When you believe

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coolchristqa6

J’y ai souvent fait référence, mais quand j’étais enfant, ma mère était Témoin de Jéhovah. Et je voulais aujourd’hui, revenir un peu sur ce que ça impliquait, parce qu’on entend tout et son contraire sur le sujet. Je parlerais de « TJs » dans cet article, par souci de simplicité.

Un truc que j’ai beaucoup entendu étant petit, c’est que ce que l’on ne connait pas ne peut pas nous manquer. Je tends à être convaincu du contraire. Même sans savoir ce qu’impliquait fêter son anniversaire par exemple, j’effleurais quand même du bout des doigts ce que cela représentait. L’argument principal du pourquoi on ne le fête pas chez les TJs, et accrochez vous bien parce que c’est du gros gros flan : c’est qu’en fêtant son anniversaire, on est mis sur un piédestal, or c’est là la place de Dieu, et nous devons rester humbles. Donc pas de gâteau, pas de bougies, pas de chanson, pas de cadeaux.
Même si j’en suis sorti il y a longtemps, ça a laissé certaines traces, par exemple je suis tout spécialement mal à l’aise en entendant la chanson « joyeux anniversaire ». Je suis incapable de la chanter, et j’arrête promptement les gens quand ils essaient de me la chanter.

Vous allez me dire, pourquoi ne pas me rebeller plus tôt ? Pourquoi me suis-je laissé entraîner dans ces conneries jusqu’à mes 14 ans ? Quel a été l’élément déclencheur ?

Etant à l’époque socialement considéré comme une fille, le fait de moi-même avoir un crush sur une autre fille m’a fait réaliser que quelque chose clochait. Et c’est seulement à ce moment là que j’ai souhaité m’éloigner de la religion de ma mère pour commencer à réfléchir par moi-même. Bon bien évidemment, j’ai d’abord considéré être profondément un monstre pendant deux ans, et ça a été très dur. Parce que si j’étais déjà habitué à être différent des autres enfants, je n’avais jamais eu le besoin de vivre dans le mensonge vis-à-vis de ma famille.

Parce que les TJs c’est ça : l’isolement. Avec un programme étalé sur la semaine avec au moins deux réunions de 2h, plus l’étude de livre, et l’espèce de parrainage éducatif religieux dont j’ai perdu le nom, plus la prédication le weekend (quand ils viennent faire chier au porte à porte vous savez). Ça fait déjà au moins 5 jours dans la semaine où tu consacres quelques heures de la journée à cette religion. Et mine de rien, avoir une action quasiment quotidienne relative à une pensée religieuse, ça te force implicitement à centrer ta vie autour de ça. Surtout quand tu es jeune, et que tu es particulièrement sensible au regard que l’on te porte, et affecté par la pression de la congrégation (groupe de TJs local si vous préférez).

Parce qu’à force de côtoyer les mêmes personnes plusieurs fois dans la semaine, tu crées du lien, tu t’attaches plus ou moins à certain.e.s, et tu accordes du crédit à leur opinion à ton égard. Et c’est là que ça devient dangereux. Parce que eux c’est des adultes, établis depuis longtemps dans leur foi, et que leur avis est conséquemment influencé par cette religion. Et que tu as conscience que le moindre écart de ta part, t’apportera des mauvais points de réputation, non seulement à toi, mais surtout à ta famille. Et tu ne veux pas être la source de honte de ta maman.

Etre TJ, c’est avoir une sur-conscience de sa réputation, devoir faire gaffe à tout un tas de trucs qui pour les non-TJ sont bénins. Je ne vous parle pas de trucs genre avoir des rapports hors mariage ou prendre de la drogue hein, non, des trucs bien moins graves, comme fumer des cigarettes, boire de l’alcool, ou flirter. Parce que flirter c’est le premier pas glissant vers la fornication, pour finir par aller en enfer tout ça.

Et respecter Dieu passe par tout un tas de trucs tous plus absurdes les uns que les autres. Du genre ne pas lire certains contenus, ou voir certains films. Par exemple, quand le premier Harry Potter est sorti au cinéma, ma maman a refusé de signer l’autorisation de sortie de l’école, parce que la magie c’est de la sorcellerie, et la sorcellerie c’est pour les engeances du démon.
Autre exemple : les Schtroumpfs, j’avais la collection quasiment complète. Ma maman a fait un grand feu avec les BDs, à l’arrière du jardin, parce que c’est des petits lutins bleus démoniaques, et que Gargamel fait allusion à Satan. J’avais à peine 10 ans.

