Les Chroniques Queer #7 : Grand Final

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En ce mercredi 15 Mars 2017, c’est la fin de notre grand feuilleton de l’hiver, et oui, c’est le dernier épisode des Chroniques Queer! Mais ne pleurez pas, on finit en beauté avec une question collective qui était formulée ainsi :

Quel est ton avis sur la « Fierté Trans »? Te sens tu concerné-e?

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▼ CAMILLE
Je pense que la « fierté trans » est quelque chose d’important. Je ne me sens pas concernée directement parce que le fait que je sois trans n’est pas une partie centrale dans mon identité. Je suis une fille qui s’avère être trans. Mais que je le veuille ou non, je suis confrontée à toutes les problématiques trans, tous les ennuis sociaux, la transphobie, les médecins qui nous baladent…

Je trouve que la société est extrêmement dure envers nous, et je parle en tant que femme trans hétéro pré-op. J’ai l’impression que le monde me traite comme le plus grand cauchemar des mecs, le « piège », que je suis un monstre ou alors un fantasme sexuel bizarre et inavouable. Je ne pense pas être plus forte que la moyenne des gens par rapport aux jugements, je pense même y être très sensible.
J’ai pris conscience ces derniers temps, à quel point j’avais internalisé tout ça. Je ne rejette plus mon corps, en fait j’ai jamais été aussi bien dans ma peau, mais je suis toujours dans la détresse à cause de l’attente de mon opération, et je pense qu’une très grande partie des complexes que j’ai par rapport à ce qu’il y a entre mes jambes est dû à ce que les gens et surtout les mecs pensent globalement de moi et des filles comme moi.

Je ne revendique pas moi même la fierté d’être trans, pour moi ce mot représente une masse de problèmes et de stigmatisation que je subis. Cependant, je pense que la société a besoin de changer ses discours et ses préjugés sur nous, car ça nous détruit. Je comprends les gens qui revendiquent leur transidentité, je pense que c’est un mécanisme de survie face à tout ça, comme ma stratégie à moi est de devenir invisible en tant que transgenre.

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▼ JAMES
On vit dans une société où ne pas être cis, ça ne doit pas se voir. Le mot cisgenre lui-même n’existe pas en dehors des milieux trans / queer / féministe. On lui préférera les termes « gens normaux » ou « non-trans ». Ça en dit long sur le chemin qu’il nous reste à parcourir en terme d’acceptation et à quel point il est difficile de se sentir fier.e d’être une personne trans.
Où qu’on aille, quoiqu’on lise, regarde, écoute, que ce soit les journaux, les magazines, les films, les séries, les émissions de TV, il y aura toujours une blague censée être drôle sur nous et/ou des théories sur nous sans nous. Sans même parler du cissexisme partout, tout le temps.

Personnellement, je n’ai pas honte d’être trans. Et même si j’ai pu le penser il y a quelques temps, je suis content de ne pas être cis et d’avoir appris tout ce que je sais. C’est à double tranchant car, en contrepartie, cela m’a ouvert les yeux sur l’aspect systématique des oppressions envers les personnes trans. Mais je n’aurais pas été qui je suis à l’heure actuelle.
Maintenant, je dois reconnaître que je n’ai pas beaucoup subi de transphobie de façon directe et peut-être que si ça avait été le cas, je serais plus frileux à me promener dans les rues avec mon sac plein de badges sur mes identités de genre et orientations (par exemple).

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▼ HELOÏSE
Pour moi, la fierté trans est essentielle. Je suis une femme d’abord mais je suis aussi une femme trans. Et je suis fière de mon parcours, de ma vie, de ce que je suis. Il faut savoir affirmer d’où l’on vient quand cela est nécessaire.

Je peux avoir un cis-passing et être fière d’être trans. Cela me semble hyper logique et cohérent. Surtout, c’est cette fierté modeste (inutile de le crier partout) qui aide doucement à faire évoluer les mentalités : je ne me cache pas mais je ne ressens aucun besoin de provoquer ni de m’affirmer plus que ça. Par exemple, j’ai un cis-passing et je ne dis jamais à personne que je suis une femme trans, mais j’assume d’avoir écrit un bouquin clairement trans et qui me grille direct. J’en écris un autre qui va me griller encore plus. Et c’est cool.

Dans le fond, ma superficialité est devenue cis et je l’assume. Mon ressenti profond est trans et je l’assume aussi.

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▼ SACHA
Je pense que c’est important d’être fier de son identité, quelle qu’elle soit, parce qu’on ne choisit pas ce qu’on est, et en être fier fait à mon avis partie d’un processus de paix avec soi-même (qui n’est pas évident dans le contexte culturel.)

Quant à la fierté trans, je trouve juste dommage qu’elle existe essentiellement à cause de rejets sociaux et de crises identitaires. Surtout que la transidentité serait dans l’idéal un état transitaire voué à disparaître avec les progrès de la médecine, de la société et de la légalité. Un état transitaire entre deux genres
Après, personnellement, comme je rejette pour moi même les labels de genre autant que j’évite de trop me foutre dans des groupes sociaux labellisés, c’est vraiment le label qui me dérange plus on a tendance à me foutre dans des cases plus ça m’emmerde. Mon état d’agenre est un état, pas un label. Je ne me bats pas plus pour mon état que pour ma couleur de cheveux.

Et plus personnellement encore, les personnes trans que j’ai pu rencontrer pour le moment, dans leur grande majorité, peuvent pas me blairer parce que je refuse de me battre pour un genre et ne comprennent pas du tout une démarche qui est totalement inverse à la leur.
Donc, oui, je trouve ça important d’affirmer qui on est, de pouvoir en être fier sans honte, et je me battrais pour ça. Mais pas plus pour la fierté trans que pour n’importe quelle autre fierté.

Je tiens cependant à souligner, que je ne souhaite pas être condescendant ou quoi que ce soit, je ne méprise pas les personnes transgenres, j’aime les gens quels que soient leur genre. Je ne déteste personne, c’est simplement que je n’y attache aucune importance.

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▼ ALIX
Politiquement c’est tellement important que l’on apprenne à ne plus s’excuser d’être des personnes trans, et aussi de pouvoir parler de ce qui fait la richesse de nos vies ; donc collectivement la formule me parle. Cela dit personnellement je ne suis pas encore au stade « fierté », je verrai bien comment j’appréhende la chose dans l’avenir ; déjà je n’ai plus honte c’est un grand pas !

Enfin, pour conclure, mon avis personnel de petit Kao sur la question, c’est que je suis assez partagé.

D’un côté, j’assume pleinement ma transidentité sur les lignes de ce blog, et si on me pose la question dans la vraie vie, je ne vais pas le nier. Mais à côté de ça, je ne le proclame pas haut et fort à qui veux bien l’entendre. Parce que je considère que c’est aussi ma vie privée, et qu’en vrai j’ai toujours un peu la trouille que les derniers arrivés dans mon cercle de potes, l’apprennent et commencent à me considérer différemment à partir du moment où ils et elles seraient au courant.
Vous allez me dire que c’est absurde, parce que s’iels me traitent effectivement différemment à partir du « point de connaissance », ces gens là ne méritent alors pas mes faveurs, et vous auriez sûrement raison à ce propos. Cependant, je ne peux m’empêcher d’avoir cette crainte profonde que les gens ne soient pas aussi bienveillants que j’aime à le penser. Paradoxal, je sais.
Mais bref.

Ainsi s’achève notre grande saga hivernale, j’espère que cela vous aura plu.
Pas d’inquiétudes cependant, ce blog n’est pas terminé.
A très vite pour de nouvelles aventures tou.te.s ensembles !!

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