Chroniques Queer #3 : Heloïse

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Salutations, aujourd’hui : troisième épisode de la série des Chroniques Queer !
Dû à certaines raisons d’organisation en coulisses, le format de cet épisode diffère un peu des autres, mais les questions initiales étaient les même. Je rappelle également que tous les propos tenus par chaque personne varie selon ses opinions et son vécu propre, donc tout le monde ne sera pas forcément d’accord avec ce qui est dit dans chaque épisode. Mais je vous remercie par avance de respecter les avis qui diffèrent du votre !

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Photo non contractuelle.

Photo non contractuelle.

► En quelques mots, je suis une femme trans qui commence à vieillir sans perdre mon enthousiasme et ma joie de vivre. Pendant longtemps, je croyais que faire plein de chose était perdre mon temps mais ce n’est pas vrai. Faire plein de choses m’enrichie. Je suis écrivain, je suis musicienne, j’aime entreprendre dans tous les sens. J’ai repris une agence d’assurances, j’ai créé une assez grosse association, j’ai bossé pour un homme politique, j’ai bossé pour le gouvernement et la commission européenne. Le truc dont je suis la plus fière, c’est d’avoir écrit mon premier livre. Il s’appelle Thriller Transgenre et ça déchire. Le truc qui me rend le plus heureuse, c’est d’avoir réussi à m’accepter et comprendre que j’étais une femme trans : depuis, je vais beaucoup mieux.

Bon le cis-passing, c’est d’avoir un look de cis. Cela m’apporte énormément. Comme je me ressens femme, j’ai besoin d’en avoir toutes les apparences pour que personne ne remette en question ce que je suis. Or, les femmes cisgenres constituent l’immense majorité des femmes présentes sur terre. Donc, je kiffe d’avoir un cis-passing.

En fait, mon cis-passing me rend heureuse. Mon corps ressemble à mon intimité. Mon corps ressemble au corps du groupe de personnes auquel je m’identifie le mieux : les femmes. Personne  ne remet cela en question ce qui me permet de vivre épanouie au quotidien.

Dans ma vie quotidienne, je vis toute tranquille sans me poser de questions. Je n’ai plus peur de me faire griller par mon apparence ou par mon identité. Je me sens rassurée et libre. Pour y arriver, j’ai tout changé ! Cela s’appelle une performance de genre ! Et j’en suis fière ! Plus que mon corps, j’ai réussi à conformer mon comportement au genre de destination : le genre meuf. D’ailleurs, je me cogne que ce soit un genre cis ou un genre trans : je me sens meuf. Donc oui, j’ai tout changé : voix, corps, vêtements, cheveux, gestes, intonations … seuls mes goûts et mon être profonds sont identiques. D’ailleurs, je ne vois pas le problème à changer tout ça : changer son apparence, c’est cool. L’apparence est superficielle. Aucun problème pour bousculer ma superficialité. Surtout que cela m’aide à me sentir plus proche de moi-même, plus proche de mon ressenti profond, plus proche de mon âme.

Chacun fait comme il veut mais je crois qu’il faut mesurer deux choses : ce que l’on est ; la paix que l’on souhaite atteindre. Et avoir la paix, c’est essentiel. En l’état actuel de la société, se fondre dans le cis-passing est une bonne chose pour avoir la paix. Cela n’empêche pas de militer pour faire valoir un trans-passing plus fluide, moins stereotypé. Mais discretos. Il faut du temps pour faire évoluer les choses. Et pendant ce temps, il faut pouvoir vivre tranquille, sans risques, sans agressions diverses, sans pression permanente.

Il y a un truc qui me gêne, que je voudrais ajouter mais je n’arrive pas à dire quoi. C’est en lisant un article sur les gays qui rejettent les folles (homophobie des folles) que je crois avoir compris.C’est pareil pour l’univers trans. Je n’aime pas les personnes trans binaires qui rejettent toutes les autres façons d’être trans. Je n’aime pas les personnes trans non-binaires qui ont des regards condescendants pour les pauvres trans binaires qui n’ont rien compris à la lutte politique. Or, théoriser sur le cis-passing ou le trans-passing peut facilement conduire à cela, en fonction de ce qu’on est/ce qu’on pense. Le rejet ou l’acceptation des normes n’est pas propre aux personnes trans. Plein de cis aiment déconstruire les codes, plein d’autres s’en tapent, d’autres adorent les codes. En vrai, chacune fait ce qu’il veut et c’est toujours respectable.

Je dis cela parce qu’il y a un réel problème d’acceptation de l’autre dans notre communauté. Au nom des luttes, et c’est comme ça qu’on fabrique les guerres. Or le problème de fond, il n’est pas là : le vrai sujet, c’est que les enjeux sont différents en fonction de ce que tu es. Finalement, une personne trans, ça veut rien dire parce qu’il y a DES transidentités avec des attentes et donc des revendications parfois divergentes.

Je dis tout ça parce qu’en me relisant, j’avais l’impression de me justifier de me sentir bien dans le cis-passing et pour cela, d’essayer de théoriser. Or non. Juste, je kiffe mon cis-passing et c’est comme ça.

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Une réflexion sur “Chroniques Queer #3 : Heloïse

  1. TuttyKroa

    Merci à cette jeune femme pour son témoignage qui, une fois de plus, apporte un point de vue intéressant !
    Je ne comprends non plus pas comment on peut avoir un «  » » »phobie » » » ….

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