Only then can I begin to live again

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Ceux qui me connaissent un minimum m’ont déjà entendu dire que « l’exorcisme j’ai déjà donné, et en plus ça fait mal ». Et suite à une recherche internet moyennement aléatoire, j’ai enfin pu récupérer toutes les pièces pour décrypter le puzzle de cet épisode sombre de ma vie. Ce matin, on parle d’égorger des poulets et de faire sortir les esprits des corps possédés, ça va donner je l’sens…

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Il me semble que c’était durant l’année 2010. Je sortais juste de mon second séjour en hôpital psychiatrique. J’étais au plus bas de ma dépression, et mes parents étaient à la fois paniqués et en proie à un désarroi des plus total. Ils auraient pu faire n’importe quoi juste dans l’espoir que j’aille mieux, et ça tombe bien, ils en ont eu l’opportunité.

Ils étaient en effet, en contact avec un certain « Maitre Ilario », qu’on va appeler Michel, parce que de toute façon il n’utilisait pas sa véritable identité.
Michel donc, était à l’époque le patron d’un club libertin appelé La Villa Panthère, situé à Listrac, dans le Médoc. Il était aussi guérisseur-magnétiseur à ses heures perdues, mais le genre qui craint. Il prétendait pouvoir soigner tout et n’importe quoi, grâce à ses connaissances étendues et ses pouvoirs magiques quasi-divins. Mais sinon il en imposait quand même assez physiquement, plutôt grand, les cheveux noirs et longs, et un look au croisement entre le gothique et le fan de SM, ce qu’il était un peu je pense dans tous les cas.

Et donc un jour, ma maman m’a emmené voir Michel dans son « cabinet » pour que celui-ci me guérisse de tous mes maux. C’est pas super précis dans mon souvenir, mais je me rappelle néanmoins qu’il y avait des sabres japonais un peu partout dans la pièce, et qu’il me posait des questions d’un air très sérieux, et auxquelles je répondais mollement, parce que je n’avais pas envie d’être là.

Après ce rapide entretien, il m’a allongé sur un lit dans une chambre juste à côté, il a passé un sabre autour et au dessus de mon corps, tout en psalmodiant du charabia quelconque. Je me souviens que j’étais quand même pas mal terrifié, et relativement impressionné par le gars, du haut de mes 19 ans à peine. A un moment donné il a fait pression sur un point précis au niveau de ma cheville, et j’ai hurlé de douleur. J’avais la sensation qu’on m’enfonçait un clou chauffé à blanc dans la peau. Tandis que je pleurais et criait, il a passé sa main au dessus de mon visage, d’où s’est mis à couler du sang. Je ne le voyais pas, mais je sentais que du liquide coulait sur mon front, et je voyais ma mère qui pleurait, debout à coté du lit.

Il a alors expliqué que ce n’était pas moi qui était réellement possédé, mais un collier qui m’appartenait qui avait servi de transfert entre le machin démoniaque et mon corps. La joie donc.
Il s’est passé un laps de temps que je ne saurais déterminer, je soupçonne m’être évanoui d’épuisement suite à la douleur et la surcharge émotionnelle. Mais quand j’ai repris à peu près conscience de mon environnement, je me regardais dans un miroir et j’avais effectivement un voile de sang séché sur mon front qui avait coulé en biais sur la moitié de mon visage. Derrière moi, Michel discutait avec mes parents, en leur expliquant que je devrais me débarasser du fameux collier (une réplique d’un pendentif tiré d’un manga en plus), et également prendre des gélules magnétisées par ses soins jusqu’à amélioration de ma condition, et après nous sommes rentrés chez mes parents.

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Ça c’est donc mon souvenir des faits. Et je disais en haut de cet article avoir fini par découvrir toutes les pièces du puzzle, alors accrochez vous parce que ça devient encore plus absurde.

A mesure de mes recherches d’articles de journaux sur les internets, j’ai pu donc lire qu’il faisait jaillir du sang de poulet d’une de ses bagues, ce qui explique beaucoup de choses, qu’il touchait une commission du fournisseur des gélules à force d’en refourguer à tous ses « clients », et que celles ci n’étaient rien d’autre que des compléments alimentaires sans réelle incidence sur la santé.
J’ai cependant eu du bol d’être aussi jeune parce que Michel prescrivait parfois des séances de fanfreluches avec lui sous argument que « ses fluides avaient des vertus de soin ». Ouais, c’est carrément dégueulasse.
Pour ce qui est de la douleur dans ma cheville, je soupçonne une simple connaissance des points de pression, ou encore de vagues notions en acupuncture. Après tout, si Michel avait une passion pour l’Asie et le Japon, posséder des bouquins sur la question ne me choquerait pas plus que sa collection de sabres.

Enfin bref, je finis sur cette expérience relativement traumatisante, avec le fait que Michel a été condamné l’été dernier à 5 ans de prison, dont un avec sursis pour «abus de faiblesse, agressions sexuelles et exercice illégal de la médecine ».

Et ça, c’est le karma. Enfin, si vous y croyez quoi.

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Chroniques Queer #5 : Charlie

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Yo ! Vous allez bien? Je l’espère en tout cas. Comme la semaine dernière ya deux semaines,  désolé pour le contretemps, on se retrouve ce mercredi jeudi finalement, pour le nouvel épisode des Chroniques Queer !
Et cette semaine, nous reçevons une personne qui s’identifie comme « queer » justement, comme les choses sont bien faites pour une fois! Bref, trève d’introduction obligatoire, je laisse soin à cette personne de se présenter.

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Photo non contractuelle.

Photo non contractuelle.

