Who do you think you are

Par défaut

Aujourd’hui, un petit vrac matinal d’idées reçues et de phrases pré-faites sur la transidentité, qu’on va ensemble joyeusement déconstruire. Un point de vocabulaire en quelque sorte.

Pavé oblige, voici donc Sir Ian Mckellen en costume de fée.

Pavé oblige, voici donc Sir Ian Mckellen en costume de fée.

  • Les personnes trans changent de sexe
  • Les personnes trans deviennent des femmes/hommes
  • Les personnes trans choisissent/décident de changer

Plusieurs points similaires se cachent sous ces trois phrases que j’ai beaucoup entendu, donc comme je suis econome, je les rassemble pour éviter de me paraphraser.
Déjà, on distingue le sexe (anatomie) du genre (identité), et je vois beaucoup de gens passer largement au dessus de ce point pourtant crucial en termes de compréhension. Alors certes, grâce aux progrès de la science et de la médecine, il est effectivement possible pour une personne trans d’effectuer une chirurgie de réassignation génitale, mais dans la vraie vie véritable, ce que contient ses culottes ne vous concerne pas. On privilégie donc le terme de « genre » pour ce que vous souhaitez exprimer.

Ensuite, on ne « devient » pas une femme alors qu’on était un homme jusque là, et inversement. Pas plus que l’on ne « choisit » ce fameux « changement ». On ne se réveille pas un matin en se disant « oh tiens, j’me farcirais bien des années de combat administratif, juridique et médical, juste parce que j’me verrais mieux avec un pénis plutôt que mon actuel vagin! ». Non. Rien qu’à l’écrire je trouve ça débile, et j’espère que vous trouvez ça aussi absurde en le lisant de votre côté.
Les désaccords identitaire entre mental et apparence physique n’apparaissent pas soudainement à l’age de 28 ans. C’est souvent des sensations et ressentis plus ou moins enfouis et refoulés jusque là, parfois une souffrance depuis de longues années, parfois un énorme déclic qui nous renvoie à un pan entier de compréhension nouvelle sur notre vie passée. Il y a autant de parcours de vie différents qu’il y a de personnes trans.

  • La testo et les oestros font changer magiquement

Alors, oui et non. Il n’y a rien de magique là dedans, et le traitement hormonal n’est pas sans effets secondaires désagréables, que je ne listerais pas ici parce que c’est beaucoup trop long et que personne ne les lirait.

Les changements sont plus ou moins rapides selon les personnes, et si j’ai la chance d’avoir un cispassing correct en seulement quelques mois, ce n’est pas sans efforts non plus. L’identité sociale est avant tout une palette complète d’attitudes et de façon de parler, ou de se tenir, que l’on acquiert mais surtout que l’on analyse sans s’en rendre compte.
Et je dois bien avouer que j’ai dû ajuster certaines choses, plus ou moins naturellement, sans pour autant me fourvoyer vis à vis de ma personnalité. Mais il y a certaines choses que je ne fais plus, certains sujets de conversations que je n’aborde plus du tout, et certains éléments de mon passé que je dois altérer pour que mon discours soit cohérent par rapport à l’apparence que je renvoie.

Et si cela n’est pas forcément un effort colossal quotidien, cela demande une certaine forme de maîtrise et de contrôle constant sur mon discours. Attention, je ne dis pas que j’en perds ma spontanéité et que j’use de manipulation en permanence, je dis simplement que de temps à autre, il me faut bien rester sur mes gardes quant à mes formulations et tournures de phrases.

  • Né.e dans le mauvais corps

Ce point là est un angle de vue très personnel, et je ne dis pas que toutes les personnes transgenre le partagent.
Mais je considère que je ne suis pas né dans un « mauvais » corps, pas plus que je ne vais « changer » ledit corps. C’est une continuité, je garde la même base du début à la fin, simplement, je vais en altérer quelques détails graphiques, disons ça comme ça. Je n’ai pas le « mauvais » corps, simplement des attributs inadaptés à mon identité.
Et je vous dit ça alors que j’ai passé plus de 10 ans à haïr profondément mon enveloppe de chair, et que j’ai encore des gros triggers quand je me regarde dans un miroir. Parce que je n’aime pas ce que je vois, parce qu’il y a des éléments en trop, et je parle de ce que vous pensez autant que de ma ceinture abdominale.
A la limite, j’ai les mauvais papiers d’identité, mais pas le mauvais corps.