Je parlais plus haut de l’isolement. Quand j’étais enfant je n’avais pas vraiment d’ami. Parce que j’étais « bizarre ». Parce que les croyances de ma mère influençaient mes choix, quand il y avait un anniversaire d’un camarade fêté en classe, personne ne me surveillait pour être sûr que je ne m’implique pas dans les festivités. Parce que je m’éloignais de moi-même de toute forme de participation. Parce que j’avais la trouille que ma maman ne l’apprenne. Donc je restais au milieu des autres élèves, qui chantaient, mangeait du gâteau, partageaient les bonbons. Et moi j’attendais que ce soit fini, patiemment. Des fois j’allais même dans le couloir entre les salles de classe, à lire un livre en attendant que ça se termine.

J’étais trop petit pour être réellement croyant, mais j’avais le cerveau suffisamment brainwashé pour me tenir à carreau de moi-même. J’étais même capable de réciter des arguments appris par cœur au pourquoi je ne fêtais pas mon anniversaire, ni celui de quelqu’un d’autre.

Je me sentais effroyablement seul à l’époque. Les autres enfants se moquaient de moi, pour tout un tas de raisons, mais surtout parce que j’étais différent d’eux. Du coup, aller aux réunions des TJs, c’était me retrouver entouré de personnes qui, j’en étais convaincu, comprenaient ma différence, étaient comme moi, étaient là pour moi. Même si je savais qu’au moindre écart de comportement, ils me tourneraient le dos.

Je mentirais en disant que je n’en ai rien retiré de bon. Sur la théorie, grandir entouré par les TJs m’a apporté certains codes de conduite, certaines valeurs, certains alignements moraux.
Mais je mentirais aussi en disant que je n’en ai retiré que du positif. Ça m’a aussi construit en étant criblé de doutes, d’angoisses, de manque de confiance en moi et de la crainte du regard d’autrui.

Si je voulais écrire ce pavé imprévu aujourd’hui, c’est parce que j’estime que j’en ai besoin. Il existe déjà une foule de témoignages de personnes ayant grandi chez les TJs, mais je voulais apporter le mien, pas pour justifier quoi que ce soit, mais parce que ça me libère un peu, quelque part.

_

PS : Merci de ne pas cracher sur ma maman dans les commentaires, elle a fait des erreurs, elle en a pris conscience, je lui ai pardonné depuis. Et elle est même un soutien familial dans ma transition. Donc elle aussi, elle a grandi.

2 réflexions sur “When you believe

  1. Je ne savais pas que tu avais grandi chez les TJs. Ce ne fut pas mon cas, mais moi c’est ma tante qui était TJs, et c’est vrai que du coup elle s’est beaucoup coupée du reste de la famille, puisque pas d’annif (pas de Noel non plus il me semble ? En tout cas elle ne venait pas) et ses enfants ont grandit dedans, avec plus ou moins de casseroles derrière.
    Bon, après meme si ma mère est très négative envers les TJs (qui lui ont « pris sa soeur »), je suis plus mitigée, car je sais qu’elle était depressive et avait fait au moins 2 TS sérieuses avant d’y rentrer, et que ca l’a en quelque sorte « sauvée »… Donc.

    Donc tout ca pour dire que je compatis.

  2. TuttyKroa

    Tu ne peux pas t’en « vouloir » d’avoir atteint tes 14ans avant de t’éloigner des TJs…
    L’adolescence est une période où les bouleversements sont assez énormes.

    Sans parler TJs, que je n’ai pas été, j’ai moi même suivi un enseignement religieux (demande que j’avais faite auprès de mes parents quelques années auparavant pour pouvoir apprendre les Religions et me faire, à la longue, mon propre avis). Et comme toi, c’est vers mes 14/15 ans que j’ai commencé à m’en détacher.
    Tout d’abord par incompréhension de certaines choses puis par rejet total pendant un moment… maintenant, je ne suis pas divinement croyante.

    Avec le temps et le recul sur le chose, tout comme toi, je pense que cela n’a pas été trop négatif ni trop positif.
    J’ai certaines valeurs « bibliques » qui me paraissent justes normales (#TuNeTuerasPoint #10commandements #Pourquelamouuuuurquonsaurasedonnernouuusdonnnelenviedaiiimeeeerrr #Petagedeplomb), mais sur d’autres points, je ne comprendrais pas les Trois Religions principales (si je puis dire ainsi).

    ****

    Pour répondre à Sandrine :
    je pense qu’effectivement, la religion peut « sauver » certaines personnes.
    Il n’y a qu’à voir des exemple américains où des prisonniers, des « voyous » se tournent vers la religion pour arrêter et se repentir de leurs erreurs.

    ***

    La Religion, sujet sensible.
    Tu l’as, à mon sens, très bien abordé.
    Encore merci pour ton point de vue Kao !

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