► Bonjour ! Je m’appelle Charlie, dans la vie je dessine et je glande sur internet. Et je suis non binaire. Dans mon cas, ça signifie que je suis ni meuf ni mec, peut-être autre chose, ou entre les deux. Ça se précisera éventuellement avec le temps. En attendant, je dis «queer» et j’y réfléchis.

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♦ As-tu effectué des modifications notables dans ton apparence/attitude après avoir pris conscience de ton identité? Ou au contraire n’a touché à rien, parce que tu te sentais suffisamment bien tel quel?

► C’est une réalisation sur le long terme, en fait, de dépatouiller un peu ce qu’est mon identité. Et c’est toujours en évolution.
Mais, disons que j’ai pris des mini libertés dans mon expression de genre. Je me suis procuré un binder par exemple, et je choisis des fringues peut-être un peu plus diverses qu’avant (remarquons que je suis toujours habillé-e des 4 même machins, malgré ce stock glorieux). Je suis AFAB (assigné-e femme à la naissance), et je venais déjà d’une culture lesbienne/«butch», donc je pense que les gens me perçoivent comme ça quand je m’habille de manière considérée comme plus «masculine».
Mais à vrai dire j’aime différents trucs, sur le plan vestimentaire, et même si je regrette parfois d’être invisible, je ne vais pas me priver d’être féminin-e quand j’en ai envie. Moi je sais où je me situe. Je ne suis pas moins queer les jours où je porte des talons, et pas plus les jours où je suis en binder. Donc oui, parfois on veut faire savoir au monde que les identités des gens ne sont pas forcément celles qu’on croit, et on se sent mieux dans certaines fringues. Et aussi des fois, il fait 10 degrés et t’as envie de mettre des vêtements mous et chauds et tu t’en fous. Je sais que c’est aussi un privilège, d’avoir des jours où je me fiche d’être mal lu-e dans mon identité, et que c’est différent pour tout le monde.
Bref, tout ce que je veux dire, j’imagine, c’est qu’il ne faut jamais présumer de l’identité de quelqu’un uniquement sur ses vêtements. J’peux être une personne transmaculine en jupons, voilà tout.

Aussi, petit aparté, mais on se figure que «l’androgynie» (sur le plan esthétique) c’est une sorte d’idéal tendant vers le masculin, habillé de noir, mince et blanc-he. Et autant ça convient à plein de gens, autant l’androgynie peut être plein d’autres choses, que ce n’est pas la seule option. Et que c’est à expérimenter.

Ha, également, pour revenir à la question : j’ai également commencé à utiliser des pronoms différents. Principalement en ligne, parce qu’il est aisé de montrer que je veux être accordé-e comme ça. J’ai aussi commencé à en parler autour de moi aux gens qui étaient susceptibles de le comprendre et de le respecter, donc c’est cool. J’commence tout juste à switcher les pronoms à l’oral en parlant de moi, pour voir.
Comme pour beaucoup de gens transgenres, la question plus «médicale» de la transition se pose. Oui je l’envisage. Non, je ne suis pas moins trans en attendant. Oui, j’ai peur.

Bon, après ce pavé et pour répondre à la question : je me sentirai peut-être parfaitement bien comme je suis sans toutes les considérations de la société sur les genres, qui sait ? Mais on ne vit pas dans ce monde-là, et on en sait rien, donc, oui, j’ai envie d’autres choses, j’ai envie d’être perçu-e comme la personne que je suis. Après, je vais prendre mon temps et je veux être sûr-e que c’est ce que je veux sincèrement aussi.

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♦ Y’a-t-il eu des changements dans l’approche/le comportement/le regard des gens à ton égard depuis lesdits modifications?

► Alors. Il y a des gens dont je sais qu’iels ont, soit compris tout de suite quand je leur ai dit, soit fait le travail sur elleux même d’apprendre et de comprendre. Sûrement des personnes qui ne comprennent pas mais respectent. Et ces gens là donnent des petits signes que leur regard a changé. Changent les pronoms, changent les petits noms qu’ils me donnent. Je sais même pas si c’est répondre correctement à la question.
J’imagine que le grand problème des personnes NB qui «ont l’air» cisgenre, c’est justement d’être reconnu-es dans leur transidentité, ce qui n’est peut-être pas la problématique principale de toutes les personnes trans…

Hmm, sinon, depuis quelques années le harcèlement de rue s’est beaucoup orienté vers « t’façon ça se voit que t’es gouine » et de l’homophobie en général. Sans être tout nouveau pour moi, ça rejoint un peu ce que je disais sur le fait que je suis lu-e comme butch. Donc, hum, j’imagine que c’est un changement.. ?
Je ne vis pas du tout de transphobie directement dirigée vers moi dans la rue, par exemple.
J’essaierai de revenir sur ça plus tard, parce qu’il y a clairement des différences entre mon cas et celui d’autres personnes trans et je ne veux pas les ignorer.

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♦ Ton état d’esprit a-t-il changé quand tu te déplaces dans l’espace public ? Y’a-t-il des attitudes personnelles que tu as dû/souhaité changer?

► Mon état d’esprit, non. Je suis AFAB, toujours perçu-e comme meuf. J’ai toujours peur dans la rue régulièrement, je suis toujours dans la situation dans laquelle sont les filles dans l’espace public (une situation pas géniale, pour préciser).

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♦ Je n’ai pas vraiment de question intermédiaire mais si tu as une remarque pertinente, c’est ton moment.

► Pertinente, je ne sais pas ! Hum, j’ai été plutôt agressifve sur une question, à propos de transition médicale. Je précise juste que… Ce n’est pas facile pour moi d’utiliser le mot transgenre à mon propos. Ça a mis du temps avant de me percevoir comme ça, et beaucoup de gens non binaires ressentent des choses semblables, je crois.

