We can burn together

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Avant toute chose, et je crois bien que c’est la première fois de toute l’histoire du blog, mais cet article relate d’un sujet sensible, donc Trigger Warning : Sang / Automutilation.
Vous êtes prévenus.

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Ça fait un moment que l’envie me démange d’écrire cet article. En partie parce que c’est nécessaire, ça peut servir à d’autres de le lire, et en partie parce qu’un de mes contacts récents sur les internets trouve judicieux de me signifier dès qu’il réitère la chose. Ça m’inquiète juste assez pour me mettre en colère, et aujourd’hui donc, on va parler un peu de choses sérieuses, notamment via mon expérience personnelle.

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Il y a quelques années de ça, et pas si loin en arrière, je faisais partie de cette catégorie colossale de gens qui s’automutilent. Non pas parce que j’étais adolescent ou autre justification trop facile qui efface la gravité du truc. Mais parce que j’allais très très mal. Ca remonte à l’époque où je ne prenais plus mes médicaments. Parce que je n’avais pas encore compris qu’ils avaient une réelle utilité.

On me disait constamment qu’il fallait que je prenne soin de moi. Et comme j’étais sacrément tordu dans ma façon d’envisager les choses, je me coupais. Parce que dans les minutes qui suivaient, je prenais effectivement soin de moi, en désinfectant, en mettant un pansement et en nettoyant l’objet tranchant, pour le ranger précieusement dans un tiroir planqué.

J’entamais la peau de plus en plus profond, mais toujours en faisant suffisamment attention à ne pas me blesser outre mesure. Je visais d’ailleurs des zones qui étaient constamment planquées, typiquement les jambes. Spécifiquement les cuisses, étaient mon domaine de prédilection.

Mais un jour, pris d’une crise de colère conséquente, j’ai attrapé une des lames de rasoir que je planquais si précieusement, et avec lesquelles j’usais d’habitude de délicatesse. J’en ai attrapé une et j’ai violemment entamé ma jambe, d’un coup sec et imprécis. L’effet a été immédiat. Le sang s’est mis à couler à flots sur le sol, et tout le long de ma jambe. La douleur a été instantanée, brûlante, très vive.
Mes souvenirs sont assez flous à partir de ce moment là, mais je me rappelle avoir couru à la salle de bains, tenter de rincer mes conneries. Ce n’était pas une bonne idée. Le sang s’est mis à jaillir d’autant plus de la plaie béante. Ma vision s’est troublée, je voyais des points blancs un peu partout devant moi, j’ai essayé de hurler, mais le son s’est étranglé dans ma gorge.

Après ça c’est le noir total. Mais c’est la douleur qui m’a réveillé. L’impression que ma jambe pesait une tonne, j’ai essayé de la bouger, et ça m’a fait comme une décharge électrique dans tout le corps. J’ai fini par vraiment ouvrir les yeux, et j’ai compris. Mes draps étaient maculés d’un rouge très sombre, et j’avais du sang coagulé sur la jambe et sur mes mains.
Je suis sorti de mon lit, et j’ai pu observer que j’avais ruiné la moitié de l’appartement en m’ouvrant ainsi la cuisse. J’ai attrapé mes draps dans le but de les jeter par la suite. Faisant à l’époque la lessive chez mes parents, il était hors de question de les confronter à ça.
La plaie a mis plusieurs semaines à réellement cicatriser, et arrêter de se rouvrir au moindre mouvement.

Bien évidemment, je ne vous raconte pas tout ça sans raison.
Je voulais revenir au passage entre le moment où j’ai eu ce geste malheureux, et le moment où je me suis évanoui. Je n’avais qu’une pensée en tête pendant ce laps de temps. Comme une alarme tonitruante :  Je vais mourir. Je vais vraiment mourir.
Et si j’avais effectivement fantasmé un passage à l’acte pendant de longs mois, ce que je prenais alors pour un potentiel soulagement, n’aurait pas pu être aussi éloigné de la vérité.
J’avais la trouille. Une peur enfouie si profondément qu’elle refaisait alors surface. Je ne voulais pas vraiment mourir finalement. Pas comme ça. Pas si jeune, pas aussi seul, éloigné de tout. Je ne voulais pas qu’on finisse par découvrir mon cadavre plusieurs jours après mon suicide involontaire.

J’ai eu vraiment très peur ce jour là. D’effectivement crever alors qu’il me restait tant de choses à faire, à découvrir, à rencontrer, à vivre, pétard.
Ce n’est pas réellement ce jour là précisément où j’ai repris goût à la vie, mais c’est bien cet épisode qui m’a fait arrêter de m’entamer la chair inutilement. Parce que ça ne soulage rien du tout, ou alors de façon bien trop temporaire. C’est ce jour là où j’ai décidé que finalement, j’allais me battre pour rester là, parce que la vie est déjà suffisamment courte pour ne pas en plus la raccourcir soi-même.

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Je sais, ça semble facile à dire comme ça. Mais j’ai pleinement conscience que mes années de « sobriété » ne seront pas éternelles. Parce que, de la même façon que pour la drogue, on garde constamment cette petite faiblesse sur le sujet. On n’est jamais à l’abri d’une rechute. Et ce n’est pas grave en soi. L’important étant de toujours se relever, admettre qu’on a merdé envers soi-même, et essayer de ne pas recommencer le plus longtemps possible.

Restez en vie. C’est pas toujours chouette la vie, mais des fois, ça vaut carrément le coup.

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