouter du fun.

#10
On attaque ce top avec quelques mots à propos des « parcours officiels » et de la Sofect (qui n’est heureusement pas nommée), alors que le bout de reportage ne se passe absolument pas en France. C’est beau.

#9
Le mot « fascinant » revient plusieurs fois, avec ce je ne sais quoi d’exotisation dans la bouche, parce que après tout, « c’est atypique, pas commun du tout! ».

#8
La présentatrice à un moment se félicite elle-même d’avoir utilisé le bon pronom pour une femme trans chinoise, qui est présentatrice et anciennement danseuse de haut niveau. Elle dit un truc du style « elle, car oui, j’ai bien dit elle! » et elle semble hyper satisfaite de sa phrase.

#7
Toujours dans les « célébrités trans », on parle quelques instants de l’artiste Dana International, chanteuse israélienne qui a remporté le concours de l’Eurovision de 1998. Mais en vrai c’est uniquement pour rappeler que l’Eurovision est diffusé bientôt sur France 2, chaine qui diffuse l’emission que je décortique aujourd’hui donc.

#6
On a droit à un moment « Jean-Michel Colorblind », ou plus exactement, un mec qui se lance dans une longue tirade sur le fait que « c’est juste deux êtres qui s’aiment, au sens le plus strict (…) comme décrit par Platon en son temps ». J’entends bien l’intention de focaliser cette histoire sur le spirituel, mais le reste est tellement dur à digérer que cette remarque tombe totalement à plat.

#5
Il y a une blague sur le pénis de Michelle, la personne trans interviewée. C’est à dire que sa compagne raconte que plusieurs nuits de suite, Michelle s’est reveillée pour aller faire pipi et « ne savais pas comment procéder ». On suppose que c’est juste après sa chirurgie génitale donc.

#4
« A l’issu de l’opération, il y a beaucoup de suicides ». La déclaration sort de nulle part, sans chiffre pour l’appuyer ou de sources avérées. Ça essaie peut-être de sous entendre que les personnes trans regrettent de s’être faites opérer. Ou peut-être que ça sous entend que les chirurgiens français sont des gros bouchers. Ou peut-être que ça sous entend que le suivi est mal fichu. Personne ne le saura jamais. Mystere.

#3
Les invités/chroniqueurs insistent beaucoup trop sur le fait que Aline ai rencontrée Michelle APRES le début de sa transition, alors que ça n’est pas vraiment si pertinent que ça. Peut-être que l’on essaie de nous mettre en relief qu’être mis devant le fait déjà accompli, et voir la personne évoluer depuis même avant son coming-out, sont deux choses très distinctes, comme si ça faisait une grosse différence. Comme si l’un etait compréhensible tandis que l’autre est inacceptable et valide totalement la possibilité d’être rejeté. Mais j’extrapole probablement.

#2
A un moment il est raconté que Aline a laissé Michelle partir « explorer son nouveau corps » avec un autre homme. Un peu comme si l’hétérosexualité était la dernière étape de validation du genre d’une personne trans, fanfreluches incluses. Mais heureusement, leur amour était plus fort que tout alors elles se sont retrouvées avant de faire des bêtises.

#1
Vers la fin, ça partait bien, une sociologue reprend un chroniqueur en lui expliquant que la sexualité et le genre sont deux choses bien distinctes, et que en vrai l’hétéronormativité ça craint du cul. Sauf qu’elle ruine toute son explication pourtant sensée, en rassurant sur le fait que l’opération est tellement bien réussie de nos jours, que l’on peut avoir des sensations, lors d’un acte sexuel.

___

Voilà. Je vais conclure parce que tout ce flûteblûte devient bien trop long et que j’ai déjà perdu la moitié de mon lectorat.

J’ai vu les intentions, je voyais où ça tentait de nous emmener, mais l’ensemble se vautrait tellement dans les clichés et tout etait si maladroit, que c’était véritablement douloureux à regarder. Le témoignage de ces deux femmes est en soi assez mignon, plein de bons sentiments et tout ça, mais tout est rapidement démoli par les chroniqueurs et leurs remarques franchement déplacées.
Tout le monde applaudit bien fort Aline et son courage, parce que c’est tellement une épreuve hardcore de la vie que d’être en couple avec une personne trans. Ca me fout une nausée terrible. Les phases d’interview étaient surtout centrées sur l’entourage de Michelle, et on l’entend assez peu s’exprimer sur un sujet qui la concerne directement, et j’ai trouvé ça un peu triste.

« Moi j’en serais incapable » lance un invité en ouverture de l’émission, quand on lui demande s’il pourrait rester avec une personne qui décide d’entamer sa transition.
Et moi j’ai un peu envie de me jeter sous un bus à la fin du visionnage. Ça ne durait que 20 minutes, mais c’était un concentré de transphobie ordinaire, et de mots vraiment très mal choisis.

La présentatrice finit sur cette phrase « Ce témoignage est d’une douceur, alors que ça a dû être extrêmement violent! ». Vous par contre, la brutalité de vos propos, personne ne semble la remettre en cause.
Ce genre d’émissions, qui semblait partir d’une bonne idée, un format court qui empêche de sombrer dans le pathos, et de patauger joyeusement dans les clichés; finit par se vautrer sur lui-même.

Les propos tenus sont d’une violence rare, et tout le monde applaudit.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.