Maybe I shouldn’t bother

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Vous l’aurez peut-être remarqué, mais les gens ne savent pas se retenir sur Internet. A croire que les mots n’ont aucune conséquence, aucun poids, et qu’on peut dire n’importe quoi sous couvert de la liberté d’expression.
Sauf que la liberté d’expression ça marche pas ainsi, mais c’est un sujet que j’ai déjà abordé précédemment. Non, ce sur quoi je souhaitais déblatérer aujourd’hui, c’est le sujet du harcelement. Dans les grandes lignes, je ne suis pas là pour faire une thèse, et j’ai surtout pas le niveau.

Je me pose sincèrement la question, mais tous ces gens qui crachent leur venin en ligne, ils faisaient quoi de leur vie avant? Ils faisaient quoi de toute cette haine? Très sincèrement je n’en sais rien. Ce que je sais en revanche, c’est que le harcèlement a pris une toute nouvelle forme avec l’arrivée du web.
Je suis suffisamment « âgé » pour avoir connu l’explosion d’internet et sa démocratisation, même si j’étais pas bien grand. Mais je me souviens distinctement qu’on m’a tapé sur la gueule avant internet, tout autant qu’on m’a tapé dessus bien après son installation. La différence, n’est pas tant dans la quantité que dans la manière de faire.

Avec internet, tout va bien plus vite, c’est un fait. Mais si la méthodologie de la violence est différente, le résultat est le même : les gamins vont mal et se foutent en l’air à la première occasion de craquer sous le poids de ce qu’on leur a infligé.

Le web, c’est deux revers d’une seule et même médaille. D’un côté, les gens ne savent pas se comporter et vomissent leurs injures à tous les coins de commentaires, d’un autre, internet a su nous montrer que nous ne sommes jamais réellement seuls. Chercher et trouver des communautés, se rassembler virtuellement, mine de rien, ça sauve des vies tous les jours.

Alors oui, tout va plus vite, que ce soit les rumeurs comme les pires montages crasses visant les victimes de harcèlement. Mais également le soutien, l’entraide, à toute heure sur internet, y’aura des personnes pour te parler de tout et de rien, te changer les idées.

Sans internet, je n’en serais pas là aujourd’hui, et je parle autant du fait de vous raconter mes bêtises, que le fait d’être encore en vie, en fait. Parce qu’à une époque lointaine, celle des skyblogs, de MySpace et de MSN, j’ai rencontré en ligne des gens formidables, qui m’ont fait comprendre que j’avais de la valeur, que je pouvais m’en sortir. Certaines de ces personnes sont encore à mes côtés à ce jour, même un peu de loin.

Du coup, je ne sais pas exactement où je voulais arriver, j’ai un peu niaisé en route, et là il faut que je boucle mon affaire.
Je dirais simplement ceci : les nouvelles technologies, ce n’est pas que des mauvaises choses, il faut juste savoir s’en servir. Même si l’on peut toujours se faire tabasser à l’abri des regards indiscrets, à présent, les choses finissent par se savoir bien plus rapidement qu’avant.
Agissons. Éduquons-nous les uns et les autres. Et arrêtons d’être aussi cons sur les internets. Les mots ont du sens, qu’ils soient prononcés à voix haute autant que dans notre tête.

Le dilemme des Transgenres : Debriefing

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Il y a quelques jours à peine, a été diffusée sur M6, un reportage sur les personnes trans dans le cadre de leur émission Zone Interdite. Je me suis donc sacrifié pour la cause et j’ai regardé ladite émission, pour savoir. J’ai au préalable élaboré un petit « bingo » pour savoir combien de cases clichés j’allais cocher, résultat en fin d’article.
Pour le reste, j’ai pris énormement de notes sur papier, totalement decontextualisées la plupart du temps, et sans minutage. Du coup plutôt que de vous faire la liste de mes impressions, ce qui serait somme toute assez chiant à lire, j’ai décidé de faire un resumé de mes notes, ce qui donnera un article à l’arrivée plutôt court (whoopsie!).

El Bingo, si !

