Chroniques Queer #4 : Sacha

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Bien le bonjour ! Vous commencez à être habitués, mercredi ça veut dire suite des Chroniques Queer!
Aujourd’hui nous recevons Sacha, une personne agenre, qui me fait le plaisir de se présenter de lui-même dès les premières lignes de notre entretien. Je vous laisse donc l’honneur de découvrir son témoignage.

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Photo non contractuelle.

Photo non contractuelle.

► Je m’appelle Sacha, je suis né dans un corps féminin. Je parle de moi au masculin neutre et j’accepte les pronoms il/lui et elle, avec une préférence pour le masculin quand la personne me connait bien, mais globalement ça n’a pas beaucoup d’importance pour moi tant qu’on ne me sexualise pas. (genrer n’est pas sexualiser, pour rappel.)
J’ai pris conscience vers mes 14 ans que je n’aimais aucun genre que me proposait la société et j’ai décidé au lycée de laisser tomber ça derrière moi. A cause d’un partenaire j’ai été forcé de rentrer de force dans un rôle sur-féminisé et hyper sexualisé dans lequel j’étais en souffrance.
Depuis, j’ai envoyé à nouveau valser tout ça. Et ça m’a fait du bien.

Il faut savoir que cette non-binarité est quelque chose qui est en moi depuis toujours, mais ce n’est pas un big deal pour autant. Je n’ai aucune revendication, aucun combat par rapport à ça. Je l’avais déjà imposé à mon entourage avant de savoir ce qu’était la non-binarité. Je n’ai rien de vraiment féminin si je ne le désire pas, et un passing masculin correct quand je le veux. Je ne demande aux gens ni de comprendre ni de tolérer, c’est juste entre moi et mon acceptation de moi-même. Les gens qui ne veulent pas comprendre ou pas accepter sont simplement laissés de côté. De plus, je tatoue, donc j’ai un rapport très proche avec ma clientèle et je ne les mêle pas à ça. Je ricane juste quand on me demande si « c’est pas trop dur pour une Fâme de tatouer » que je ne me sens pas concerné.
Et puis faire 1m85 et avoir l’air peu aimable m’aide énormément.

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♦ As-tu effectué des modifications notables dans ton apparence/attitude après avoir pris conscience de ton identité? Ou au contraire n’a touché à rien, parce que tu te sentais suffisamment bien tel quel?

► Ayant été élevé par une mère qui m’a choisi mes fringues jusqu’à 14 ans (salut à toi, robe bleu ciel à col Claudine, puisse tu croupir au fin fond d’Emmaüs) mais qui m’encourageait à me battre comme un garçon, et par un père qui pensait essentiel que je sache tailler du silex, faire du feu et tirer à l’arc, disons que… je n’ai jamais été ni vraiment fifille ni vraiment garçon manqué.
Je m’habillais toujours en terne jusqu’à mes 14 ans, bleu foncé, gris, marron… Puis quand je me suis un peu découvert j’ai mis du noir, et de la résille. Je voulais être Brian Molko (chanteur de Placebo). Je m’habillais d’un t-shirt et d’un jean. Noirs. Toujours. Je n’ai jamais compris l’intérêt de montrer ma poitrine parce que pour moi elle n’avait aucune importance, vu que je n’étais pas une fille. Et que je ne voulais pas être sexualisé comme un individu féminin.
Donc jusqu’à ce que je rencontre un mec qui me considère comme sa poupée et qui pensait qu’il était de son devoir de faire de moi une vraie Fâme, j’étais bien dans ma peau.
Cette sur-féminité s’est accompagnée d’une sur-sexualisation et m’a amené à me représenter en tant qu’objet. Mais ce n’était pas moi. Du tout.

Quand je me suis réveillé, j’ai pété un câble, j’ai jeté toutes mes fringues au fond d’un placard qui sert de lit à mes chats et je suis allé dépenser des sous pour m’offrir des tank tops de mec pour aller avec mes leggings galaxie. Je m’habille absolument comme je veux, avec les fringues que je veux, tout est ouvert pour moi. J’ai les cheveux roses, je porte des salopettes de garçons, je ne me maquille pas toujours…
Je fais ce que je veux. Je n’ai pas forcément le temps de prendre soin de moi avec mon boulot, mais quand je le fais je suis quelqu’un de plutôt chatoyant. Mais en noir.

Par rapport à mon attitude, comme dit précédemment, je suis quelqu’un de calme et comme je ne mets pas en avant mes « attributs » rien n’a changé.
Je vais me faire réduire la poitrine également, parce que je n’en ai rien à foutre et que c’est la seule chose qui me met réellement mal à l’aise. Et c’est plus parce que je préfère un physique le plus asexué possible qu’une question de passing.

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♦ Y’a-t-il eu des changements dans l’approche/le comportement/le regard des gens à ton égard depuis lesdits modifications?

► Le respect.
Plus personne n’ose s’adresser à moi en mettant en avant mes ovaires/nichons/etc. On me voit avant tout comme un être humain.
Quand aux crétins qui oseraient quand même me rabaisser parce que ce jour là, je porterais un mini short (pas de jupe, jamais, never, no way), il faut savoir que je peux très vite être pas sympa. En société, ça ne s’est jamais mal terminé pour moi en règle générale.
Mais comme dit plus tôt, la taille et les new rocks en métal aident peut-être un chouilla.
Je sais que je présente ça avec un peu d’agressivité, mais si la majorité des gens sont très pacifique il faut savoir que pas toujours et j’ai suffisamment été agressé sur mon identité dans ma jeunesse pour toujours envisager de me défendre.

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♦ Ton état d’esprit a-t-il changé quand tu te déplaces dans l’espace public ? Y’a-t-il des attitudes personnelles que tu as dû/souhaité changer?

