The fun ain’t got no end

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Ces derniers mois, beaucoup d’entre eux m’ont exprimé leur admiration face à mon courage, concernant le fait de faire une transition.
Je suis le premier à souhaiter bien du courage à mes proches, mais en l’occurrence, je ne sais pas vraiment si c’est réellement du courage, et ce sera mon sujet du jour.

Je ne sais pas si c’est du courage, parce que je ne le ressens pas ainsi. Je l’ai souvent dit, je l’ai parfois écrit, mais j’ai surtout eu le choix entre entamer le processus médical ou me foutre en l’air. Il n’y a rien de très courageux à vouloir égoïstement rester en vie.

Croyez le bien, si j’avais réellement eu le choix, je serais resté dans mon identité sociale telle qu’elle est inscrite sur mes papiers. Je ne dis pas que ça aurait été facile, je ne dis pas que j’y aurais survécu bien longtemps, je dis simplement que ça aurait demandé bien plus de tripes pour tenir la longueur.
Si j’ai décidé d’aller contre mon assignation de naissance, c’est uniquement parce que j’avais besoin de pouvoir me regarder dans un miroir sans avoir la nausée.

Le courage c’est un concept un peu fourre tout, et on l’appose sur beaucoup trop de trucs à mon goût.
On ne dis pas à un gamin qui se bat contre un cancer qu’il est courageux. Il n’a pas le choix, il fait juste en sorte d’essayer de rester en vie.

Bah pour moi c’est pareil. Je maximise juste mes chances, de sorte qu’en étant plus en adéquation avec moi-même, j’aurais davantage l’envie de rester vivant un peu plus longtemps.

J’ai mené un certain nombre de combats dans ma vie, dont certains que je mène encore aujourd’hui et pour les années à venir. Et pourtant, on ne m’a jamais dit que j’étais courageux alors que je luttais férocement contre ma dépression. On ne m’a jamais dit que j’étais courageux parce que je prenais bien mes médicaments tous les jours. On ne m’a jamais dit que j’étais courageux parce que j’arrivais à sortir de chez moi, malgré une violente envie de me jeter sous un bus ou d’égorger les passants.
Pourquoi? Parce que tout ces exemples sont des luttes invisibles, personnelles, et que c’est ce qu’on attends de nous. De nous en sortir. De continuer à vivre. D’avancer sans relâche. De ne jamais lâcher le morceau.
C’est là même le concept de vie et de survie.

Sans même parler du fait que me dire que j’ai du courage me ramène constamment à ma lutte personnelle pour faire valoir mon identité. Je n’ai pas spécialement plus de courage que les personnes cisgenres du fait d’affirmer ainsi qui je suis. J’ai du mérite, à la limite. Parce que je n’ai pas été assigné à la naissance sur un pied d’égalité avec la majorité de la population. Mais qu’il ne faudra pas compter sur moi pour me laisser abattre par le poids de la difficulté. Moi comme d’autres.

Pour toutes ces raisons, et d’autres encore, j’aimerais que l’on arrête de me dire que je suis courageux.
Vous pouvez me dire que vous êtes fiers de tout ce que j’ai accompli, et du fait que je garde la tête droite face à tout ce qu’il me reste à accomplir.
Vous pouvez m’exprimer tout votre amour de plein de façon différentes.

Mais pas en me disant que je suis courageux. Car je ne le suis pas. J’essaie juste de rester en vie. On n’a pas tous le même plateau à porter, certes, mais si tout le monde est courageux, alors personne ne l’est vraiment.

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