Banging the drums like there’s no tomorrow

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Y’a des fois, j’ai envie de poster des selfies, pas quotidiennement mais presque. Mais concrètement, tout le monde s’en fout.
Mais derrière toute ambition égocentrique, moi aussi j’ai envie de me trouver beau. Sans vouloir aller à la pêche aux compliments, j’ai pleinement conscience que je ne correspond en rien aux standards de beauté actuels.

Grandir en sachant qu’on n’est pas un canon n’est jamais agréable. Etre quotidiennement raillé pour son physique, de la simple remarque jusqu’à l’insulte gratuite, ne permet pas d’acquérir énormément de confiance en soi. Et forcément, malgré le fait que les années passent, j’ai toujours un cruel manque de self esteem.

Et à partir de là, ça pose quelques petits problèmes dans la vie de tous les jours.

On va commencer par l’incapacité à recevoir un compliment. Ça peut sembler stupide dit comme ça, mais il existe des personnes, qui sont incapables d’entendre un compliment qui leur est adressé. Immédiatement, c’est la gêne, le besoin viscéral de changer de sujet, ou faire une blague pour détourner l’attention. C’est encore plus angoissant quand les gens insistent. Tout simplement parce que quand on t’as habitué à être insulté sur ton physique durant toute ta croissance, et un peu après probablement aussi, tu finis par te convaincre que effectivement, tu es visuellement dégueulasse.

Dans le même ordre d’idée, quand on me fait un compliment sur mon physique, et spécifiquement sur mon physique, j’ai toujours l’impression qu’on se fout de moi. J’attends le moment où le couperet du « non je déconne » va tomber.
Comprenez bien, on parle ici d’années à être harcelé parce qu’au hasard, on est gros/petit/binoclard/intelligent/naïf/introverti, bref, rayez la mention inutile quoi. Et forcément, ça laisse des traces. Et quand bien même une fois adulte, on se prend de temps à autre une remarque désagréable, par un inconnu dans la rue qui se permet de donner son avis sur notre apparence, même si c’est blessant, quelque part, ça conforte dans l’idée qu’on a raison, que les gens se moquent de nous, qu’on est forcément vilains. Et c’est un cercle sans fin.

Je vous vois sourire, parce que c’est sûrement assez naïf comme « problème », mais en vrai ça peut prendre de sales proportions, jusqu’à même être reconnues (bien que difficilement en pratique) par la médecine moderne. On parle alors de Dysmorphophobie, ou dysmorphobie, ou encore Body Dysmorphic Disorder et qui n’est pas un terme si récent que ça au final (Wikipedia vous confirmera tout ça).
Le principe de ce trouble, dans un spectre assez large de variantes et de degrés, c’est que l’on se voit laid, et/ou excessivement difforme. Ça englobe aussi tous les soucis de mauvaise perception corporelle et de l’image de soi erronée. Concrètement, se regarder dans le miroir devient une véritable épreuve, également le fait de se mouvoir dans un espace.

Je sais que chez moi, ça se traduit par une très mauvaise notion de la place que j’occupe. Je passe mon temps à me cogner dans les encadrements de portes et à me vautrer en montant des escaliers parce que j’ai posé mon pied trop en avant et j’ai buté contre la marche.
J’ai pris tellement de poids en tellement peu de temps quand j’ai commencé à être sous traitement médicamenteux, que je n’ai jamais véritablement réalisé à quel point le corps qui était devenu le mien était différent d’avant cette prise de poids en question. Et même si cela date d’il y a plusieurs années, ma perception de moi-même est restée altérée. Je n’ai d’ailleurs jamais possédé de miroir intégral, seulement ceux de salle de bains où on ne voit que le visage, et je n’ai jamais vraiment réussi à m’habituer à mon corps. Du coup, je me perçois bien différemment d’à quoi je ressemble, et quand je croise mon reflet, j’ai toujours un léger mouvement de recul, parce que je ne reconnais pas ce que j’observe, et j’ai une certaine difficulté à associer l’idée que ce que je vois, c’est moi.

