Chroniques Queer #5 : Charlie

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Yo ! Vous allez bien? Je l’espère en tout cas. Comme la semaine dernière ya deux semaines,  désolé pour le contretemps, on se retrouve ce mercredi jeudi finalement, pour le nouvel épisode des Chroniques Queer !
Et cette semaine, nous reçevons une personne qui s’identifie comme « queer » justement, comme les choses sont bien faites pour une fois! Bref, trève d’introduction obligatoire, je laisse soin à cette personne de se présenter.

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Photo non contractuelle.

Photo non contractuelle.

► Bonjour ! Je m’appelle Charlie, dans la vie je dessine et je glande sur internet. Et je suis non binaire. Dans mon cas, ça signifie que je suis ni meuf ni mec, peut-être autre chose, ou entre les deux. Ça se précisera éventuellement avec le temps. En attendant, je dis «queer» et j’y réfléchis.

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♦ As-tu effectué des modifications notables dans ton apparence/attitude après avoir pris conscience de ton identité? Ou au contraire n’a touché à rien, parce que tu te sentais suffisamment bien tel quel?

► C’est une réalisation sur le long terme, en fait, de dépatouiller un peu ce qu’est mon identité. Et c’est toujours en évolution.
Mais, disons que j’ai pris des mini libertés dans mon expression de genre. Je me suis procuré un binder par exemple, et je choisis des fringues peut-être un peu plus diverses qu’avant (remarquons que je suis toujours habillé-e des 4 même machins, malgré ce stock glorieux). Je suis AFAB (assigné-e femme à la naissance), et je venais déjà d’une culture lesbienne/«butch», donc je pense que les gens me perçoivent comme ça quand je m’habille de manière considérée comme plus «masculine».
Mais à vrai dire j’aime différents trucs, sur le plan vestimentaire, et même si je regrette parfois d’être invisible, je ne vais pas me priver d’être féminin-e quand j’en ai envie. Moi je sais où je me situe. Je ne suis pas moins queer les jours où je porte des talons, et pas plus les jours où je suis en binder. Donc oui, parfois on veut faire savoir au monde que les identités des gens ne sont pas forcément celles qu’on croit, et on se sent mieux dans certaines fringues. Et aussi des fois, il fait 10 degrés et t’as envie de mettre des vêtements mous et chauds et tu t’en fous. Je sais que c’est aussi un privilège, d’avoir des jours où je me fiche d’être mal lu-e dans mon identité, et que c’est différent pour tout le monde.
Bref, tout ce que je veux dire, j’imagine, c’est qu’il ne faut jamais présumer de l’identité de quelqu’un uniquement sur ses vêtements. J’peux être une personne transmaculine en jupons, voilà tout.

Aussi, petit aparté, mais on se figure que «l’androgynie» (sur le plan esthétique) c’est une sorte d’idéal tendant vers le masculin, habillé de noir, mince et blanc-he. Et autant ça convient à plein de gens, autant l’androgynie peut être plein d’autres choses, que ce n’est pas la seule option. Et que c’est à expérimenter.

Ha, également, pour revenir à la question : j’ai également commencé à utiliser des pronoms différents. Principalement en ligne, parce qu’il est aisé de montrer que je veux être accordé-e comme ça. J’ai aussi commencé à en parler autour de moi aux gens qui étaient susceptibles de le comprendre et de le respecter, donc c’est cool. J’commence tout juste à switcher les pronoms à l’oral en parlant de moi, pour voir.
Comme pour beaucoup de gens transgenres, la question plus «médicale» de la transition se pose. Oui je l’envisage. Non, je ne suis pas moins trans en attendant. Oui, j’ai peur.

Bon, après ce pavé et pour répondre à la question : je me sentirai peut-être parfaitement bien comme je suis sans toutes les considérations de la société sur les genres, qui sait ? Mais on ne vit pas dans ce monde-là, et on en sait rien, donc, oui, j’ai envie d’autres choses, j’ai envie d’être perçu-e comme la personne que je suis. Après, je vais prendre mon temps et je veux être sûr-e que c’est ce que je veux sincèrement aussi.

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♦ Y’a-t-il eu des changements dans l’approche/le comportement/le regard des gens à ton égard depuis lesdits modifications?

► Alors. Il y a des gens dont je sais qu’iels ont, soit compris tout de suite quand je leur ai dit, soit fait le travail sur elleux même d’apprendre et de comprendre. Sûrement des personnes qui ne comprennent pas mais respectent. Et ces gens là donnent des petits signes que leur regard a changé. Changent les pronoms, changent les petits noms qu’ils me donnent. Je sais même pas si c’est répondre correctement à la question.
J’imagine que le grand problème des personnes NB qui «ont l’air» cisgenre, c’est justement d’être reconnu-es dans leur transidentité, ce qui n’est peut-être pas la problématique principale de toutes les personnes trans…

Hmm, sinon, depuis quelques années le harcèlement de rue s’est beaucoup orienté vers « t’façon ça se voit que t’es gouine » et de l’homophobie en général. Sans être tout nouveau pour moi, ça rejoint un peu ce que je disais sur le fait que je suis lu-e comme butch. Donc, hum, j’imagine que c’est un changement.. ?
Je ne vis pas du tout de transphobie directement dirigée vers moi dans la rue, par exemple.
J’essaierai de revenir sur ça plus tard, parce qu’il y a clairement des différences entre mon cas et celui d’autres personnes trans et je ne veux pas les ignorer.

