Ethnologie d’un jeu pourri

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Avec un titre pareil vous vous attendez probablement à ce que je vous décortique le dernier jeu vidéo sorti, alors qu’en fait, pas du tout. Ce dont il s’agit aujourd’hui, est à propos d’une expérience récente autour du fameux « jeu de la bouteille ».

Alors le jeu de la bouteille, c’est quoi ? Et bien il s’agit de s’asseoir en cercle avec une bouteille au milieu, et de la faire tourner jusqu’à ce qu’elle désigne une première personne en s’arrêtant, puis une deuxième après un second tour. Et ces deux personnes désignées doivent alors se rouler des gamelles. Et je ne parle bien évidemment pas de nourriture.

J’ai donc, lors d’une récente soirée, pu jouer à ce fameux jeu, pour la première fois de ma vie.
Il faut savoir que, lorsque j’étais adolescent, je n’étais jamais convié à y jouer, par manque de popularité personnelle. Et ce fut une expérience sociologique assez fascinante, mais pour comprendre pourquoi, il me faut poser un brin de contexte.
Nous étions une dizaine de participants, dont seulement deux filles, et une seule des deux était célibataire. Nous l’appellerons Marguerite, et si elle me lit, elle saura pourquoi (et elle me cognera si elle en a l’occasion).

Marguerite donc, était à ma gauche. Et « étrangement », quand la bouteille désignait très légèrement entre nous deux, c’était toujours pour elle.
Et je parlais plus haut de véritable expérience sociologique, parce que Marguerite, qui n’avait jamais eu l’occasion de jouer plus jeune, pour des raisons similaires à la mienne ; elle et moi donc, nous avons pu constater à quel point ce jeu est probablement le jeu le plus hétéro-centré qui soit.
Parce que si par malheur, le destin –la bouteille quoi– décidait que deux garçons devaient s’embrasser, on assistait alors à une démonstration de testostérone no homo, à base de poignées de mains viriles, ou de câlins où on se tape très fort dans le dos. Vous savez ? Ces tapes dans le dos où plus tu envoie ton pote à l’hosto, moins tu seras considéré comme « pédé ».
Et quand l’un des garçons osait un brin d’audace, si l’autre était embrassé plus ou moins de force, c’était à grands coups d’éclats de rire des spectateurs et d’exagération des protagonistes sur à quel point cela pouvait être une intrusion dégradante et que clairement ils n’étaient pas consentants à être ainsi embrassés. Je grossis un peu le trait, mais l’idée était là.

En revanche, quand Marguerite tombait sur l’autre fille grâce à l’astucieuse désignation par bouteille, quasiment toute l’attention masculine de la pièce était sur elles, qui bien évidemment se faisaient un peu plus qu’une poignée de mains.
Marguerite m’a avoué se sentir un peu comme le morceau de viande de service, tandis que je me sentais lésé par le manque d’action décidé par la bouteille.

A l’arrivée, l’alcool aidant, les lèvres de Marguerite ont rencontré la majorité des bouches des autres personnes de la soirée, à l’exception de deux. Celles de son ex-compagnon, présent pour l’occasion, et les miennes, parce que je suis un gentleman. Et que je me refusais à l’idée que mon premier baiser avec Marguerite soit aussi dénué de sens et d’intention. Mais je suis probablement un grand romantique, dans une période qui n’y est plus trop favorable.

Au final, qu’en conclure ? Que le consentement c’est important, au point que ça devrait être un slogan. Qu’être homosexuel c’est mal vu, mais que les lesbiennes c’est bien plus excitant que réellement dérangeant, enfin, à condition qu’on puisse se rincer l’œil hein, faut pas déconner.
Et ma conclusion est bien évidemment teintée d’un soupçon parpaing d’ironie. Je vous laisse vous faire votre propre opinion.
Le bisou sur vos fronts, et à très vite !

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4 réflexions sur “Ethnologie d’un jeu pourri

  1. guillaume

    1) L’ironie porte elle aussi sur la « valeur d’originalité » de cette révélation ? Parce que bon.. c’est vieux comme le monde que deux femmes= sexy deux hommes= beurk
    2) Est ce que j’ai surestimé ton age, ou plutot celui de tes « fréquentations » ? Il me semblait que tu avais dépassé la vingtaine, suffisamment pour qu’a priori ce type de jeu soit devenu « immature » . Je veux dire, jouer à ca entre ados, c’est excusable, mais entre jeunes adultes..
    Après, je surestime aussi la maturité de gens sans doute…
    3) C’est ce type de comportement (ta description d »entre garcons » est criante de vérité) qui me fait penser qu’on est loin d’avoir vaincu l’homophobie – si elle est de moins en moins exprimable publiquement/ouvertement, ça veut pas dire qu’elle n’existe plus.

    • Petit Kao

      1. Non, l’ironie ne porte pas sur la prétendue « originalité » de la révélation, bien évidemment, mais au contraire sur la légèreté de la conclusion. J’ai écrit cet article en sachant qu’il risquait de fâcher certains présents à cette soirée, donc j’ai essayé de rester neutre au maximum dans mes formulations.

      2. Les gens présents à cette soirée avaient tous en majorité plus de 25 ans, mais effectivement, la valeur des années n’équivaut pas forcément à une maturité égale pour tout le monde. Je trouvais l’idée assez ridicule aussi, mais je me suis laissé porter par le mouvement, en ce qui me concerne. D’emblée je ne joue pas à ce genre de « jeux », principalement parce que c’est relativement puéril, mais la curiosité l’a emportée cette fois ci, je suppose.

      3. Oui, je suis entièrement d’accord. Surtout ces dernières années, il y a une espèce de libération des propos sur l’homophobie, comme si elle se banalisait.
      Pour ma part, ce genre d’actes, vu « de l’intérieur » a tendance à me fasciner légèrement, parce que c’est un angle de vue « nouveau » pour moi. Mais je te le concède, ça craint.

      • Guillaume

        Pour l’ironie, je préfère toujours être super prudent surtout avec des gens et des contextes que je ne connais pas vraiment… :)

        Après, sur l’homophobie – en France – j’ai quand même l’impression que dans le discours public c’est devenu quasiment inexprimable, ce qui fait qu’on pourrait naïvement croire que tout va mieux, mais que les idées individuelles n’ont pas forcément évoluées (voire même si, mais pas en bien)

        (après :
        1) je suis pas concerné par l’homophobie personnellement
        2) j’etais pas en France lors du mariage pour tous
        du coup j’admets tout a fait que mon avis est.. un peu aveugle)

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