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Outre le fait que je vais avoir le jingle de Zone Interdite dans la tête pendant 8 jours, sur les 1h35 que durait l’émission, il s’est passé un paquet de trucs. Déjà nous avons 6 témoignants, trois nanas et trois mecs, dont la moitié (trois donc) a vachement plus de temps de reportage que l’autre moitié.
Les trois personnes au temps d’image réduite sont Cedric, un jeune de 18 ans, Jackie, une femme à la retraite, et Arno, un père flic qui apparaît vraiment très très peu.
Les trois têtes d’affiche sont donc Iris et Laura, qui sont toutes deux des jeunes femmes de moins de 30 ans, et Isaac, un p’tit mec de 14 ans.

Laura, qui est apparemment une youtubeuse à succès, semble plutôt calé sur le vocabulaire, car très fréquemment, on l’entend corriger la personne qui l’interviewe. Notamment sur tout l’aspect « avant vous êtiez un homme et maintenant une femme » et autre « du coup avant vous etiez un couple gay avec votre compagnon? ». Elle est très réactive pour replacer immédiatement les choses, et insiste correctement sur le « y’a pas de avant/après, j’ai toujours été une fille ».
Et si Laura ne souhaite pas spécialement la chirurgie génitale, c’est en revanche le cas d’Iris, et c’est pas mal de faire le parallèle sur le fait que chaque personne trans fait bien ce qu’iel désire, et adapte son parcours à ses envies/possibilités/contraintes diverses.

La mise en comparaison se pose aussi sur un autre aspect important, si Laura est en couple depuis des années, est heureuse et tout ça, Iris est célibataire, et galère un peu pour trouver l’amour. Cette dernière extrapole sur les difficultés des personnes trans à trouver des compagnes/compagnons de vie, et la souffrance d’autant plus prégnante que la solitude est une thématique que les personnes trans connaissent assez bien.

Enfin, le gros du morceau: Isaac. Je conçois qu’il est jeune, qu’il n’a pas encore toutes les clés en main, et que faire son coming-out à son âge c’est super dur.
Cependant, j’ai fréquemment serré la mâchoire quand le reportage revenait auprès de lui. Déjà parce qu’il parle plusieurs fois du fait qu’être trans, c’est ne rentrer ni dans la case fille ni dans la case garçon. Il est bien un mec, mais surtout il est trans. Sauf que ce n’est pas un troisième genre en fait, du coup ça m’a mis hyper malaise. Sa maman dit à un moment quelque chose de très chouette par rapport à l’envie de son fils de prendre des hormones par la suite: « C’est pas la question de ce qu’il veut, mais de ce qu’il est ».
Mais sinon concrètement c’est un ado de 14 ans qui se comporte et parle comme un ado de 14 ans, et c’est une tranche d’âge avec laquelle j’ai naturellement du mal, donc abrégeons.

Mis face au témoignage d’Isaac, il y a celui, plus court mais plus touchant de Cédric, qui à ses 18 ans a reçu un ultimatum parental : reste comme tu es déjà ou prends la porte.
C’est une triste réalité qu’il était aussi important de mettre en lumière, parce que ça contraste énormement avec la vie d’Isaac dont tout le monde semble maladroit mais bienveillant autour de lui.

Y’a par moments, entre les témoignages des mini-parties intéressantes pour faire les jointures entre chaque intervenant, notamment des infos par rapport à la Loi changée récemment, qui est censée faciliter le Changement d’Etat Civil en supprimant l’obligation de stérilité, et la voix off se permet même de préciser que c’est encore malheureusement trop laissé à l’appréciation du juge. Y’a aussi par moment des statistiques sur le suicide bien plus fréquent chez les jeunes trans.

A un moment, dans le dernier tiers on fait un tour du côté de ces charmants personnages que sont les médecins de la SOFECT, et grands dieux, j’ai noté deux trois pépites.
« C’est délicat, parce qu’à partir de corps sains qu’on opère, on crée des corps imparfaits au final. Parce qu’on peut pas implanter d’utérus, et on supprime la fertilité. ». Mais du coup les personnes cis stériles, c’est pas des gens entiers aussi? Comment ça marche?
Ah et aussi le magnifique emploi du terme « femmes BIOLOGIQUES », genre, élevées au grain et en plein air, n’est-ce pas.