Je sais que la très grande majorité des gens, même celleux qui savent, ne me perçoivent pas comme transgenre. Les gens cis ou trans, d’ailleurs.
Je sais que l’idée que les personnes non-binaires sont «juste cis» est répandue. Je sais aussi qu’il y a plein de manières d’être une femme ou un homme. Je connais des femmes qui sont bien moins traditionnellement «féminines» que moi, et pourtant, voilà : ce sont des femmes cisgenres, à l’aise avec cette identité, et moi ce n’est pas la mienne alors que j’ai «l’air» d’en être.

J’ai entendu reprocher aux non binaires d’entériner des normes de genre figées, de s’inventer des genres, etc… Hey, sans blague. Oui, on invente des genres, ça s’appelle la vie en société t’sais. C’en est pas moins réel, moins vrai pour les gens.
On existe, c’est tout ce que je veux dire. Et on est trans.

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♦ Un dernier mot? Quelque chose qui te semble important? 

► Comme j’ai un peu râlé, parce les non binaires entendent des trucs pas cool, y compris de leur propre communauté, je voudrais bien finir en disant que oui, on a cependant des gros privilèges vis-à-vis d’autres gens de cette communauté [trans].
Déjà, certain-es d’entre nous ne ressentent pas le besoin d’une transition (sociale ou médicale), ou pas «entièrement» (ce qui d’ailleurs peut être le cas de n’importe quelle personne trans). Donc oui on a des privilèges d’avoir l’air cis. Je me fais pas refuser de jobs pour ça, on m’insulte pas dans la rue pour ça. Je ne peux pas imaginer ce que c’est ; mais c’est aussi une souffrance d’être invisible.
Et puis, n’importe quelle personne «pré-transition» peut vivre ça, même si, peut-être les gens non binaires et fluides peuvent parfois être plus à l’aise avec leur apparence… Mais pas toujours.

Je ne sais même pas si ce truc de séparer binaires et non-binaires est pertinent, les gens utilisent les mots comme iels veulent ; je dis juste, j’imagine, qu’on est dans la même communauté. Qu’on ne devrait pas être en train de se traiter les un-es les autres de «binaires» ou de «fauxsses trans»… Right ?
On vit des choses différentes et je ne pense pas que c’est majoritairement à la communauté non-binaire de prendre la parole sur la transphobie constamment. Je pense qu’il faut qu’on soit humbles et qu’on reconnaisse les avantages qu’on peut avoir.

Mais aussi, je refuse de me faire insulter dans mon identité parce que certains jours j’aime mon corps, ou parce que je suis pas «full trans», ou parce que je veux une transition non-binaire. Soyons camarades, merde.
On a une lutte à mener ensemble, contre la transphobie d’état, pour le changement d’état civil, pour des parcours de transition sains, accessibles et non psychiatrisant, pour un meilleur accès aux soins. Pour une représentation dans les médias pas ridicule ou insultante. Pour… tellement de trucs, parce qu’on est tellement loin d’être à égalité.
Je suis désolé-e, je n’ai pas tant parlé aux gens cis qui voudraient comprendre des trucs en lisant mon temoignage, j’espère que ça reste compréhensible.

Un conseil ? Les genres des gens ne sont pas c’que vous croyez. Demandons poliment leurs pronoms aux gens, hackons les normes de genre et informons-nous les un-es les autres. Bisous.

Life couldn’t get much sweeter

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Comme vous le savez peut-être, tous les dimanches, je me rends au Café des Moines pour le karaoké hebdomadaire. Et l’équipe en charge d’animer ledit karaoké, fait aussi des événements ponctuels dans ce même bar. Et donc hier, avait lieu l’élection de Mister Moines, faisant suite à Miss Moines à la mi décembre dernier.
Bon, je vous spoile un peu l’article, mais j’ai gagné le glorieux titre de Mister Café des Moines, ainsi que la superbe ceinture du vainqueur confectionné par l’équipe d’animation en charge de la soirée (Rick Huntertainment).

Du coup, avant de donner mes impressions, je vais vous faire un détail des épreuves de la soirée.

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#1 : Va mettre une culotte !
Il s’agissait d’exposer son plus beau dessous, anonymement, à la vue de tous, mais surtout du jury prestigieux (composé notamment des candidates et lauréates de Miss Moines, et quelques extras). J’avais donc judicieusement choisi un boxer Jurassic World assez badass, qui as beaucoup plu, et que voici :

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Agrougrou

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#2 : He’s got the look
Un classique défilé pour présenter son costume, j’étais un espèce de croisement entre un scout, un enfant de chœur, coiffure à la sortie des jeunesses hitlériennes, et un bras en écharpe parce que j’ai une tendinite. Le tout avec une grosse croix autour du cou, et une bible massive faite maison, qui renfermait en vrai un traité sur les serial-killers.

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#3 X Factor
Il s’agissait de faire preuve d’un talent particulier. Histoire d’être sûr que personne n’ait le même, j’ai choisi de mettre mon poing dans ma bouche de manière violente, ça a marché parce que les gens étaient plutôt impressionnés, et plusieurs m’ont, après coup, demandé comment j’avais découvert ma particularité.
Les autres ont dans le désordre, fait une gorge profonde un peu faiblarde (no offense), une choré improbable, un très classieux tourné de nippies (les cache-tétons), une imitation très convaincante de Renaud, et un cul sec de pichet de bière.

