Le dilemme des Transgenres : Debriefing

Par défaut

Il y a quelques jours à peine, a été diffusée sur M6, un reportage sur les personnes trans dans le cadre de leur émission Zone Interdite. Je me suis donc sacrifié pour la cause et j’ai regardé ladite émission, pour savoir. J’ai au préalable élaboré un petit « bingo » pour savoir combien de cases clichés j’allais cocher, résultat en fin d’article.
Pour le reste, j’ai pris énormement de notes sur papier, totalement decontextualisées la plupart du temps, et sans minutage. Du coup plutôt que de vous faire la liste de mes impressions, ce qui serait somme toute assez chiant à lire, j’ai décidé de faire un resumé de mes notes, ce qui donnera un article à l’arrivée plutôt court (whoopsie!).

El Bingo, si !

___

Outre le fait que je vais avoir le jingle de Zone Interdite dans la tête pendant 8 jours, sur les 1h35 que durait l’émission, il s’est passé un paquet de trucs. Déjà nous avons 6 témoignants, trois nanas et trois mecs, dont la moitié (trois donc) a vachement plus de temps de reportage que l’autre moitié.
Les trois personnes au temps d’image réduite sont Cedric, un jeune de 18 ans, Jackie, une femme à la retraite, et Arno, un père flic qui apparaît vraiment très très peu.
Les trois têtes d’affiche sont donc Iris et Laura, qui sont toutes deux des jeunes femmes de moins de 30 ans, et Isaac, un p’tit mec de 14 ans.

Laura, qui est apparemment une youtubeuse à succès, semble plutôt calé sur le vocabulaire, car très fréquemment, on l’entend corriger la personne qui l’interviewe. Notamment sur tout l’aspect « avant vous êtiez un homme et maintenant une femme » et autre « du coup avant vous etiez un couple gay avec votre compagnon? ». Elle est très réactive pour replacer immédiatement les choses, et insiste correctement sur le « y’a pas de avant/après, j’ai toujours été une fille ».
Et si Laura ne souhaite pas spécialement la chirurgie génitale, c’est en revanche le cas d’Iris, et c’est pas mal de faire le parallèle sur le fait que chaque personne trans fait bien ce qu’iel désire, et adapte son parcours à ses envies/possibilités/contraintes diverses.

La mise en comparaison se pose aussi sur un autre aspect important, si Laura est en couple depuis des années, est heureuse et tout ça, Iris est célibataire, et galère un peu pour trouver l’amour. Cette dernière extrapole sur les difficultés des personnes trans à trouver des compagnes/compagnons de vie, et la souffrance d’autant plus prégnante que la solitude est une thématique que les personnes trans connaissent assez bien.

Enfin, le gros du morceau: Isaac. Je conçois qu’il est jeune, qu’il n’a pas encore toutes les clés en main, et que faire son coming-out à son âge c’est super dur.
Cependant, j’ai fréquemment serré la mâchoire quand le reportage revenait auprès de lui. Déjà parce qu’il parle plusieurs fois du fait qu’être trans, c’est ne rentrer ni dans la case fille ni dans la case garçon. Il est bien un mec, mais surtout il est trans. Sauf que ce n’est pas un troisième genre en fait, du coup ça m’a mis hyper malaise. Sa maman dit à un moment quelque chose de très chouette par rapport à l’envie de son fils de prendre des hormones par la suite: « C’est pas la question de ce qu’il veut, mais de ce qu’il est ».
Mais sinon concrètement c’est un ado de 14 ans qui se comporte et parle comme un ado de 14 ans, et c’est une tranche d’âge avec laquelle j’ai naturellement du mal, donc abrégeons.

Mis face au témoignage d’Isaac, il y a celui, plus court mais plus touchant de Cédric, qui à ses 18 ans a reçu un ultimatum parental : reste comme tu es déjà ou prends la porte.
C’est une triste réalité qu’il était aussi important de mettre en lumière, parce que ça contraste énormement avec la vie d’Isaac dont tout le monde semble maladroit mais bienveillant autour de lui.

Y’a par moments, entre les témoignages des mini-parties intéressantes pour faire les jointures entre chaque intervenant, notamment des infos par rapport à la Loi changée récemment, qui est censée faciliter le Changement d’Etat Civil en supprimant l’obligation de stérilité, et la voix off se permet même de préciser que c’est encore malheureusement trop laissé à l’appréciation du juge. Y’a aussi par moment des statistiques sur le suicide bien plus fréquent chez les jeunes trans.

A un moment, dans le dernier tiers on fait un tour du côté de ces charmants personnages que sont les médecins de la SOFECT, et grands dieux, j’ai noté deux trois pépites.
« C’est délicat, parce qu’à partir de corps sains qu’on opère, on crée des corps imparfaits au final. Parce qu’on peut pas implanter d’utérus, et on supprime la fertilité. ». Mais du coup les personnes cis stériles, c’est pas des gens entiers aussi? Comment ça marche?
Ah et aussi le magnifique emploi du terme « femmes BIOLOGIQUES », genre, élevées au grain et en plein air, n’est-ce pas.

Bref, trève de plaisanteries, je relance le bingo complété et on conclue cette histoire. Alors alors? Va-t-on pouvoir gueuler QUINE?

___

Bon, deux lignes, c’est au moins le panier garni ça !
Plus sérieusement, si la voix off était toujours respectueuse des pronoms, les prénoms de naissance (« Deadname ») ont quasiment tous été balancés. Et en ce qui concerne la fausse distinction entre transgenre et transexuel via la chirurgie, elle n’étais pas présente dans le reportage en lui-même mais uniquement dans les espèces de « vidéos promo » avant la diffusion.
Si la phrase « né·e dans le mauvais corps » n’a pas exactement été prononcée ainsi, il y a eu beaucoup trop de rappel au « passage » du corps de untel-genre à genre-opposé.

Dans l’ensemble, en vrai, ce reportage est potentiellement dans le top 3 des moins pires dans ce que propose la France ces dernières années, mais après, il faut bien rappeler que le niveau n’est de base pas très élevé. Y’a des moments touchants, des moments vraiment cringe/malaisants, mais dans l’ensemble, ça aurait pu être largement pire si quelques un·e·s des intervenant·e·s n’était pas aussi prompt·e·s à corriger des points de vocabulaire.

L’ensemble est assez inégal au final. Pas franchement militant, mais qui ne tombe pas non plus trop dans le pathos pour autant. En somme, un reportage abordable pour les personnes non-concernées, plutôt bien pour démarrer la thématique dans le cérébral des gens. Mais pas révolutionnaire non plus pour quiconque d’un minimum informé.

Voilà. C’est tout pour moi !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.