► Je n’aime pas l’espace public. Parce que 1m85, et les cheveux roses.
L’espace public revient pour moi à aller d’un point A à un point B, toujours avec des écouteurs et le plus souvent j’ai du boulot ou des courses à faire. Je ne me cache pas mais je ne cherche pas la merde, et ce depuis le lycée. Et ce n’est même pas une question d’identité, mais un gothique seul dans Bordeaux? Ha.
Quoi qu’il arrive je dois faire attention par où je passe et à quelle heure, et avec mes fringues, je serais un mec cisgenre que ca serait pareil. Néanmoins, j’ai moins de harcèlement sexiste. C’est un progrès… je suppose.

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♦ Je n’ai pas vraiment de question intermédiaire mais si tu as une remarque pertinente, c’est ton moment.

► Le gros problème en vrai, c’est de parler de soi aux gens qui ne nous connaissent pas. Surtout à l’écrit. Je parle de moi au masculin. Donc on m’a parfois corrigé.
En général j’ignore, parce que me forcer à écrire au féminin me donne l’impression de dire « ha ouais pardon, regarde, je remets mon soutient gorge et du rouge à lèvres, je reviens » et ça me lasse.
Ah et beaucoup de gens pensent que je suis un homme via internet et mon Facebook de travail.
Ça m’arrive aussi beaucoup de parler de moi au féminin quand j’aborde cette partie de ma personnalité, mais en aucun cas les deux côtés ne sont dissociés. C’est juste que le non-genre est plus facile au masculin.
Néanmoins quand je réalise qu’on me regarde d’une drôle de tronche parce que je parle au masculin en racontant des histoires de coupe menstruelles, c’est totalement priceless.

Mais le vrai problème d’être agenre?
Ne pas savoir si on joue male ou female dans les RPGs.
(Mais pour être clair, j’ai pris female dans Mass Effect et male dans Dragon Age et dans Fallout.)

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♦ Un dernier mot? Quelque chose qui te semble important? 

► Je ne connais pas vraiment d’autres personnes agenres.
Je n’ai pas cherché à en rencontrer. Non pas que je m’en fiche, mais je n’ai jamais eu besoin d’une communauté, dans aucune des mes activités. Je préfère rechercher la diversité parmi mes amis et mes contacts. Donc je ne parle pour personne d’autre que moi-même.
Ce que je vais dire va forcément fâcher des gens, mais des gens que je ne connais pas, donc je m’en cogne un peu.

J’ai la chance d’avoir un parcours identitaire excessivement non violent. Et je sais qu’on me le reproche. Quand on essaie de me mettre de force dans un genre, je m’en vais. Et je préfère la pédagogie au combat. Parce que même si c’est pour « défendre » mon genre (ou plutôt mon non genre), je n’ai pas de rancœur ou d’amertume quand les gens refusent de me reconnaître, étant donné je considère sincèrement que 99% de l’humanité ne vaut pas le coup d’œil, et que je me fiche quasi totalement des êtres humains vivant sur la planète tant qu’ils ne sont pas dans mon cercle.
Je ne suis d’aucun combat à ce sujet autre que le droit à choisir son identité parce que j’ai laissé tomber il y a longtemps. Je ne revendique rien parce que ça ne regarde que moi. J’agis au delà des carcans de genre parce que je ne suis d’aucun genre. Parfois on me le reproche. On me dit que je ne suis pas un-e « vrai-e ».
Mais je ne vois pas en quoi avancer avec de la haine aide qui que ce soit.
Moi personnellement ça me ralentit. Je ne vais pas ruminer les pensées de gens qui me veulent du mal, je préfère avancer pour moi.

Beaucoup de gens, cis/non-cis sont dans une guerre effrénée les uns envers les autres, et on me demande souvent d’avoir un avis parce que je suis « non-cis. »
Mon avis personnel c’est que le genre est une illusion sociale, pourquoi est-ce que je prendrais le parti de qui que ce soit pour défendre cette illusion? Au delà de toutes ces considérations, je comprend qu’on veuille défendre son droit à l’identité, pour le coup, ça je le défend aussi, mais détester un côté ou l’autre de la barrière des genres, des assignations, c’est au delà du stérile. Haïr une personne parce qu’elle est née comme ça c’est juste de la haine et la haine est beaucoup plus ravageuse que mon égoïsme.

L’acceptation. Voir quelqu’un au delà de son genre, de son apparence pour la voir en tant que personne aide à la discussion. Même avec une personne qui n’est pas d’accord avec vous. Respecter son « ennemi » parce qu’on se respecte soi et qu’on ne veut pas devenir le reflet de la haine qu’on voit dans le regard du mec d’en face c’est aussi important… Bref. Je prêche dans le vent.
Mais c’était important de le dire.

Une dernière chose.
Acceptez-vous. Décidez de qui vous êtes. Il n’y a que vous qui sachiez qui vous êtes. Nous sommes tou.te.s voué.e.s à évoluer, à changer. S’accepter malgré le passing, revendiquer son identité parce qu’au final tout se passe au fond de nous même c’est la meilleure manière d’évoluer sereinement.

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2 réflexions sur “Chroniques Queer #4 : Sacha

  1. TuttyKroa

    Bonjour Kao, bonjour Sacha :)

    (Je me répète chaque semaine mais…) Merci pour ce partage et ce moment intime mais jamais voyeur (oui, je ressens ces chroniques comme une intimité partagée).

    Sacha : il y a quelque chose que je ne comprends pas, deux phrases contradictoires : « Je ne demande aux gens ni de comprendre […]. Les gens qui ne veulent pas comprendre […] sont laissés de côté ». Ces deux phrases perturbent l’équilibre plus ou moins sain de mon cerveau ^^

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