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#4 & #5 Sixième Sens
Deux épreuves consécutives, avec dégustation de trois bières à reconnaître, où j’ai un peu galéré parce qu’avec un seul bras c’était délicat d’écrire et de boire en même temps, donc j’ai mis un peu au pif, mais apparemment c’était à peu près ça. Y’en a qu’une dont j’étais sûr, et les deux autres c’était une chance sur deux quoi.
L’autre c’était un blind-test de plusieurs morceaux. J’ai mis en gras ceux que j’ai reconnu.
Madonna – Vogue
Le générique de Monk
Genesis – Jesus He Knows Me
une chanson extraite des 12 Apôtres – Pascal Obispo
Tori Amos – Crucify
Je crois qu’il y avait un 6e mais j’ai déjà oublié.

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#6 Profession de Foi
Il fallait expliquer pourquoi l’on méritait de gagner, de façon préparée ou improvisée, au choix du candidat. Sur les six candidats, seuls moi et Benjo (terminant premier dauphin) avions préparé à l’avance. Je vous pose ci dessous un extrait de mon discours, où j’ai préféré jouer la sincérité que la lettre de motivation amusante. Même si j’ai inséré un peu d’humour quand même, faut pas déconner. (j’ai changé les prénoms par contre pour préserver l’anonymat de mes potes)

>>> Je tenais à concourir ce soir pour une raison très précise. Certes je n’ai pas le charisme de Michel, ou l’esthétique de Bobby, ou encore l’audace de Kevin. Je ne chante pas Let it Go comme Chantal, et je ne gagnerais probablement pas ce soir la ceinture tant convoitée, même si je soupçonne que la plupart des participants espèrent gagner le mois de consos.
Ce n’est même pas de la fausse humilité, mais une simple conscience d’une certaine réalité.
Mais je tenais simplement à dire, pour rester simple, que le seul fait de pouvoir concourir ce soir, est une sorte de victoire personnelle sur la vie, et que ça me tenait du coup beaucoup à cœur.
[Mots de remerciements à l’équipe, le bar, les copains du dimanche.]

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I WON, BICHES.

Enfin, et seulement enfin, c’était l’annonce des résultats. A mesure que mon prénom ne tombait pas, ma panique montait. Et quand le premier dauphin a été annoncé, que ce n’était pas moi, ce qui signifiait que j’avais gagné, ma joie a explosé. Et j’ai pleuré comme un enfant. Et mon frère Leo m’a pris dans ses bras et m’a dit combien il me félicitait et combien je lui avais apporté encore plus d’honneur qu’il n’espérait.
Beaucoup m’ont exprimé combien ils étaient fiers de moi. Notamment Marianne, moitié du binôme en charge de l’orga, qui était contente que j’ai gagné, parce que deux ans en arrière quand j’ai commencé à venir au karaoké, j’étais une boule d’angoisse et de timidité, et jamais je n’aurais osé ne serait-ce que me présenter à un concours de « beauté ».

Parce que c’est ça qui m’a fait irradier de joie, même si pour beaucoup c’est juste une animation de bar rigolote ou un peu beauf, pour moi c’est une consécration. C’est hyper symbolique d’avoir gagné un concours dans la catégorie homme. D’être publiquement reconnu en tant que tel, sans que personne ne trouve à y redire.

Donc voilà. C’était ma minute gloire personnelle, désolé pour le pavé de 20 km hyper ego-centré. Merci de votre attention !

 

There’s a fork in the road

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En farfouillant de vieilles photos sur FB, j’ai retrouvé des trucs, des choses qui datent de 2008, c’était un peu y’a 9 ans, et j’avais un peu 16 ans.
Et j’ai réalisé que j’étais vachement androgyne à l’époque. Ni vraiment fille, ni réellement garçon. Juste, quelque part au croisement des deux chemins.

Et ça m’a fait d’autant plus bizarre de retrouver ces photos, vu que c’était avant que ma vie ne prenne certains tournants. Médicaux pour la plupart.
Je n’étais pas particulièrement l’insouciance incarnée, puisque j’avais quand même de grosses difficultés déjà à ce moment là. Mais elles n’étaient pas vraiment liées à ma santé, enfin, je l’ignorais encore surtout, parce qu’en vrai il y avait déjà des indices le long du chemin. Je ne m’étais juste pas encore vautré la gueule pour les apercevoir.

Mais ce que je voulais souligner dans ce court article aujourd’hui, c’est qu’en fouillant mes vieilles photos, j’ai réalisé que jusqu’à un certain point, avant même ma réalisation identitaire, jusque dans mon physique, dans ma morphologie, je n’étais pas distinctement défini dans un genre ou dans l’autre.
Il y a vraiment eu un moment où, avec entre autres la prise de poids médicamenteuse, il y a eu un cap, un virage visuel si je puis dire. Et si j’ai aussi indirectement qu’explicitement essayé de lutter contre, en essayant de « faire des efforts » pour me féminiser, mon aspect physique m’envoyait quand même des fax pour me faire comprendre que je n’étais rien de moins qu’un garçon comme les autres.

Et du coup je trouve ça amusant avec le recul, en ayant toute la connaissance actuelle sur mon genre, mon identité véritable, que la si fameuse biologie, c’est du gros flan en fait. Parce que si effectivement y’a des trucs qui ont poussé à des endroits et pas à d’autres, le rendu général extérieur ne s’y conformait absolument pas.

Je repense donc avec un brin de nostalgie à tout ça, et je me dis que si j’avais su à l’époque, tellement de choses auraient été différentes, mais j’en serais probablement sorti moins grandi, si je n’avais pas vécu toutes les épreuves qui arriveraient ensuite.

Voilà. A l’origine je voulais transformer mon sentiment un peu amer en déclaration d’amour à moi-même, mais sans le savoir, j’ai altéré ça en légère introspection. Enfin, ce n’est pas bien grave, le résultat me satisfait suffisamment pour vous en faire part.