C’est d’autant plus disproportionné avec la dysphorie.
La dysphorie (ici, de genre) c’est le sentiment d’inadéquation entre son corps et son identité. C’est un trouble identitaire commun aux personnes transgenre.
Et donc, malgré le fait que depuis que je sois sous traitement hormonal de substitution (THS, sous testo dans mon cas), ce qui apaise un peu ma dysphorie; il y a une différence bien distincte entre comment je me perçois, et ce à quoi je ressemble véritablement. Et c’est d’autant plus difficile à appréhender puisque avec le THS, mon corps continue à changer physiquement à mesure que les semaines s’écoulent, sans que je ne parvienne à véritablement observer lesdits changements.

Du coup, et je passerais rapidement sur mon dernier point, reste la question de plaire à autrui. Parce que si l’on récapitule : entre l’incapacité à entendre un compliment, la perception personnelle altérée et l’absence totale de confiance en soi, la question de la séduction devient un véritable challenge.

Et encore une fois je n’ai pas la réponse à mon interrogation finale. Mais je dirais que, si certes apprendre à s’apprécier avant de pouvoir prétendre l’être par quelqu’un d’autre est une réalité; qu’on ai ce besoin que l’on nous prouve qu’on est capables d’être aimés par d’autres, en est également une (de réalité).

N’oublions pas que chacun fonctionne différemment, avec ses bagages, et ses troubles divers et variés, qui sont suivant le cas, à prendre en compte avec une certaine délicatesse.

Sur ce, je vais aller prendre un énième selfie, pour me rassurer.

It will not erase things

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Ce matin, je voulais parler d’identité, et plus précisément des faux pas en la matière. Vous allez vite comprendre.
Enfin, je dis ce matin mais personne n’est dupe, j’écris ceci en plein milieu de la nuit après avoir passé 5 jours à me recaler tant bien que mal. Tout ça pour ça.

J’ai l’impression d’avoir déjà abordé le sujet, mais je crois que c’était sur Twitter, donc je me permets d’extrapoler aujourd’hui sur le blug. Et si jamais ça fait redondant avec un ancien article, au pire, quand c’est important, ce n’est jamais grave d’insister un peu. Enfin, j’espère.

Dans les premiers mois du début de mon parcours de transition, ce qui remonte à il n’y a pas si longtemps, j’angoissais, pour à peu près tout et n’importe quoi. Et un item en particulier me revenait souvent à l’esprit. C’est une angoisse parfaitement irrationnelle, à priori, mais en fait pas tant que ça.

Souvent quand j’écris vite, surtout sur les réseaux sociaux, je ne me relis pas spécialement, ou alors juste après avoir appuyé sur « entrée ». De ce fait, j’ai souvent eu l’angoisse de m’être mégenré tout seul, et de pourrir ainsi ma crédibilité.

On va donc faire un petit point de vocabulaire avant de revenir à la suite, surtout que ça me permet d’étoffer mon article, double win!

Mégenrer: De la contraction « mal genrer ». Action consistant à utiliser les mauvais pronoms en parlant d’une personne ou en s’adressant à elle. Exemple concret: dire « salut mec » à une fille. Ça s’appelle mégenrer la personne. Considérer cela comme anodin est une sorte de privilège de cisgenre, parce que concrètement, une femme cis à l’aise dans ses baskets concernant son genre de naissance, s’en balance pas mal d’être appelée monsieur, et inversement. Mais pour une personne transgenre, cela la ramène à la condition de personne trans, et très vite, les amalgames mentaux se font. On invalide son identité, elle n’est pas « une vraie femme », etc.
Et je n’exagère pas, quand on vit dans l’angoisse perpétuelle d’être « perçu.e comme différent.e », nos conclusions vont vite vers le pire.

Mais revenons en au sujet, avant que je ne m’égare dans mes définitions.

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Je disais donc, juste avant de m’interrompre tout seul, que y’a encore quelques mois, j’angoissais tout seul de peur de m’auto-mégenrer. Parce que je considérais alors, que si même moi je me plantais, alors je validais les gens qui me mégenraient volontairement, parce que je n’avais alors aucune légitimité à leur en vouloir.