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♦ Ton état d’esprit a-t-il changé quand tu te déplaces dans l’espace public ? Y’a-t-il des attitudes personnelles que tu as dû/souhaité changer?

► Mon état d’esprit, non. Je suis AFAB, toujours perçu-e comme meuf. J’ai toujours peur dans la rue régulièrement, je suis toujours dans la situation dans laquelle sont les filles dans l’espace public (une situation pas géniale, pour préciser).

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♦ Je n’ai pas vraiment de question intermédiaire mais si tu as une remarque pertinente, c’est ton moment.

► Pertinente, je ne sais pas ! Hum, j’ai été plutôt agressifve sur une question, à propos de transition médicale. Je précise juste que… Ce n’est pas facile pour moi d’utiliser le mot transgenre à mon propos. Ça a mis du temps avant de me percevoir comme ça, et beaucoup de gens non binaires ressentent des choses semblables, je crois.

Je sais que la très grande majorité des gens, même celleux qui savent, ne me perçoivent pas comme transgenre. Les gens cis ou trans, d’ailleurs.
Je sais que l’idée que les personnes non-binaires sont «juste cis» est répandue. Je sais aussi qu’il y a plein de manières d’être une femme ou un homme. Je connais des femmes qui sont bien moins traditionnellement «féminines» que moi, et pourtant, voilà : ce sont des femmes cisgenres, à l’aise avec cette identité, et moi ce n’est pas la mienne alors que j’ai «l’air» d’en être.

J’ai entendu reprocher aux non binaires d’entériner des normes de genre figées, de s’inventer des genres, etc… Hey, sans blague. Oui, on invente des genres, ça s’appelle la vie en société t’sais. C’en est pas moins réel, moins vrai pour les gens.
On existe, c’est tout ce que je veux dire. Et on est trans.

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♦ Un dernier mot? Quelque chose qui te semble important? 

► Comme j’ai un peu râlé, parce les non binaires entendent des trucs pas cool, y compris de leur propre communauté, je voudrais bien finir en disant que oui, on a cependant des gros privilèges vis-à-vis d’autres gens de cette communauté [trans].
Déjà, certain-es d’entre nous ne ressentent pas le besoin d’une transition (sociale ou médicale), ou pas «entièrement» (ce qui d’ailleurs peut être le cas de n’importe quelle personne trans). Donc oui on a des privilèges d’avoir l’air cis. Je me fais pas refuser de jobs pour ça, on m’insulte pas dans la rue pour ça. Je ne peux pas imaginer ce que c’est ; mais c’est aussi une souffrance d’être invisible.
Et puis, n’importe quelle personne «pré-transition» peut vivre ça, même si, peut-être les gens non binaires et fluides peuvent parfois être plus à l’aise avec leur apparence… Mais pas toujours.

Je ne sais même pas si ce truc de séparer binaires et non-binaires est pertinent, les gens utilisent les mots comme iels veulent ; je dis juste, j’imagine, qu’on est dans la même communauté. Qu’on ne devrait pas être en train de se traiter les un-es les autres de «binaires» ou de «fauxsses trans»… Right ?
On vit des choses différentes et je ne pense pas que c’est majoritairement à la communauté non-binaire de prendre la parole sur la transphobie constamment. Je pense qu’il faut qu’on soit humbles et qu’on reconnaisse les avantages qu’on peut avoir.

Mais aussi, je refuse de me faire insulter dans mon identité parce que certains jours j’aime mon corps, ou parce que je suis pas «full trans», ou parce que je veux une transition non-binaire. Soyons camarades, merde.
On a une lutte à mener ensemble, contre la transphobie d’état, pour le changement d’état civil, pour des parcours de transition sains, accessibles et non psychiatrisant, pour un meilleur accès aux soins. Pour une représentation dans les médias pas ridicule ou insultante. Pour… tellement de trucs, parce qu’on est tellement loin d’être à égalité.
Je suis désolé-e, je n’ai pas tant parlé aux gens cis qui voudraient comprendre des trucs en lisant mon temoignage, j’espère que ça reste compréhensible.

Un conseil ? Les genres des gens ne sont pas c’que vous croyez. Demandons poliment leurs pronoms aux gens, hackons les normes de genre et informons-nous les un-es les autres. Bisous.

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