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Petit Kao deviendra grand.

Petit Kao deviendra grand.

Tell me about poison

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Ce matin, on s’attaque à un morceau de choix : la liberté d’expression.

Dans tous les débats, en particulier ceux qui sont stériles et/ou amènent à la haine, on entend beaucoup trop l’argument de « tout le monde a droit à la liberté d’expression ». Et il faut traduire ça par « j’ai le droit de dire à peu près tout ce que je veux ».
Sauf que ça ne fonctionne pas exactement comme ça.

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NON.

La liberté d’expression, c’est surtout pour permettre, entre autres, de laisser libre champ à la presse, pour éviter que les informations importantes ne soient muselées. C’est aussi un élément non négligeable qui permet par exemple de faire grève, ou de manifester dans la rue quand on n’est pas d’accord avec les mesures du gouvernement.
Mais la liberté d’expression ce n’est pas un article de loi qui autorise à être un.e enfoiré.e sur les internets et à cracher son venin à tout va sous couvert d’une quelconque liberté [d’absence] intellectuelle.

Bien évidemment, les gens ont le droit d’être haineux, homophobe, transphobe, raciste, bref, la brouette habituelle. Par contre ils ne sont pas tout à fait en droit de le crier sur tous les toits. Pourquoi? Parce que outre le moindre argument de décence humaine, il y a la loi. Et accessoirement j’ai le droit de ne pas vouloir en être inondé sur mon fil d’actualités.

Alors ouais, okay, peut-être que « ça ne fait de mal à personne réellement », vu que ces individus coléreux ne sont juste que des « trolls » derrière leurs écrans. Et je vais revenir sur le sujet dans un court instant.
Je voulais simplement rappeler que l’incitation à la haine est un délit, y compris sur le web. Le code civil évolue avec le temps, et internet et ses dérives existent depuis suffisamment longtemps pour qu’on se soit penché sur la question.

Mais donc oui, l’argument du fameux « troll » est devenu avec les années, l’excuse toute prête pour justifier et passer tout un tas de sales comportements. Ce sont de simples commentaires, jusqu’au harcèlement pur et simple, et en vrai, ça fait du dégât à échelle individuelle. Typiquement, on imagine facilement que le « troll » est une personne, souvent très jeune, généralement dénuée de la moindre once de savoir-vivre. Or, il s’avère que n’importe qui peut se planquer derrière cette désignation. Des gens intelligents, pas forcément mal renseignés, mais qui exercent leur méchanceté gratuitement dans le but unique de nuire, et éventuellement de satisfaire leur ego. Je caricature un peu, mais les conséquences sont là.
Certaines personnes tombent en dépression, se laissent aller à de sombres idées, jusqu’à les mettre à exécution. Le harcèlement ainsi subi peut mener, plus souvent qu’on ne le croit, à des suicides. Personne n’est vraiment à l’abri.

J’avais un jour vu sur un post sur un site, que si les commentaires anonymes sont aussi violents pour celleux qui les reçoivent, c’est parce qu’on les lit avec notre propre voix, dans notre tête. J’ignore si c’est vraiment là la raison pour que les gens internalisent le problème aussi personnellement, mais ça expliquerait beaucoup de l’impact qu’a le négatif sur les internets.

Pour conclure, je dirais très simplement que la liberté d’expression est un outil, pas un passe-droit. Et que celui de garder le silence fait partie de la palette, ce sera donc mon conseil implicite du jour. Bisou !

Youpi! La haine est finie! PARTY SNAKEY!

Youpi ! La haine est finie ! PARTY SNAKEY !!

That ain’t satisfying me

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Un truc que je n’ai jamais compris, et ne comprendrais éventuellement jamais, c’est pourquoi l’adoption est considérée comme un choix secondaire, par défaut, faute de mieux, etc.
Pour exemple, quand on est enfant, c’est une insulte assez couramment utilisée : « de toute façon t’es adopté.e ». Et si cela est un indicateur d’à quel point l’adoption est mal perçue, c’est aussi une façon de faire comprendre aux enfants adoptés, qu’ils ne sont rien d’autre que des second-choix. Et ça me fait un peu hurler.

Arrêtez moi si je me trompe hein, mais tomber enceinte et garder le bébé, ça ne demande pas des efforts colossaux, sauf cas à part de souci de fertilité ou quoi, mais je vais laisser cela de côté pour aujourd’hui. Donc, faire des gamins biologiquement, c’est assez simple en soi. Alors qu’adopter par contre, c’est une autre paire de manches. Il faut avoir un dossier béton, et voir sa vie décortiquée par des travailleurs sociaux, et tout un tas d’autres personnes, des agents de l’etat etc, afin de s’assurer que oui, vous pouvez adopter. Sans même parler de ceux de l’autre pays si vous souhaitez adopter à l’etranger.

Du coup, après tous ces efforts, après avoir désiré cet enfant pendant de longs mois, voire des années, enfin, il ou elle est là, avec vous et votre compagne/compagnon de vie. Et pourtant, les gens, les autres enfants, la société, ont décidé de vous faire comprendre que cet enfant n’est pas le votre. Il n’est pas né de vos corps joints. Ce n’est rien d’autre qu’un rajout bancal. Il est étranger à votre ADN, et sera donc forcément moins aimé que s’il venait de vous « naturellement ».

C’est ça que je ne comprends pas, sous prétexte que le gamin ne partage pas votre sang, il est donc moins légitime? Moins légitime que celui d’un autre couple, qui est tout aussi possiblement un « accident »?
Non.