Bref, trève de plaisanteries, je relance le bingo complété et on conclue cette histoire. Alors alors? Va-t-on pouvoir gueuler QUINE?

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Bon, deux lignes, c’est au moins le panier garni ça !
Plus sérieusement, si la voix off était toujours respectueuse des pronoms, les prénoms de naissance (« Deadname ») ont quasiment tous été balancés. Et en ce qui concerne la fausse distinction entre transgenre et transexuel via la chirurgie, elle n’étais pas présente dans le reportage en lui-même mais uniquement dans les espèces de « vidéos promo » avant la diffusion.
Si la phrase « né·e dans le mauvais corps » n’a pas exactement été prononcée ainsi, il y a eu beaucoup trop de rappel au « passage » du corps de untel-genre à genre-opposé.

Dans l’ensemble, en vrai, ce reportage est potentiellement dans le top 3 des moins pires dans ce que propose la France ces dernières années, mais après, il faut bien rappeler que le niveau n’est de base pas très élevé. Y’a des moments touchants, des moments vraiment cringe/malaisants, mais dans l’ensemble, ça aurait pu être largement pire si quelques un·e·s des intervenant·e·s n’était pas aussi prompt·e·s à corriger des points de vocabulaire.

L’ensemble est assez inégal au final. Pas franchement militant, mais qui ne tombe pas non plus trop dans le pathos pour autant. En somme, un reportage abordable pour les personnes non-concernées, plutôt bien pour démarrer la thématique dans le cérébral des gens. Mais pas révolutionnaire non plus pour quiconque d’un minimum informé.

Voilà. C’est tout pour moi !

Laugh while I choke

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Assez fréquemment, on m’a demandé plus ou moins directement quel genre de « fille » j’ai été. Parce que cela se base sur la conception fausse comme quoi je suis « devenu » un garçon. Même si je n’arrive pas bien à placer sur la frise chronologique de ma vie, oui comme en CE2; le moment où je le suis miraculeusement devenu. Quand j’ai fait mon coming-out? Là comme ça, paf? Ou bien à la seconde où la seringue pleine de testo a pénétré mon muscle fessier?
Franchement je me demande à quel moment les gens le situent exactement, parce que oui moi je trouve ça drôle de penser que la seconde d’avant j’étais une fille, et BOUM, garçon instantané, ouais, comme les nouilles lyophilisées.

Mais bref, inspiré aujourd’hui par une vidéo de Jammidodger, j’ai décidé d’un peu vous raconter comment j’ai vécu ma vie de prétendu nana, et ce que ça m’a possiblement apporté.
Il y aura peut-être des répétitions vis à vis d’articles antérieurs, mais après tout, je n’ai pas changé de vie entre temps. Mais je tenais néanmoins à l’écrire ici une bonne fois pour toutes, afin d’avoir d’un seul trait, une histoire que je vous dispose en filigrane depuis un moment déjà.

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Quand j’étais enfant, tout allait à peu près, bon, je n’avais pas vraiment d’amis, j’étais déjà persécuté à l’école, et je jouais bien souvent dans mon coin. J’ai même essayé d’avoir un ami imaginaire, mais je n’y suis pas vraiment parvenu, au fond de moi, je n’y croyais pas sincèrement, du coup cela ne fonctionnait pas.
Arrivé à l’adolescence, vous connaissez déjà probablement l’histoire, toujours quasiment aucun ami, alors j’ai essayé de faire semblant d’être normal pour m’intégrer.
Je dis « normal », parce que j’ai toujours pensé que j’etais bizarre, même si je ne savais pas vraiment trop pourquoi. J’ai donc commencé à traîner avec un groupe de nanas qui faisaient de l’équitation ensembles, mais c’etait vite chiant de faire semblant de m’intéresser à des trucs qui m’effleuraient à peine. Du coup arrivé en début de 4e, j’ai élargi mon champ de recherches pour finir par tomber sur une nana aussi « bizarre » que je pouvais l’être, on s’entendait bien. J’ai même déclaré ma flemme à un garçon d’une autre classe, la même année, son nom n’est pas important, mais c’était un abruti. Notamment parce que dès le lendemain, il sortait avec ma nouvelle amie. Mais bref. On va dire que péripéties péripéties, et on va faire avance rapide jusqu’à ma majorité.