Parce que, après des années de conditionnement et de refus en bloc de mon identité, forcément, il y  a des réflexes qui demeurent.
La réponse à cet article tient en quelques mots simples: la force de l’habitude.
Le fait de me planter en parlant de moi au passé invalide-t-il mon identité? Non.
Est-ce que du coup ça autorise les autres à me mégenrer aussi puisque j’en arrive moi-même à me vautrer? Non plus.

Avoir passé une majeure partie de sa vie coincé dans une identité qui n’est pas la notre, ça laisse des traces, et parfois, il y a des tics linguistiques qui restent. Ça n’invalide rien du tout. C’est juste là une preuve que nous avons dû combattre férocement pour nous affirmer.

megenrer

Poussons nous dans les escaliers

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Coucou.

Coucou.

Il y a quelques années de ça, je m’en souviens distinctement, c’était une nuit de Noël. Mes sœurs et moi étions rentrés chez nos parents pour l’occasion. Et j’avais hérité du clic-clac dans la chambre de ma maman. Mais voilà. Je mets du temps à m’endormir, et le temps de commencer à fermer les yeux, ma mère s’est mise à ronfler. De plus en plus fort. J’avais les jambes qui en crispaient d’énervement. Moi aussi je voulais dormir. La fatigue n’aidant pas, les ronflements de ma maman en devenaient insupportables. Je me voyais en boucle me lever et l’étouffer avec mon oreiller, pour enfin obtenir le silence, et pouvoir pioncer paisiblement jusqu’au lendemain. Mes crispations ont commencé a atteindre les mains, puis les bras. Et la boucle mentale n’en finissait pas.
J’ai donc judicieusement fini par me lever et aller dehors, respirer un grand coup d’air frais de fin décembre, puis je me suis calé sur le canapé du salon pour passer mes nerfs sur un jeu vidéo.
A ce jour, ma mère est encore en vie. Et tous les noëls, je dors dans une pièce isolée des ronflements.

Et ceci n’est qu’un des innombrables exemples qui ont pavé ma vie jusqu’ici. Car je souffre, entre autres joyeusetés, de ce qu’on appelle les phobies d’impulsions. Il s’agit d’un Trouble Obsessionnel Compulsif (TOC) issus des troubles anxieux. Dans un article sur le sujet que j’ai lu ailleurs, une étude menée en 1998 révèle qu’entre un quart et un peu moins d’un tiers de la population souffre de ce trouble, selon la nature de l’impulsion (respectivement agressive et sexuelle).

Et j’ai mis plusieurs années à comprendre et appréhender le phénomène. Ce n’est que l’an dernier, en discutant avec ma psychologue et en finissant par lui avouer ces espèces de désirs enfouis qu’elle m’a expliqué la nature de ces images mentales. Et ça peut sembler bête, mais savoir que quelque chose porte un nom, ça permet de rationaliser, de se dire que c’est reconnu, que ça existe, qu’on est pas tout seul, qu’on est pas cinglés, tout du moins pas à ce point.
Elle m’a aussi expliqué que, plus les images sont fortes, moins on a de chances de les mettre en oeuvre. J’ignore si c’est vrai, mais ça a eu le mérite de me rassurer. Peut-être parce que plus l’on lutte contre quelque chose, plus fort la porte nous revient dans la gueule. Et là ça serait la même chose. Si on était réellement enclin à poignarder son coloc pendant qu’il passe derrière alors qu’on découpe le poulet, les suggestions psychiques n’auraient pas besoin d’être aussi viscérales, aussi flashantes.

Je sais également que, généralement, les images sont d’autant plus tordues qu’elles s’éloignent de notre ligne de conduite. Typiquement les grands sujets tabous y passent aussi, avec l’inceste et la pédophilie. Et c’est d’autant plus difficile à vivre, car c’est souvent largement au delà des limites que nous nous imposons, et c’est pour cette raison que c’est un trouble, et non pas un simple désagrément occasionnel. Moi, j’essaie de me raccrocher à l’idée que plus cela me semble apparaître comme envisageable, moins il est probable que je le fasse réellement.