Juste, non. Moi je suis pour l’adoption, pour un paquet de raisons. Avant même de réaliser que je ne pourrais pas enfanter de mon propre corps parce que coucou les hormones, j’avais déjà décidé que j’adopterais. Parce que j’ai trop de soucis de santé pour qu’il soit raisonnable de jouer à la loterie de la biologie, et risquer de les transmettre à mon futur enfant. C’est hors de question.

Ça fait des années que je campe sur cette position, si moi et ma future compagne décidons d’avoir des enfants, ceux ci seront adoptés. Et ils n’en seront pas moins aimés, pas moins désirés, pas moins une part intégrante de notre famille sous prétexte qu’ils sont nés de quelqu’un d’autre. Parce qu’ils seront voulus, depuis la première minute d’une conversation qui résulte de la décision qu’éventuellement, on devrait agrandir la famille. Même si l’on doit se battre contre les administrations, même si c’est l’ultime test de patience et de volonté, mais l’enfant ne sera jamais moins légitime que s’il partageait notre sang.

Mais je suis peut-être naïf, et mal renseigné. Cependant, je vote pour que nous arrêtions de perpétuer ce rejet de la différence, quelle qu’elle soit.

Chroniques Queer #4 : Sacha

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Bien le bonjour ! Vous commencez à être habitués, mercredi ça veut dire suite des Chroniques Queer!
Aujourd’hui nous recevons Sacha, une personne agenre, qui me fait le plaisir de se présenter de lui-même dès les premières lignes de notre entretien. Je vous laisse donc l’honneur de découvrir son témoignage.

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Photo non contractuelle.

Photo non contractuelle.

► Je m’appelle Sacha, je suis né dans un corps féminin. Je parle de moi au masculin neutre et j’accepte les pronoms il/lui et elle, avec une préférence pour le masculin quand la personne me connait bien, mais globalement ça n’a pas beaucoup d’importance pour moi tant qu’on ne me sexualise pas. (genrer n’est pas sexualiser, pour rappel.)
J’ai pris conscience vers mes 14 ans que je n’aimais aucun genre que me proposait la société et j’ai décidé au lycée de laisser tomber ça derrière moi. A cause d’un partenaire j’ai été forcé de rentrer de force dans un rôle sur-féminisé et hyper sexualisé dans lequel j’étais en souffrance.
Depuis, j’ai envoyé à nouveau valser tout ça. Et ça m’a fait du bien.

Il faut savoir que cette non-binarité est quelque chose qui est en moi depuis toujours, mais ce n’est pas un big deal pour autant. Je n’ai aucune revendication, aucun combat par rapport à ça. Je l’avais déjà imposé à mon entourage avant de savoir ce qu’était la non-binarité. Je n’ai rien de vraiment féminin si je ne le désire pas, et un passing masculin correct quand je le veux. Je ne demande aux gens ni de comprendre ni de tolérer, c’est juste entre moi et mon acceptation de moi-même. Les gens qui ne veulent pas comprendre ou pas accepter sont simplement laissés de côté. De plus, je tatoue, donc j’ai un rapport très proche avec ma clientèle et je ne les mêle pas à ça. Je ricane juste quand on me demande si « c’est pas trop dur pour une Fâme de tatouer » que je ne me sens pas concerné.
Et puis faire 1m85 et avoir l’air peu aimable m’aide énormément.

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♦ As-tu effectué des modifications notables dans ton apparence/attitude après avoir pris conscience de ton identité? Ou au contraire n’a touché à rien, parce que tu te sentais suffisamment bien tel quel?

► Ayant été élevé par une mère qui m’a choisi mes fringues jusqu’à 14 ans (salut à toi, robe bleu ciel à col Claudine, puisse tu croupir au fin fond d’Emmaüs) mais qui m’encourageait à me battre comme un garçon, et par un père qui pensait essentiel que je sache tailler du silex, faire du feu et tirer à l’arc, disons que… je n’ai jamais été ni vraiment fifille ni vraiment garçon manqué.
Je m’habillais toujours en terne jusqu’à mes 14 ans, bleu foncé, gris, marron… Puis quand je me suis un peu découvert j’ai mis du noir, et de la résille. Je voulais être Brian Molko (chanteur de Placebo). Je m’habillais d’un t-shirt et d’un jean. Noirs. Toujours. Je n’ai jamais compris l’intérêt de montrer ma poitrine parce que pour moi elle n’avait aucune importance, vu que je n’étais pas une fille. Et que je ne voulais pas être sexualisé comme un individu féminin.
Donc jusqu’à ce que je rencontre un mec qui me considère comme sa poupée et qui pensait qu’il était de son devoir de faire de moi une vraie Fâme, j’étais bien dans ma peau.
Cette sur-féminité s’est accompagnée d’une sur-sexualisation et m’a amené à me représenter en tant qu’objet. Mais ce n’était pas moi. Du tout.

Quand je me suis réveillé, j’ai pété un câble, j’ai jeté toutes mes fringues au fond d’un placard qui sert de lit à mes chats et je suis allé dépenser des sous pour m’offrir des tank tops de mec pour aller avec mes leggings galaxie. Je m’habille absolument comme je veux, avec les fringues que je veux, tout est ouvert pour moi. J’ai les cheveux roses, je porte des salopettes de garçons, je ne me maquille pas toujours…
Je fais ce que je veux. Je n’ai pas forcément le temps de prendre soin de moi avec mon boulot, mais quand je le fais je suis quelqu’un de plutôt chatoyant. Mais en noir.

Par rapport à mon attitude, comme dit précédemment, je suis quelqu’un de calme et comme je ne mets pas en avant mes « attributs » rien n’a changé.
Je vais me faire réduire la poitrine également, parce que je n’en ai rien à foutre et que c’est la seule chose qui me met réellement mal à l’aise. Et c’est plus parce que je préfère un physique le plus asexué possible qu’une question de passing.

