Chroniques Queer #2 : James

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Bonjour à tou.te.s et soyez les bienvenu.e.s dans ce deuxieme épisode des Chroniques Queer !
Cette semaine, j’accueille James, une personne non-binaire AFAB. Il reviendra sur ces termes un peu plus loin dans l’article.

Photo non contractuelle.

Photo non contractuelle.

♦ Tout d’abord, comment définirait tu le cis-passing? Qu’est-ce que ça t’apporte toi personnellement?

► Pour moi, le cis-passing, c’est le fait d’être reconnu comme une personne cis dans l’espace public. Cela peut être valable pour une personne trans ayant commencé une transition et dont l’apparence reflète son genre (ou du moins quelques chose qui s’y rapproche pour les personnes non-binaires par exemple) mais ça peut aussi être valable pour les personnes trans n’ayant pas fait de démarche de transition parce qu’elles ne ressentent pas le besoin ou parce qu’elles sont obligées, un instant de leur vie, à se conformer à leur genre d’assignation.

Je suis une personne non-binaire AFAB (« Assigned Female At Birth » = Assigné fille à la naissance) sous traitement hormonal (testostérone) depuis un peu plus d’un an donc j’ai acquis un cis-passing d’homme. Quand bien même ça ne reflète pas réellement mon genre, ça s’y rapproche bien plus qu’avant et en premier lieu, je vois mon apparence se conformer davantage à l’idée que je me fais de moi depuis longtemps. Au début ça fait bizarre parce qu’en dehors de moi-même et mes ami.es, je n’étais pas habitué à ce qu’on s’adresse à moi par « Monsieur » + adjectifs au masculin etc. Quelque part, j’ai eu le sentiment que ce que je cachais dans mon petit cercle fermé commençait à s’étendre à tout le monde. C’est devenu presque… officiel. Même si bon voilà, les papiers d’identités, eux, restent inchangés.

Et puis je m’y suis habitué et ça passe quand même beaucoup mieux que si on continuait encore à s’adresser à moi au féminin. Alors ça m’apporte surtout beaucoup de joie. Chaque « Monsieur » d’inconnu.es est une petite victoire en soit !

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♦ Qu’est-ce qui as changé dans le regard/l’approche/le comportement des gens à ton égard depuis que tu est plus avancé dans ta démarche de transition?

► Un changement très flagrant c’est le fait de ne plus risquer d’agressions en fonction de mon genre. Étant perçu comme un homme dorénavant, on ne me siffle plus dans les rues, on ne fait pas de remarques sur mon physique etc…

Par contre, puisque je suis en couple avec un homme, je commence à bien ressentir les regards et surtout les insultes homophobes qui fusent. Nous ne sommes plus perçus comme un couple hétéro et ça se ressent aussi.

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♦ De quelle façon ton état d’esprit a changé quand tu te déplaces dans l’espace public? Y’a-t-il des attitudes personnelles que tu as dû changer? [Pourquoi?]

► Mon état d’esprit n’a pas changé. Je pense que j’ai acquis tellement de mécanisme de défenses face aux harcèlements dans la rue que lorsque je me retrouve seul face à un homme dans l’espace public par exemple, je peux pas m’empêcher d’avoir peur. Alors que… Je ne risque plus rien en fait.

J’ajouterai plus généralement que malgré le fait d’arriver à se « fondre dans la masse » des hommes cis, il m’est encore difficile de me sentir à l’aise au milieu d’eux. Il y a à la fois mon vécu passé où j’ai été perçu en tant que femme et mon vécu actuel d’homme perçu en tant que gay qui font qu’entendre des blagues sexistes et/ou homophobes durant des conversations lambda entre z’hommes me font vraiment tiquer. Et c’est difficile de réagir face à ça dans la mesure où quelques part, j’ai peur d’être outé en tant que personne trans et/ou homme aimant les hommes. Ce qui pourrait m’amener de gros ennuis.

Le fait d’avoir un cis-passing amène aussi d’autres soucis : l’administration et toutes situations où tu te dois de justifier ton identité par tes papiers d’identités (jusque-là non conforme à mon apparence). Je vais par exemple me retrouver avec une carte SNCF où figure une photo de monsieur barbu et un magnifique prénom féminin qui ne colle pas du tout. Les agent.es administratifs.ves aussi qui te disent « bonjour Monsieur », visionne ta carte d’identité ou ta carte vitale et font des tronches surprises et finissent par « aurevoir Madame ». Je n’ai pas encore eu affaire à cette situation mais je suis d’ores et déjà très stressé à l’idée de devoir récupérer un colis à la Poste.

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♦ Un dernier mot? Un conseil peut-être?

► J’ai juste envie d’ajouter que le cis-passing n’est pas quelque chose d’automatique ni de recherché par toutes les personnes trans. Car la transition (ou non-transition) est au choix de chacun.e. Mais je dois avouer qu’il nous protège parce que si les personnes cis dans l’espace public ne se doutent pas de notre transitude, on est moins exposé.e à une agression transphobe. On a le choix alors entre s’invisibiliser et se préserver ou être visible mais se rendre vulnérable à de possibles agressions.

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Une réflexion sur “Chroniques Queer #2 : James

  1. TuttyKroa

    Avant tout, merci à James pour ce partage !

    Je souhaiterais réagir sur un point : le harcèlement de rue.
    Effectivement, être une femme (cis, pas cis…) nous procure l’immense joie d’être sifflées dans la rue, insultées aussi (ironie hein, pour le « immense joie », je précise au cas où).
    Je n’arrive pas à concevoir que des humains (si tant est qu’on puisse appeler ces gens là « humains ») insultent, agressent d’autres personnes avec des sentiments, avec un coeur et un cerveau (à se demander si la première catégorie possède cet organe, ou s’il est correctement développé d’ailleurs).
    Je n’arrive pas à concevoir qu’on puisse agresser verbalement et/ou physiquement un couple d’hommes ou de femmes sous prétexte qu’ils « ne rentrent pas dans une case »… mais après tout, c’est (souvent) ces mêmes agresseurs qui vont harceler les femmes dans les rues/transports.

    A James :
    Ne stress pas pour ton prochain passage à La poste, au pire, envoies les chier ^^
    Et à ceux qui t’appellent Monsieur au début de l’entretient et Madame à la fin, dis leur au revoir en disant « Damoiselle/damoiseau ». Même si ce n’est pas méchant (parce que je ne cherche pas la méchanceté, gratuite ou non) cela les fera réagir sur leur façon de t’appeler.
    Parfois, se fier à ce que/à qui tu vois est mieux que se fier à ce que tu lis sur un bout de carton plastifié ou une carte verte…

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