Laugh while I choke

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Assez fréquemment, on m’a demandé plus ou moins directement quel genre de « fille » j’ai été. Parce que cela se base sur la conception fausse comme quoi je suis « devenu » un garçon. Même si je n’arrive pas bien à placer sur la frise chronologique de ma vie, oui comme en CE2; le moment où je le suis miraculeusement devenu. Quand j’ai fait mon coming-out? Là comme ça, paf? Ou bien à la seconde où la seringue pleine de testo a pénétré mon muscle fessier?
Franchement je me demande à quel moment les gens le situent exactement, parce que oui moi je trouve ça drôle de penser que la seconde d’avant j’étais une fille, et BOUM, garçon instantané, ouais, comme les nouilles lyophilisées.

Mais bref, inspiré aujourd’hui par une vidéo de Jammidodger, j’ai décidé d’un peu vous raconter comment j’ai vécu ma vie de prétendu nana, et ce que ça m’a possiblement apporté.
Il y aura peut-être des répétitions vis à vis d’articles antérieurs, mais après tout, je n’ai pas changé de vie entre temps. Mais je tenais néanmoins à l’écrire ici une bonne fois pour toutes, afin d’avoir d’un seul trait, une histoire que je vous dispose en filigrane depuis un moment déjà.

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Quand j’étais enfant, tout allait à peu près, bon, je n’avais pas vraiment d’amis, j’étais déjà persécuté à l’école, et je jouais bien souvent dans mon coin. J’ai même essayé d’avoir un ami imaginaire, mais je n’y suis pas vraiment parvenu, au fond de moi, je n’y croyais pas sincèrement, du coup cela ne fonctionnait pas.
Arrivé à l’adolescence, vous connaissez déjà probablement l’histoire, toujours quasiment aucun ami, alors j’ai essayé de faire semblant d’être normal pour m’intégrer.
Je dis « normal », parce que j’ai toujours pensé que j’etais bizarre, même si je ne savais pas vraiment trop pourquoi. J’ai donc commencé à traîner avec un groupe de nanas qui faisaient de l’équitation ensembles, mais c’etait vite chiant de faire semblant de m’intéresser à des trucs qui m’effleuraient à peine. Du coup arrivé en début de 4e, j’ai élargi mon champ de recherches pour finir par tomber sur une nana aussi « bizarre » que je pouvais l’être, on s’entendait bien. J’ai même déclaré ma flemme à un garçon d’une autre classe, la même année, son nom n’est pas important, mais c’était un abruti. Notamment parce que dès le lendemain, il sortait avec ma nouvelle amie. Mais bref. On va dire que péripéties péripéties, et on va faire avance rapide jusqu’à ma majorité.

Comme vous le savez peut-être déjà si vous me suivez depuis un certain temps, faute de repères, et en ayant pleinement conscience de ma différence face aux autres sans vraiment réussir à en trouver l’origine, j’ai bâti une grosse partie de mon identité sur mon homosexualité. Ça me donnait notamment une belle excuse pour ne pas faire trop d’efforts pour me pousser du côté de la féminité.

En revanche, les autres prenaient un malin plaisir à me la rappeler, cette absence de féminité, puisque quand j’avais encore les cheveux longs, me voir les détacher relevait de la « victoire » pour elleux, pareil lorsqu’il s’agissait de me forcer gentiment à enfiler une robe ou une jupe. Je l’ai fait une fois ou deux, pour faire plaisir à mes potes essentiellement, mais rarement plus de 15 minutes parce que les blagues les plus courtes et tout ça.

Alors ouais, j’ai expérimenté, des fois j’ai essayé de me coiffer « comme une fille », ou de mettre du maquillage (mon talent se limitant au crayon noir et au vernis), ou encore de la lingerie plutôt jolie. Mais pendant tout ce temps, je n’étais jamais complètement à l’aise, jamais entièrement confortable avec mon image, celle que j’avais comme celle que les gens projetaient sur moi.
Je sais d’ailleurs bien que les vêtements ne devraient pas avoir de genre, mais je sais aussi pertinemment dans quel contexte on évolue actuellement.

Dans tous les cas, nous pouvons constater que si j’ai bien pris mon temps avant de comprendre, c’etait aussi que je n’avais absolument pas conscience que les mecs trans existaient. C’est un peu comme quand j’avais 13 ans et que j’ai découvert que l’homosexualité c’était un vrai truc (merci t.A.T.u. – toi même tu sais). Et à partir du moment où j’ai eu connaissance de ce qu’était la transidentité, il m’aura fallu à peine moins de 3 ans avant que ça ne m’explose au visage.

Je suis passé par toutes les phases du deuil avant de commencer à me bouger les fesses pour régler cette question.
Le déni tout à fait classique, je ne veux pas que ça me concerne alors ça ne me concernera pas. La colère parce que merde, qu’est-ce que j’ai fait pour mériter d’être différent au fond? J’ai essayé de négocier avec moi-même sur l’aspect temporel, allez, promis, on s’en occupe pas avant 10 ans, bisou. La dépression post négociations, même si j’ai l’impression que la dépression c’était clairement l’entièreté de ma vie les 12 années précédentes qu’autre chose.
Et enfin, loués soient les dieux, la glorieuse et brillante acceptation. J’aurais pris super cher pendant ces trois années, à y penser jour et nuit, bien malgré moi, même si je n’étais pas au bout de mes peines en vrai.

Donc voilà. Je ne suis pas subitement devenu un garçon, touché par la grâce du jour au lendemain. Émotionnellement, mentalement, physiquement, ça a été un long chemin, que je n’ai non seulement pas parcouru tout seul, mais que je foule encore actuellement. Et ce que je souhaitais notamment mettre en lumière aujourd’hui, outre le fait de pouvoir vous conter l’histoire de bout en bout, c’est que même si j’ai tenté de m’intégrer en tant qu’individu féminin, ça n’enlève rien à mon identité de garçon, ça ne fait qu’éventuellement appuyer ma souffrance durant ce long périple qu’est la découverte de soi.

Merci à tou·te·s de votre attention, et aussi de votre soutien, et de l’amour que vous avez pu m’apporter depuis tout ce temps, plus ou moins long selon chacun.
La route de ma vie est encore longue, je le souhaite de tout coeur, et j’espère que vous serez encore là à mes côtés demain.

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