Après, c’est toujours délicat de parvenir à faire la part des choses. Pendant très longtemps, j’ai cru du fond de mes tripes que ces suggestions imagées n’étaient que le premier pas avant le passage à l’acte. Parce que j’ai un passif d’auto-destruction, parce que je me suis déjà fait du mal. Alors quelle est la limite entre entamer ma chair ou celle de quelqu’un d’autre?
La réponse est malheureusement assez floue. Ce n’est, je suppose, qu’une histoire de self control.

Alors oui, il faut apprendre à vivre avec, comme pour le reste. Mais sachez seulement que, si vous faites partie des gens qui souffrent de ce trouble, vous n’êtes pas seul.e.s.
Votre cas n’est pas isolé, ça arrive à plus de gens qu’on ne le croit, de devoir se secouer mentalement et/ou physiquement la tête quand on se voit agresser sexuellement la personne avec qui l’on parle. De devoir se cramponner à la terre pour ne pas se jeter sous le bus. De devoir prendre un autre chemin pour s’abstenir de provoquer exprès des gens de façon à leur bousiller la gueule.
Et encore tout un tas d’exemples qui me viennent bien trop vite à l’esprit.

Je n’ai pas la solution. Mais je vous fait un bisou mental.
Et n’hésitez pas à consulter un professionnel si cela vous angoisse outre mesure. Savoir reconnaître ses limites n’est pas une preuve de faiblesse, mais au contraire de grandeur et de maturité.

It’s not gonna be easy

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BARK BARK

BARK BARK

Depuis des années, je me bats pour faire admettre que des fois, certains éléments comme, au hasard une maladie ou la boisson, peuvent expliquer certains comportements, mais ne les excusent en aucun cas.
Et force est de constater que, dernièrement, j’ai déconné de ce côté là.
Le fait que mon taux hormonal faisait les montagnes russes ne pardonne pas mes paroles ni mes actes. Il n’a fait que vaguement les expliquer.

Parce que, tant que je suis dans un moment d’accalmie, je m’aperçois que par moments, j’ai été un brin extrême dans mes réactions. Je manque trop souvent de recul vis à vis de mes réponses à ce qui m’arrive au quotidien. Parce que je suis en plein dedans. Et prendre de la distance nécessite un calme olympien que je ne possède pas toujours.

J’ai beau me targuer d’avoir un mental de titane depuis quelques années déjà, il est bien triste d’admettre que les hormones ont foutu le bordel dans ma physiologie, et dans mon cérébral. Et j’ai dans l’immédiat, pleinement conscience que mes proches ont autre chose à faire de leur temps que de s’obliger à prendre des pincettes avec mes sautes d’humeur. Mais que ce soit pour les gens que je connais ou que je ne fais que croiser, eux aussi ils ont une vie, et des soucis. Et je ne devrais pas compter sur le fait qu’ils vont prendre en compte les miens, de la même façon que je m’en carre (plus ou moins) des leurs.

De ce fait, je tenais à vous présenter mes excuses, encore une fois, pour mes comportements passés, et probablement ceux à venir. Et que les présentes excuses ne sont pas un passe-droit pour agir comme un connard, bien évidemment.

Je sais que j’ai merdé. J’ai du mal à mesurer jusqu’à quel point, et ça me ronge un tantinet. Parce que j’ai la trouille de trahir mes principes, et de déroger à ma ligne de conduite. Même si j’ai conscience que c’est déjà un peu tard, je continuerais d’essayer, avec toute la volonté que je possède, de ne pas m’en écarter un peu plus.

Même si je sais que j’en ai sûrement blessé parmi vous, je vais tenter, dans la mesure du possible, de réparer les dégâts ainsi causés.

Je vous demande simplement de ne pas trop m’en vouloir. Et j’essaierais de me museler un peu plus fort.
Il n’est décidément pas l’heure de lâcher les chiens.