  • La chirurgie c’est carrément de la triche [vis à vis des personnes cisgenre]

J’ai entendu cette phrase un jour, avec pour argument suivant que les personnes trans, et spécifiquement les femmes, ont un accès privilégié à la chirurgie esthétique pour remodeler un corps pour le rendre, (je cite) pas plus féminin mais plus beau [selon les standards sociétaux].
D’une part c’est totalement faux, et d’autre part la beauté est complètement subjective. J’admets qu’il y a des critères communément admis, et encore, selon à qui et où on demande, lesdits critères bougent énormément.
Mais bref, la chirurgie pour une personne transgenre n’est pas si accessible que ça, et n’est remboursée que sous certaines conditions très spécifiques, au même titre que pour les personnes cisgenre, en fait.
Donc derrière ce faux problème, si t’es pas content.e, rien ne t’empêche de mettre la main au porte-monnaie, tu t’épargneras les années de suivi psychiatrique que subissent les personnes trans avant de pouvoir passer sous le bistouri, et surtout, tu m’épargneras ton vomi verbal.

  • Cisgenre c’est une insulte (au même titre que SJW)

Non. Ce n’est pas une insulte, pas plus que c’est un mot qui ne sert à rien. C’est tout simplement un rétronyme, c’est à dire un mot ou ensemble de mots créé pour aider à distinguer l’ancien usage d’un mot de son nouvel usage. Pour exemple, on a rajouté fixe à téléphone (téléphone fixe donc), pour le différencier du nouveau téléphone portable. Et je vous renvoie chez ma collègue Lunatopia qui m’a fait découvrir ce terme (rétronyme).

Et maintenant qu’on a la partie de grammaire, laissez moi vous dire en quelques phrases pourquoi « cisgenre » est important. Parce que ça évite d’employer d’autres mots rapidement offensant pour différencier des personnes transgenre. Des mots comme « normal », ou encore « bio ». T’as pas été élevé au grain alors la ramène pas.
Après, si des personnes détournent l’usage du mot cis pour accuser la part non-trans de la population d’être la source de tous leurs malheurs, moi je n’y suis pour rien.

En ce qui concerne le point de Social Justice Warrior, c’est une simple provocation de ma part. Parce que je ne vois pas vraiment où est le souci dans le fait de revendiquer être défenseur d’une minorité, tant que celle ci est d’accord, ou de juste prôner l’égalité et donc de remettre à leur place les personnes qui crachent trop facilement.
Moi je suis Social Justice DPS Distance, parce que je n’aime pas la classe de guerrier, mais c’est un tout autre sujet.

  • Une personne trans est plus mignonne qu’une personne cis du même genre

Ok donc en fait, ça c’est de la discrimination positive. En voulant faire une distinction même la plus gentille soit-elle, on creuse l’écart, et on marque la différence justement.
Il y a toute sortes de corps, féminins comme masculins. Pourquoi chercher à catégoriser au sein d’un groupe mais en s’appuyant sur des clichés et des idées reçues?
Je ne suis pas plus mignon qu’un mec cis parce que je suis trans, tout comme je ne suis pas plus moche qu’un autre. Je suis différent des autres parce que je suis gros, petit, brun, parce que j’ai les yeux marrons-verts. On s’en fout en fait. Trouvez des arguments plus valables que « je suis plus/moins attirant » juste parce que je suis trans.

Il y a autant de mecs trans efféminés que de mecs trans très masculins. Comme chez les cisgenre en fait. Idem du côté des femmes. Idem du côté des personnes non-binaires.
(C’était le point inspiré par Alwa. Il saura pourquoi. <3)

  • Un mec trans c’est plus doux qu’un mec cis, parce que ça a été élevé comme une fille

HAHA ! J’ai tellement de contre-exemples. Referez-vous au point précédent pour la plupart des arguments, mais sinon il y a autant de personnalités différentes qu’il y a de personnes, trans comme cis. Alors on arrête les préjugés deux minutes merci-bisou.

  • Une femme trans n’est pas une vraie femme

Allez, définis moi ce qu’est une vraie femme, je t’écoutes, bouges pas j’attrape le pop-corn.
Plus sérieusement, si on part du principe qu’une personne transgenre n’est pas une « vraie », sous prétexte qu’elle a des « morceaux » de corps différents de ce qu’on attends [par rapport à un.e cis du même genre identitaire], c’est un peu comme dire qu’une personne physiquement handicapée n’est pas une vraie personne, parce qu’elle n’a pas le packaging identique à une personne valide. C’est aussi stupide que méchant, et basé sur des concepts absurdes.
Mais bref.

_

Je pense que je vais m’arrêter là pour aujourd’hui. Je m’étais initialement lancé dans la rédaction de cet article en me disant que ça allait être du easy writing, et que je n’allais pas dépenser plus d’énergie que de temps dessus, et au final je viens de tuer 2h de ma vie, et on sent bien que sur la fin je manquais de concentration. Mais c’est pour la bonne cause.

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.