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♦ Y’a-t-il eu des changements dans l’approche/le comportement/le regard des gens à ton égard depuis lesdits modifications?

► Le respect.
Plus personne n’ose s’adresser à moi en mettant en avant mes ovaires/nichons/etc. On me voit avant tout comme un être humain.
Quand aux crétins qui oseraient quand même me rabaisser parce que ce jour là, je porterais un mini short (pas de jupe, jamais, never, no way), il faut savoir que je peux très vite être pas sympa. En société, ça ne s’est jamais mal terminé pour moi en règle générale.
Mais comme dit plus tôt, la taille et les new rocks en métal aident peut-être un chouilla.
Je sais que je présente ça avec un peu d’agressivité, mais si la majorité des gens sont très pacifique il faut savoir que pas toujours et j’ai suffisamment été agressé sur mon identité dans ma jeunesse pour toujours envisager de me défendre.

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♦ Ton état d’esprit a-t-il changé quand tu te déplaces dans l’espace public ? Y’a-t-il des attitudes personnelles que tu as dû/souhaité changer?

► Je n’aime pas l’espace public. Parce que 1m85, et les cheveux roses.
L’espace public revient pour moi à aller d’un point A à un point B, toujours avec des écouteurs et le plus souvent j’ai du boulot ou des courses à faire. Je ne me cache pas mais je ne cherche pas la merde, et ce depuis le lycée. Et ce n’est même pas une question d’identité, mais un gothique seul dans Bordeaux? Ha.
Quoi qu’il arrive je dois faire attention par où je passe et à quelle heure, et avec mes fringues, je serais un mec cisgenre que ca serait pareil. Néanmoins, j’ai moins de harcèlement sexiste. C’est un progrès… je suppose.

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♦ Je n’ai pas vraiment de question intermédiaire mais si tu as une remarque pertinente, c’est ton moment.

► Le gros problème en vrai, c’est de parler de soi aux gens qui ne nous connaissent pas. Surtout à l’écrit. Je parle de moi au masculin. Donc on m’a parfois corrigé.
En général j’ignore, parce que me forcer à écrire au féminin me donne l’impression de dire « ha ouais pardon, regarde, je remets mon soutient gorge et du rouge à lèvres, je reviens » et ça me lasse.
Ah et beaucoup de gens pensent que je suis un homme via internet et mon Facebook de travail.
Ça m’arrive aussi beaucoup de parler de moi au féminin quand j’aborde cette partie de ma personnalité, mais en aucun cas les deux côtés ne sont dissociés. C’est juste que le non-genre est plus facile au masculin.
Néanmoins quand je réalise qu’on me regarde d’une drôle de tronche parce que je parle au masculin en racontant des histoires de coupe menstruelles, c’est totalement priceless.

Mais le vrai problème d’être agenre?
Ne pas savoir si on joue male ou female dans les RPGs.
(Mais pour être clair, j’ai pris female dans Mass Effect et male dans Dragon Age et dans Fallout.)

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♦ Un dernier mot? Quelque chose qui te semble important? 

► Je ne connais pas vraiment d’autres personnes agenres.
Je n’ai pas cherché à en rencontrer. Non pas que je m’en fiche, mais je n’ai jamais eu besoin d’une communauté, dans aucune des mes activités. Je préfère rechercher la diversité parmi mes amis et mes contacts. Donc je ne parle pour personne d’autre que moi-même.
Ce que je vais dire va forcément fâcher des gens, mais des gens que je ne connais pas, donc je m’en cogne un peu.

J’ai la chance d’avoir un parcours identitaire excessivement non violent. Et je sais qu’on me le reproche. Quand on essaie de me mettre de force dans un genre, je m’en vais. Et je préfère la pédagogie au combat. Parce que même si c’est pour « défendre » mon genre (ou plutôt mon non genre), je n’ai pas de rancœur ou d’amertume quand les gens refusent de me reconnaître, étant donné je considère sincèrement que 99% de l’humanité ne vaut pas le coup d’œil, et que je me fiche quasi totalement des êtres humains vivant sur la planète tant qu’ils ne sont pas dans mon cercle.
Je ne suis d’aucun combat à ce sujet autre que le droit à choisir son identité parce que j’ai laissé tomber il y a longtemps. Je ne revendique rien parce que ça ne regarde que moi. J’agis au delà des carcans de genre parce que je ne suis d’aucun genre. Parfois on me le reproche. On me dit que je ne suis pas un-e « vrai-e ».
Mais je ne vois pas en quoi avancer avec de la haine aide qui que ce soit.
Moi personnellement ça me ralentit. Je ne vais pas ruminer les pensées de gens qui me veulent du mal, je préfère avancer pour moi.

Beaucoup de gens, cis/non-cis sont dans une guerre effrénée les uns envers les autres, et on me demande souvent d’avoir un avis parce que je suis « non-cis. »
Mon avis personnel c’est que le genre est une illusion sociale, pourquoi est-ce que je prendrais le parti de qui que ce soit pour défendre cette illusion? Au delà de toutes ces considérations, je comprend qu’on veuille défendre son droit à l’identité, pour le coup, ça je le défend aussi, mais détester un côté ou l’autre de la barrière des genres, des assignations, c’est au delà du stérile. Haïr une personne parce qu’elle est née comme ça c’est juste de la haine et la haine est beaucoup plus ravageuse que mon égoïsme.

L’acceptation. Voir quelqu’un au delà de son genre, de son apparence pour la voir en tant que personne aide à la discussion. Même avec une personne qui n’est pas d’accord avec vous. Respecter son « ennemi » parce qu’on se respecte soi et qu’on ne veut pas devenir le reflet de la haine qu’on voit dans le regard du mec d’en face c’est aussi important… Bref. Je prêche dans le vent.
Mais c’était important de le dire.