Comme vous le savez peut-être déjà si vous me suivez depuis un certain temps, faute de repères, et en ayant pleinement conscience de ma différence face aux autres sans vraiment réussir à en trouver l’origine, j’ai bâti une grosse partie de mon identité sur mon homosexualité. Ça me donnait notamment une belle excuse pour ne pas faire trop d’efforts pour me pousser du côté de la féminité.

En revanche, les autres prenaient un malin plaisir à me la rappeler, cette absence de féminité, puisque quand j’avais encore les cheveux longs, me voir les détacher relevait de la « victoire » pour elleux, pareil lorsqu’il s’agissait de me forcer gentiment à enfiler une robe ou une jupe. Je l’ai fait une fois ou deux, pour faire plaisir à mes potes essentiellement, mais rarement plus de 15 minutes parce que les blagues les plus courtes et tout ça.

Alors ouais, j’ai expérimenté, des fois j’ai essayé de me coiffer « comme une fille », ou de mettre du maquillage (mon talent se limitant au crayon noir et au vernis), ou encore de la lingerie plutôt jolie. Mais pendant tout ce temps, je n’étais jamais complètement à l’aise, jamais entièrement confortable avec mon image, celle que j’avais comme celle que les gens projetaient sur moi.
Je sais d’ailleurs bien que les vêtements ne devraient pas avoir de genre, mais je sais aussi pertinemment dans quel contexte on évolue actuellement.

Dans tous les cas, nous pouvons constater que si j’ai bien pris mon temps avant de comprendre, c’etait aussi que je n’avais absolument pas conscience que les mecs trans existaient. C’est un peu comme quand j’avais 13 ans et que j’ai découvert que l’homosexualité c’était un vrai truc (merci t.A.T.u. – toi même tu sais). Et à partir du moment où j’ai eu connaissance de ce qu’était la transidentité, il m’aura fallu à peine moins de 3 ans avant que ça ne m’explose au visage.

Je suis passé par toutes les phases du deuil avant de commencer à me bouger les fesses pour régler cette question.
Le déni tout à fait classique, je ne veux pas que ça me concerne alors ça ne me concernera pas. La colère parce que merde, qu’est-ce que j’ai fait pour mériter d’être différent au fond? J’ai essayé de négocier avec moi-même sur l’aspect temporel, allez, promis, on s’en occupe pas avant 10 ans, bisou. La dépression post négociations, même si j’ai l’impression que la dépression c’était clairement l’entièreté de ma vie les 12 années précédentes qu’autre chose.
Et enfin, loués soient les dieux, la glorieuse et brillante acceptation. J’aurais pris super cher pendant ces trois années, à y penser jour et nuit, bien malgré moi, même si je n’étais pas au bout de mes peines en vrai.

Donc voilà. Je ne suis pas subitement devenu un garçon, touché par la grâce du jour au lendemain. Émotionnellement, mentalement, physiquement, ça a été un long chemin, que je n’ai non seulement pas parcouru tout seul, mais que je foule encore actuellement. Et ce que je souhaitais notamment mettre en lumière aujourd’hui, outre le fait de pouvoir vous conter l’histoire de bout en bout, c’est que même si j’ai tenté de m’intégrer en tant qu’individu féminin, ça n’enlève rien à mon identité de garçon, ça ne fait qu’éventuellement appuyer ma souffrance durant ce long périple qu’est la découverte de soi.

Merci à tou·te·s de votre attention, et aussi de votre soutien, et de l’amour que vous avez pu m’apporter depuis tout ce temps, plus ou moins long selon chacun.
La route de ma vie est encore longue, je le souhaite de tout coeur, et j’espère que vous serez encore là à mes côtés demain.