Une dernière chose.
Acceptez-vous. Décidez de qui vous êtes. Il n’y a que vous qui sachiez qui vous êtes. Nous sommes tou.te.s voué.e.s à évoluer, à changer. S’accepter malgré le passing, revendiquer son identité parce qu’au final tout se passe au fond de nous même c’est la meilleure manière d’évoluer sereinement.

Chroniques Queer #3 : Heloïse

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Salutations, aujourd’hui : troisième épisode de la série des Chroniques Queer !
Dû à certaines raisons d’organisation en coulisses, le format de cet épisode diffère un peu des autres, mais les questions initiales étaient les même. Je rappelle également que tous les propos tenus par chaque personne varie selon ses opinions et son vécu propre, donc tout le monde ne sera pas forcément d’accord avec ce qui est dit dans chaque épisode. Mais je vous remercie par avance de respecter les avis qui diffèrent du votre !

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Photo non contractuelle.

Photo non contractuelle.

► En quelques mots, je suis une femme trans qui commence à vieillir sans perdre mon enthousiasme et ma joie de vivre. Pendant longtemps, je croyais que faire plein de chose était perdre mon temps mais ce n’est pas vrai. Faire plein de choses m’enrichie. Je suis écrivain, je suis musicienne, j’aime entreprendre dans tous les sens. J’ai repris une agence d’assurances, j’ai créé une assez grosse association, j’ai bossé pour un homme politique, j’ai bossé pour le gouvernement et la commission européenne. Le truc dont je suis la plus fière, c’est d’avoir écrit mon premier livre. Il s’appelle Thriller Transgenre et ça déchire. Le truc qui me rend le plus heureuse, c’est d’avoir réussi à m’accepter et comprendre que j’étais une femme trans : depuis, je vais beaucoup mieux.

Bon le cis-passing, c’est d’avoir un look de cis. Cela m’apporte énormément. Comme je me ressens femme, j’ai besoin d’en avoir toutes les apparences pour que personne ne remette en question ce que je suis. Or, les femmes cisgenres constituent l’immense majorité des femmes présentes sur terre. Donc, je kiffe d’avoir un cis-passing.

En fait, mon cis-passing me rend heureuse. Mon corps ressemble à mon intimité. Mon corps ressemble au corps du groupe de personnes auquel je m’identifie le mieux : les femmes. Personne  ne remet cela en question ce qui me permet de vivre épanouie au quotidien.

Dans ma vie quotidienne, je vis toute tranquille sans me poser de questions. Je n’ai plus peur de me faire griller par mon apparence ou par mon identité. Je me sens rassurée et libre. Pour y arriver, j’ai tout changé ! Cela s’appelle une performance de genre ! Et j’en suis fière ! Plus que mon corps, j’ai réussi à conformer mon comportement au genre de destination : le genre meuf. D’ailleurs, je me cogne que ce soit un genre cis ou un genre trans : je me sens meuf. Donc oui, j’ai tout changé : voix, corps, vêtements, cheveux, gestes, intonations … seuls mes goûts et mon être profonds sont identiques. D’ailleurs, je ne vois pas le problème à changer tout ça : changer son apparence, c’est cool. L’apparence est superficielle. Aucun problème pour bousculer ma superficialité. Surtout que cela m’aide à me sentir plus proche de moi-même, plus proche de mon ressenti profond, plus proche de mon âme.

Chacun fait comme il veut mais je crois qu’il faut mesurer deux choses : ce que l’on est ; la paix que l’on souhaite atteindre. Et avoir la paix, c’est essentiel. En l’état actuel de la société, se fondre dans le cis-passing est une bonne chose pour avoir la paix. Cela n’empêche pas de militer pour faire valoir un trans-passing plus fluide, moins stereotypé. Mais discretos. Il faut du temps pour faire évoluer les choses. Et pendant ce temps, il faut pouvoir vivre tranquille, sans risques, sans agressions diverses, sans pression permanente.

Il y a un truc qui me gêne, que je voudrais ajouter mais je n’arrive pas à dire quoi. C’est en lisant un article sur les gays qui rejettent les folles (homophobie des folles) que je crois avoir compris.C’est pareil pour l’univers trans. Je n’aime pas les personnes trans binaires qui rejettent toutes les autres façons d’être trans. Je n’aime pas les personnes trans non-binaires qui ont des regards condescendants pour les pauvres trans binaires qui n’ont rien compris à la lutte politique. Or, théoriser sur le cis-passing ou le trans-passing peut facilement conduire à cela, en fonction de ce qu’on est/ce qu’on pense. Le rejet ou l’acceptation des normes n’est pas propre aux personnes trans. Plein de cis aiment déconstruire les codes, plein d’autres s’en tapent, d’autres adorent les codes. En vrai, chacune fait ce qu’il veut et c’est toujours respectable.

Je dis cela parce qu’il y a un réel problème d’acceptation de l’autre dans notre communauté. Au nom des luttes, et c’est comme ça qu’on fabrique les guerres. Or le problème de fond, il n’est pas là : le vrai sujet, c’est que les enjeux sont différents en fonction de ce que tu es. Finalement, une personne trans, ça veut rien dire parce qu’il y a DES transidentités avec des attentes et donc des revendications parfois divergentes.

Je dis tout ça parce qu’en me relisant, j’avais l’impression de me justifier de me sentir bien dans le cis-passing et pour cela, d’essayer de théoriser. Or non. Juste, je kiffe mon cis-passing et c’est comme ça.